Violences intrafamiliales : entre parents, enfants, frères et sœurs, générations
Un père de soixante-huit ans qui continue d’humilier sa fille de quarante ans devant ses petits-enfants. Un fils de dix-sept ans qui a cassé la porte de la cuisine et dont la mère cache les bleus à ses collègues. Une grande sœur qui, trente ans après, règle encore les repas de famille par la peur. Un gendre qui gère « pour son bien » le compte d’une grand-mère qui ne voit plus ses amies. La famille est le lieu où l’on apprend ce qu’est l’amour, et c’est aussi, pour beaucoup de personnes que nous recevons, le lieu de la première violence, de la plus longue et de la plus tue. Cette page décrit les configurations que prennent les violences intrafamiliales, explique pourquoi la loyauté y fait taire, et dit comment nous aidons à les nommer et à retrouver une place qui soit la sienne.
La famille, premier lieu de la violence et dernier où on la nomme
On parle de violences intrafamiliales quand les actes de peur, de contrainte, d’humiliation ou d’atteinte au corps se produisent entre des personnes liées par la parenté ou l’alliance, en dehors du couple lui-même, qui a sa propre page. Un parent envers un enfant devenu adulte, un enfant ou un adolescent envers ses parents, un frère envers une sœur, un petit-enfant envers une grand-mère, un beau-parent envers l’enfant de l’autre, une belle-famille envers la pièce rapportée : les configurations sont nombreuses et se croisent souvent dans une même maison. Ce qu’elles ont en commun, c’est que le lien ne se choisit pas et ne se rompt pas comme un autre. On peut quitter un conjoint. On ne divorce pas de sa mère, et c’est précisément ce qui donne à la violence familiale sa durée et son silence.
Dans notre pratique, les violences au sein de la famille apparaissent rarement comme motif de consultation. Elles se révèlent derrière une anxiété qui monte à l’approche des vacances, une dépression qui ne cède pas, des douleurs sans cause trouvée, un couple qui se déchire à chaque dimanche chez les parents de l’un, un adolescent que ses parents « n’arrivent plus à tenir ». Il faut souvent plusieurs séances pour que la personne prononce la phrase qu’elle a passée sa vie à éviter : « en fait, mon père me frappait », ou « ma sœur me terrorise encore », ou « c’est mon fils qui me fait peur ».
Deux idées à garder en tête tout au long de cette page. Une famille conflictuelle, où l’on crie, où l’on se brouille et où l’on se réconcilie, n’est pas forcément une famille violente : ce qui fait la violence, c’est qu’une personne a peur d’une autre, que l’une contraint et que l’autre se soumet, que la liberté de l’une rétrécit sous le poids de l’autre. Et un acte unique peut suffire : une gifle à quarante ans devant ses enfants, une menace de déshériter, une main levée sur une mère âgée ne demandent pas de répétition pour marquer. Les critères généraux sont détaillés sur la page est-ce de la violence ? ; ici, nous regardons comment ils prennent forme quand on partage le même nom.
Les configurations : qui, envers qui, et comment cela se cache
Chaque lien familial a sa façon propre d’abriter la violence et de la dissimuler. Choisissez la configuration qui vous concerne ; plusieurs peuvent coexister.
Le parent qui n’a jamais cessé. La violence d’un parent envers un enfant devenu adulte prolonge le plus souvent celle de l’enfance, avec des moyens adaptés à l’âge : les coups deviennent rares, les humiliations publiques, les comparaisons avec le frère « qui a réussi », les menaces sur l’héritage, l’intrusion dans le couple ou l’éducation des petits-enfants prennent le relais. Certains parents gardent une main sur l’argent, le logement ou les papiers de leur enfant adulte, surtout quand celui-ci traverse une difficulté. Ce qui rend cette configuration si difficile à nommer, c’est que l’enfant, même à cinquante ans, redevient l’enfant dès qu’il franchit la porte : la voix de son père produit dans son corps le même effet qu’à huit ans. La page sur la maltraitance de l’enfant décrit ce qui a souvent précédé, et la violence psychologique ce qui continue.
L’enfant, adolescent ou adulte, qui fait peur à ses parents. C’est la configuration dont on parle le moins, parce qu’elle inverse ce que tout le monde attend. Un adolescent qui casse, qui menace, qui bouscule sa mère, qui exige de l’argent ; un fils de trente ans revenu vivre chez ses parents qui les insulte, les vole, les tient par la peur d’une crise ou d’un geste contre lui-même ; une fille adulte qui coupe l’accès aux petits-enfants au gré de ses colères. Les parents ont honte, se sentent responsables, protègent leur enfant des conséquences, et s’enferment. Ils consultent pour « l’aider, lui », rarement pour eux. Nous y revenons plus bas, parce que cette violence demande à être regardée en face, sans excuser et sans étiqueter.
Entre frères et sœurs, la violence que les parents n’ont pas vue, ou pas voulu voir. Les coups entre enfants sont souvent rangés dans la case « ils se chamaillent ». Pourtant, un aîné qui terrorise un cadet des années durant, qui l’humilie devant ses amis, qui le touche sexuellement, qui casse ses affaires ou le menace pour qu’il se taise, exerce une violence que l’âge adulte ne dissout pas. Devenus grands, les frères et sœurs se retrouvent aux fêtes, aux enterrements, dans les successions, et la hiérarchie ancienne se rejoue : celui qui avait peur a encore peur, celui qui dominait domine encore, et les parents, s’ils sont vivants, continuent de dire « c’est ton frère, quand même ». Beaucoup d’adultes découvrent en séance que ce qu’ils appelaient une enfance difficile était une violence fraternelle.
Un petit-enfant, un gendre, une belle-fille, un enfant envers une personne âgée. Quand une grand-mère ou un grand-père perd de l’autonomie, la famille devient à la fois sa ressource et son risque. Brusqueries, infantilisation, cris, privation de sorties ou de visites, procuration utilisée pour soi, pression pour une donation, menace de placement : la maltraitance des personnes âgées est le plus souvent commise par un proche, et la personne âgée se tait pour ne pas perdre le seul lien qui lui reste, ou parce qu’elle a honte de ce que fait son enfant. L’aidant épuisé qui dérape n’est pas excusé par sa fatigue, mais sa fatigue est réelle, et la soutenir fait partie de la protection.
Dans une famille recomposée, la violence trouve des interstices. Un beau-père ou une belle-mère qui humilie l’enfant de l’autre quand le parent n’est pas là, qui le punit plus durement que les siens, qui l’exclut des photos et des vacances ; une demi-fratrie où l’un des enfants devient le souffre-douleur ; un parent qui, par peur de perdre son nouveau couple, ne voit pas ce que vit son propre enfant. L’enfant, lui, se tait doublement : pour ne pas « gâcher le bonheur » du parent, et parce qu’il sent que sa parole sera pesée contre celle d’un adulte. Les enfants exposés aux violences dans ces familles portent souvent cette double loyauté.
La belle-famille, ou la violence par alliance. Une belle-mère qui dénigre, intervient dans l’éducation, exige, isole son fils de sa compagne ; un beau-frère qui harcèle ; une famille entière qui traite la pièce rapportée comme une intruse, ou comme une domestique lors des réunions. Cette configuration pèse sur le couple, qui se déchire entre loyauté à sa famille et protection de son conjoint, et elle laisse la personne visée sans recours, puisque ce ne sont « pas ses parents ». Elle rejoint le dossier consacré au harcèlement en famille et au travail quand elle devient systématique, et le dossier couple quand elle fragilise les deux partenaires.
La loyauté qui fait taire : pourquoi on ne dénonce pas sa famille
Pour comprendre pourquoi une personne de quarante-cinq ans continue d’aller déjeuner chez un père qui l’humilie, il faut parler de loyauté. Le psychiatre et thérapeute familial Ivan Boszormenyi-Nagy a décrit, dans les années soixante-dix, ce qu’il appelait les loyautés invisibles : un réseau de dettes et de mérites qui lie les générations entre elles, et qui pèse sur chacun sans qu’il en ait conscience. On doit à ses parents la vie, les soins, les sacrifices, et cette dette se paie en fidélité, en présence, en silence. Dénoncer la violence d’un parent, c’est, dans cette comptabilité souterraine, trahir. Beaucoup de personnes préfèrent se trahir elles-mêmes.
La loyauté se double d’une protection : protéger la mère qui « a déjà tant souffert », le père « qui a eu une enfance terrible », le frère « qui ne va pas bien ». La personne victime devient la gardienne de l’équilibre familial, et elle sait, ou croit savoir, que si elle parle, tout s’effondre. Elle se sent responsable de la cohésion d’un ensemble qui la broie. Sándor Ferenczi, dès 1932, avait repéré chez l’enfant maltraité ce mouvement par lequel il prend sur lui la culpabilité de l’adulte pour préserver le lien dont il dépend : devenu grand, il continue souvent de porter cette culpabilité à la place de celui qui l’a blessé.
Enfin, il y a la question de la vérité. Dans une famille, la version des faits est collective, et celui qui en détient une autre est vite désigné comme le problème : la sensible, le compliqué, celle qui « a toujours tout dramatisé ». À force, la personne doute de ce qu’elle a vécu. C’est l’une des raisons pour lesquelles être cru par quelqu’un d’extérieur, dont le métier est d’écouter et d’évaluer, change tant de choses : un « je vous crois » venu d’un psy est parfois la première voix qui ne soit pas celle de la famille. La page nommer les faits, sortir du silence approfondit ce passage.
Les phrases qui ferment la bouche
Chaque famille a ses formules pour que rien ne se dise. Elles paraissent de bon sens, elles sont transmises de génération en génération, et elles ont toutes la même fonction : maintenir le silence. En voici huit que nous entendons presque chaque semaine. Retournez la carte pour lire ce que nous en pensons.
La violence d’un adolescent envers ses parents
Il faut une place à part pour cette configuration, parce qu’elle est celle dont les parents ont le plus honte et celle que les professionnels ont le plus tendance à renvoyer à « l’adolescence ». Un adolescent qui claque les portes, qui répond, qui s’enferme, traverse une crise ordinaire. Un adolescent qui frappe sa mère, qui menace son père avec un couteau de cuisine, qui casse les meubles quand on lui refuse quelque chose, qui vole et qui tient la maison par la peur de sa prochaine explosion, exerce une violence, et ses parents en sont les victimes. Dire cela ne fait pas de lui un monstre ; cela permet enfin de regarder ce qui se passe.
Ce que nous observons derrière ces violences est varié, et c’est pour cela qu’il faut une rencontre plutôt qu’une étiquette. Parfois un adolescent qui a lui-même été exposé à la violence entre ses parents, et qui rejoue ce qu’il a vu, sans que cela l’excuse ni le condamne. Parfois une impulsivité qui déborde, en lien avec un TDAH non repéré ou une dysrégulation émotionnelle. Parfois une consommation. Parfois une souffrance qui ne trouve que la casse pour se dire. Donald Winnicott, en 1956, voyait dans certaines conduites destructrices de l’adolescent ce qu’il appelait une tendance antisociale : une façon, paradoxale, de réclamer à l’environnement quelque chose qui a manqué. Et Jean Bergeret, en 1984, distinguait la violence fondamentale, cette force de survie « lui ou moi » sans haine, de l’agressivité qui vise à nuire. Ces lectures aident à comprendre ; elles ne dispensent jamais de protéger les parents.
Concrètement, nous recevons l’adolescent seul, avec notre pédopsychothérapeute, et ses parents à d’autres moments, parfois d’abord sans lui quand il refuse de venir : beaucoup de choses changent déjà quand les parents cessent de cacher les coups et retrouvent une position d’adultes. Nous ne demandons jamais à une mère de supporter d’être frappée au nom de la compréhension de son fils. La thérapie familiale, en séances longues, est possible quand chacun est en sécurité et accepte de venir. La page la colère après la violence parle de l’adolescent qui a peur de devenir violent à son tour.
Quand un geste met quelqu’un en danger
Une arme saisie, un parent frappé au visage, une menace de mort, un adolescent qui se blesse ou qui parle de mourir après une crise : ces situations ne se gèrent pas seul dans une cuisine. En cas de danger immédiat, faites le 15 (SAMU). Prenez un rendez-vous au cabinet en téléconsultation le plus rapidement possible. Si Doctolib ne permet pas un rendez-vous immédiat, envoyez des textos WhatsApp ou/et SMS aux cliniciens du cabinet.
Les fêtes, les repas, les retours : quand revoir est une épreuve
Il y a dans l’année des dates que les personnes concernées voient venir de loin : Noël, l’anniversaire de la mère, le mariage d’une cousine, les vacances dans la maison de famille, l’enterrement qui réunira tout le monde. Des semaines avant, le sommeil se dégrade, l’irritabilité monte, le couple se dispute sur la question d’y aller ou non. Le jour venu, la personne redevient celle qu’elle était à douze ans : elle se tait, elle sert, elle encaisse une remarque qui la poursuivra trois jours, elle regarde son frère régner et sa mère sourire. Puis elle rentre, vidée, et elle s’en veut d’être allée, ou de n’avoir rien dit, ou d’avoir dit quelque chose.
Nous travaillons ces retours comme des situations à préparer, pas comme des fatalités. Avant : décider ce que l’on accepte et ce que l’on n’accepte plus, prévoir une durée, un moyen de partir, un allié dans la pièce, une phrase prête pour la remarque attendue. Pendant : des gestes simples pour rester dans son corps d’adulte plutôt que dans celui de l’enfant, respirer, sortir cinq minutes, ne pas s’asseoir à côté de celui qui fait peur. Après : un moment pour redescendre, et une séance pour déposer ce qui a été réveillé. Les outils des TCC sont précieux ici, notamment l’affirmation de soi, et l’EMDR vient quand une scène de la fête elle-même ou de l’enfance qu’elle a réveillée reste coincée. La page retrouver des choix et poser des limites détaille ce réapprentissage.
Il arrive aussi que la bonne décision soit de ne pas y aller, pour un temps ou pour toujours, et que cette décision soit reçue par la famille comme une violence faite à elle. Nous accompagnons aussi cela : la rupture avec une famille n’est pas un échec, c’est parfois la seule distance qui permette de respirer, et elle se fait rarement sans deuil. La page les deuils sans mort en parle.
La carte de ce que vous vivez dans votre famille
Dans une famille, on a du mal à voir l’ensemble parce qu’on est dedans. Ce radar propose de regarder six dimensions de ce que vous vivez avec la personne, ou les personnes, concernées, et de dessiner la forme que cela prend. Réglez chaque curseur de 0 à 10 ; la lecture qui s’affiche est celle d’un clinicien, et le domaine le plus élevé indique par où nous commencerions.
Exemple fictif : Nadia, 29 ans, « je ne peux pas faire ça à ma mère »
Nadia est un personnage composé pour cette page ; aucune personne réelle n’est décrite.
Situation
Nadia, 29 ans, est revenue vivre chez ses parents après une rupture et une période sans emploi. Son père, qui la frappait enfant, ne la frappe plus « sauf une fois », le mois dernier, où il l’a plaquée contre l’armoire parce qu’elle était rentrée tard. Il l’insulte quotidiennement, contrôle ses allées et venues, et a confisqué sa carte bancaire « le temps qu’elle se reprenne ». Sa mère dit qu’il est fatigué, qu’il l’aime à sa façon, et pleure quand Nadia parle de partir. Son frère aîné, qui vit à l’étranger, lui a répondu qu’il ne voulait pas « s’en mêler ». Nadia consulte pour des crises d’angoisse et une insomnie. Elle précise qu’elle ne veut surtout pas « faire d’histoires ».
Par quoi commencerions-nous ?
Ce que la loi dit d’une famille
Le droit ne connaît pas l’expression « violences intrafamiliales » comme catégorie unique, mais il connaît les actes. Deux textes servent de repère aux personnes que nous recevons, et nous les citons pour ce qu’ils disent, sans en faire un mode d’emploi. L’article 222-33-2-2 du code pénal sanctionne le harcèlement moral en dehors du travail et du couple : des propos ou des comportements répétés qui dégradent les conditions de vie d’une personne et altèrent sa santé physique ou mentale. Un parent, un frère ou une sœur, une belle-famille peuvent être en cause, et la peine s’alourdit dans les situations les plus graves. L’article 222-14-3 du même code précise que les violences sont réprimées quelle que soit leur nature, psychologiques comprises : la loi n’attend pas des coups pour reconnaître une violence au sein d’une famille. Texte vérifié le 30 octobre 2026.
Déposer plainte contre un parent ou un frère est une démarche judiciaire lourde de sens, que le cabinet n’organise pas et que nous ne conseillons ni ne déconseillons. Ce que nous faisons, c’est accompagner la personne avant, pendant et après, quelle que soit sa décision, et lui remettre, si un bilan a été réalisé, un compte rendu écrit dont elle fait l’usage qu’elle juge utile. La page violence et plainte réunit les textes vérifiés du dossier.
Retrouver une place : ce que nous faisons au cabinet
Les violences familiales occupent une place importante dans ce que nous recevons, souvent cachées derrière un autre motif. Notre psychothérapeute est formé au trauma et à la dissociation, et il commence toujours par la personne qui consulte, seule : comprendre ce qu’elle vit, le nommer avec elle en décrivant les actes et leurs effets plutôt que la personnalité de l’auteur, et s’assurer qu’elle est en sécurité, surtout quand elle vit sous le même toit. La question de la famille, de ce qu’il faut lui dire ou en faire, vient après, et c’est la personne qui en décide.
L’écoute analytique est ici particulièrement précieuse, parce que la violence familiale est une affaire de places, de loyautés et de répétitions. Pourquoi est-ce toujours la même qui encaisse ? Qu’est-ce qui se rejoue d’une génération à l’autre ? Quelle dette la personne croit-elle payer en se taisant ? Comprendre ces fils ne rend personne coupable ; cela desserre l’étau. L’EMDR, en séances de quatre-vingts minutes, retraite les scènes qui restent présentes, la gifle devant les petits-enfants, le placard où l’on était enfermé, la fête où tout a basculé, quand la personne est suffisamment stable. Les outils des TCC servent à préparer les rencontres, à poser des limites, à sortir de l’évitement ou de la soumission automatique. Un bilan psycho-traumatique, voire dissociatif, réalisé après un rendez-vous préliminaire, éclaire ce que des années de peur ont laissé, et son compte rendu écrit appartient à la personne.
La thérapie familiale est une possibilité, pas un passage obligé. Elle se déroule en séances longues de quatre-vingts minutes, parfois en co-thérapie, le psychothérapeute demandant à notre neuropsychologue de participer ; elle suppose que chacun soit en sécurité et accepte de venir, et elle n’est jamais un lieu où l’on demande à la personne victime de comprendre son agresseur. Quand c’est un adolescent qui est en cause, il est reçu seul par le pédopsychothérapeute et ses parents à part. Quand c’est une personne âgée, nous travaillons en lien avec son médecin, avec son accord, et notre neuropsychologue peut proposer une évaluation cognitive si des plaintes de mémoire s’ajoutent au tableau. Tout cela se fait au cabinet ou en téléconsultation, séances familiales comprises. La page notre approche des violences décrit l’ensemble de cette façon de travailler, et EMDR et thérapie familiale explique comment les deux se combinent.
À retenir
La violence familiale prend des formes multiples, d’un parent, d’un enfant, d’un frère, d’un petit-enfant, d’un beau-parent, d’une belle-famille ; elle dure parce que le lien ne se rompt pas comme un autre.
La loyauté, la protection des plus fragiles et la version collective des faits font taire ; les phrases qui ferment la bouche se transmettent de génération en génération.
Un adolescent qui fait peur à ses parents exerce une violence : la comprendre n’oblige personne à la subir.
Au cabinet, on commence par la personne, seule, et par sa sécurité ; la thérapie familiale vient ensuite, si elle le souhaite et si chacun peut venir sans danger.
Vrai ou faux sur les violences intrafamiliales
Six affirmations que l’on entend dans les familles et ailleurs. Répondez pour lire ce que la clinique en dit.
Affirmation 1
« Entre frères et sœurs, ce sont des chamailleries, pas de la violence. »
Faux. Des bagarres d’enfants existent, et elles sont symétriques et sans peur. Un aîné qui terrorise un cadet pendant des années, l’humilie, le touche ou le menace exerce une violence dont les effets durent à l’âge adulte, et que les parents ont souvent préféré ne pas voir.
Affirmation 2
« Des parents peuvent être victimes de leur propre enfant. »
Vrai. Un adolescent ou un enfant adulte qui frappe, menace, casse ou tient la maison par la peur exerce une violence, et ses parents en sont les victimes, même s’ils ont honte de le dire et même s’ils continuent de l’aimer. Le reconnaître est la première condition pour que quelque chose change.
Affirmation 3
« Un parent qui a eu une enfance difficile ne peut pas vraiment être tenu pour responsable. »
Faux. Comprendre l’histoire d’un parent éclaire sa violence, et nous le faisons en séance ; cela ne l’excuse pas. Avoir subi n’est ni un destin ni un permis, et beaucoup de personnes à l’enfance abîmée ne frappent personne. L’explication et la responsabilité sont deux choses distinctes.
Affirmation 4
« Une thérapie familiale est la meilleure réponse à la violence dans une famille. »
C’est plus nuancé. Elle peut être très utile quand chacun est en sécurité et accepte de venir, et nous la proposons en séances longues. Mais tant qu’une personne a peur d’une autre, la séance commune devient un lieu où elle ne peut pas parler. On commence donc par la personne qui consulte, seule, et la famille vient ensuite, si elle le souhaite.
Affirmation 5
« Si c’était vraiment grave, les autres membres de la famille l’auraient vu. »
Faux. La violence familiale se produit le plus souvent à l’abri des regards, et ceux qui la voient ont de bonnes raisons de ne pas la voir : loyauté, peur, protection d’un parent fragile, besoin que la famille tienne. Le silence des autres ne dit rien de la gravité des faits ; il dit quelque chose du système familial.
Affirmation 6
« On peut consulter pour une violence familiale qui date de vingt ans. »
Vrai. Les violences anciennes continuent souvent d’agir dans le présent, par la peur avant chaque fête, par les scènes qui reviennent, par la place que l’on occupe encore à cinquante ans. Elles se travaillent, et l’EMDR est particulièrement efficace sur les souvenirs anciens restés à vif. Il n’y a pas de délai pour être écouté.
Questions fréquentes sur les violences intrafamiliales
Qu’est-ce qu’une violence intrafamiliale ?
C’est une violence physique, psychologique, sexuelle, économique ou par négligence exercée entre personnes d’une même famille, par le sang ou par alliance : d’un parent envers un enfant, mineur ou adulte, d’un enfant envers ses parents, entre frères et sœurs, d’un proche envers une personne âgée, d’un beau-parent ou d’une belle-famille. Ce qui la distingue d’un conflit familial, c’est la peur, la contrainte et l’asymétrie : l’un a peur de l’autre, et sa liberté rétrécit.
Mon père m’humilie encore à quarante ans, est-ce de la violence ?
Des humiliations répétées, des comparaisons dévalorisantes, des menaces sur l’héritage, une intrusion dans votre vie ou l’éducation de vos enfants relèvent de la violence psychologique, que la loi reconnaît sans exiger de coups. L’âge n’y change rien : beaucoup d’adultes redeviennent, dès qu’ils franchissent la porte de leurs parents, l’enfant qui avait peur. Cela se travaille, par la compréhension des loyautés, par l’affirmation de soi et par l’EMDR pour les scènes anciennes.
Que faire quand son adolescent devient violent avec ses parents ?
D’abord cesser de le cacher, parce que la honte protège la violence. Ensuite se protéger, sans attendre que « ça passe » : aucune compréhension de la souffrance d’un adolescent n’oblige un parent à être frappé. Puis consulter, avec lui s’il accepte, sans lui s’il refuse : notre pédopsychothérapeute le reçoit seul, ses parents à d’autres moments, et beaucoup de choses changent déjà quand les parents retrouvent une position d’adultes. En cas de geste dangereux, le 15.
Pourquoi est-ce si difficile de dénoncer un membre de sa famille ?
Parce que le lien ne se rompt pas comme un autre, et parce que la famille repose sur des loyautés invisibles : on doit à ses parents, on protège les plus fragiles, on préserve la version commune des faits. Parler est vécu comme une trahison, et celui qui parle est désigné comme le problème. S’ajoute souvent la culpabilité prise sur soi dès l’enfance à la place de l’adulte. Être cru par quelqu’un d’extérieur est, pour beaucoup, le premier pas.
Faut-il couper les ponts avec une famille violente ?
C’est une décision qui vous appartient, et que nous ne prenons jamais à votre place. Pour certains, la distance, provisoire ou définitive, est la seule façon de respirer, et elle se fait rarement sans deuil. Pour d’autres, des limites claires, des rencontres préparées et courtes, un allié dans la pièce suffisent à retrouver une place. Le travail en séance sert à ce que ce choix soit le vôtre, et non celui de la peur ou de la culpabilité.
Comment aborder les fêtes de famille quand on a peur d’un proche ?
En les préparant comme des situations, pas comme des fatalités : décider à l’avance ce que l’on accepte et ce que l’on n’accepte plus, prévoir une durée et un moyen de partir, repérer un allié, préparer une phrase pour la remarque attendue, ne pas s’asseoir à côté de la personne qui fait peur. Pendant, des gestes pour rester dans son corps d’adulte. Après, un moment pour redescendre. Et le droit de ne pas y aller, pour un temps ou pour toujours.
Comment se déroule une thérapie familiale au cabinet ?
En séances longues de quatre-vingts minutes, au cabinet ou en téléconsultation, parfois en co-thérapie avec notre neuropsychologue. Elle suppose que chacun soit en sécurité et accepte de venir, et elle n’est jamais un lieu où la personne victime doit comprendre son agresseur. Elle n’est pas un préalable : nous commençons toujours par la personne qui consulte, seule, et la famille vient ensuite, si elle le souhaite. L’EMDR peut s’y combiner pour les scènes qui restent présentes.
Références
Livres, articles et liensQuelques références de cette page…
Les auteurs et documents cités ou utilisés dans cette page.
Ivan Boszormenyi-Nagy et Geraldine Spark, Invisible Loyalties, 1973 : les loyautés et les dettes entre générations.
Sándor Ferenczi, « Confusion de langue entre les adultes et l’enfant », 1932-1933 : l’enfant qui prend sur lui la culpabilité de l’adulte.
Donald W. Winnicott, « La tendance antisociale », 1956 : les conduites destructrices de l’adolescent comme appel à l’environnement.
Jean Bergeret, La Violence fondamentale, Dunod, 1984 : la distinction entre violence de survie et agressivité.
Marie-France Hirigoyen, Le Harcèlement moral. La violence perverse au quotidien, 1998 : le harcèlement dans la famille.
Organisation mondiale de la santé, fiche Maltraitance des enfants : who.int.
Organisation mondiale de la santé, fiche Maltraitance des personnes âgées : who.int.
Ce que vous vivez avec un parent, un enfant, un frère ou une belle-famille mérite d’être entendu par quelqu’un qui n’est pris dans aucune loyauté. Un premier rendez-vous, seul ou seule, au cabinet ou en téléconsultation, permet de nommer les faits, de vérifier votre sécurité et de décider ensemble de la suite, sans réunion de famille obligatoire.
La « loi de l’instrument », formulée par Abraham Kaplan en 1964 puis reprise par Abraham Maslow dans The Psychology of Science: A Reconnaissance (1966), rappelle qu’« il est tentant, si le seul outil dont on dispose est un marteau, de traiter tout comme si c’était un clou ».
En psychologie, une méthode ne peut pas répondre à toutes les situations. Forts de plusieurs décennies de pratique et de formations complémentaires, nous mobilisons de nombreux outils, choisis avec discernement, afin d’identifier rapidement les leviers les plus efficaces. Nous proposons ainsi un accompagnement aussi bref qu’efficace, tout en sachant accompagner aussi bien les suivis prolongés que le besoin d’un espace de parole régulier.