Renouer avec les autres : confiance, intimité, amitié et couple après la violence
La violence est presque toujours venue de quelqu’un : un partenaire, un parent, un collègue, un inconnu qui avait un visage humain. C’est pourquoi elle n’abîme pas seulement la personne, elle abîme la confiance elle-même, cette certitude discrète que l’autre, en général, ne veut pas notre perte. Ensuite, on vit à distance : on refuse les invitations, on surveille les nouveaux venus, on se raidit dans les bras de quelqu’un qui nous aime. Et l’on souffre de cette solitude autant que de la violence. Cette page parle du chemin qui ramène vers les autres, de la peur de l’intimité, des signes qui distinguent une relation qui répare d’une relation qui répète, et de ce que la thérapie de couple et familiale peut y apporter.
Le psychanalyste John Bowlby a montré que l’être humain naît programmé pour chercher la proximité d’une figure qui le protège, et que cette recherche ne cesse jamais tout à fait. Nous avons besoin des autres pour nous réguler : une voix connue ralentit le cœur, une main sur l’épaule relâche les muscles. La violence retourne ce système contre lui-même. La figure qui devait protéger est celle qui frappe, ou bien un inconnu a prouvé que n’importe qui peut devenir une menace. La psychologue Ronnie Janoff-Bulman a décrit cet effet comme l’effondrement de trois croyances silencieuses : le monde est bienveillant, le monde a un sens, j’ai de la valeur. Quand elles tombent, les autres ne sont plus un refuge, ils sont une source possible de danger.
Judith Herman insiste sur le fait que le traumatisme interpersonnel est, par définition, une blessure du lien. Il se produit dans une relation, et il ne se répare que dans une relation. Cela a une conséquence qui déroute souvent nos patients : on ne guérit pas de la méfiance en restant seul, si confortable que la solitude soit devenue. Il faut, à un moment, refaire l’expérience d’un lien qui tient. Mais pas n’importe comment, ni avec n’importe qui, ni à n’importe quelle vitesse.
Il faut aussi distinguer deux situations. Quand la violence est survenue à l’âge adulte, dans une vie qui comptait déjà des liens solides, la confiance a été cassée et peut être reconstruite sur des fondations qui existent. Quand elle a commencé dans l’enfance, dans la famille même, la confiance de base n’a parfois jamais été installée. Le travail n’est pas alors une réparation mais une première construction, plus lente, souvent appuyée sur la relation thérapeutique elle-même. La page sur le traumatisme d’attachement et l’EMDR décrit cette seconde configuration.
Méfiance et solitude : une protection qui finit par coûter
La méfiance qui suit une violence est d’abord intelligente. Elle a été apprise dans des conditions réelles, et elle protège d’une récidive. Nous ne demandons jamais à quelqu’un d’arrêter de se méfier ; nous l’aidons à se méfier avec précision, c’est-à-dire à distinguer les signaux qui comptent de ceux qui ne sont que l’écho du passé. Car la méfiance post-traumatique a un défaut : elle est globale. Elle traite le nouveau collègue, la voisine et le partenaire éventuel comme autant de menaces, parce que le système d’alarme ne fait pas dans le détail.
Avec le temps, cette protection coûte. Les invitations refusées cessent d’arriver. Les amis se lassent de ne jamais avoir de nouvelles. Le week-end se passe entre quatre murs, avec les écrans pour seule présence. Et la solitude, qui semblait reposante, devient une seconde blessure. Nous recevons souvent des personnes qui consultent non pour la violence, dont elles ne parlent qu’au troisième rendez-vous, mais pour une solitude qu’elles ne s’expliquent pas. En remontant, on trouve le moment où elles ont fermé la porte. La page sur la solitude et les difficultés relationnelles détaille cette spirale.
Il y a enfin un paradoxe douloureux : le besoin des autres ne disparaît pas avec la méfiance. On a peur des gens et on en a besoin, en même temps, et ce conflit épuise. Certaines personnes le résolvent en se jetant dans une nouvelle relation très vite, pour ne plus être seules, sans avoir le temps de regarder qui elles ont en face. D’autres le résolvent en attendant une sécurité totale qui ne viendra jamais. Le chemin passe entre les deux, et le radar qui suit aide à voir où vous en êtes.
Votre cercle aujourd’hui
Six dimensions du lien, à placer de 0 à 10 selon ce qui vous est possible en ce moment, pas selon ce que vous souhaiteriez. Le polygone dessine la forme de votre cercle ; le verdict dit par où il se rouvre le plus facilement.
La peur de l’intimité : corps, confidences, dépendance
L’intimité fait peur de trois façons distinctes, et il est utile de savoir laquelle domine. La première est physique : être touché, approché, enlacé suppose de baisser la garde, et le corps refuse. Il se raidit, s’absente, ou panique, même avec quelqu’un de doux. Cette peur-là se travaille par le corps, au rythme décrit dans la page retrouver son corps après la violence, et par l’EMDR quand une scène précise se rejoue au moment du contact.
La deuxième est la peur de se confier. Parler de soi, c’est donner à l’autre de quoi blesser : les personnes qui ont vécu l’emprise savent que chaque confidence a pu être retournée contre elles, moquée, utilisée au moment opportun. Alors elles ne disent rien, ou elles disent tout d’un coup, au premier venu, pour tester. La bonne vitesse est celle des petites confidences réversibles : une chose, puis on regarde ce que l’autre en fait, puis une autre. La confiance ne se donne pas, elle se vérifie.
La troisième est la peur de dépendre. Avoir besoin de quelqu’un, c’est lui donner du pouvoir, et l’on a vu ce que ce pouvoir pouvait devenir. Beaucoup de personnes se jurent de ne plus jamais dépendre de personne, et construisent une autonomie de forteresse qui ressemble à de la force et qui est de la peur. Or la dépendance n’est pas le problème : nous dépendons tous de quelqu’un. Le problème était l’asymétrie, le fait que l’un ait tout le pouvoir et l’autre aucun. Une relation sûre est une relation où l’on dépend l’un de l’autre, à peu près autant, et où l’on peut partir. La page sur la dépendance affective explore la frontière entre le besoin ordinaire de l’autre et la dépendance qui enferme.
Reconnaître une relation sûre : six repères à retourner
Après la violence, on ne sait plus à quoi ressemble une relation normale. Ces six cartes donnent les repères que nous utilisons en séance. Aucun ne suffit seul ; ensemble, ils dessinent ce qu’est une relation où l’on peut se détendre.
Repérer la répétition sans se condamner
« Pourquoi est-ce que je retombe toujours sur le même genre de personne ? » La question revient avec une honte terrible, comme si la répétition prouvait une faute ou un défaut de fabrication. Freud, dans Au-delà du principe de plaisir (1920), a nommé compulsion de répétition cette tendance à rejouer, sans le vouloir, des situations douloureuses du passé. Il y voyait notamment une tentative de maîtriser après coup ce qui avait été subi passivement. Cette lecture aide à comprendre sans condamner : la répétition n’est pas un goût pour la souffrance, c’est une façon de chercher à refaire l’histoire pour qu’elle finisse autrement.
Il y a aussi des raisons plus simples. Ce que l’on connaît rassure, même quand c’est mauvais : une personne qui a grandi dans l’imprévisible trouve l’imprévisible familier, et la stabilité fade. Les personnes qui ont l’habitude de prendre le pouvoir repèrent vite celles qui ont appris à céder : la rencontre n’est pas le fruit du hasard, mais d’un repérage réciproque dont aucun des deux n’a conscience. Et le début d’une relation d’emprise ressemble souvent à un conte : attention totale, cadeaux, déclarations, sentiment d’être enfin vue. Pour qui a longtemps été ignorée ou humiliée, cette intensité est irrésistible. Le cycle de la violence et la page sur l’emprise décrivent ces mécanismes.
Repérer la répétition ne veut pas dire se méfier de tout ce qui est intense ou de tout ce qui plaît. Cela veut dire regarder certains signaux dans la durée : ce que devient votre non, ce que devient votre monde, comment finissent les disputes, ce que fait votre corps. Et cela veut dire, quand on s’aperçoit qu’on a recommencé, ne pas conclure « je suis incapable », mais « je viens de voir quelque chose que je ne voyais pas avant ». C’est précisément cette vision qui, séance après séance, se construit, et qui finit par agir avant la rencontre plutôt qu’après. Le jeu ci-dessous permet de l’exercer.
Rassurant, alarmant ou à observer dans le temps ?
Six comportements d’une personne rencontrée depuis quelques semaines. Pour chacun, dites s’il vous rassure, s’il doit vous alerter, ou s’il demande simplement d’être observé dans le temps. Les réponses sont celles que nous donnerions en séance, et certaines sont moins évidentes qu’elles n’en ont l’air.
Il vous demande de lui envoyer un message quand vous êtes rentrée, chaque soir
Elle s’excuse quand elle a eu tort, sans que vous ayez à le demander
Il vous dit, dès la deuxième semaine, qu’il n’a jamais ressenti cela pour personne
Elle trouve que votre meilleure amie a une mauvaise influence sur vous
Il accepte que vous passiez un week-end sans lui et vous demande ensuite comment c’était
Elle veut connaître le code de votre téléphone « parce qu’un couple n’a rien à cacher »
Les proches qui ne comprennent pas
Renouer avec les autres, ce n’est pas seulement rencontrer de nouvelles personnes ; c’est aussi retrouver celles qui étaient là avant, et qui ne savent pas quoi faire de ce qui s’est passé. Les proches se divisent souvent en trois groupes. Ceux qui n’ont pas cru, ou pas voulu voir, et dont le silence a fait une seconde blessure. Ceux qui ont cru mais s’impatientent : « il faut tourner la page », « ça fait deux ans quand même », « pourquoi tu ne portes pas plainte ? ». Et ceux qui veulent bien faire et se trompent, par exemple en posant sans cesse la question de ce qui s’est passé, ou en critiquant l’auteur avec une violence qui met la personne dans la position de le défendre.
Avec chacun, la relation peut se reconstruire, mais pas au même prix. Nous aidons souvent nos patients à préparer une phrase pour les impatients : « je sais que c’est long pour toi aussi ; ce dont j’ai besoin, ce n’est pas que tu me pousses, c’est que tu sois là. » Et une autre pour ceux qui n’ont pas cru, quand on souhaite les garder : « je ne te demande pas de t’excuser, je te demande de me croire maintenant. » Il arrive aussi que la reconstruction passe par un tri, et que certaines relations d’avant ne survivent pas à ce que la violence a révélé d’elles. Ce n’est pas un échec, c’est une clarification.
Les proches, eux, ont besoin d’aide pour aider. Ils se sentent impuissants, parfois coupables, parfois épuisés, et ils ne savent pas que leur impatience a un effet. La page aider un proche victime de violence leur est destinée : elle dit quoi dire, quoi ne pas dire, et comment tenir dans la durée. Vous pouvez la leur envoyer sans un mot d’explication. Et quand les liens familiaux sont trop abîmés pour que la parole circule, les séances familiales du cabinet offrent un lieu où chacun peut dire ce qu’il n’a pas pu dire, en présence d’un tiers qui ne prend pas parti.
Construire un couple après
Un nouveau couple après une violence conjugale pose des questions que les autres couples n’ont pas. Faut-il raconter ? Quand ? Comment expliquer qu’on sursaute quand il hausse la voix devant un match, qu’on se fige quand elle pose la main sur la nuque, qu’on vérifie son téléphone par réflexe alors qu’il ne cache rien ? Notre réponse habituelle : dire l’essentiel tôt, sans les détails. « J’ai vécu une relation violente, il m’arrive de réagir à des choses qui ne te concernent pas, je travaille dessus. » Cette phrase donne au partenaire une clé de lecture et lui évite de prendre pour lui ce qui vient d’ailleurs.
Le partenaire, de son côté, traverse des choses difficiles. Il peut se sentir soupçonné à tort, marcher sur des œufs, ne plus oser exprimer une contrariété de peur de déclencher une alarme, ou ressentir une colère qu’il n’ose pas dire contre une personne qu’il n’a jamais rencontrée. Il a besoin d’un espace pour cela. Le psychologue John Gottman a montré que ce qui prédit la solidité d’un couple n’est pas l’absence de conflits mais la manière de les réparer, et la thérapeute Sue Johnson, que les couples tiennent quand chacun peut dire sa peur et être entendu. Ces deux repères valent doublement ici.
Ce qui réconforte le plus nos patients, c’est de comprendre que la relation elle-même peut être réparatrice. Chaque fois que le partenaire entend un non sans punir, chaque fois qu’une dispute finit par une réparation, chaque fois qu’une alarme est accueillie sans reproche, le corps enregistre une expérience nouvelle qui contredit l’ancienne. C’est long, et c’est réel. Quand les automatismes résistent, l’EMDR individuel cible les scènes qui se rejouent dans le couple, et il peut se mener en parallèle d’une thérapie de couple. Le dossier couple, et la page attachement et histoire dans le couple, prolongent ces questions.
Exemple fictif : Lila, 31 ans, « je crois que je vais le quitter avant que ça recommence »
Lila est une figure composée à partir de situations fréquentes. Elle sert à montrer comment nous démêlons le passé du présent.
Situation
Lila a vécu deux ans d’emprise et de violences psychologiques, puis une séparation difficile. Depuis huit mois, elle est avec un homme qu’elle décrit comme doux, fiable, attentif. Dimanche, il a crié devant un match de football, et elle s’est retrouvée dans la salle de bains, tremblante, le cœur à cent cinquante, à faire sa valise mentalement. Il ne comprend pas. Elle non plus : « il n’a rien fait, mais mon corps est sûr qu’il va le faire. » Elle pense le quitter « pour ne pas revivre ça ».
Comment aborderions-nous la situation ?
Vrai ou faux : huit idées sur les liens après une violence
Ces affirmations, nous les entendons des personnes concernées comme de leur entourage. Répondez à chacune ; la réponse et son explication s’affichent aussitôt.
Affirmation 1
« Après une violence, on attire forcément des personnes violentes. »
Faux. La répétition existe, et elle s’explique par la familiarité de l’imprévisible, par le repérage réciproque entre qui prend le pouvoir et qui a appris à céder, et par l’attrait des débuts intenses. Mais elle n’est pas un destin : quand on sait quels signaux regarder dans la durée, elle cesse d’agir à son insu.
Affirmation 2
« Avoir peur de l’intimité des années après prouve qu’on n’a pas avancé. »
Faux. Le corps apprend lentement, et la peur de l’intimité est souvent la dernière à céder parce qu’elle touche à ce qui a été le plus abîmé. On peut avoir reconstruit sa vie, son travail, ses amitiés, et sursauter encore dans les bras de quelqu’un. Ce n’est pas un recul, c’est le dernier chantier.
Affirmation 3
« Une relation qui va très vite est forcément dangereuse. »
C’est plus nuancé. L’intensité des débuts peut être de l’enthousiasme partagé comme le début d’une prise. Ce qui tranche n’est pas la vitesse elle-même, mais ce qui se passe quand vous ralentissez : la personne accepte-t-elle le rythme du plus lent, ou insiste-t-elle, boude-t-elle, vous reproche-t-elle de douter ?
Affirmation 4
« Un partenaire sûr accepte qu’on lui dise non. »
Vrai. C’est le test le plus fiable que nous connaissions. Il peut être déçu, le dire, et le lien continue. Si le refus déclenche bouderie prolongée, chantage ou colère disproportionnée, l’information compte plus que toutes les qualités par ailleurs réelles de la personne.
Affirmation 5
« Mes proches devraient comprendre sans que j’aie à expliquer. »
C’est plus nuancé. On aimerait qu’ils devinent, et l’on est blessé qu’ils ne le fassent pas. Mais la plupart des proches ne savent rien de ce qu’une violence fait dans la durée, et ils se trompent de bonne foi. Une phrase simple, ou une page à leur transmettre, change souvent leur façon d’être présents.
Affirmation 6
« Retrouver la confiance, c’est refaire confiance à tout le monde. »
Faux. Retrouver la confiance, c’est retrouver une méfiance précise : savoir distinguer les signaux qui comptent de ceux qui ne sont que l’écho du passé. On ne redevient pas naïf. On redevient capable de choisir à qui l’on ouvre, et à quelle vitesse.
Affirmation 7
« On peut réparer dans une relation ce qui a été abîmé dans une autre. »
Vrai. Le traumatisme interpersonnel se répare dans le lien. Chaque non respecté, chaque dispute réparée, chaque alarme accueillie sans reproche est une expérience nouvelle que le corps enregistre. C’est long, mais c’est l’un des mécanismes les plus puissants de la reconstruction, et la relation thérapeutique en fait partie.
Affirmation 8
« Sentir une alarme face à un nouveau partenaire veut dire qu’il est dangereux. »
Faux. Après une violence, l’alarme se déclenche sur des ressemblances, une voix qui monte, un geste, une odeur, qui n’ont rien à voir avec la personne présente. Il faut l’écouter, puis la vérifier avec les repères d’une relation sûre. Parfois elle a raison ; souvent elle parle du passé.
Thérapie de couple, thérapie familiale, et notre approche
Une grande part de notre pratique concerne des personnes victimes de violences, et la question des liens y revient toujours, tôt ou tard. Nous la travaillons d’abord en individuel. L’écoute analytique s’intéresse à la façon dont les relations se répètent, aux loyautés, à ce que l’on cherche sans le savoir chez l’autre ; c’est elle qui permet de voir la répétition avant la rencontre plutôt qu’après. L’EMDR, par séances de quatre-vingts minutes et après un bilan psycho-traumatique, voire dissociatif, dont le compte rendu écrit vous est remis, retraite les scènes qui se rejouent dans l’intimité ou au premier haussement de voix. Les outils de la TCC servent à graduer les rapprochements et à vérifier, pas à pas, ce que la méfiance annonce.
Quand un couple ou une famille est concerné, nous proposons des séances longues, de quatre-vingts minutes, où le psychothérapeute garde une neutralité stricte : il ne prend pas parti, il aide chacun à dire ce qu’il n’a pas pu dire et à entendre ce qu’il n’a pas pu entendre. Un partenaire peut suivre en parallèle un travail individuel, EMDR compris. Il arrive que notre psychothérapeute demande à notre neuropsychologue de participer à certaines séances, en co-thérapie. Et nous recevons aussi les familles où la violence a eu lieu entre ses membres, quand chacun souhaite retrouver une place, comme le décrit la page sur les violences intrafamiliales.
Tout cela se fait au cabinet, à Colombes, aux Pavillons-sous-Bois ou en Ardèche, et en téléconsultation, séances de couple et de famille comprises. Le premier rendez-vous n’engage à rien, et il peut se faire seul avant d’envisager de venir à deux. Notre façon de travailler avec les couples est détaillée dans notre approche de la thérapie de couple, et avec les personnes victimes, dans notre approche des violences.
Questions fréquentes sur les liens après une violence
Comment refaire confiance après une relation violente ?
Par étapes vérifiables plutôt que par décision. La confiance ne se donne pas d’un bloc, elle se teste : une petite confidence, puis on regarde ce que l’autre en fait ; un non, puis on regarde comment il est reçu ; un week-end sans l’autre, puis on regarde ce qu’il en dit. Les six repères d’une relation sûre donnent les signaux à observer dans la durée. Et la méfiance ne disparaît pas : elle devient précise, c’est-à-dire utile.
Pourquoi ai-je peur de l’intimité alors que mon partenaire est doux ?
Parce que le corps réagit à des ressemblances, pas à des personnes. Une main sur la nuque, une voix qui monte, une position dans le lit suffisent à réveiller l’alarme apprise dans l’ancienne relation, même si le partenaire actuel n’a rien fait. Cette peur se travaille par le corps, au rythme du toucher choisi, et par l’EMDR quand une scène précise se rejoue au moment du contact. Elle est souvent la dernière à céder, et ce n’est pas un signe d’échec.
Comment savoir si une nouvelle relation est saine ?
Regardez six choses dans la durée : la personne fait-elle ce qu’elle dit ? Que se passe-t-il quand vous refusez ? Qui décide de la vitesse ? Comment finissent les disputes ? Que devient votre vie à vous, vos amis, votre famille ? Comment votre corps se sent-il après l’avoir vue ? Le test le plus fiable est le non : un partenaire sûr l’entend, peut être déçu, et le lien continue.
Pourquoi est-ce que je retombe sur le même type de personne ?
Plusieurs mécanismes se combinent : ce que l’on connaît rassure même quand c’est mauvais, les personnes qui prennent le pouvoir repèrent celles qui ont appris à céder, et les débuts intenses d’une relation d’emprise sont irrésistibles pour qui a longtemps été ignoré. Freud parlait de compulsion de répétition, une tentative de refaire l’histoire autrement. Ce n’est pas un destin : voir ces mécanismes en séance permet qu’ils agissent avant la rencontre, pas après.
Que dire à un nouveau partenaire de ce que j’ai vécu ?
L’essentiel, tôt, sans les détails : « j’ai vécu une relation violente, il m’arrive de réagir à des choses qui ne te concernent pas, je travaille dessus. » Cette phrase lui donne une clé de lecture et lui évite de prendre pour lui vos sursauts. Les détails viendront, ou non, à votre rythme. Si le partenaire se sent dépassé, une séance de couple permet qu’il comprenne et qu’il dise aussi ce qu’il ressent.
La thérapie de couple est-elle possible quand l’un des deux a vécu des violences ?
Oui, en distinguant deux situations. Quand la violence est celle du couple actuel, la sécurité de la personne qui la subit passe avant tout, et c’est par là que nous commençons, en individuel. Quand la violence vient d’une relation précédente ou de l’enfance, les séances de couple de quatre-vingts minutes aident le partenaire à comprendre les réactions de l’autre et à dire les siennes. Un travail individuel, EMDR compris, peut se mener en parallèle. Les séances se font au cabinet ou en téléconsultation.
Références
Livres, articles et liensQuelques références de cette page…
Les travaux dont cette page s’inspire.
Bowlby, J. (1969-1980). Attachement et perte, trois volumes. Presses universitaires de France pour la traduction française.
Janoff-Bulman, R. (1992). Shattered Assumptions. Towards a New Psychology of Trauma. Free Press.
Herman, J. L. (1992). Trauma and Recovery. Basic Books.
Freud, S. (1920). Au-delà du principe de plaisir. Traductions françaises aux Presses universitaires de France et chez Payot.
Gottman, J. M., & Silver, N. (1999). The Seven Principles for Making Marriage Work. Crown. Traduction française : Les Couples heureux ont leurs secrets.
Johnson, S. (2008). Hold Me Tight. Seven Conversations for a Lifetime of Love. Little, Brown. Traduction française : Serre-moi fort.
Hirigoyen, M.-F. (2005). Femmes sous emprise. Les ressorts de la violence dans le couple. Oh ! Éditions.
Si la solitude pèse, si une nouvelle relation déclenche des alarmes que vous ne savez pas lire, ou si votre couple ou votre famille ne parvient pas à parler de ce qui s’est passé, un premier rendez-vous permet d’y voir clair. Seul d’abord, à deux ou en famille ensuite si vous le souhaitez, au cabinet ou en téléconsultation.
La « loi de l’instrument », formulée par Abraham Kaplan en 1964 puis reprise par Abraham Maslow dans The Psychology of Science: A Reconnaissance (1966), rappelle qu’« il est tentant, si le seul outil dont on dispose est un marteau, de traiter tout comme si c’était un clou ».
En psychologie, une méthode ne peut pas répondre à toutes les situations. Forts de plusieurs décennies de pratique et de formations complémentaires, nous mobilisons de nombreux outils, choisis avec discernement, afin d’identifier rapidement les leviers les plus efficaces. Nous proposons ainsi un accompagnement aussi bref qu’efficace, tout en sachant accompagner aussi bien les suivis prolongés que le besoin d’un espace de parole régulier.