Être insulté, bousculé, écarté, moqué ou rejeté non pour ce que l’on a fait mais pour ce que l’on est : une femme, une personne noire ou arabe, un homme qui aime les hommes, une personne en fauteuil, quelqu’un qui porte un signe de sa foi. Les violences discriminatoires ont ceci de particulier qu’elles ne visent pas un acte que l’on pourrait corriger, mais une part de soi que l’on ne peut ni ne veut changer. Elles vont de la remarque quotidienne, répétée jusqu’à l’usure, à l’agression dans la rue ou au rejet par sa propre famille. Cette page décrit ce qu’elles font de spécifique, pourquoi elles fatiguent même quand « il ne s’est rien passé de grave », et comment nous aidons à se reconstruire sans renoncer à soi. Tout le monde est reçu au cabinet, tel qu’il est.
Une violence discriminatoire est une violence motivée par l’appartenance, réelle ou supposée, de la personne à un groupe : son sexe, son origine, sa couleur de peau, son orientation sexuelle ou son identité de genre, son handicap, sa religion, son âge, son apparence. Elle peut prendre toutes les formes décrites dans ce dossier, verbale, psychologique, physique, sexuelle, économique, mais son moteur est toujours le même : l’autre est réduit à une catégorie, et c’est la catégorie que l’on frappe à travers lui.
Cela produit une expérience à part. Quand on est agressé pour son portefeuille, on perd un portefeuille. Quand on est insulté parce qu’on est une femme, un Noir, un homosexuel, un handicapé, un musulman ou un juif, c’est l’identité elle-même qui est désignée comme la faute, et cette identité, on la garde en rentrant chez soi, on la retrouve dans le miroir, on la transmet parfois à ses enfants. La violence discriminatoire ne dit pas « tu as mal agi », elle dit « tu n’as pas le droit d’exister comme tu es ». C’est pourquoi ses effets touchent le sentiment d’appartenance, la sécurité dans l’espace public et la valeur que l’on s’accorde, bien au-delà de la scène elle-même.
Nous recevons des personnes concernées par toutes ces situations, et une part de notre travail consiste à ne jamais leur demander de se défaire de ce qui a été attaqué pour aller mieux. On ne guérit pas d’une violence raciste en cessant d’être noir, ni d’une violence homophobe en se cachant. La page sur les formes de violence décrit les actes ; celle-ci s’attache à ce qui se passe quand ces actes visent ce que l’on est.
La jauge : le poids des atteintes à bas bruit
Les violences discriminatoires les plus fréquentes ne sont pas les agressions mais la pluie fine des remarques, des regards et des précautions qu’on finit par prendre sans y penser. Six curseurs pour mesurer ce que cette pluie vous coûte, sur le dernier mois. Ce repère pédagogique n’est pas un questionnaire validé ; il sert à rendre visible une fatigue qui ne l’est pas.
Cinq motifs, cinq réalités
Les violences discriminatoires partagent un mécanisme mais ne se vivent pas de la même façon selon ce qui est visé. Choisissez l’onglet qui vous concerne : chacun décrit les formes les plus fréquentes, ce qu’elles produisent, et par où nous commençons.
Les violences sexistes. Remarques sur le corps et la tenue, interruptions systématiques en réunion, sifflements et suivis dans la rue, mains qui se posent, « c’est tes hormones », compétence mise en doute par principe, pression à sourire. Chez les hommes, le sexisme prend d’autres formes : moquerie de celui qui pleure, qui ne se bat pas, qui s’occupe de ses enfants. Ce qui use ici est l’omniprésence : la rue, le travail, la famille, les soins, tout peut en être le théâtre, et la victime s’entend dire qu’elle exagère ou qu’elle devrait être flattée.
Nommer sexisme ce qui est sexisme, même quand c’est enveloppé de compliments.
Repérer les lieux et les heures que vous avez cessé de fréquenter, et ce que cela vous coûte.
Quand les gestes deviennent sexuels, la page violence sexuelle prend le relais.
Les violences racistes. L’insulte dans la rue, le contrôle au faciès, le logement ou l’emploi refusés après avoir vu le visage ou lu le nom, les remarques sur l’accent ou le prénom, la question « mais tu viens d’où, vraiment ? », le vigile qui suit dans le magasin, les blagues « sans méchanceté ». La violence raciste a une dimension historique et collective : elle touche aussi les parents, les enfants, les ancêtres, et elle rejoue des humiliations que la famille a souvent déjà connues. Beaucoup de personnes décrivent une vigilance apprise dès l’enfance, et une colère qu’elles ont appris à ravaler pour ne pas confirmer le préjugé.
Reconnaître la vigilance permanente pour ce qu’elle est : une adaptation à un danger réel, qui a un coût.
Ne pas porter seul la charge d’éduquer les autres.
Quand une agression a eu lieu, la traiter comme telle, sans la minimiser au nom de l’habitude.
Les violences homophobes et transphobes. Les insultes, les menaces et les coups dans l’espace public, le rejet ou le silence de la famille après un coming out, les plaisanteries au travail, la question de tenir ou non la main de la personne que l’on aime, la peur des vestiaires, le mégenrage répété, le harcèlement à l’école qui commence souvent avant même que l’adolescent se soit nommé lui-même. La particularité est que la violence peut venir de ceux qui devraient protéger en premier, les parents, les frères et sœurs, et que la dissimulation est souvent apprise très tôt, avec son coût psychique.
Distinguer la prudence choisie de la dissimulation subie : la première protège, la seconde use.
Prendre au sérieux le rejet familial comme une violence, même sans cri ni coup.
Les scènes d’agression et les scènes familiales se retraitent en EMDR ; l’appartenance à des lieux sûrs est une ressource, pas un repli.
Les violences validistes. Parler à l’accompagnant plutôt qu’à la personne, décider à sa place, infantiliser, moquer une démarche ou une parole, refuser un accès ou un emploi, et, pour les handicaps invisibles, ne pas croire : « tu n’as pas l’air handicapé », « fais un effort ». La personne handicapée est aussi plus exposée aux violences physiques, sexuelles et économiques, parce qu’elle dépend davantage des autres et que sa parole est plus facilement mise en doute. La page violences envers les personnes handicapées détaille cette vulnérabilité, et la page handicap invisible ce que fait le fait de ne pas être cru.
Nommer validisme le fait d’être réduit à son handicap, comme on nomme racisme ou sexisme.
Repérer les situations où l’on a cessé de demander ce qui est dû, par fatigue.
Un bilan avec compte rendu écrit peut appuyer la parole d’une personne qu’on ne croit pas.
Les violences religieuses. Insultes ou agressions visant un signe visible, un voile, une kippa, une croix, un turban, dégradations de lieux de culte ou de tombes, remarques au travail sur les fêtes ou le jeûne, suspicion a priori, exclusion de certains postes ou de certaines activités, et parfois violence à l’intérieur même de la famille ou de la communauté envers celui qui pratique autrement ou qui ne pratique plus. La blessure touche ce qui donne sens, et elle isole doublement quand la personne ne se sent plus en sécurité ni dehors, ni parmi les siens.
Accueillir la dimension spirituelle de la blessure, qui compte pour la personne, sans la commenter.
Distinguer les violences venues de l’extérieur et celles venues de l’intérieur du groupe, qui ne se travaillent pas pareil.
La peur dans l’espace public après une agression se traite comme toute peur post-traumatique.
Ces motifs se cumulent souvent : une femme noire, un homme homosexuel en fauteuil, une femme voilée subissent des violences qui ne s’additionnent pas simplement mais se combinent, et il est fréquent qu’une personne ne sache pas, sur le moment, laquelle de ses appartenances a été visée. En séance, nous ne tranchons pas à sa place : nous écoutons ce qui a été dit et fait, et ce que cela a touché en elle.
Ce que cette violence a de particulier : l’identité visée
Trois traits distinguent la violence discriminatoire des autres violences, et expliquent pourquoi elle laisse des traces spécifiques. Le premier est qu’elle vise ce que l’on ne peut pas changer, ou ce que l’on ne devrait pas avoir à changer. Après une agression ordinaire, la personne peut au moins se dire qu’elle évitera telle rue, telle heure, tel comportement. Après une agression raciste ou homophobe, la seule chose à éviter serait soi-même. Cela ferme la sortie habituelle, et explique que beaucoup de personnes finissent par se cacher, ce qui est une seconde violence, infligée cette fois par soi-même sous la contrainte.
Le deuxième trait est la dimension collective. L’insulte ne vise pas seulement vous, elle vise vos parents, vos enfants, tous ceux qui vous ressemblent. C’est ce que le psychologue Gordon Allport décrivait dès 1954 dans La Nature du préjugé : la personne n’est plus perçue comme un individu mais comme un exemplaire d’une catégorie, chargée de tout ce qu’on attribue à cette catégorie. Le sociologue Erving Goffman, dans Stigmate (1963), a montré comment la personne porteuse d’un attribut discrédité apprend à gérer en permanence l’information sur elle-même : montrer, cacher, anticiper, corriger. Cette gestion ne s’arrête jamais, et c’est elle qui fatigue.
Le troisième trait est la continuité. Le chercheur Ilan Meyer a proposé en 2003 le modèle du stress minoritaire pour décrire ce que vivent les personnes homosexuelles et bisexuelles, et il s’applique à bien d’autres groupes : aux événements de discrimination proprement dits s’ajoutent l’attente de la discrimination, qui impose une vigilance constante, la dissimulation, et l’intériorisation des jugements négatifs sur son propre groupe. Ce stress chronique a des effets mesurables sur la santé mentale, indépendamment de toute fragilité personnelle. Autrement dit, la souffrance n’est pas dans la personne, elle est dans ce qu’elle subit et dans l’énergie qu’elle doit dépenser pour y faire face.
La violence quotidienne : micro-agressions, vigilance, dissimulation
Le psychiatre Chester Pierce a proposé dès 1970 le terme de micro-agressions pour désigner ces offenses brèves et banales, souvent involontaires, qui rappellent à la personne qu’elle n’est pas tout à fait à sa place : la surprise devant son bon français, la question sur ses « vraies » origines, le compliment qui contient un préjugé, l’étonnement qu’une femme soit ingénieure, le « c’est bien pour un handicapé ». Derald Wing Sue et ses collègues les ont décrites plus en détail en 2007. Prise isolément, chacune paraît dérisoire, et celui qui la relève passe pour susceptible. Mais elles ne sont jamais isolées : elles tombent toute la vie, et leur effet est cumulatif.
Face à cette pluie, les personnes développent deux stratégies, qui sont toutes deux coûteuses. La première est la vigilance : scruter chaque situation nouvelle pour y détecter le rejet avant qu’il n’arrive, préparer ses réponses, choisir ses mots, sa tenue, ses gestes, le trajet, la place dans le métro. Cette vigilance ressemble à l’hypervigilance que l’on observe après un traumatisme, et elle produit les mêmes effets : tension, fatigue, sommeil léger, irritabilité. La seconde est la dissimulation : ne pas mentionner son conjoint, franciser son prénom, retirer un signe religieux, masquer un handicap, parler moins fort, rire aux blagues. Elle protège à court terme et coûte à long terme, parce qu’elle oblige à vivre en deux morceaux et qu’elle valide, à chaque fois, l’idée qu’il y a quelque chose à cacher.
Nous rencontrons souvent des personnes qui consultent pour une fatigue, une anxiété, un sommeil abîmé ou une irritabilité qu’elles ne relient à rien, et qui décrivent, au fil des séances, une vie entière de vigilance et de dissimulation. Mettre ce lien en évidence est déjà un soulagement : la fatigue a une cause, et cette cause n’est pas en elles. La suite consiste à distinguer la prudence qu’elles choisissent de la dissimulation qu’elles subissent, et à retrouver des lieux et des liens où la vigilance peut tomber. La page sur l’estime de soi blessée par l’humiliation décrit ce que cette pression fait, avec le temps, à la valeur que l’on s’accorde.
Quand l’attaque devient agression
Au bout de la pluie fine, il y a parfois l’orage : l’insulte hurlée dans la rue, le crachat, les coups, le couple suivi et frappé à la sortie d’un bar, la femme voilée bousculée sur un quai, l’homme en fauteuil renversé « pour rire », la porte de la maison familiale fermée pour de bon après un coming out. Ces agressions produisent ce que produit toute agression, la sidération, la peur, les images qui reviennent, l’évitement du lieu, décrit sur la page agression dans l’espace public, avec en plus ce qui fait la marque discriminatoire : la certitude que cela peut recommencer n’importe où, puisque ce qui a été visé vous accompagne partout.
Beaucoup de personnes agressées pour ce qu’elles sont décrivent une réaction qu’elles ne comprennent pas elles-mêmes : elles ont eu honte. Honte d’avoir été désignées, honte de n’avoir pas répondu, honte de s’être cachées ensuite, honte parfois de ce qu’elles sont, pendant quelques heures ou quelques semaines, comme si l’agresseur avait réussi à faire entrer sa phrase en elles. Cette honte n’est pas la leur : elle appartient à celui qui frappe. Mais elle est réelle, et elle se travaille, notamment sur la page la honte après des violences. Le sentiment de culpabilité, « je n’aurais pas dû tenir sa main », « je n’aurais pas dû passer par là », ne signifie jamais la responsabilité.
Le rejet familial mérite une mention à part, parce qu’il est rarement reconnu comme une violence. Pas de coup, pas de cri parfois, seulement un silence, une absence aux fêtes, une phrase, « tant que tu vivras comme ça, tu n’es plus ma fille ». C’est pourtant l’une des violences les plus profondes que nous rencontrons, parce qu’elle vient de ceux dont le « je te crois » et le « je t’aime » étaient le premier refuge. Elle se travaille comme un deuil et comme un traumatisme à la fois, et la page sur les violences intrafamiliales en décrit les loyautés et les silences.
Si vous venez d’être agressé, ou si vous êtes menacé
Des blessures, une menace précise, des personnes qui vous attendent, ou des idées de mort après un rejet ne doivent pas attendre un rendez-vous ordinaire. En cas de danger immédiat, faites le 15 (SAMU). Prenez un rendez-vous au cabinet en téléconsultation le plus rapidement possible. Si Doctolib ne permet pas un rendez-vous immédiat, envoyez des textos WhatsApp ou/et SMS aux cliniciens du cabinet.
Les phrases qui blessent sans le vouloir
La plupart des micro-agressions sont prononcées par des gens qui se croient bienveillants, et qui le sont parfois. C’est ce qui les rend si difficiles à relever : protester, c’est blesser quelqu’un qui ne voulait pas blesser. Retournez les cartes pour voir ce que ces phrases contiennent, et pourquoi elles pèsent.
Les effets : honte, colère, doute, intériorisation
Les effets des violences discriminatoires se reconnaissent à quatre mouvements, qui coexistent souvent chez la même personne. La honte, d’abord, celle que nous avons décrite plus haut, qui fait baisser les yeux et cacher. La colère, ensuite, qui est une réponse saine à une injustice, mais qui pose un problème particulier ici : l’exprimer, c’est risquer de confirmer le préjugé, la femme hystérique, le Noir agressif, le musulman menaçant, le handicapé aigri. Beaucoup de personnes la ravalent donc, et elle se retourne contre elles, en tension, en insomnie, en irritabilité à la maison. La page sur la colère après la violence décrit ce retournement.
Le doute est le troisième mouvement : « est-ce que j’exagère ? », « est-ce vraiment à cause de ça ? », « peut-être que c’est moi ». Il est entretenu par l’ambiguïté de la plupart des situations, où rien n’est jamais dit explicitement, et par les réactions de l’entourage qui minimise. Ce doute est épuisant parce qu’il oblige à relire chaque scène plusieurs fois pour savoir ce qui s’est vraiment passé. Le quatrième mouvement est l’intériorisation, le plus silencieux : à force d’entendre que son groupe vaut moins, on finit par le penser un peu, et par se juger avec les yeux de ceux qui rejettent. Frantz Fanon, dans Peau noire, masques blancs (1952), a décrit avec une précision clinique cette expérience de se voir soi-même à travers le regard qui méprise, et le travail intérieur qu’il faut pour s’en déprendre.
Ces quatre mouvements ne sont pas des symptômes d’une fragilité : ce sont les réponses attendues d’une personne à une pression continue sur ce qu’elle est. Les reconnaître pour ce qu’ils sont est le premier pas. Le deuxième est de rendre à chacun sa place : la honte à celui qui humilie, la colère à l’injustice qui la mérite, le doute à l’ambiguïté qu’on entretient à dessein, et le regard sur soi à soi-même.
Vrai ou faux sur les violences discriminatoires
Six affirmations, souvent entendues dans l’entourage ou dans sa propre tête. Répondez, puis lisez l’explication.
Affirmation 1
« Une remarque isolée n’est jamais une violence. »
C’est plus nuancé. Une remarque peut être une maladresse isolée, et il n’est pas utile de tout appeler violence. Mais pour la personne visée, la remarque n’est jamais isolée : elle tombe sur des centaines d’autres, et c’est l’accumulation qui fait l’usure. Une seule remarque, prononcée par quelqu’un qui a un pouvoir sur vous, peut aussi suffire à fermer une porte.
Affirmation 2
« Si je montrais moins ce que je suis, on me laisserait tranquille. »
Faux, et c’est l’un des pièges les plus profonds. La dissimulation protège parfois d’une agression immédiate, mais elle coûte en permanence, elle valide l’idée qu’il y a quelque chose à cacher, et elle déplace la responsabilité de l’auteur vers la victime. La prudence choisie dans une situation précise n’est pas la même chose qu’une vie entière de camouflage.
Affirmation 3
« Les violences discriminatoires ne touchent que ce qui se voit. »
Faux. L’orientation sexuelle, une religion sans signe visible, un handicap invisible, une origine qui ne se lit pas sur le visage exposent aussi, et d’une autre manière : la personne vit avec la question de dire ou de ne pas dire, et avec la peur d’être découverte. Elle entend en plus les propos tenus devant elle par ceux qui ne savent pas.
Affirmation 4
« Être en colère après une discrimination est un signe de bonne santé. »
C’est plus nuancé. La colère est la réponse juste à une injustice, et son absence est souvent plus inquiétante que sa présence. Mais quand elle est ravalée par peur de confirmer le préjugé, elle se retourne contre la personne ; et quand elle déborde sur les proches ou sur soi, elle devient une souffrance de plus. Le travail consiste à la garder sans en être dévoré.
Affirmation 5
« La loi française définit la discrimination et la sanctionne. »
Vrai. Le code pénal définit la discrimination comme une distinction opérée entre des personnes en raison de motifs qu’il énumère, et le code du travail interdit d’écarter, de sanctionner ou de licencier quelqu’un pour ces motifs. Les textes sont présentés plus bas, comme repères et non comme mode d’emploi : les démarches ne passent pas par le cabinet.
Affirmation 6
« Pour s’en remettre, il faut prendre ses distances avec son groupe d’origine. »
Faux. L’appartenance à un groupe où l’on n’a pas à se justifier est l’une des ressources les mieux établies contre le stress minoritaire : c’est là que la vigilance peut tomber. Se reconstruire ne passe pas par le reniement de ce qui a été attaqué, mais par la possibilité de le porter sans peur. La seule distance utile est celle que l’on prend avec le regard qui méprise.
Ce que la loi nomme
Savoir que la loi a un mot pour ce que l’on vit change quelque chose : on cesse de se demander si l’on a le droit de se plaindre. Deux textes servent de repères. L’article 225-1 du code pénal définit la discrimination comme une distinction opérée entre des personnes en raison de motifs que le texte énumère ; l’état de santé, la perte d’autonomie et le handicap en font partie, et la liste est longue. Le code du travail, à l’article L1132-1, interdit d’écarter une personne d’un recrutement, de la sanctionner ou de la licencier pour un motif discriminatoire, notamment son état de santé, sa perte d’autonomie ou son handicap, en prévoyant quelques exceptions comme l’inaptitude constatée par le médecin du travail. Texte vérifié le 30 octobre 2026.
Ces articles disent ce qui est interdit ; ils ne disent pas comment on se remet d’avoir été écarté, insulté ou frappé pour ce que l’on est, ni comment on tient pendant une procédure si l’on en engage une. Une plainte est une démarche judiciaire que nous n’organisons pas ; nous accompagnons la personne avant, pendant et après, et le compte rendu écrit d’un bilan lui appartient, pour l’usage qu’elle choisit. La page violence et plainte réunit les textes cités dans ce dossier, et la page handicap invisible détaille ceux qui concernent le handicap et l’état de santé.
Exemple fictif : Léa, 22 ans, « je devrais être plus discrète »
Léa est un personnage inventé pour cette page. Son histoire rassemble des éléments que nous rencontrons chez les jeunes adultes visés pour leur orientation.
Situation
Étudiante, Léa vit avec sa compagne depuis un an. Dans sa résidence, des voisins ont écrit une insulte sur leur porte, puis un soir, à la sortie d’un bar, deux hommes les ont suivies, insultées et bousculées ; sa compagne est tombée, elles ont couru. Depuis, Léa ne lui tient plus la main dehors, change de trottoir quand un groupe approche, dort mal, et a cessé de répondre aux appels de sa mère, qui lui avait dit l’an dernier qu’elle « ne voulait pas savoir ». Elle consulte pour l’insomnie, et dit presque en s’excusant qu’elle se demande si elle ne devrait pas « être plus discrète, tout simplement ».
Quelle approche vous semble la plus juste ?
Dans la suite que nous imaginons, Léa retrouve le sommeil au bout de quelques semaines. Elle reprend la main de sa compagne dans son quartier, pas encore partout, et dit que c’est elle qui décide désormais où et quand. Elle écrit à sa mère une lettre qu’elle n’envoie pas tout de suite. Le choix d’une démarche contre ses agresseurs lui appartient, et nous l’accompagnons si elle le fait.
Se reconstruire sans se renier : notre approche
La première chose que nous faisons est de recevoir la personne telle qu’elle est, sans lui demander de justifier son identité, son couple, sa foi, son corps, et sans faire semblant de ne pas voir ce qui a été attaqué. Tout le monde est reçu au cabinet, à Colombes, aux Pavillons-sous-Bois, en Ardèche ou en téléconsultation, et nous savons que, pour certaines personnes, trouver un lieu de soin où l’on n’a pas à se méfier est déjà une étape. Nous écoutons ensuite ce qui s’est passé, en actes et en effets, et nous le nommons : une violence raciste, sexiste, homophobe, validiste, antireligieuse, et non un malentendu ou une susceptibilité.
Le travail s’organise ensuite selon ce qui pèse le plus. Quand des scènes précises se sont fixées, une agression, une humiliation publique, une phrase de parent, l’EMDR, en séances de 80 minutes, permet de les retraiter pour qu’elles cessent de commander la vigilance et le sommeil. Quand c’est l’usure qui domine, les outils de la TCC aident à repérer la vigilance et la dissimulation, à distinguer la prudence choisie de la cachette subie, à reprendre par étapes ce que l’on a abandonné, et à mettre à l’épreuve les pensées installées par la répétition : « je dérange », « je dois mériter ma place », « c’est à moi de faire attention ». L’écoute analytique s’intéresse à ce que la violence a touché de plus ancien, la place dans la famille, les loyautés, les humiliations transmises d’une génération à l’autre, et à la façon dont la personne se regarde elle-même quand personne ne la regarde. La gestion des émotions, et en particulier la colère retenue, y trouve sa place.
Un bilan psychologique, réalisé par notre psychothérapeute après un rendez-vous préliminaire, est utile quand une agression a laissé des traces traumatiques ou quand l’usure a tout brouillé ; un compte rendu écrit est remis, et il peut appuyer la parole d’une personne que l’on ne croit pas, à l’école, au travail, en famille ou dans une procédure. Nous recevons aussi les couples et les familles, en séances de 80 minutes, quand la violence venue de dehors a abîmé le lien, ou quand c’est de l’intérieur de la famille qu’elle est venue et qu’un dialogue reste possible. Nous travaillons en lien avec le médecin si le corps a été touché. Et nous ne demandons jamais à une personne de se défaire de ce qui a été visé : l’appartenance à des lieux et à des liens où elle n’a pas à se justifier est, dans notre expérience, l’une des ressources les plus solides de la reconstruction.
À retenir
La violence discriminatoire vise ce que l’on est, pas ce que l’on a fait : elle ferme la sortie habituelle, qui serait de changer de comportement.
La pluie fine des remarques, de la vigilance et de la dissimulation use autant qu’une agression, et elle fatigue même quand « il ne s’est rien passé ».
Honte, colère retenue, doute et intériorisation sont les réponses attendues à une pression continue, pas les signes d’une fragilité.
La loi définit la discrimination et l’interdit au travail ; les démarches ne passent pas par nous, l’accompagnement si.
Se reconstruire ne passe pas par le reniement de ce qui a été attaqué. Tout le monde est reçu, tel qu’il est.
Questions fréquentes sur les violences discriminatoires
Une remarque sur mon origine ou mon orientation est-elle déjà une violence ?
Une remarque isolée peut être une maladresse, et il n’est pas utile de tout appeler violence. Mais pour la personne visée, elle ne tombe jamais seule : elle rejoint des centaines d’autres, et c’est cette accumulation, que l’on appelle micro-agressions, qui finit par user. Le repère n’est pas l’intention de celui qui parle mais l’effet sur celui qui reçoit, et la répétition. Si vous commencez à surveiller ce que vous dites, à cacher une part de vous ou à douter de votre droit d’être là, la remarque a dépassé la maladresse.
Pourquoi est-ce que je me sens épuisé alors qu’il ne s’est « rien passé de grave » ?
Parce que la violence discriminatoire fatigue surtout par ce qu’elle oblige à faire en permanence : surveiller, anticiper, se justifier, cacher, rire aux blagues, relire chaque scène pour savoir ce qui s’est vraiment passé. Ce travail invisible, décrit par les chercheurs comme un stress minoritaire, consomme une énergie que personne ne voit et que vous-même ne comptez pas. L’épuisement, l’insomnie ou l’irritabilité ont une cause, et cette cause n’est pas en vous. La nommer est déjà un soulagement.
Comment réagir à une insulte raciste, sexiste ou homophobe dans la rue ?
Il n’y a pas de bonne réaction, et surtout pas de réaction que vous auriez dû avoir. La sidération, la fuite, le silence, la réponse qui vient trop tard sont des réactions automatiques devant un danger, pas des choix. Votre sécurité passe avant la réplique. Ce qui compte vient après : en parler à quelqu’un qui vous croit, ne pas rester seul avec la honte, et si la peur s’installe, si vous évitez des lieux ou si la scène revient, la traiter sans attendre, par exemple avec l’EMDR, avant qu’elle ne commande vos trajets.
Ma famille me rejette à cause de ce que je suis : est-ce une violence ?
Oui, même sans coup ni cri. Le rejet d’une famille pour une orientation, une identité, un choix de vie ou de foi est l’une des violences les plus profondes que nous rencontrons, parce qu’elle vient de ceux dont l’amour était le premier refuge. Elle se vit à la fois comme un deuil et comme un traumatisme, et elle laisse souvent une culpabilité qui n’a pas lieu d’être. Elle se travaille en séance, et quand un dialogue reste possible, nous recevons aussi les familles, en séances de 80 minutes.
Je commence à penser qu’ils ont raison sur moi : que se passe-t-il ?
C’est l’intériorisation : à force d’entendre que son groupe vaut moins, on finit par se regarder avec les yeux de ceux qui méprisent. Ce mouvement, décrit par Fanon dès 1952, est silencieux et très fréquent ; il n’est ni une faiblesse ni une vérité sur vous. Il signale que la violence a duré assez longtemps pour entrer. Le travail consiste à repérer ces pensées empruntées, à les rendre à leurs auteurs, et à retrouver des lieux et des liens où votre valeur ne se discute pas. L’écoute analytique et les outils de la TCC s’y associent bien.
Que dit la loi sur les discriminations ?
Le code pénal, à l’article 225-1, définit la discrimination comme une distinction opérée entre des personnes en raison de motifs qu’il énumère, parmi lesquels l’état de santé, la perte d’autonomie et le handicap, et le code du travail, à l’article L1132-1, interdit d’écarter d’un recrutement, de sanctionner ou de licencier quelqu’un pour un motif discriminatoire. Texte vérifié le 30 octobre 2026. Ces repères disent que ce que vous vivez a un nom. Les démarches, elles, ne passent pas par le cabinet ; nous accompagnons avant, pendant et après.
Le cabinet reçoit-il tout le monde ?
Oui. Femmes et hommes, personnes de toutes origines, de toute orientation et identité de genre, de toute religion ou sans religion, avec ou sans handicap, à Colombes, aux Pavillons-sous-Bois, en Ardèche ou en téléconsultation. Vous n’avez pas à justifier ce que vous êtes pour être reçu, et nous ne vous demanderons jamais de vous en défaire pour aller mieux. Si trouver un lieu de soin où l’on n’a pas à se méfier a été difficile pour vous, dites-le-nous au premier rendez-vous : c’est un point de départ, pas un détail.
Références
Livres, articles et liensQuelques références de cette page…
Les travaux et sources cités ou utilisés sur cette page.
Gordon W. Allport, The Nature of Prejudice, Addison-Wesley, 1954.
Erving Goffman, Stigmate. Les usages sociaux des handicaps, 1963 (traduction française, Minuit, 1975).
Ilan H. Meyer, « Prejudice, Social Stress, and Mental Health in Lesbian, Gay, and Bisexual Populations: Conceptual Issues and Research Evidence », Psychological Bulletin, 2003.
Chester M. Pierce, « Offensive Mechanisms », dans The Black Seventies, 1970.
Derald Wing Sue et collaborateurs, « Racial Microaggressions in Everyday Life: Implications for Clinical Practice », American Psychologist, 2007.
Judith Lewis Herman, Trauma and Recovery, Basic Books, 1992.
Ce que l’on vous fait subir pour ce que vous êtes a un nom, des effets, et des réponses. Un premier rendez-vous permet de le poser avec quelqu’un qui vous croit et qui ne vous demandera pas de changer pour aller mieux. Au cabinet ou en téléconsultation.
La « loi de l’instrument », formulée par Abraham Kaplan en 1964 puis reprise par Abraham Maslow dans The Psychology of Science: A Reconnaissance (1966), rappelle qu’« il est tentant, si le seul outil dont on dispose est un marteau, de traiter tout comme si c’était un clou ».
En psychologie, une méthode ne peut pas répondre à toutes les situations. Forts de plusieurs décennies de pratique et de formations complémentaires, nous mobilisons de nombreux outils, choisis avec discernement, afin d’identifier rapidement les leviers les plus efficaces. Nous proposons ainsi un accompagnement aussi bref qu’efficace, tout en sachant accompagner aussi bien les suivis prolongés que le besoin d’un espace de parole régulier.