Retrouver son corps après la violence : sommeil, respiration, mouvement, EMDR
Après une violence, beaucoup de personnes parlent de leur corps à la troisième personne. « Il » ne dort pas, « il » sursaute, « il » se raidit dès qu’on l’approche. Le corps a été l’endroit par où la violence est entrée, et l’on s’en est écarté pour tenir ; l’ennui, c’est que l’on reste à l’écart quand le danger est passé. Cette page suit le chemin inverse : rentrer chez soi, pièce par pièce. Le sommeil, le souffle, le mouvement, le toucher, et l’EMDR, qui travaille exactement là où les sensations sont restées coincées. Ni programme de remise en forme ni leçon de bien-être : des gestes choisis, dont nous expliquons chaque fois pourquoi ils agissent.
« Ce corps n’est plus à moi » : ce que décrivent les personnes qui consultent
Les mots varient, l’expérience est la même. Une femme dit qu’elle « habite au-dessus de son cou ». Un homme explique qu’il ne sent plus la faim et mange parce que l’horloge l’indique. Une adolescente ne supporte plus les miroirs. Un autre patient a des douleurs dans le dos que trois examens n’ont pas expliquées. Tous décrivent, à leur manière, une mise à distance de leur propre corps. Pierre Janet, dès 1889, avait observé que l’esprit, devant ce qu’il ne peut pas intégrer, se scinde : une part continue de vivre, une autre reste figée avec les sensations de l’instant. Un siècle plus tard, le psychiatre Bessel van der Kolk a donné à cette idée un titre devenu célèbre, Le Corps n’oublie rien : la violence s’inscrit dans la physiologie autant que dans la mémoire.
Il faut d’abord dire à quoi cette mise à distance a servi. Pendant les faits, ne plus sentir était la seule issue possible. Quand on ne peut ni fuir ni lutter, le système nerveux coupe : la douleur s’éloigne, la scène se regarde de l’extérieur, le temps se déforme. C’est une protection, pas une défaillance, et elle a souvent permis de survivre. Le problème commence quand elle reste enclenchée des mois ou des années après : on ne sent plus le danger, mais on ne sent plus non plus la fatigue, le plaisir, la limite, la faim. Le corps devient un véhicule que l’on conduit sans tableau de bord.
Deux précisions avant d’aller plus loin. Les douleurs, les troubles digestifs, les vertiges ou l’épuisement sont réels et méritent un examen médical ; nous travaillons en lien avec votre médecin, et la page sur le corps après la violence détaille ce qui relève de lui. Et le travail que décrit cette page ne consiste pas à « se forcer à sentir ». Il consiste à rendre le corps assez sûr pour que les sensations reviennent d’elles-mêmes, dans l’ordre où elles le peuvent.
L’alarme qui ne s’éteint plus : hypervigilance, sursauts, tensions
Le système nerveux autonome fonctionne avec un accélérateur et un frein. L’accélérateur, le système sympathique, prépare à fuir ou à lutter : cœur rapide, muscles tendus, pupilles larges, digestion suspendue. Le frein, le système parasympathique, permet de digérer, de dormir, de se laisser approcher. Le chercheur Stephen Porges a montré qu’une branche de ce frein, liée au nerf vague, est spécialement associée au sentiment de sécurité en présence d’autrui : c’est elle qui se relâche quand une voix douce ou un visage familier nous apaise. Après une violence, l’accélérateur reste enfoncé, ou bien le système bascule dans un arrêt protecteur, le figement, qui ressemble à de l’épuisement et à de l’absence.
Concrètement, cela donne un corps qui sursaute quand quelqu’un arrive par-derrière, une mâchoire serrée dès le réveil, une nuque de pierre, un ventre noué, un sommeil si léger qu’une porte qui claque dans l’immeuble suffit à réveiller. Ou, à l’inverse, une fatigue sans fond, un sentiment de vide, des moments où l’on regarde ses mains comme si elles appartenaient à quelqu’un d’autre. Ces deux tableaux semblent opposés ; ils sont les deux faces d’une même alarme qui ne reçoit plus le signal de fin. La notion de fenêtre de tolérance décrit bien ce va-et-vient entre trop et pas assez.
Le corps n’a pas tort de faire cela. Il a appris, dans des conditions réelles, que baisser la garde était dangereux, et il applique la leçon avec une fidélité qui serait admirable si elle n’était pas épuisante. Rien de tout cela n’est un signe de faiblesse ni de fragilité de caractère. La page ce que la violence fait au cerveau explique en détail comment l’amygdale, l’hippocampe et le cortex se partagent cette alarme ; ici, nous nous intéressons à la manière de l’éteindre, doucement, par le bas : par le corps lui-même.
Ce que votre corps vous dit, ces deux dernières semaines
Avant de choisir une porte d’entrée, il est utile de savoir où le corps parle le plus fort. Les seize phrases ci-dessous couvrent le sommeil, la tension, les sensations et le lien que vous entretenez avec votre corps. Cochez ce qui vous ressemble ; le verdict dit par quoi nous commencerions.
Quatre portes vers le corps : dormir, respirer, bouger, sentir
On n’entre pas dans son corps par n’importe quelle porte. Certaines personnes ne supportent pas encore la respiration lente mais marchent volontiers ; d’autres dorment mal mais retrouvent du calme sous une douche chaude. Choisissez l’onglet qui vous paraît le moins difficile : c’est par là qu’il faut commencer.
Dormir : rendre la chambre à nouveau sûre. Le sommeil est le moment où l’on perd le contrôle, et c’est précisément ce que le corps refuse après une violence. Avant toute règle d’hygiène du sommeil, il faut donc que la chambre redevienne un lieu où l’on peut se laisser aller : une porte qui ferme, une lampe que l’on choisit, parfois un changement de place du lit pour voir l’entrée. Ensuite viennent les gestes qui remettent l’horloge à l’heure : se lever à heure fixe même après une mauvaise nuit, chercher la lumière le matin, baisser les écrans le soir.
Pour les cauchemars qui rejouent les faits, la TCC propose un outil précis : réécrire la fin du rêve, à l’état de veille, en lui donnant une issue que l’on choisit, puis répéter cette version quelques minutes chaque jour. Beaucoup de personnes voient leurs cauchemars changer en quelques semaines. Quand ils persistent, c’est le signe qu’une scène demande à être retraitée, et l’EMDR prend le relais. Les mécanismes du sommeil abîmé sont détaillés dans anxiété, sommeil et insomnie.
Respirer : c’est l’expiration qui compte. Inspirer active l’accélérateur, expirer active le frein. Un souffle qui sort plus longtemps qu’il n’entre envoie au nerf vague un message sans ambiguïté : on peut se permettre de souffler, donc il n’y a pas de danger. Une main sur le ventre aide à sentir le mouvement. Fredonner, chanter, soupirer bruyamment produisent le même effet, parce qu’ils allongent l’expiration sans y penser.
Une mise en garde que nous répétons souvent : pour certaines personnes, surtout celles qui ont été immobilisées, bâillonnées ou étranglées, la respiration lente et profonde fait monter l’angoisse au lieu de la faire descendre. Si c’est votre cas, ne forcez pas. Respirez les yeux ouverts, en bougeant les doigts, avec des temps courts, et préférez d’abord la porte « sentir » ou « bouger ». Le souffle viendra plus tard, quand le corps aura compris qu’on ne lui impose rien.
Bouger : terminer le geste que la violence a interrompu. Le thérapeute Peter Levine, observant les animaux qui tremblent puis repartent après avoir échappé à un prédateur, a proposé que le figement traumatique soit une décharge interrompue : l’énergie mobilisée pour fuir ou lutter n’a jamais pu s’écouler. Que l’on adhère ou non à toute sa théorie, l’observation clinique est robuste : les personnes qui remettent leur corps en mouvement, à leur rythme, voient l’alarme baisser.
Commencer petit : cinq minutes de marche d’un bon pas, en sentant les pieds frapper le sol alternativement. Puis allonger, puis choisir. La section ci-dessous détaille ce qui aide, ce qui piège, et pourquoi la règle la plus importante est de garder la main sur le rythme.
Sentir : laisser revenir les sensations agréables d’abord. On croit souvent qu’il faut affronter les sensations difficiles pour se réapproprier son corps. C’est l’inverse qui fonctionne. Le corps revient par ce qui est bon : l’eau chaude sur la nuque, la laine d’un pull, une boisson que l’on boit lentement, le poids d’une couverture, le soleil sur les avant-bras. Chaque sensation agréable remarquée est une information nouvelle pour le système nerveux : ce corps peut aussi être un lieu de bien-être.
Nous proposons souvent un exercice modeste : noter trois sensations par jour, sans les juger, même minuscules. Le balayage corporel complet, allongé, les yeux fermés, est à réserver pour plus tard ; il expose à des bascules que l’on ne maîtrise pas encore. Les séances de relaxation en ligne du site permettent de s’entraîner avec une voix qui guide, en gardant la possibilité d’arrêter à tout moment.
Allonger l’expiration : huit cycles guidés
Voici l’exercice que nous conseillons le plus souvent entre deux séances, parce qu’il ne demande ni lieu ni matériel et qu’il s’interrompt sans conséquence. Asseyez-vous, les pieds à plat. Le cercle grandit quand vous inspirez par le nez, il se referme quand vous soufflez par la bouche, lèvres entrouvertes, comme pour refroidir une cuillère de soupe. Si un rythme vous essouffle, prenez le plus court. Les yeux peuvent rester ouverts.
Bouger : un mouvement que l’on dirige, pas une fuite
Marcher est le point de départ le plus sûr. La marche d’un bon pas alterne gauche et droite, mobilise les grandes masses musculaires, se dose à la minute près et s’arrête dès qu’on le décide. Courir ajoute l’essoufflement, qui peut rappeler la panique chez certaines personnes et libérer chez d’autres : c’est à essayer prudemment. Nager enveloppe le corps dans une pression douce que beaucoup décrivent comme apaisante, à condition de supporter les vestiaires et les regards. Danser, chez soi, sans témoin, rend au corps un usage qui n’a rien à voir avec la défense ou la survie. Les arts martiaux et la self-défense redonnent à certaines personnes le sentiment de pouvoir agir, mais ils peuvent aussi réactiver des scènes : mieux vaut un enseignant prévenu et la liberté de sortir du tatami.
Le yoga, la méthode Pilates, le qi gong sont utiles quand l’enseignant respecte trois règles : ne pas corriger une posture en touchant sans demander, laisser le choix de garder les yeux ouverts, et ne jamais présenter l’immobilité comme un objectif. Ce que l’on appelle parfois « yoga sensible au trauma » tient en ces précautions. Le critère, pour toute activité, est le même : en sortez-vous en sentant votre corps un peu plus, ou un peu moins ?
Car il existe un piège, que nous voyons souvent. Le sport peut devenir une anesthésie de plus : courir jusqu’à ne plus rien sentir, enchaîner les séances pour ne pas rentrer chez soi, mesurer sa valeur à la performance. Le corps est alors utilisé comme un outil à faire taire, exactement comme pendant la violence. Le signe qui ne trompe pas : après l’effort, on est vide plutôt que présent. Les autres conduites qui servent à ne plus sentir, alcool, nourriture, écrans, sont décrites dans après la violence : alcool, drogues, compulsions ; le sport peut en faire partie, et il peut aussi en être la sortie, selon la manière dont on le pratique.
Le toucher et la sexualité : retrouver le droit de dire oui et non
Être touché suppose de baisser la garde, et c’est ce que le corps a désappris. La main d’un proche posée sur l’épaule fait sursauter, l’étreinte d’un partenaire provoque une raideur que l’on ne commande pas, parfois une absence soudaine : la personne est là et n’y est plus. Ces réactions sont d’autant plus douloureuses qu’elles surviennent avec des gens que l’on aime et qui ne comprennent pas. Il faut d’abord le dire au partenaire, avec des mots simples : ce n’est pas toi, c’est mon corps qui n’a pas encore compris que c’est fini.
La reconquête du toucher suit une règle que nous proposons presque toujours : le toucher que l’on donne précède le toucher que l’on reçoit, et chaque étape est décidée par la personne qui a subi la violence. Poser soi-même sa main, choisir la zone, la durée, convenir d’un mot ou d’un geste qui arrête tout sans discussion. Un massage, une séance d’ostéopathie, une coiffure peuvent être des étapes, à condition que le praticien explique ce qu’il fait et demande avant chaque geste. Ce que l’on cherche n’est pas d’endurer, mais d’éprouver un contact dont on garde la main.
La sexualité pose les mêmes questions avec plus d’intensité, surtout après une violence sexuelle. Un point doit être dit clairement parce qu’il torture beaucoup de personnes : une réaction du corps pendant l’agression, une lubrification, une érection, n’est en rien un consentement. C’est une réponse physiologique automatique, et elle n’enlève rien à la violence. Retrouver du désir et du plaisir demande du temps, un partenaire patient, parfois un travail à deux, et souvent le retraitement en EMDR des scènes qui reviennent au moment de l’intimité. Le dossier sexologie et la page sexualité dans le couple prolongent ce que nous ne faisons qu’esquisser ici ; la page sur la violence sexuelle revient sur la sidération et le consentement.
Réhabiter son corps en six étapes
Ces étapes ne sont pas un calendrier : certaines personnes en franchissent deux en un mois, d’autres restent longtemps sur la première, et il arrive de revenir en arrière. Elles donnent un ordre, pas une vitesse.
Être en sécuritéAucun travail corporel ne tient tant que le danger est réel ou que l’alarme ne peut pas redescendre. La page sur la sécurité et la distance décrit ce sol. Ici, il s’agit seulement de vérifier qu’il existe.
Observer sans jugerTrois sensations par jour, notées en une ligne : « mâchoire serrée en réunion », « chaleur des mains autour de la tasse », « rien senti pendant le repas ». On ne cherche pas à changer, on cartographie.
Ouvrir de petites fenêtresUne minute d’expiration longue, une douche prise en y faisant attention, cinq minutes de marche. Des fenêtres courtes, répétées, qui apprennent au corps que la détente ne mène pas à la catastrophe.
Bouger à son rythmeChoisir une activité où l’on commande le tempo et où l’on peut arrêter, l’augmenter lentement, et vérifier après chaque séance qu’on se sent plus présent, pas plus vide.
Choisir le toucherLe toucher que l’on donne avant celui que l’on reçoit, une zone, une durée, un mot qui arrête tout. Puis, si l’on en a envie, l’intimité, au rythme du corps et pas du calendrier du couple.
Retraiter les souvenirsQuand les étapes précédentes tiennent, l’EMDR s’attaque à ce qui maintient l’alarme allumée : les scènes, les odeurs, les gestes qui reviennent. C’est souvent là que le corps change le plus nettement.
À retenir
S’écarter de son corps a servi à survivre ; y revenir se fait par ce qui est bon, pas par ce qui fait mal.
L’expiration longue, la marche et les sensations agréables remarquées sont les trois gestes les plus simples et les plus sûrs.
Le sport peut réparer ou anesthésier : après l’effort, on doit se sentir plus présent, pas plus vide.
Une réaction du corps pendant une agression n’est jamais un consentement.
L’EMDR travaille les sensations autant que les images, et c’est souvent par elle que le corps change le plus.
L’EMDR expliquée par le corps
Quand Francine Shapiro a formalisé l’EMDR, elle a défini la cible d’une séance par quatre éléments : une image, une pensée négative sur soi, une émotion et une sensation dans le corps. Ce dernier point est souvent oublié dans les descriptions grand public, alors qu’il est central. Au début du retraitement, nous demandons où cela se sent : la gorge, la poitrine, le ventre, les jambes qui veulent courir. Pendant les séries de stimulations bilatérales, mouvements des yeux, tapotements alternés ou sons, ces sensations bougent, se déplacent, s’intensifient parfois avant de se dissoudre. En fin de séance, un balayage du corps vérifie qu’il ne reste pas de zone qui réagit encore quand on évoque la scène.
Ce que les personnes rapportent après un retraitement réussi est très physique : « la scène est loin », « je peux y penser sans que mon ventre se serre », « l’odeur ne me fait plus rien ». Le souvenir est toujours là, mais il a changé de statut : il est daté, rangé, il n’est plus une alerte. Au cabinet, les séances d’EMDR durent quatre-vingts minutes, un temps nécessaire pour ne pas laisser une personne au milieu d’une activation. Elles sont précédées d’un bilan psycho-traumatique, voire dissociatif, dont le compte rendu écrit vous est remis, et d’une phase de préparation où les outils de cette page, souffle, ancrage, lieu sûr, sont installés.
L’EMDR se pratique aussi en téléconsultation, avec des adaptations décrites dans l’EMDR en visio. Le déroulement complet d’une séance est raconté pas à pas, et le rôle des stimulations dans la stimulation bilatérale alternée. Nous n’opposons pas l’EMDR aux autres approches : les outils de la TCC préparent et consolident, l’écoute analytique donne du sens à ce que le corps répète, et c’est l’ensemble qui fait avancer.
Exemple fictif : Théo, 29 ans, « je veux un sport pour me vider »
Théo est un personnage composé, qui ne correspond à aucun patient en particulier. Son histoire sert à montrer l’ordre dans lequel nous avançons.
Situation
Il y a huit mois, Théo a été frappé et dépouillé par trois personnes en rentrant d’une soirée. Depuis, il dort quatre heures par nuit, sursaute quand on le dépasse dans la rue, a arrêté la course à pied qu’il pratiquait trois fois par semaine, et a pris du poids, « ce n’est pas grave ». Il ne regarde plus la cicatrice sur son arcade. Il consulte parce que sa compagne ne supporte plus qu’il se raidisse quand elle le prend dans ses bras. Il demande « un sport violent pour me vider, et que ça passe ».
Que lui proposerions-nous d’abord ?
Vrai ou faux : huit idées sur le corps après une violence
Certaines de ces affirmations sont dites par les personnes elles-mêmes, d’autres par leurs proches ou dans les magazines. Répondez, puis lisez la nuance.
Affirmation 1
« Le corps oublie si l’on arrête de penser à ce qui s’est passé. »
Faux. Ne plus y penser est souvent un évitement, et l’évitement maintient l’alarme. Le corps garde la trace sous forme de sursauts, de tensions, de réactions à des odeurs ou à des gestes, même quand la tête a réussi à détourner le regard. Il se calme quand le souvenir est traité, pas quand il est contourné.
Affirmation 2
« Respirer profondément calme toujours. »
C’est plus nuancé. L’expiration longue calme la plupart des gens. Mais chez certaines personnes, en particulier après une immobilisation ou un étranglement, la respiration lente et profonde fait monter l’angoisse. Il faut alors des temps courts, les yeux ouverts, ou une autre porte d’entrée, le mouvement ou les sensations.
Affirmation 3
« Faire du sport intensément est le meilleur moyen de se vider. »
C’est plus nuancé. Le mouvement aide réellement à faire baisser l’alarme, à condition que l’on garde la main sur le rythme et que l’on en sorte plus présent. Un sport pratiqué pour ne plus rien sentir devient une anesthésie, comme l’alcool ou les écrans, et il entretient la coupure avec le corps.
Affirmation 4
« Les douleurs sans cause médicale trouvée sont imaginaires. »
Faux. Une douleur est réelle quelle que soit son origine. Un corps maintenu en tension pendant des mois produit des douleurs musculaires, digestives, des maux de tête, que les examens ne montrent pas toujours. Elles méritent d’être examinées par le médecin et travaillées en psychothérapie, les deux à la fois.
Affirmation 5
« Si mon corps a réagi pendant l’agression, c’est que j’étais d’accord. »
Faux, absolument. Les réponses physiologiques, lubrification, érection, parfois même un orgasme, sont des réflexes que le corps produit sous stimulation, indépendamment de la volonté et de la peur. Elles ne disent rien du consentement et n’enlèvent rien à la violence. Beaucoup de personnes portent cette honte en silence ; elle n’a pas lieu d’être.
Affirmation 6
« L’EMDR travaille sur les sensations du corps autant que sur les images. »
Vrai. La cible d’une séance comprend une image, une pensée sur soi, une émotion et une sensation corporelle. Pendant le retraitement, ces sensations bougent et se dissolvent, et un balayage du corps en fin de séance vérifie qu’il ne reste pas de zone en alerte. C’est l’une des raisons pour lesquelles les personnes décrivent des changements très physiques.
Affirmation 7
« Retrouver une sexualité après une violence sexuelle demande du temps et des conditions. »
Vrai. Le corps a appris que l’intimité était un danger ; il faut des expériences répétées de toucher choisi, un partenaire qui accepte le rythme, un mot qui arrête tout, et souvent le retraitement des scènes qui reviennent pendant l’intimité. Se forcer pour « passer le cap » renforce la coupure au lieu de la réparer.
Affirmation 8
« Sursauter au moindre bruit des mois après est un signe de faiblesse. »
Faux. Le sursaut exagéré est l’un des signes les plus typiques du stress post-traumatique : un système d’alarme réglé sur le danger et qui n’a pas reçu le signal de fin. Il n’a rien à voir avec le caractère. Il diminue avec la sécurité retrouvée, le sommeil, et le traitement des souvenirs qui le maintiennent.
Comment nous travaillons avec le corps au cabinet
Nous recevons chaque semaine des personnes dont le corps porte une violence, qu’elle soit récente ou ancienne, conjugale, sexuelle, familiale, subie au travail, en manifestation, en garde à vue ou lors d’un attentat. Le corps est présent dans chacune de nos approches, à sa manière. Les outils de la TCC s’occupent du sommeil, des cauchemars et de l’évitement des lieux ou des gestes, avec des exercices précis et des séances de relaxation que vous pouvez refaire chez vous. L’EMDR, par séances de quatre-vingts minutes, retraite les scènes et les sensations qui maintiennent l’alarme. L’écoute analytique entend ce que le corps dit quand les mots manquent : une douleur qui revient à une date, un dégoût de soi plus ancien que la violence, un corps que l’on punit sans savoir pourquoi.
Un bilan psycho-traumatique, voire dissociatif, précède en général le retraitement ; il repose sur des entretiens cliniques et des évaluations psychométriques, et son compte rendu écrit vous appartient. Quand les plaintes portent aussi sur la mémoire ou la concentration, le regard de notre neuropsychologue permet, par un bilan neuropsychologique, de faire la part de ce qui revient à l’état d’alerte et de ce qui demande autre chose. Pour les symptômes physiques, nous travaillons en lien avec votre médecin, avec votre accord, parce qu’un corps qui souffre a besoin des deux regards.
Tout cela est possible à Colombes, aux Pavillons-sous-Bois, en Ardèche et en téléconsultation, EMDR comprise. Un premier rendez-vous n’engage à rien, et il est possible de venir avec quelqu’un. Notre manière de travailler avec les personnes victimes de violences est détaillée dans notre approche des violences, et la façon dont le corps se réveille dans les liens avec les autres, dans renouer avec les autres après la violence.
Questions fréquentes sur le corps après une violence
Pourquoi mon corps reste-t-il en alerte alors que la violence est terminée ?
Parce que le système nerveux a appris, dans des conditions réelles, que relâcher la garde était dangereux, et qu’il n’a pas reçu le signal de fin. L’accélérateur reste enfoncé, ou le système bascule dans un figement qui ressemble à de l’épuisement. Ce n’est ni une faiblesse ni un défaut de volonté. L’alarme s’éteint par des expériences répétées de sécurité, par le sommeil, par le mouvement choisi, et par le traitement des souvenirs qui la maintiennent allumée.
Comment retrouver le sommeil après une agression ?
D’abord rendre la chambre sûre : une porte qui ferme, une lumière que l’on choisit, parfois déplacer le lit. Ensuite remettre l’horloge à l’heure avec un lever fixe et de la lumière le matin. Pour les cauchemars qui rejouent les faits, la réécriture de la fin du rêve, répétée à l’état de veille, change souvent les nuits en quelques semaines. Quand ils persistent, l’EMDR cible la scène qui revient. Nous travaillons en lien avec votre médecin si un traitement est en cours.
La respiration peut-elle aggraver l’angoisse ?
Oui, chez certaines personnes, et il est important de le savoir pour ne pas se croire incapable. Après une immobilisation, un étranglement ou une sensation d’étouffement, la respiration lente et profonde peut faire monter la peur. Dans ce cas, on respire les yeux ouverts, avec des temps courts, en bougeant les doigts, ou l’on commence par une autre porte, la marche ou les sensations agréables. Le souffle redevient accessible plus tard.
Quel sport choisir après une violence ?
Celui où vous gardez la main sur le rythme et dont vous sortez plus présent, pas plus vide. La marche rapide est le point de départ le plus sûr ; la natation, la danse chez soi, le yoga avec un enseignant qui ne touche pas sans demander viennent ensuite. Les sports de combat redonnent à certains le sentiment d’agir, mais peuvent réactiver des scènes : à essayer avec prudence. Méfiez-vous d’un sport pratiqué pour ne plus rien sentir.
Comment retrouver une sexualité après une violence sexuelle ?
Par étapes que vous décidez : le toucher que vous donnez avant celui que vous recevez, une zone, une durée, un mot qui arrête tout, et un partenaire informé qui accepte le rythme. Les scènes qui reviennent au moment de l’intimité se retraitent en EMDR. Il est essentiel de savoir qu’une réaction du corps pendant l’agression n’était pas un consentement. Un accompagnement en sexologie, individuel ou en couple, peut compléter ce travail au cabinet.
Comment l’EMDR agit-elle sur le corps ?
La cible d’une séance comprend l’image, la pensée négative sur soi, l’émotion et la sensation corporelle liée au souvenir. Pendant les séries de stimulations bilatérales, cette sensation bouge, s’intensifie parfois, puis se dissout, et un balayage du corps en fin de séance vérifie qu’aucune zone ne réagit plus. Les personnes décrivent ensuite un souvenir « loin », que l’on peut évoquer sans que le ventre se serre. Les séances durent quatre-vingts minutes et sont précédées d’un bilan.
Références
Livres, articles et liensQuelques références de cette page…
Les auteurs et les documents dont cette page sur le corps s’inspire.
Janet, P. (1889). L’Automatisme psychologique. Essai de psychologie expérimentale sur les formes inférieures de l’activité humaine. Félix Alcan.
van der Kolk, B. (2014). Le Corps n’oublie rien. Le cerveau, l’esprit et le corps dans la guérison du traumatisme. Albin Michel pour la traduction française.
Porges, S. W. (2011). The Polyvagal Theory. Neurophysiological Foundations of Emotions, Attachment, Communication, and Self-Regulation. Norton.
Levine, P. A. (1997). Waking the Tiger. Healing Trauma. North Atlantic Books. Traduction française : Réveiller le tigre. Guérir le traumatisme.
Siegel, D. J. (1999). The Developing Mind. How Relationships and the Brain Interact to Shape Who We Are. Guilford Press.
Shapiro, F. (2018). Eye Movement Desensitization and Reprocessing (EMDR) Therapy. Basic Principles, Protocols, and Procedures, 3e édition. Guilford Press.
Si votre corps sursaute, se raidit ou se tait depuis une violence, un premier rendez-vous permet de repérer par quelle porte commencer, de vérifier avec vous ce qui relève du médecin, et de décider du moment où l’EMDR pourra s’attaquer à ce qui maintient l’alarme. Au cabinet ou en téléconsultation, sans engagement.
La « loi de l’instrument », formulée par Abraham Kaplan en 1964 puis reprise par Abraham Maslow dans The Psychology of Science: A Reconnaissance (1966), rappelle qu’« il est tentant, si le seul outil dont on dispose est un marteau, de traiter tout comme si c’était un clou ».
En psychologie, une méthode ne peut pas répondre à toutes les situations. Forts de plusieurs décennies de pratique et de formations complémentaires, nous mobilisons de nombreux outils, choisis avec discernement, afin d’identifier rapidement les leviers les plus efficaces. Nous proposons ainsi un accompagnement aussi bref qu’efficace, tout en sachant accompagner aussi bien les suivis prolongés que le besoin d’un espace de parole régulier.