Culpabilité et honte après une violence : « c’est de ma faute », « je suis sale »
Il y a une chose que presque toutes les personnes victimes de violences partagent, quelle que soit la violence : elles se sentent coupables, et elles ont honte. Coupables d’être restées, d’avoir ouvert la porte, d’avoir bu ce soir-là, de ne pas avoir crié, d’avoir fait confiance, de n’avoir pas protégé les enfants, d’être allées à cette manifestation. Honteuses de ce qui a été fait à leur corps, de ce que les autres pourraient penser, d’avoir été choisies, de ne pas être la victime parfaite. Ces sentiments sont si constants qu’ils font partie, pour nous, du tableau de la violence au même titre que les cauchemars ou les sursauts. Ils ne prouvent rien sur la responsabilité : ils disent ce que la violence fait à celui qui la subit. Cette page explique pourquoi la faute change de camp, pourquoi la honte colle à la peau, pourquoi la peur de ne pas être cru les redouble, et comment, en séance, on rend la faute à qui elle appartient.
Les phrases que nous entendons : « j’aurais dû », « je l’ai cherché », « je suis sale »
Elles arrivent en général à la deuxième ou à la troisième séance, quand la personne a vérifié qu’on ne la jugerait pas. « J’aurais dû partir la première fois qu’il a levé la main. » « Je n’aurais pas dû monter chez lui. » « Je l’ai bien cherché, avec ce que je portais. » « Je n’ai rien dit pendant des années, c’est ma faute si ça a continué. » « Je suis sale, je me lave et ça ne part pas. » « Si les gens savaient, ils ne me regarderaient plus pareil. » « Je n’ai pas été blessée, alors de quoi je me plains. » Nous les entendons chez des femmes et des hommes, après des violences conjugales, des viols, des coups reçus en manifestation, des humiliations au travail, des attentats, des enfances de maltraitance. La violence change, la phrase reste.
Il est utile de distinguer deux sentiments que ces phrases mélangent. La culpabilité porte sur un acte : j’ai fait, ou je n’ai pas fait, quelque chose qui a causé du tort. Elle regarde vers l’action et pousse à réparer. La honte porte sur l’être : je suis mauvais, indigne, sale, et les autres le voient. Elle regarde vers le regard d’autrui et pousse à se cacher. La psychologue américaine Helen Block Lewis a formalisé cette distinction en 1971, et June Tangney l’a largement confirmée depuis : la culpabilité, même douloureuse, peut être utile ; la honte, elle, fait presque toujours des dégâts. Après une violence, les deux sont là en même temps, et elles se nourrissent : « j’aurais dû » glisse vers « je suis faible », qui glisse vers « je mérite ce qui m’arrive ». Le dossier consacré à ces deux émotions les explore en détail, en particulier sur la page culpabilité ou honte ? et sur celle, essentielle, de la honte après des violences. Cette page-ci ne les refait pas ; elle regarde ce que la violence, précisément, fait à la culpabilité et à la honte, et comment nous travaillons cela au cabinet.
Se sentir coupable n’est pas être responsable
C’est la phrase que nous voudrions que vous gardiez de cette page, si vous n’en gardez qu’une. Le sentiment de culpabilité est une émotion ; la responsabilité est un fait. Les deux peuvent coïncider, dans la vie ordinaire, quand on a vraiment causé un tort. Mais après une violence, ils se séparent presque systématiquement : la personne qui a subi se sent coupable, et celle qui a agi, souvent, ne se sent rien. Si le sentiment prouvait la responsabilité, l’auteur des violences serait innocent et la victime coupable, ce qui est absurde. Le sentiment ne prouve donc pas la responsabilité ; il prouve autre chose, que les sections suivantes détaillent : l’effort de l’esprit pour reprendre le contrôle, la soumission intérieure à l’agresseur, la loyauté, la façon dont les autres ont réagi.
Extrait de séanceLa culpabilité qui s’en va
Le psychologue américain Edward Kubany, qui a beaucoup travaillé avec des vétérans et des femmes victimes de violences conjugales, a décrit dans les années 1990 ce qu’il appelait la culpabilité liée au trauma, et il a montré qu’elle repose sur quelques erreurs de raisonnement très précises et très stables. La personne juge ce qu’elle a fait avec ce qu’elle sait maintenant, et non avec ce qu’elle savait alors. Elle croit qu’elle avait d’autres choix, alors qu’elle n’en avait pas, ou pas de meilleurs. Elle se tient pour responsable d’un résultat qui dépendait d’abord de quelqu’un d’autre. Elle considère qu’elle a mal agi, alors qu’elle a fait ce qu’elle pouvait pour survivre. Ces quatre erreurs ne sont pas de la bêtise : ce sont les ruses d’un esprit qui préfère être coupable que d’avoir été impuissant.
Car c’est bien de cela qu’il s’agit. Se dire « j’aurais pu faire autrement » est insupportable, mais c’est moins insupportable que « je n’y pouvais rien ». La culpabilité redonne, après coup, une prise sur l’événement : si c’était ma faute, alors c’était évitable, alors la prochaine fois je saurai, alors le monde n’est pas un endroit où l’on peut être détruit sans raison. La psychologue Ronnie Janoff-Bulman a observé dès 1979 que les personnes victimes d’un viol se reprochaient très souvent un comportement précis, être sortie, avoir fait confiance, et elle a proposé que ce reproche sur un acte, douloureux mais modifiable, protège contre un reproche bien plus destructeur sur ce que l’on est. Comprendre cette fonction change le regard sur la culpabilité : elle n’est pas une preuve, c’est un pansement, mal posé, sur la blessure de l’impuissance. On ne l’arrache pas ; on soigne la blessure, et le pansement tombe.
Pourquoi la faute change de camp : six mécanismes
Les six cartes ci-dessous décrivent les mécanismes qui font passer la faute de celui qui a agi à celui qui a subi. Ils se combinent presque toujours. Retournez celles qui vous parlent : reconnaître le mécanisme est déjà un début de désengagement.
Le poids que vous portez
Les cinq curseurs ci-dessous mesurent, à l’instant où vous lisez, la place que la culpabilité et la honte prennent chez vous après ce que vous avez subi. Ils ne jugent rien et ne diagnostiquent rien : ils aident à voir ce qui pèse le plus, car ce n’est pas toujours ce que l’on croit. Beaucoup de personnes découvrent que la peur de ne pas être crues pèse plus lourd que le reproche qu’elles se font.
La honte et le regard : « je suis sale », « on va le voir sur moi »
La honte a une géographie : elle est dans les yeux. Avoir honte, c’est se sentir vu, exposé, découvert, et vouloir disparaître. Après une violence, ce regard est d’abord celui de l’auteur des violences, qui a traité la personne comme une chose, et dont le mépris s’est imprimé ; puis celui, imaginé ou réel, des autres, qui sauraient et jugeraient ; puis le sien propre, retourné contre soi comme une caméra qui ne s’éteint plus. C’est pourquoi la honte pousse si fort à se cacher : ne rien dire, éviter les amis, baisser les yeux, porter des vêtements qui couvrent, ne plus se regarder dans le miroir. Et c’est pourquoi elle est si difficile à soigner par la seule raison : on ne convainc pas un regard, on le remplace par un autre.
Le sentiment de souillure mérite un mot à part, parce qu’il est si fréquent après une violence sexuelle et si rarement dit. « Je suis sale », « je me lave et ça ne part pas », « je sens encore son odeur », « mon corps n’est plus à moi ». Certaines personnes se douchent plusieurs fois par jour, frottent jusqu’au sang, changent de draps chaque nuit, ne supportent plus certains tissus ou certaines parties de leur corps. Il ne s’agit pas d’une obsession venue de nulle part : c’est la trace, sur le corps, d’avoir été traité comme un objet, et la tentative désespérée de reprendre possession de soi par le seul moyen qui semble à portée. Ce sentiment cède, mais pas aux arguments : il cède quand la scène où il s’est fixé est retraitée, et quand le corps redevient un lieu à soi, ce dont parle la page retrouver son corps après la violence.
Il y a enfin la honte d’avoir été choisi. « Pourquoi moi ? Qu’est-ce que j’ai qui attire ça ? » Cette question, qui tourne chez beaucoup de personnes, repose sur l’idée que la violence répond à quelque chose chez la victime. Elle ne répond à rien de tel : la violence répond à ce qui se passe chez celui qui l’exerce, et elle choisit ses cibles selon leur accessibilité, leur dépendance, leur isolement, jamais selon leur valeur. Jung dirait que l’agresseur projette sur l’autre son ombre, ce qu’il refuse de voir en lui, et que la personne victime se retrouve à porter ce qui ne lui appartient pas ; la page Jung et l’ombre développe cette lecture, qui aide beaucoup à rendre ce que l’on a reçu. La honte, comme la culpabilité, a changé de propriétaire : elle appartenait à celui qui a agi, et il ne l’a pas voulue.
La peur de ne pas être cru, et le « je te crois » du psy
Ce qui verrouille la culpabilité et la honte, c’est le doute des autres, réel ou redouté. Presque toutes les personnes que nous recevons racontent une scène où elles ont essayé de dire, et où l’on a répondu à côté : « tu es sûre ? », « il n’est pas comme ça », « qu’est-ce que tu faisais là ? », « tu exagères toujours », « c’était il y a longtemps », « pourquoi tu n’as rien dit avant ? ». Parfois, le doute vient de l’enquête, de l’expertise, d’un médecin pressé, d’un collègue. Chaque fois, il produit le même effet : la personne cesse de parler et se met à douter d’elle-même. Ferenczi l’avait vu chez l’enfant : le désaveu de l’adulte fait autant de dégâts que l’acte, parce qu’il retire à la victime la confiance en ses propres sens. Chez l’adulte, c’est pareil. Et quand le doute vient de la famille, il s’ajoute à la violence une seconde blessure, qui est parfois la plus longue à guérir.
C’est ici que la parole du psy a un poids particulier, et nous le disons sans fausse modestie parce que nous le constatons chaque semaine. Trois voix comptent pour quelqu’un qui a été victime. Celle des proches, dont le « je te crois » est le premier refuge, et qui manque parfois. Celle de la justice, qui vient tard, si elle vient. Et celle du psy, dont on parle moins. Parce que son métier est d’écouter, d’évaluer et de conclure, ce qu’il dit n’est pas une opinion de plus : c’est une parole clinique. Entendre « je vous crois » de quelqu’un qui a passé des heures à vous écouter, qui connaît les tableaux que produit la violence et qui les reconnaît chez vous, remet debout celui ou celle qui doutait de sa propre parole. Beaucoup de personnes pleurent à ce moment-là, non de tristesse, mais de soulagement.
Écrit, ce « je te crois » change d’échelle. Le compte rendu d’un bilan psycho-traumatique, qui décrit ce que le psy a observé, les symptômes présents, leur cohérence avec les faits rapportés, peut être lu par les proches, qui se mettent souvent à croire à leur tour ; il peut être versé, si la personne le décide, dans une procédure, où la justice peut en tenir compte. Cette portée impose de la rigueur : une conclusion de ce poids ne repose pas sur une impression, mais sur des entretiens cliniques et des évaluations validées, et c’est pour cela que nous proposons un bilan plutôt qu’une simple attestation. Nous n’organisons pas la plainte, qui est une démarche judiciaire ; nous accompagnons avant, pendant et après, et la page violence et plainte explique cette place. Mais nous tenons à dire ceci : être cru par un psy, et pouvoir le montrer, est l’une des choses qui défont le plus vite la culpabilité et la honte. La page nommer les faits, sortir du silence, être cru en fait la première étape de la reconstruction.
Associer la phrase au mécanisme
Voici six phrases telles que nous les entendons en séance. Pour chacune, choisissez le mécanisme qui semble le plus à l’œuvre. Il y a une correspondance attendue, mais chez vous, la même phrase pourrait venir d’ailleurs : c’est précisément ce que l’on cherche ensemble.
« Tous les signes étaient là, j’aurais dû comprendre dès le premier mois. »
« Si je dis ce que mon père a fait, je détruis ma mère et mes frères. »
« Au fond, il avait raison, je suis quelqu’un d’insupportable. »
« Je préfère penser que c’est ma faute : au moins, je peux faire attention la prochaine fois. »
« Ma sœur m’a demandé ce que j’avais fait pour qu’il s’énerve comme ça. »
« Il dit que c’est lui la victime, que je l’ai poussé à bout, et parfois je me demande s’il n’a pas raison. »
La culpabilité de l’enfant et de l’adolescent victime
Chez l’enfant, tout ce qui précède est amplifié par une particularité de son développement : il se croit au centre de ce qui arrive. Si papa frappe maman, c’est parce qu’il a été bruyant ; si on le frappe, c’est qu’il a été méchant ; si un adulte lui impose des gestes, c’est qu’il a quelque chose de spécial, ou qu’il l’a laissé faire. Cette pensée n’est pas une erreur de logique à corriger, c’est la seule façon dont un petit peut se représenter le monde, et elle est encouragée par les adultes violents, qui disent presque toujours à l’enfant que c’est sa faute, qu’il l’a cherché, que c’est leur secret. Ferenczi l’avait compris le premier : l’enfant terrifié prend sur lui la culpabilité de l’adulte, et la page Ferenczi et Winnicott en détaille le mécanisme. Le résultat est un adulte qui, trente ans plus tard, se sent encore responsable de ce qui lui a été fait à six ans.
Chez l’adolescent, s’ajoute une honte spécifique, liée au corps et au regard des pairs. L’adolescente agressée lors d’une soirée se reproche d’avoir bu, d’avoir flirté, d’avoir voulu plaire ; le garçon violé se demande ce que cela dit de sa virilité ou de son orientation, et il se tait, parfois pour des décennies. Il faut aussi oser nommer une chose dont personne ne parle et qui ronge beaucoup de victimes de violences sexuelles, enfants comme adultes : le corps a parfois réagi. Une excitation physique, une érection, une lubrification pendant une agression sont des réflexes du corps, qui répond à une stimulation comme il répond au froid ou au chatouillement ; elles ne disent rien du désir ni du consentement, et les agresseurs le savent, qui s’en servent pour dire « tu as aimé ». Dire cela clairement en séance soulage souvent d’un poids porté depuis des années.
Avec les enfants, nous travaillons par le jeu, le dessin et les histoires, qui permettent de déposer la faute sans avoir à la dire. Nous recevons l’enfant avec ses parents, seul, ou les deux ; l’adolescent seul, ses parents à d’autres moments. Le parent protecteur, lui, porte presque toujours sa propre culpabilité, « je n’ai rien vu », « je n’ai pas su protéger », et il a besoin d’être accompagné pour ne pas la déverser sur l’enfant ni s’effondrer ; la page la culpabilité des parents et la page enfants exposés aux violences en parlent. Et le « je te crois » du psy, écrit dans un compte rendu, a chez l’enfant une portée particulière : il fait croire les parents qui hésitaient, il peut être lu par l’école, et il met fin à l’obligation, écrasante pour un enfant, de prouver qu’il ne ment pas. La page culpabilité et honte chez l’enfant et l’adolescent complète ces repères.
Rendre la faute, retrouver le regard : comment nous travaillons
Nous ne commençons jamais par dire à quelqu’un qu’il n’y est pour rien. Il le sait, et cela ne l’aide pas ; pire, cela peut lui donner le sentiment de n’être pas entendu dans ce qu’il ressent vraiment. Nous commençons par écouter la culpabilité et la honte telles qu’elles sont, dans leurs mots exacts, et par chercher avec la personne à quel moment précis elles se sont fixées : la seconde où elle n’a pas crié, la phrase qu’il a dite après, le regard de sa mère quand elle a essayé de parler. Il nous arrive de demander de raconter cette scène minute par minute, quand la personne est prête, parce que c’est souvent dans un détail que la faute a changé de camp. C’est le travail de l’écoute analytique, nourrie de Ferenczi, de Winnicott, de Jung : entendre ce que la culpabilité protège, quel lien elle maintient, à qui elle appartenait d’abord.
La TCC apporte des outils précis, que Kubany a formalisés pour la culpabilité liée au trauma : reprendre une à une les erreurs de raisonnement, remettre la décision dans le contexte de ce que l’on savait alors, lister les choix réellement disponibles, distinguer la responsabilité de l’acte de celle de ses conséquences, et regarder ce que la même situation donnerait si c’était un ami qui l’avait vécue. Ce travail ne convainc pas la honte, mais il désarme la culpabilité, et il redonne au cortex la main sur un jugement que l’émotion avait pris. Pour la honte, qui ne cède pas aux arguments, les compétences de la TCD, que nous proposons au complet, en individuel et en groupe, apprennent à la traverser sans se cacher, et le groupe lui-même, où d’autres personnes ont vécu des choses comparables, est l’un des remèdes les plus puissants contre le sentiment d’être le seul.
Vient enfin l’EMDR, en séances de quatre-vingts minutes, après un bilan psycho-traumatique, voire dissociatif, et une stabilisation. L’EMDR ne travaille pas seulement l’image et la peur : elle travaille la phrase que la personne a conclue sur elle-même dans la scène, « c’est ma faute », « je suis sale », « je ne vaux rien », et elle cherche la phrase qu’elle voudrait pouvoir se dire à la place, « j’ai fait ce que je pouvais », « mon corps est à moi », « c’est lui qui a fait cela ». Quand le souvenir est retraité, cette seconde phrase cesse d’être une bonne résolution et devient une évidence ressentie. C’est, de toutes les choses que nous observons en séance, l’une des plus émouvantes : le moment où quelqu’un dit, étonné, « mais ce n’était pas ma faute », non plus comme on récite, mais comme on découvre. Le dossier culpabilité et honte décrit sur la page l’EMDR et les TCC pour la honte et la culpabilité comment ces deux voies se complètent.
À retenir
Se sentir coupable est une émotion ; être responsable est un fait. Après une violence, les deux se séparent : le sentiment ne prouve rien sur la responsabilité.
La faute change de camp par des mécanismes précis : le contrôle rétrospectif, la faute préférée à l’impuissance, l’identification à l’agresseur, la loyauté, la croyance en un monde juste, le retournement des rôles.
La honte est dans le regard ; elle pousse à se cacher et se nourrit de la cachette. Le sentiment de souillure est la trace d’avoir été traité comme un objet.
Le « je te crois » du psy, écrit dans un compte rendu de bilan, remet debout et fait croire les autres.
Au cabinet : écoute analytique, outils de la TCC sur les erreurs de raisonnement, TCD pour traverser la honte, EMDR sur les scènes et les phrases où la faute s’est fixée.
Si la honte vous pousse à vous faire du mal
La honte et la culpabilité après une violence s’accompagnent parfois d’idées de disparaître ou de gestes contre soi. En cas de danger immédiat, faites le 15 (SAMU). Prenez un rendez-vous au cabinet en téléconsultation le plus rapidement possible. Si Doctolib ne permet pas un rendez-vous immédiat, envoyez des textos WhatsApp ou/et SMS aux cliniciens du cabinet.
En pratique
Notre psychothérapeute, formé au trauma et à la dissociation, reçoit les adultes, les adolescents et les enfants à Colombes, aux Pavillons-sous-Bois, en Ardèche et en téléconsultation, tous les jours de l’année. Un premier rendez-vous n’oblige à rien de plus, et vous pouvez y venir avec une personne de confiance. Les bilans sont décrits sur la page bilans, notre manière de travailler avec les personnes victimes sur la page notre approche des violences.
Exemple fictif : Léa, 24 ans, « j’avais bu, je l’ai suivi, qu’est-ce que je croyais »
Léa est un personnage imaginé pour cette page ; ce qu’elle dit, en revanche, nous l’entendons presque mot pour mot en consultation.
Situation
Léa a été violée il y a huit mois par un ami d’amis, après une soirée où elle avait bu et où elle l’avait embrassé. Elle a dit non plusieurs fois, puis elle s’est figée. Elle n’a parlé qu’à sa meilleure amie, qui lui a répondu : « mais tu étais d’accord au début, non ? » Depuis, Léa se douche deux fois par jour, a jeté les vêtements qu’elle portait, évite les soirées, et répète : « j’avais bu, je l’ai suivi, qu’est-ce que je croyais. Je ne suis pas une vraie victime. Et de toute façon personne ne me croirait, puisque j’ai embrassé ce garçon. » Elle a honte de son corps, ne supporte plus que son copain la touche, et dit qu’elle se sent « sale de l’intérieur ».
Par où commencerions-nous ?
Vrai ou faux : six idées sur la culpabilité et la honte des victimes
Six idées reçues qui maintiennent la faute du mauvais côté. Pour chacune, dites ce que vous en pensez ; la réponse d’un clinicien s’affiche ensuite.
Affirmation 1
« Si je me sens aussi coupable, c’est qu’il y a forcément une part de vérité. »
Faux. Le sentiment de culpabilité est une émotion, la responsabilité est un fait, et après une violence ils se séparent presque toujours : celui qui a subi se sent coupable, celui qui a agi souvent ne sent rien. Le sentiment prouve l’effort de l’esprit pour reprendre le contrôle, la soumission intérieure à l’agresseur ou la loyauté ; il ne prouve pas la faute.
Affirmation 2
« Se reprocher un acte précis peut protéger d’un sentiment pire : celui d’avoir été impuissant. »
Vrai. « Je n’aurais pas dû sortir » redonne une prise sur un monde devenu imprévisible : si c’était évitable, on pourra l’éviter. Ronnie Janoff-Bulman l’a observé dès 1979 chez des femmes victimes de viol. Cette culpabilité est un pansement sur l’impuissance ; on soigne la blessure, et il tombe.
Affirmation 3
« Un corps qui a réagi physiquement pendant une agression sexuelle, c’est un corps qui a consenti. »
Faux, absolument. L’excitation physique, l’érection, la lubrification sont des réflexes qui répondent à une stimulation comme le corps répond au froid. Elles ne disent rien du désir ni du consentement. Les agresseurs s’en servent pour dire « tu as aimé » ; c’est une arme, pas une preuve.
Affirmation 4
« Pour soigner la culpabilité, il suffit d’expliquer à la personne qu’elle n’y est pour rien. »
C’est plus nuancé. La personne le sait déjà, intellectuellement, et l’entendre ne change pas ce qu’elle ressent ; cela peut même la faire se sentir incomprise. Ce qui agit, c’est d’être cru, de voir la mécanique de sa culpabilité, de reprendre les raisonnements un par un, et de retraiter les scènes où elle s’est fixée. Alors la phrase « ce n’était pas ma faute » cesse d’être récitée et devient ressentie.
Affirmation 5
« Le doute de l’entourage peut faire autant de mal que la violence elle-même. »
Vrai. « Tu es sûre ? », « qu’est-ce que tu faisais là ? » retirent à la personne la confiance en ses propres sens et la font taire pour longtemps. Ferenczi l’a décrit chez l’enfant, nous le voyons chez l’adulte. C’est pourquoi le « je te crois » d’un psy, qui s’appuie sur une évaluation, remet debout et fait souvent croire les autres.
Affirmation 6
« La honte après une violence s’efface avec le temps, il suffit de ne plus y penser. »
Faux. La honte se nourrit du silence et de la cachette : plus on la cache, plus elle confirme qu’il y a quelque chose à cacher. Elle ne cède pas aux arguments ni au temps, mais au regard de quelqu’un qui sait et ne détourne pas les yeux, puis au retraitement des scènes où elle s’est fixée. Le groupe, où d’autres ont vécu des choses comparables, est l’un de ses meilleurs remèdes.
Questions fréquentes sur la culpabilité et la honte après une violence
Pourquoi est-ce que je me sens coupable alors que c’est moi la victime ?
Parce que la culpabilité, après une violence, ne mesure pas la responsabilité mais remplit une fonction. Elle redonne une prise sur l’événement : si c’était ma faute, c’était évitable, et le monde reste un endroit où l’on peut se protéger. Elle vient aussi de l’identification à l’agresseur, décrite par Ferenczi, par laquelle celui qui subit adopte le regard de celui qui agit et prend sur lui sa faute ; de la loyauté, quand l’auteur est un proche ; et des réactions de l’entourage, qui cherche ce que la victime a fait pour « mériter » cela. Se sentir coupable n’est pas être responsable.
Pourquoi ai-je l’impression d’être sale après une agression sexuelle ?
Parce que votre corps a été traité comme un objet, et que cette expérience laisse une trace qui se vit comme une souillure. Se laver sans fin, jeter des vêtements, ne plus supporter certaines parties de son corps sont des tentatives de reprendre possession de soi par le seul moyen qui semble à portée. Ce sentiment est très fréquent, rarement dit, et il ne cède pas aux arguments : il recule quand la scène où il s’est fixé est retraitée, par l’EMDR notamment, et quand le corps redevient un lieu à soi, par le mouvement, la respiration, et parfois un travail sur l’intimité.
J’ai bu, j’ai flirté, j’ai suivi : suis-je quand même une victime ?
Oui. Boire, flirter, embrasser, monter chez quelqu’un ne sont pas des consentements à ce qui suit, et un non, même un seul, même suivi d’une sidération, est sans ambiguïté. Le reproche que vous vous faites est le contrôle rétrospectif à l’œuvre : vous jugez avec ce que vous savez maintenant ce que vous avez décidé avec ce que vous saviez alors, et personne ne prévoit une violence qu’il n’a pas encore subie. L’idée de « vraie victime », qui aurait tout bien fait, est une fiction qui sert à maintenir la faute du mauvais côté.
Mon corps a réagi pendant l’agression : est-ce que cela veut dire que j’ai aimé ?
Non. L’excitation physique, l’érection, la lubrification, parfois même un orgasme sont des réflexes du corps qui répondent à une stimulation mécanique, comme il répond au froid ou au chatouillement, indépendamment du désir et du consentement. Les agresseurs le savent et s’en servent pour dire « tu as aimé » ; c’est une arme supplémentaire, pas une preuve. Cette question ronge beaucoup de personnes, enfants et adultes, pendant des années, et la poser en séance soulage presque toujours d’un poids énorme. Vous n’avez rien voulu de ce qui vous a été fait.
Comment faire quand ma famille ne me croit pas ?
Le doute de la famille est une seconde blessure, souvent la plus longue à guérir, parce qu’il retire la confiance en ses propres perceptions. Il ne se résout pas en convainquant à tout prix. Ce qui aide, c’est d’abord d’être cru ailleurs, par quelqu’un dont c’est le métier : le « je te crois » d’un psy, qui s’appuie sur des entretiens et des évaluations, remet debout. Écrit dans le compte rendu d’un bilan psycho-traumatique, il peut être lu par les proches, qui se mettent souvent à croire à leur tour. Et il permet de poser des limites avec ceux qui continuent de douter, sans avoir à prouver quoi que ce soit.
Comment se libérer de la culpabilité et de la honte après une violence ?
Par étapes, et rarement seul. Être cru, d’abord, par quelqu’un qui connaît ce que la violence produit. Comprendre ensuite la mécanique de sa culpabilité, contrôle rétrospectif, faute préférée à l’impuissance, identification à l’agresseur, loyauté, pour qu’elle cesse d’être une évidence. Reprendre les raisonnements un à un, avec les outils de la TCC. Traverser la honte sans se cacher, ce que la TCD et le groupe apprennent. Et retraiter, par l’EMDR, les scènes et les phrases où la faute s’est fixée, jusqu’à ce que « ce n’était pas ma faute » ne soit plus récité mais ressenti. Au cabinet, ce travail s’appuie sur un bilan et peut se faire en téléconsultation.
Références
Livres, articles et liensQuelques références de cette page…
Les travaux cités sur cette page.
Lewis, H. B. (1971). Shame and Guilt in Neurosis. International Universities Press.
Tangney, J. P., & Dearing, R. L. (2002). Shame and Guilt. Guilford Press.
Kubany, E. S., Haynes, S. N., Abueg, F. R., et al. (1996). « Development and validation of the Trauma-Related Guilt Inventory (TRGI) ». Psychological Assessment, 8(4).
Janoff-Bulman, R. (1979). « Characterological versus behavioral self-blame : inquiries into depression and rape ». Journal of Personality and Social Psychology, 37(10).
Fischhoff, B. (1975). « Hindsight is not equal to foresight : the effect of outcome knowledge on judgment under uncertainty ». Journal of Experimental Psychology : Human Perception and Performance, 1(3).
Lerner, M. J. (1980). The Belief in a Just World : A Fundamental Delusion. Plenum Press.
Freyd, J. J. (1997). « Violations of power, adaptive blindness and betrayal trauma theory ». Feminism & Psychology, 7(1).
Boszormenyi-Nagy, I., & Spark, G. M. (1973). Invisible Loyalties. Harper & Row.
Ferenczi, S. (1933). « Confusion de langue entre les adultes et l’enfant ». Dans Psychanalyse IV, Payot, 1982.
Herman, J. L. (1992). Trauma and Recovery. Basic Books.
Centre national de ressources et de résilience (Cn2r). Dossier thématique : violences sexuelles (2024). cn2r.fr.
Vous n’avez rien à prouver pour être reçu. Un premier rendez-vous, au cabinet ou en téléconsultation, permet de déposer les faits devant quelqu’un dont le métier est de croire ce qu’il entend, et de commencer à remettre la culpabilité et la honte du côté où elles sont nées.
La « loi de l’instrument », formulée par Abraham Kaplan en 1964 puis reprise par Abraham Maslow dans The Psychology of Science: A Reconnaissance (1966), rappelle qu’« il est tentant, si le seul outil dont on dispose est un marteau, de traiter tout comme si c’était un clou ».
En psychologie, une méthode ne peut pas répondre à toutes les situations. Forts de plusieurs décennies de pratique et de formations complémentaires, nous mobilisons de nombreux outils, choisis avec discernement, afin d’identifier rapidement les leviers les plus efficaces. Nous proposons ainsi un accompagnement aussi bref qu’efficace, tout en sachant accompagner aussi bien les suivis prolongés que le besoin d’un espace de parole régulier.