Violence sexuelle : actes imposés, pressions, harcèlement — y compris dans le couple
Un geste que l’on n’a pas voulu. Un rapport auquel on a fini par céder pour que l’insistance s’arrête. Des mains sur soi pendant le sommeil. Des remarques, des messages, des images qui ne cessent pas. Une scène de l’adolescence dont il ne reste que des morceaux. La violence sexuelle a beaucoup de formes, et la plupart ne ressemblent pas à l’image que l’on s’en fait : elle est commise le plus souvent par quelqu’un que l’on connaît, dans un lieu familier, sans arme et sans cri. Cette page est écrite pour les personnes qui se demandent si ce qu’elles ont vécu « compte », pour celles qui le savent depuis longtemps sans l’avoir dit, et pour leurs proches. Elle explique le consentement, la sidération, la honte, la mémoire, et ce qui aide, au cabinet comme en téléconsultation, à se reconstruire.
Une violence sexuelle est tout acte à caractère sexuel imposé à une personne sans son consentement : un rapport, une pénétration de quelque nature que ce soit, un geste sur le corps, un baiser forcé, une exhibition, mais aussi des propos, des messages ou des images imposés de façon répétée, et la pression exercée pour obtenir un acte. L’imposition peut passer par la force, par la menace, par la surprise, par l’autorité d’un adulte sur un enfant ou d’un supérieur sur un salarié, par l’état de la personne, endormie, alcoolisée, malade, et par l’usure : insister jusqu’à ce que l’autre cède n’est pas obtenir un accord, c’est le fabriquer.
Depuis la loi du 6 novembre 2025, le code pénal définit lui-même le consentement : il doit être libre et éclairé, spécifique, préalable et révocable, et il s’apprécie au regard des circonstances ; il ne peut pas se déduire du seul silence ni de la seule absence de réaction de la personne, et il n’existe pas lorsque l’acte est commis avec violence, contrainte, menace ou surprise. Texte vérifié le 30 octobre 2026. Nous citons ce texte parce qu’il répond, mot pour mot, à la question qui tourne en boucle chez tant de personnes que nous recevons : « je n’ai pas dit non, alors est-ce que ça compte ? ». La réponse de la loi rejoint celle de la clinique : oui.
Quelques faits remettent en place l’image courante. Dans la grande majorité des situations, l’auteur est une personne connue de la victime : un conjoint, un ex, un membre de la famille, un ami, un collègue, un camarade. Les lieux sont le plus souvent familiers : un domicile, une chambre, une voiture, une fête. Il n’y a généralement ni arme ni cri. Les hommes et les garçons sont concernés aussi, et ils parlent encore moins. Et les violences sexuelles se combinent presque toujours à d’autres formes, la violence psychologique en premier, parfois la violence physique, et dans le couple l’emprise. La page les huit formes de violence situe l’ensemble.
Si vous êtes en danger maintenant
En cas de danger immédiat, faites le 15 (SAMU). Prenez un rendez-vous au cabinet en téléconsultation le plus rapidement possible. Si Doctolib ne permet pas un rendez-vous immédiat, envoyez des textos WhatsApp ou/et SMS aux cliniciens du cabinet.
Les formes de la violence sexuelle
Les six onglets décrivent les formes que nous rencontrons le plus souvent. Elles se recoupent, et aucune n’est « moins grave » qu’une autre : ce qui fait la gravité, c’est ce que l’acte a produit chez la personne, pas sa place dans une liste.
Les actes imposés par la force, la menace ou la surprise. Un rapport, une pénétration, un geste sur les seins, les fesses, le sexe, un baiser forcé, imposés à une personne qui n’a pas consenti, qu’elle se soit débattue ou qu’elle soit restée figée. La surprise inclut les gestes commis pendant le sommeil ou pendant une ivresse, les gestes glissés dans une foule, les gestes d’un soignant qui dépasse ce que l’examen demande. Ce sont les formes que la loi appelle viol et agression sexuelle, et elles valent quelle que soit la relation entre les deux personnes, y compris dans le mariage.
La pression, le chantage et l’usure. « Si tu m’aimais, tu le ferais. » « Un homme a des besoins. » « Je vais aller voir ailleurs. » La bouderie de trois jours après un refus, le réveil à deux heures du matin, les reproches devant les enfants, l’argent ou la sortie conditionnés à un rapport. La personne finit par céder pour avoir la paix. Ce consentement obtenu par usure n’en est pas un : il est le produit de la pression, pas d’un désir. C’est la forme la plus fréquente dans le couple, et la moins souvent nommée.
Le harcèlement sexuel. Des propos ou des comportements à connotation sexuelle ou sexiste qui se répètent et qui, soit portent atteinte à la dignité de la personne parce qu’ils sont dégradants ou humiliants, soit créent une situation intimidante, hostile ou offensante : remarques sur le corps, blagues qui visent, messages insistants, mains qui frôlent, regards appuyés, au travail, à l’université, dans la rue, dans un club de sport. Une pression grave exercée pour obtenir un acte de nature sexuelle y est assimilée, même si elle n’a eu lieu qu’une fois. L’article 222-33 du code pénal le sanctionne. Texte vérifié le 30 octobre 2026.
L’exploitation. Être poussé, par un conjoint, un proche ou un réseau, à des actes sexuels avec d’autres personnes, contre de l’argent, un logement, une protection, des papiers, de la drogue. Être filmé ou photographié dans des situations sexuelles sans l’avoir voulu, ou voir ces images servir de levier. L’exploitation s’appuie sur une dépendance, économique, administrative, affective, et elle s’accompagne d’une honte si profonde que la personne met souvent des années à en parler. Nous la recevons, sans question sur ce qu’elle « a accepté ».
Les violences sexuelles sur un enfant ou un adolescent. Un adulte, ou un plus âgé, qui impose à un enfant des gestes, des regards, des mots, des images à caractère sexuel, par la force, la séduction, le secret ou l’autorité. L’enfant ne peut pas consentir : il ne dispose ni de la compréhension ni de la liberté nécessaires, et ce qu’il a dit ou fait pendant les faits n’entre pas en ligne de compte. Quand l’auteur est un membre de la famille, on parle d’inceste ; le dossier lui consacre une page entière, inceste : le silence, la sidération, la mémoire, et une autre à la maltraitance de l’enfant.
Les violences sexuelles en ligne. Images intimes envoyées en confiance puis transmises ou diffusées sans accord, menaces de les diffuser pour obtenir d’autres images ou un rapport, messages sexuels imposés, sollicitations d’adultes envers des mineurs sur les jeux et les réseaux. La particularité de ces violences est qu’elles ne s’arrêtent pas : la personne ne sait jamais où sont les images ni qui les a vues, et la peur se réactive à chaque notification. La page cyberviolences en traite, et celle du dossier harcèlement sur le cyberharcèlement s’adresse aux parents.
Le consentement, et pourquoi ne pas résister ne signifie pas consentir
« Pourquoi je n’ai rien fait ? » Cette question, nous l’entendons dans presque chaque récit. La personne n’a pas crié, n’a pas frappé, n’a pas couru ; elle est restée là, parfois sans bouger, parfois en laissant faire, parfois en disant des mots qu’elle ne comprend pas elle-même après coup. Et elle en conclut qu’elle a consenti, ou qu’elle ne pourra jamais le prouver. La clinique dit autre chose, et il est important de l’entendre.
Devant un danger, le cerveau choisit en une fraction de seconde, sans demander l’avis de la pensée, entre trois réponses : fuir, lutter, ou se figer. La troisième est la plus fréquente lorsque la menace semble écrasante, lorsque fuir ou lutter paraît impossible, et lorsque l’agresseur est une personne proche dont on dépend. On l’appelle sidération, ou immobilité tonique : le corps se paralyse, la voix ne sort pas, les sensations s’éloignent, le temps se déforme. C’est une réaction de survie, héritée d’animaux qui faisaient le mort devant un prédateur, et elle ne se décide pas plus qu’un réflexe. Une étude suédoise publiée en 2017 par Anna Möller et ses collègues a montré qu’une large part des femmes reçues en urgence après un viol décrivaient cette immobilité, et qu’elle était associée à un risque accru de stress post-traumatique et de dépression. Autrement dit : ne pas avoir bougé n’est pas seulement normal, c’est l’une des réactions les plus communes, et c’est aussi l’une des plus lourdes à porter ensuite.
Il faut dire aussi un mot des réactions du corps pendant les faits. Une lubrification, une érection, parfois un orgasme peuvent survenir pendant une agression. Ce sont des réflexes physiologiques, déclenchés par une stimulation mécanique ou par la peur elle-même, et ils ne disent rien du désir ni du consentement ; beaucoup d’auteurs s’en servent pourtant pour convaincre la victime qu’elle « aimait ça ». Ce point est l’un de ceux qui nourrissent le plus la honte, et l’un de ceux que nous expliquons le plus souvent en consultation. Rien de ce que votre corps a fait pendant les faits ne vous rend responsable de ce qui vous a été fait. La page sidération et dissociation détaille ces mécanismes, et celle sur les réactions face à la violence replace la sidération parmi les autres.
Dans le couple : la violence sexuelle que l’on n’ose pas nommer
Il n’existe aucun devoir conjugal. Vivre avec quelqu’un, l’épouser, avoir eu des rapports consentis la veille n’engage à rien pour ce soir. La loi le dit, la clinique le dit, et pourtant c’est dans le couple que la violence sexuelle est la plus difficile à reconnaître, parce que tout s’y mélange : l’amour, l’habitude, les enfants, la peur de la dispute, la crainte que l’autre aille voir ailleurs, et l’idée reçue qu’un rapport « pas très envie » fait partie de la vie à deux. Il y a une différence entre accepter un rapport sans grand désir, librement, parce que l’on a envie de faire plaisir, et céder à une insistance que l’on sait ne pas pouvoir arrêter autrement. La première est un choix. La seconde est une contrainte, et le corps le sait : il se crispe, il s’absente, il a mal.
Les formes dans le couple sont rarement spectaculaires. L’insistance qui dure jusqu’à l’épuisement, les reproches, la bouderie, les menaces de rupture ou d’infidélité, le réveil au milieu de la nuit, les gestes pendant le sommeil, les rapports imposés après une dispute « pour se réconcilier », les pratiques que l’on n’a pas voulues et que l’on n’ose pas refuser, le refus du préservatif ou de la contraception, les remarques humiliantes sur le corps ou les performances. Quand ces comportements s’installent, ils s’accompagnent presque toujours d’autres contrôles, sur l’argent, les sorties, les amis, et ils forment ce que décrit la page violences conjugales. La période qui entoure une séparation est particulièrement exposée.
Ce que nous observons souvent : les personnes qui viennent pour une « baisse de libido » ou des « douleurs pendant les rapports » racontent, au deuxième ou au troisième rendez-vous, qu’elles ne veulent plus de rapports parce qu’elles n’en ont jamais vraiment voulu depuis des années, et que leur corps a fini par le dire à leur place. La sexologie a sa place dans ce dossier, mais pas en premier : on ne travaille pas le désir d’une personne tant qu’elle n’est pas libre de refuser. Les hommes, là encore, sont concernés : contraints par une compagne ou un compagnon, par le chantage ou la menace, et persuadés qu’un homme « ne peut pas » être violé. Il le peut, et nous le recevons.
Ce que cela a laissé en vous
Cette jauge ne mesure pas ce qui vous est arrivé, et elle ne compare rien à rien : elle mesure ce que vous portez aujourd’hui, qu’il s’agisse d’une scène d’hier ou d’il y a trente ans. Réglez chaque curseur de 0 (pas du tout) à 10 (en permanence). Il ne s’agit pas d’un test validé ; rien n’est enregistré ni envoyé. Si l’exercice réveille quelque chose de trop fort, arrêtez-vous et revenez-y plus tard, ou pas.
La honte, la culpabilité et le silence
Après une violence sexuelle, la honte change de camp. Elle devrait être du côté de celui qui a imposé ; elle se loge chez celle ou celui qui a subi. Ce renversement n’est pas un hasard, c’est un mécanisme. Sándor Ferenczi l’a décrit dès 1932 à propos de l’enfant abusé par un adulte : terrifié, l’enfant s’identifie à l’agresseur et prend sur lui la culpabilité de celui-ci, parce qu’il lui est plus supportable de se croire coupable que de reconnaître que l’adulte dont il dépend est dangereux. Chez l’adulte victime, le même mouvement se produit sous d’autres formes : « j’avais bu », « je l’avais suivi », « je portais cette robe », « je n’ai pas dit non assez fort ». Se croire responsable donne l’illusion d’un contrôle : si c’était ma faute, alors je peux éviter que cela se reproduise. C’est une illusion coûteuse. Le sentiment de culpabilité ne signifie pas la responsabilité, et nous le disons autant de fois qu’il le faut.
La honte, elle, est plus silencieuse encore. Elle porte sur ce que l’on est : sale, abîmé, marqué, différent des autres. Elle fait baisser les yeux, éviter les miroirs, se laver longtemps, refuser les compliments, et surtout se taire. Le silence a d’autres raisons, toutes compréhensibles : la peur de ne pas être cru, la peur de faire éclater une famille, la loyauté envers un auteur que l’on a aimé, la crainte des questions (« pourquoi tu n’as rien dit avant ? »), le souvenir d’une première tentative de parler qui a été mal reçue. Beaucoup de personnes ont parlé une fois, à quinze ans, à vingt ans, et se sont entendu répondre qu’elles exagéraient, qu’il fallait oublier, qu’il ne fallait pas en parler à la famille. Elles n’ont plus jamais parlé. La page la honte après des violences décrit cette honte qui n’est pas la sienne, et celle sur la culpabilité et la honte après une violence les mécanismes qui la nourrissent.
Être cru est donc le premier soin, et il est parfois le plus difficile à trouver. C’est là que le « je te crois » d’un psy prend une place que n’a aucune autre parole. Ce n’est pas une gentillesse ni une opinion : c’est la conclusion de quelqu’un dont le métier est d’écouter, d’évaluer, puis de conclure, et qui l’écrit, dans le compte rendu d’un bilan appuyé sur des entretiens cliniques et des évaluations psychométriques. Pour la personne, d’abord, qui s’entend enfin dire que son récit est cohérent et que ses réactions sont celles d’une victime. Pour les proches ensuite, qui hésitaient. Et, si une procédure est un jour engagée, pour la justice, qui peut en tenir compte. La page nommer les faits, sortir du silence, être cru développe ce point.
La mémoire après : images, trous, et ce qu’ils ne prouvent pas
La mémoire d’une violence sexuelle ne ressemble pas à la mémoire d’un autre événement. Chez beaucoup de personnes, elle est à la fois trop présente et trouée : des images d’une netteté insupportable, une odeur, un motif de papier peint, un bruit de ceinture, qui reviennent sans prévenir, et en même temps des blancs, l’impossibilité de dire combien de temps cela a duré, comment on est rentré, ce qui s’est passé avant ou après. Ce double visage s’explique. Pendant la sidération, le cerveau n’enregistre pas la scène comme un récit ordonné : il stocke des fragments sensoriels bruts, sans date ni contexte, que Pierre Janet décrivait déjà en 1889 et que la recherche contemporaine a largement confirmés. Les fragments reviennent tels quels, et le récit, lui, manque. Ce n’est pas un défaut de mémoire : c’est la signature d’une mémoire traumatique, que la page mémoire traumatique détaille.
Il faut cependant poser un garde-fou, parce que nous le devons aux personnes que nous recevons. Des souvenirs fragmentaires d’une scène que l’on sait avoir vécue sont une chose. Un trou dans la mémoire de l’enfance, un malaise devant un proche, des symptômes inexpliqués sont autre chose : ils ne permettent pas, à eux seuls, de conclure qu’une violence a eu lieu et a été oubliée. La plupart d’entre nous avons des années d’enfance dont il ne reste presque rien, et des symptômes ont beaucoup de causes possibles. Notre travail ne consiste donc jamais à « retrouver » des souvenirs, ni à suggérer ce qui a pu se passer ; il consiste à accueillir ce qui vient, à le traiter, et à laisser la personne seule juge de ce qu’elle sait. Un mot encore sur le vocabulaire : le refoulement, au sens psychanalytique, est un mécanisme précis par lequel une représentation inacceptable est maintenue hors de la conscience ; il ne désigne ni l’amnésie dissociative ni l’oubli ordinaire, et nous veillons à ne pas employer un mot pour l’autre.
Ce que l’EMDR vient faire ici est précisément de permettre aux fragments de se relier, de prendre leur place dans le passé, et de cesser de revenir comme s’ils se produisaient maintenant. Il ne s’agit pas d’effacer : on se souvient toujours, mais le souvenir ne fait plus le même effet. Les personnes décrivent souvent, après ce travail, une scène « mise à distance », « comme une photo que je peux regarder ou ranger ». La page ce que la violence fait au cerveau explique en mots simples les mécanismes en jeu.
Chez l’adolescent et le jeune adulte
L’adolescence et les premières années d’adulte concentrent une part importante des violences sexuelles : premières relations, soirées, alcool, pression du groupe, premiers échanges d’images, rencontres en ligne, relations avec un plus âgé qui se présente comme un amour. Un adolescent qui a subi une violence sexuelle le dit rarement avec des mots. Il change : il ne sort plus, ou il sort sans arrêt ; ses résultats chutent ; il se lave sans fin ou se néglige ; il mange trop ou plus du tout ; il se scarifie ; il quitte un sport, un groupe d’amis, un réseau ; il refuse d’aller chez tel membre de la famille ou de croiser telle personne. Les parents sentent qu’il s’est passé quelque chose et se heurtent à un mur. Ce mur est fait de honte, de peur de leur réaction, de peur pour l’auteur parfois, et de la conviction qu’ils ne comprendront pas.
Au cabinet, l’adolescent est reçu seul, et ses parents à d’autres moments ; la téléconsultation est souvent une première étape plus facile pour un jeune qui ne veut pas se retrouver dans une salle d’attente. Nous ne lui demandons pas de raconter ce qu’il ne veut pas raconter. Nous travaillons d’abord sur ce qui le fait souffrir aujourd’hui, le sommeil, les images, la peur de croiser quelqu’un, le corps, et le récit vient quand il peut venir. Pour les parents, deux textes méritent d’être connus. L’article 226-14 du code pénal permet à un professionnel soumis au secret d’informer les autorités de violences, y compris sexuelles, subies par un mineur, sans que l’accord de celui-ci soit nécessaire, et un signalement de bonne foi n’engage pas la responsabilité de son auteur. L’article 434-3 fait de l’absence d’information des autorités une infraction pour toute personne qui a connaissance de violences ou d’atteintes sexuelles infligées à un mineur, les personnes tenues au secret professionnel en étant exceptées sauf disposition contraire. Textes vérifiés le 30 octobre 2026. Ces textes disent une chose simple : un enfant n’est pas censé rester seul avec ce qu’il sait. La page trauma chez l’enfant et l’adolescent complète ces repères.
Ce que l’on se dit, et ce que la clinique répond
Six phrases que les personnes victimes se répètent, souvent depuis des années, et qui les tiennent éloignées de toute aide. Retournez les cartes pour lire ce que nous leur répondons en consultation.
Exemple fictif : Salomé, 31 ans, « il insiste jusqu’à ce que je cède »
Un cas composé pour cette page à partir de situations que nous rencontrons fréquemment ; il ne correspond à aucune personne réelle.
Situation
Salomé consulte pour des douleurs pendant les rapports et « plus aucune envie ». Elle vit depuis six ans avec le père de sa fille. Au fil des séances, elle décrit des soirées où il insiste, se vexe, lui reproche de « ne plus être une femme », menace à demi-mot d’aller voir ailleurs, et finit par obtenir un rapport qu’elle subit « en pensant à autre chose ». Il lui est arrivé de se réveiller avec ses mains sur elle. Elle précise qu’il n’a jamais été brutal, qu’elle l’aime, et qu’elle ne veut pas « en faire un drame ». Elle se demande si une sexologue pourrait l’aider à « retrouver du désir ».
Quelle lecture nous paraît la plus juste ?
Le corps après : sommeil, toucher, sexualité
Le corps a été le lieu de la violence, et il en garde la trace bien après que l’esprit a cessé d’y penser. Le sommeil d’abord : endormissement difficile parce que la nuit est le moment des faits, réveils en sursaut, cauchemars où l’on ne peut pas bouger, besoin de dormir avec la lumière ou la porte fermée à clé. Le toucher ensuite : un recul quand quelqu’un s’approche par-derrière, un malaise dans une foule, l’impossibilité de supporter une main sur l’épaule, même aimante. La douleur : douleurs pelviennes, douleurs pendant les rapports, contractions involontaires que la page douleurs et vaginisme décrit, mais aussi maux de ventre, de tête, de dos, qui n’ont pas d’explication médicale ou qui en ont une et s’aggravent. Ces symptômes sont réels et méritent une évaluation médicale ; nous travaillons en lien avec le médecin, et avec la gynécologue quand la personne le souhaite.
La sexualité, enfin, qui peut prendre deux directions opposées : l’évitement complet, ou au contraire une sexualité sans désir, mécanique, parfois à risque, comme pour reprendre le contrôle de ce qui a été pris. Beaucoup de personnes décrivent aussi une dissociation pendant les rapports : être là sans y être, regarder la scène de loin, ne rien sentir. Ces réactions ne sont ni des défauts ni des choix, et elles ne condamnent pas à une vie sans intimité. Quand le trauma est traité, le corps redevient peu à peu un lieu à soi ; la page retrouver son corps après la violence décrit ce chemin, et la relaxation en ligne du site propose des exercices courts, à faire les yeux ouverts, pour réapprendre à se poser dans son corps sans alarme. La sexologie telle que nous la pratiquons intervient en second temps, jamais avant que la personne soit libre de refuser.
Vrai ou faux sur la violence sexuelle
Sept affirmations qui circulent, dans les conversations, les films, et dans la tête des personnes victimes elles-mêmes. Répondez à chacune ; nous expliquons ensuite ce que la clinique en pense.
Affirmation 1
« Si la personne ne s’est pas débattue, il n’y a pas eu d’agression. »
Faux. Se figer est la réaction de survie la plus fréquente devant une menace que l’on ne peut ni fuir ni combattre, surtout quand l’agresseur est proche. Le consentement ne se déduit ni du silence ni de l’absence de réaction : la loi le dit, et la clinique le constatait bien avant.
Affirmation 2
« Une réaction physique du corps pendant les faits signifie qu’il y avait du désir. »
Faux. Lubrification, érection ou orgasme sont des réflexes mécaniques qui peuvent être déclenchés par la stimulation ou par la peur elle-même. Ils ne disent rien du désir ni du consentement, et ils sont l’une des sources les plus profondes de honte chez les victimes.
Affirmation 3
« Entre époux ou entre partenaires, on ne peut pas parler de viol. »
Faux. Il n’existe aucun devoir conjugal, et la loi vaut quelle que soit la relation entre l’auteur et la victime, y compris entre époux. Dans le couple, la violence sexuelle passe surtout par l’usure, le chantage et les gestes pendant le sommeil, et elle est la moins souvent nommée.
Affirmation 4
« Ne plus avoir de souvenir précis et ordonné des faits est fréquent après une sidération. »
Vrai. Sous sidération, le cerveau enregistre des fragments sensoriels sans récit : des images trop nettes et des blancs vont ensemble. Ce fonctionnement est la signature d’une mémoire traumatique, pas une raison de douter de la personne.
Affirmation 5
« Un trou dans les souvenirs d’enfance prouve qu’une agression a eu lieu et a été oubliée. »
Faux. Des troubles de mémoire, un malaise ou des symptômes ne permettent pas à eux seuls de conclure à une violence oubliée. Notre travail ne cherche jamais à retrouver ou à suggérer des souvenirs : il accueille ce qui vient et laisse la personne seule juge de ce qu’elle sait.
Affirmation 6
« Dans la plupart des cas, l’auteur est une personne que la victime connaît. »
Vrai. Conjoint, ex, membre de la famille, ami, collègue, camarade : l’agresseur inconnu dans une rue sombre est l’exception, pas la règle. C’est l’une des raisons pour lesquelles il est si difficile de nommer les faits et d’être cru par l’entourage commun.
Affirmation 7
« Consulter vingt ou trente ans après les faits n’a plus de sens. »
Faux. Ce qui compte n’est pas la date des faits mais ce qu’ils font encore aujourd’hui. Nous recevons des personnes qui parlent pour la première fois après cinquante ans, et l’EMDR agit sur une scène ancienne comme sur une scène récente. Le temps ne périme pas le soin.
Ce que la loi reconnaît, et la place du cabinet
Nous ne sommes pas juristes, et porter plainte est une démarche judiciaire que le cabinet n’organise pas, ne conseille ni ne déconseille. Mais quelques repères vérifiés aident à se situer, parce qu’ils répondent à des questions que l’on nous pose en séance. Pour une victime majeure, les articles 226-13 et 226-14 du code pénal posent qu’un médecin ou un autre professionnel de santé ne peut s’adresser au procureur de la République qu’avec son accord ; la seule dérogation vise le danger immédiat pour la vie d’une personne qui, sous l’emprise de son conjoint, ne peut pas se protéger. Ce que vous nous confiez vous appartient donc, et c’est vous qui décidez de ce qu’un soignant porte à la justice. Lorsqu’il s’agit d’un mineur, ou d’une personne que l’âge ou une incapacité empêche de se protéger, cet accord n’est pas requis pour informer les autorités. Lorsque les violences ont lieu dans le couple, l’article 515-9 du code civil permet au juge aux affaires familiales de délivrer en urgence une ordonnance de protection si la personne ou ses enfants sont en danger. Textes vérifiés le 30 octobre 2026.
Nous ne donnons ici ni délai, ni démarche, ni mode d’emploi : ils changent, et ils ne relèvent pas de nous. Ce qui relève de nous, c’est d’être là avant une plainte, pendant et après, si vous en déposez une ; et d’être là exactement de la même façon si vous n’en déposez jamais. Le travail psychique n’en dépend pas. Ce que nous pouvons apporter à une procédure, c’est le compte rendu écrit d’un bilan, dont vous faites l’usage que vous jugez utile. La page violence et plainte réunit les textes vérifiés et décrit comment nous accompagnons pendant une procédure, et la page la violence des formalités parle de ce que coûte le fait de devoir prouver, raconter, être évalué.
Comment nous accompagnons après une violence sexuelle
Les personnes victimes de violences sexuelles, dans l’enfance, dans le couple, lors d’une agression, au travail, forment une grande part de notre pratique, et notre psychothérapeute est formé au trauma et à la dissociation. Cela se traduit par quelques principes simples. Nous ne demandons pas de raconter les faits au premier rendez-vous, ni jamais si la personne ne le souhaite pas : on peut travailler longtemps sur ce que les faits ont laissé sans les décrire. Nous ne posons aucune question sur ce que la personne « a fait », portait, buvait, ou aurait pu faire. Nous croyons ce qui nous est dit, et nous le disons. On peut venir accompagné, et tout peut se faire en téléconsultation, y compris l’EMDR, ce qui compte pour celles et ceux qui ne supportent pas encore une salle d’attente ou un trajet.
Le travail suit un ordre. La sécurité d’abord : si la violence est en cours, dans le couple ou ailleurs, elle passe avant tout le reste. La stabilisation ensuite : retrouver un sommeil, des appuis, des moyens de redescendre quand une image surgit, avec les outils de la TCC et les ressources de l’EMDR, lieu sûr, contenant, que décrit la page stabilisation et ressources en EMDR. Un bilan psycho-traumatique, voire dissociatif, mesure alors précisément ce qui reste, repère une dissociation qui demanderait du temps, et donne lieu à un compte rendu écrit, remis à la personne, qui porte ce « je te crois » dont nous avons parlé. L’EMDR, en séances de 80 minutes, retraite ensuite les scènes une à une, jusqu’à ce qu’elles prennent leur place dans le passé ; il nous arrive de demander de raconter une scène minute par minute, quand c’est le moment, et seulement alors. L’écoute analytique, nourrie de plusieurs grands repères de la psychanalyse, accueille ce que la violence a fait à l’image de soi, au désir, aux loyautés, et ce qu’elle a parfois réveillé de plus ancien. La thérapie de couple, en séances de 80 minutes, peut venir en second temps si les deux partenaires le souhaitent et si les actes ont cessé ; une EMDR individuelle reste possible pour l’un des deux en parallèle. Notre manière de faire est détaillée sur la page notre approche des violences.
À retenir
Le consentement est libre, spécifique, préalable et révocable ; il ne se déduit ni du silence ni de l’absence de réaction. Se figer est une réaction de survie, pas un accord.
La violence sexuelle existe dans le couple, surtout par l’usure, le chantage et les gestes pendant le sommeil ; il n’existe aucun devoir conjugal.
La honte et la culpabilité sont des réactions à la violence, pas des preuves de responsabilité ; être cru est le premier soin, et le « je te crois » écrit d’un psy a un poids particulier.
Une mémoire trouée et des images trop nettes vont ensemble après une sidération ; à l’inverse, un trou de mémoire ne prouve pas une violence oubliée.
Sécurité, stabilisation, bilan psycho-traumatique puis EMDR : le travail suit un ordre, à votre rythme, au cabinet ou en téléconsultation, et le temps écoulé ne change rien à sa possibilité.
Questions fréquentes sur la violence sexuelle
Je n’ai pas dit non et je ne me suis pas débattue : est-ce quand même une agression ?
Oui, cela peut l’être. Le consentement ne se déduit ni du silence ni de l’absence de réaction : c’est désormais écrit dans la loi, et la clinique le constatait depuis longtemps. Devant une menace que l’on ne peut ni fuir ni combattre, le corps se fige ; c’est la réaction de survie la plus fréquente, surtout quand l’agresseur est quelqu’un de proche. La question « pourquoi je n’ai rien fait ? » est celle que nous entendons le plus souvent, et la réponse est toujours la même : parce que votre cerveau a choisi, en une fraction de seconde et sans vous demander votre avis, la réponse qui vous a semblé la moins dangereuse. Vous avez survécu ; vous n’avez pas consenti.
Peut-on parler de viol ou de violence sexuelle dans le couple ?
Oui. Il n’existe aucun devoir conjugal, et la loi s’applique quelle que soit la relation entre l’auteur et la victime, y compris entre époux. Dans le couple, la violence sexuelle est rarement brutale : elle passe par l’insistance jusqu’à l’épuisement, les reproches, la bouderie, les menaces d’aller voir ailleurs, les gestes pendant le sommeil, les rapports imposés « pour se réconcilier ». Céder pour avoir la paix n’est pas consentir. Beaucoup de personnes qui consultent pour une baisse du désir ou des douleurs découvrent, en en parlant, que leur corps refusait depuis longtemps ce qu’elles n’osaient pas refuser.
Pourquoi est-ce que je me sens coupable et sale alors que c’est moi la victime ?
Parce que la violence sexuelle renverse la honte : elle devrait être du côté de celui qui a imposé, elle se loge chez celle ou celui qui a subi. Se croire responsable, « j’avais bu », « je l’avais suivi », donne l’illusion d’un contrôle sur ce qui pourrait se reproduire. Ferenczi décrivait déjà, chez l’enfant, cette façon de prendre sur soi la culpabilité de l’adulte. Le sentiment de culpabilité ne signifie pas la responsabilité. La honte, elle, porte sur ce que l’on croit être devenu : sale, abîmé, différent. Ce sont des réactions à la violence, pas des vérités sur vous, et elles se travaillent.
Je n’ai que des souvenirs fragmentaires : est-ce normal, et est-ce que cela me rend moins crédible ?
C’est fréquent, et cela ne vous rend pas moins crédible. Pendant la sidération, le cerveau n’enregistre pas un récit ordonné mais des fragments sensoriels, une odeur, un bruit, une image, sans date ni contexte. Ces fragments reviennent tels quels, et le récit manque : des blancs et des images trop nettes vont ensemble. C’est la signature d’une mémoire traumatique. En revanche, un trou dans les souvenirs d’enfance ou des symptômes inexpliqués ne permettent pas, à eux seuls, de conclure à une violence oubliée : nous ne cherchons jamais à retrouver ni à suggérer des souvenirs. Nous accueillons ce qui vient, et vous restez seul juge de ce que vous savez.
Les hommes peuvent-ils être victimes de violences sexuelles ?
Oui, et ils parlent encore moins que les femmes. Les hommes et les garçons subissent des violences sexuelles dans l’enfance, dans le couple, dans un groupe, sous l’emprise de l’alcool, de la part d’hommes comme de femmes. La honte y est redoublée par deux idées reçues : qu’un homme devrait pouvoir se défendre, et qu’une érection pendant les faits prouverait le désir. La première ignore la sidération, la seconde ignore que l’érection est un réflexe. Nous recevons des hommes de tous âges pour ces violences, au cabinet ou en téléconsultation, exactement comme nous recevons les femmes.
Comment se passe l’EMDR après une violence sexuelle ?
Elle vient après deux préalables : que la personne ne soit plus exposée à la violence, et qu’elle soit assez stable pour retraiter, ce que vérifie un bilan psycho-traumatique, voire dissociatif, assorti d’un compte rendu écrit. Les séances durent 80 minutes. On cible les scènes une à une, avec les mouvements oculaires ou une autre stimulation alternée, sans obligation de décrire les faits en détail : le travail se fait sur l’image, la sensation et la croyance, « je suis sale », « c’est ma faute ». Le souvenir ne s’efface pas, mais il cesse de revenir comme s’il se produisait maintenant. L’EMDR peut se faire en téléconsultation, et elle agit sur une scène d’il y a trente ans comme sur une scène récente.
Dois-je porter plainte pour commencer une thérapie ?
Non. Le travail psychique ne dépend d’aucune démarche judiciaire. Porter plainte est une décision qui vous appartient, que le cabinet n’organise pas et que nous ne conseillons ni ne déconseillons ; nous sommes là avant, pendant et après si vous la prenez, et tout autant si vous ne la prenez jamais. Pour une victime majeure, c’est d’ailleurs vous qui décidez de ce qu’un soignant porte à la justice, sauf danger immédiat pour la vie. Ce que nous pouvons apporter à une éventuelle procédure, c’est le compte rendu écrit d’un bilan, qui porte le « je te crois » d’un psy appuyé sur des entretiens et des évaluations ; vous en faites l’usage que vous jugez utile.
Références
Livres, articles et liensQuelques références de cette page…
Les ouvrages, articles et documents institutionnels utilisés pour écrire cette page.
Möller, A., Söndergaard, H. P., et Helström, L. (2017). « Tonic immobility during sexual assault – a common reaction predicting post-traumatic stress disorder and severe depression ». Acta Obstetricia et Gynecologica Scandinavica, 96(8).
Ferenczi, S. (1932, publié en 1933). « Confusion de langue entre les adultes et l’enfant ». Traduction française dans Psychanalyse IV, Paris : Payot.
Herman, J. L. (1992). Trauma and Recovery. New York : Basic Books.
Salmona, M. (2013). Le Livre noir des violences sexuelles. Paris : Dunod.
Janet, P. (1889). L’Automatisme psychologique. Paris : Félix Alcan.
van der Kolk, B. (2014). The Body Keeps the Score ; traduction française Le Corps n’oublie rien, Paris : Albin Michel, 2018.
Shapiro, F. (2018). Eye Movement Desensitization and Reprocessing (EMDR) Therapy: Basic Principles, Protocols, and Procedures, 3e édition. New York : Guilford Press.
Que les faits datent d’hier ou de l’enfance, que vous soyez sûr de ce qui s’est passé ou que vous en doutiez encore, un premier rendez-vous permet d’être écouté sans avoir à prouver ni à tout raconter. Au cabinet ou en téléconsultation, accompagné si vous le souhaitez, sans engagement.
La « loi de l’instrument », formulée par Abraham Kaplan en 1964 puis reprise par Abraham Maslow dans The Psychology of Science: A Reconnaissance (1966), rappelle qu’« il est tentant, si le seul outil dont on dispose est un marteau, de traiter tout comme si c’était un clou ».
En psychologie, une méthode ne peut pas répondre à toutes les situations. Forts de plusieurs décennies de pratique et de formations complémentaires, nous mobilisons de nombreux outils, choisis avec discernement, afin d’identifier rapidement les leviers les plus efficaces. Nous proposons ainsi un accompagnement aussi bref qu’efficace, tout en sachant accompagner aussi bien les suivis prolongés que le besoin d’un espace de parole régulier.