Retrouver des choix et poser des limites : dire non après avoir été contraint
« Je dis oui avant même d’avoir entendu la question. » Cette phrase, une patiente l’a prononcée en riant, puis elle a pleuré. Quand on a vécu sous la contrainte, le non a été dangereux, inutile ou puni ; le corps a appris à céder plus vite que la pensée ne décide. Des années plus tard, on accepte un dossier de plus, une visite que l’on redoute, un geste dont on ne veut pas, et l’on se reproche ensuite de n’avoir rien dit. Poser des limites ne se décrète pas, cela se réapprend, comme une langue oubliée : par de petites phrases, dans des situations à faible enjeu, répétées jusqu’à ce que le corps cesse de sonner l’alarme. Cette page explique pourquoi le non est devenu si difficile, et comment il revient.
Le « oui » automatique : ce que la contrainte a appris au corps
Dans une relation violente, dire non coûte cher. Un refus déclenche une colère, un silence de trois jours, une punition, parfois des coups. La personne apprend donc, sans le décider, à anticiper : elle devine ce que l’autre veut, elle le fait avant qu’il le demande, elle supprime de son vocabulaire tout ce qui pourrait ressembler à une opposition. Ce n’est pas de la faiblesse, c’est de l’intelligence de survie. Le psychanalyste Sándor Ferenczi, en 1932, décrivait déjà comment l’enfant terrorisé finit par s’identifier à l’adulte qui le menace, devinant ses désirs et s’y conformant pour faire cesser la peur. Le même mécanisme opère chez l’adulte sous emprise.
Le problème, c’est que cet apprentissage ne s’éteint pas avec la relation. Il s’est inscrit dans le corps, qui réagit avant la pensée. Une demande arrive, et avant même de l’avoir évaluée, la gorge se serre, le ventre se noue, et le « oui, bien sûr » est déjà sorti. Beaucoup de personnes que nous recevons décrivent un décalage de plusieurs heures : elles comprennent le soir qu’elles n’avaient pas envie de ce qu’elles ont accepté le matin. Entre les deux, le corps a décidé seul.
À force, on ne sait plus ce que l’on veut. Le désir propre, à force d’être inutile, s’est tu. Les personnes que nous recevons nous disent « je ne sais pas ce que j’aime », « je n’ai pas d’avis », « demandez à mon mari », ou choisissent au restaurant le même plat que leur voisin. Retrouver des limites commence donc par quelque chose qui précède le non : retrouver ce que l’on veut, et s’autoriser à le savoir. La page sur l’emprise et le contrôle coercitif montre comment cette extinction du désir propre s’installe ; celle-ci montre comment on en sort.
Pourquoi dire non est si difficile après une violence
Trois freins se combinent, et il est utile de les distinguer parce qu’ils ne se travaillent pas de la même façon. Le premier est la peur, pure et simple. Le corps a appris que le refus entraîne des représailles ; il réagit à toute demande comme à une menace, même quand elle vient d’une collègue bienveillante ou d’un ami. Cette peur ne cède pas aux arguments ; elle cède à l’expérience répétée de refus qui ne sont suivis d’aucune catastrophe. C’est le principe des petites limites décrites plus bas.
Le deuxième frein est la culpabilité. Dire non, c’est décevoir, et décevoir a longtemps été dangereux ou interdit. S’y ajoute souvent une loyauté : envers une famille qui n’a pas protégé mais qui reste la famille, envers un partenaire qui a aussi été tendre, envers une entreprise qui a permis de tenir. Il faut le dire nettement : le sentiment de culpabilité qui suit un refus n’est pas la preuve que ce refus était injuste. C’est l’écho d’une époque où refuser était puni. La page sur la culpabilité et la honte après une violence détaille cette confusion entre se sentir coupable et l’être.
Le troisième frein est une confusion entre limite et agression. Pour qui a vu la colère exploser en coups, toute affirmation un peu ferme semble annoncer la violence : on craint de devenir comme l’autre. Alors on se tait, on cède, puis on explose plus tard, pour un détail, et l’on se dit qu’on avait raison de se méfier de soi. Ce cycle, nous le voyons très souvent. Il se dénoue quand on découvre qu’il existe une troisième voie, ni la soumission ni l’attaque, et qu’elle s’apprend. C’est l’objet de la section sur l’affirmation de soi. En attendant, la jauge ci-dessous mesure où en sont vos marges.
Vos marges de choix aujourd’hui
Six situations de la vie courante. Pour chacune, placez le curseur selon la difficulté que vous ressentez en ce moment, de 0, facile, à 10, impossible. La jauge totalise, et le verdict a été écrit par nos cliniciens.
Commencer par de petites limites, là où l’enjeu est faible
On ne réapprend pas une langue en commençant par un discours. On commence par « bonjour » et « merci ». Il en va de même du non. Vouloir poser d’emblée une limite à sa mère ou à son ancien partenaire, c’est courir à l’échec et en conclure qu’on en est incapable. Nous proposons presque toujours l’inverse : repérer, dans une semaine ordinaire, les dizaines de micro-occasions où un refus ne coûte presque rien, et s’y exercer délibérément.
Les exemples ne manquent pas. Le serveur propose un dessert : « non merci ». Une collègue demande si vous pouvez relire son message « vite fait » : « pas maintenant, en fin de journée ». Un démarcheur appelle : raccrocher sans s’excuser. Le coiffeur demande si la coupe convient : dire qu’elle est trop courte. Une amie propose un film que vous n’avez pas envie de voir : en proposer un autre. Chacune de ces situations est une répétition, et le corps enregistre quelque chose de nouveau à chaque fois : j’ai dit non, et rien ne s’est passé. C’est ce que les thérapies comportementales appellent l’exposition graduée, appliquée ici non à une peur des araignées mais à la peur de décevoir.
Deux conseils issus de la pratique. D’abord, tenir une liste : noter chaque petit non de la semaine, même minuscule, parce que la mémoire des personnes qui ont subi des violences retient les échecs et oublie les réussites. Ensuite, remarquer ce que le corps fait avant, pendant et après. Avant : la gorge, le ventre. Pendant : la voix qui tremble ou pas. Après : le soulagement, ou la culpabilité qui monte dans l’heure. Cette observation sans jugement est le début du changement. Le travail sur l’affirmation de soi suit exactement cette progression, du plus anodin au plus chargé.
L’affirmation de soi : ni soumission ni agression
L’affirmation de soi, en thérapie comportementale, n’a rien d’un développement personnel vague. C’est un ensemble de compétences précises, décrites dès les années cinquante par Joseph Wolpe, puis popularisées par Robert Alberti et Michael Emmons dans Your Perfect Right (1970). L’idée centrale tient en trois positions. La position passive : je cède, je m’efface, mes besoins ne comptent pas, et je paie plus tard en ressentiment ou en symptômes. La position agressive : j’impose, je rabaisse, les besoins de l’autre ne comptent pas. La position affirmée : je dis ce que je veux ou ne veux pas, clairement, en reconnaissant que l’autre a aussi des besoins, et sans m’excuser d’exister.
Pour une personne qui a vécu la violence, cette troisième position est souvent une découverte. Elle n’avait connu que les deux autres, la sienne et celle de l’auteur. Découvrir qu’on peut dire « non, je ne viendrai pas dimanche » d’une voix calme, sans crier et sans s’effondrer, change quelque chose de profond : la fermeté cesse d’être associée à la brutalité. Quelques outils concrets aident. La phrase courte, sans justification interminable : plus on explique, plus on offre de prise à la négociation. Le « disque rayé », qui consiste à répéter la même phrase, calmement, autant de fois que l’autre insiste. L’accusé de réception, qui reconnaît ce que l’autre ressent sans céder : « je vois que ça te déçoit, et ma réponse reste non. »
La thérapie comportementale dialectique, que le cabinet propose dans sa forme complète, individuel, groupes et soutien entre les séances, consacre un module entier à ce qu’elle appelle l’efficacité interpersonnelle : comment demander, comment refuser, comment garder le lien et le respect de soi en même temps. En séance, nous jouons les scènes : vous dites la phrase, nous tenons le rôle de la personne qui insiste, et nous recommençons jusqu’à ce que la voix tienne. Ce n’est pas du théâtre, c’est de l’entraînement, et il transforme des situations redoutées depuis des années. Les compétences de la TCD sont présentées plus en détail dans le dossier sur la gestion des émotions.
Poser une limite en cinq temps
Quand la situation compte, mieux vaut la préparer que l’improviser. Voici la trame que nous utilisons en séance, et que beaucoup de personnes finissent par appliquer sans y penser.
Savoir ce que je veuxAvant de répondre, une pause, même de quelques secondes : « je te redis ça ce soir ». Le délai casse l’automatisme. Pendant ce délai, une question simple : si personne ne devait être déçu, qu’est-ce que je répondrais ?
Nommer le fait, pas la personne« Tu m’as demandé de venir dimanche » plutôt que « tu me mets toujours la pression ». Décrire ce qui s’est passé laisse moins de prise à la dispute que juger ce que l’autre est.
Dire la limite en une phrase« Je ne viendrai pas. » Court, au présent, sans « peut-être », sans « désolée » en ouverture. On peut ajouter ce que l’on propose à la place, si l’on en a envie, pas par obligation.
Tenir face à l’insistanceL’autre va insister, c’est attendu. Le disque rayé : la même phrase, du même ton, trois fois s’il le faut. L’accusé de réception si cela aide : « je comprends que ça te contrarie. » Puis, si la pression continue, mettre fin à l’échange.
Accueillir l’aprèsLa culpabilité va monter dans l’heure, parfois le soulagement, parfois les deux. Les noter, les laisser passer, et surtout ne pas revenir sur la limite pour les faire taire. Le lendemain, relire la liste des non de la semaine.
À retenir
Le oui automatique est un apprentissage de survie inscrit dans le corps, pas un trait de caractère.
On réapprend le non là où il ne coûte rien, et l’on monte progressivement ; la liste des petits refus de la semaine compte autant que l’exercice lui-même.
Entre céder et attaquer, il existe une troisième position, calme et ferme, qui s’apprend par la répétition.
La culpabilité qui suit un refus est un écho du passé, pas un verdict sur le présent.
Céder encore une fois n’efface rien : la rechute fait partie de l’apprentissage.
À vous : quelle réponse pose la limite sans attaquer ?
Cinq situations que nous avons travaillées, sous une forme ou une autre, avec des personnes sorties de violences. Pour chacune, choisissez la réponse qui tient la limite tout en restant du côté affirmé. Plusieurs formulations sont possibles dans la vie ; ici, une seule correspond à chaque situation.
Votre mère insiste pour que vous veniez dimanche, alors que votre frère, qui vous a frappée, y sera
Un collègue vous tend un dossier urgent à dix-huit heures trente, pour la troisième fois cette semaine
Votre nouveau partenaire soupire quand vous dites que vous êtes trop fatiguée pour une soirée
Une amie vous demande de lui raconter « tout ce qui s’est passé » avec votre ex
Votre ancien partenaire écrit : « on peut au moins discuter ? J’ai changé. »
Famille, travail, couple, amis : la même limite, quatre terrains
Le non ne coûte pas le même prix partout. Il est souvent plus facile avec un inconnu qu’avec un parent, plus facile au travail qu’au lit. Chaque onglet décrit ce qui rend un terrain particulier et ce que nous y travaillons.
La famille : la loyauté qui fait taire. C’est le terrain le plus difficile, parce que la limite y est vécue comme une trahison. Refuser un repas, ne pas inviter un frère, ne pas répondre à une mère, c’est rompre un pacte implicite qui dit que la famille passe avant tout, y compris avant la sécurité de l’un de ses membres. Les personnes qui ont subi des violences intrafamiliales entendent souvent « c’est du passé », « il a changé », « tu vas gâcher Noël ». La limite familiale demande donc une préparation particulière : décider à l’avance ce que l’on accepte et ce que l’on refuse, l’écrire, le dire à une personne sûre, et prévoir ce que l’on fera quand la pression montera. Nous travaillons aussi, en écoute analytique, ce que cette loyauté protège et ce qu’elle coûte. La page sur les violences intrafamiliales décrit ces configurations.
Le travail : la peur pour l’emploi. Au travail, la limite se heurte à un enjeu concret, garder son poste, et à une hiérarchie qui rend la position affirmée délicate. Pourtant, c’est souvent un bon terrain d’entraînement, parce que les règles y sont plus explicites qu’en famille : des horaires, des fiches de poste, des délais. Dire « je ne pourrai pas avant demain » ou « ce n’est pas dans mes attributions, à qui dois-je le transmettre ? » s’appuie sur quelque chose. Les personnes qui ont subi des violences au travail, humiliations, harcèlement, agressions, ont souvent perdu cette capacité, et elles la retrouvent en répétant en séance les phrases qu’elles n’ont pas pu dire. Nous ne donnons aucun conseil sur les démarches, qui ne relèvent pas de nous ; nous travaillons la voix, le corps et la peur. Ce que ces violences font à la confiance professionnelle est décrit dans la page sur les violences au travail.
Le couple : dire non à quelqu’un que l’on aime. Dans un nouveau couple après une violence, la limite se joue sur deux fronts. Le premier est l’intimité : dire « pas ce soir », « pas comme ça », « arrête » à un partenaire aimant qui n’a rien fait de mal, et découvrir qu’il entend. Beaucoup de personnes n’ont jamais vécu cela, et la première fois est bouleversante. Le second front est le quotidien : les sorties, l’argent, les amis, le temps pour soi, tout ce qui avait été confisqué. Nous conseillons d’en parler au partenaire : « je réapprends à dire non, il se peut que je le dise maladroitement ou trop tard ». Un partenaire sûr s’en réjouit. Si la limite déclenche chez lui colère, bouderie prolongée ou chantage, c’est une information précieuse, décrite dans renouer avec les autres après la violence.
Les amis et les réseaux : la disponibilité permanente. Les amis demandent rarement des choses graves, mais ils demandent souvent : un service, une présence, une réponse immédiate, un récit. Et les messageries ont créé une attente de disponibilité qui rend chaque silence suspect. Pour une personne qui a vécu la surveillance, répondre dans la minute est un réflexe de survie. Réapprendre à laisser un message sans réponse pendant une journée, à ne pas raconter son histoire à qui la demande, à décliner une soirée sans inventer d’excuse, ce sont des limites modestes et très formatrices. Elles entraînent aussi un tri : les amis qui respectent le délai et ceux qui s’en offusquent. La page sur aider un proche victime de violence peut être transmise à ceux qui veulent bien faire et ne savent pas comment.
Exemple fictif : Sofia, 44 ans, « maman veut que je l’héberge à Noël »
Sofia est un personnage composé pour illustrer notre façon de travailler. Aucun détail ne renvoie à une personne réelle.
Situation
Le frère aîné de Sofia l’a frappée régulièrement pendant son adolescence, et l’a bousculée violemment lors d’un repas de famille il y a deux ans. Depuis, elle l’évite. Sa mère l’appelle en novembre : le frère traverse une période difficile, il n’a nulle part où aller pour les fêtes, et « ce serait bien que tu l’héberges trois jours, tu as de la place, il faut tourner la page ». Sofia a répondu « je vais voir », puis n’a pas dormi de la nuit. Elle consulte pour cela : elle sait qu’elle ne veut pas, et elle sent qu’elle va dire oui.
Que travaillerions-nous avec elle ?
Les rechutes : céder encore ne défait pas le chemin
Il y aura des jours où le oui sortira tout seul. Une demande prise au dépourvu, une fatigue, une voix qui ressemble à l’ancienne, et voilà la personne qui a dit non trois fois cette semaine en train d’accepter ce dont elle ne voulait pas. Le réflexe est alors de conclure : je n’y arriverai jamais, je suis comme ça. Nous voyons les choses autrement. Un apprentissage sous contrainte, répété pendant des années, ne se défait pas en ligne droite. La rechute n’est pas un retour à la case départ : c’est une information sur les conditions dans lesquelles le non reste fragile.
Ces conditions se repèrent. La fatigue, d’abord : un corps qui a mal dormi n’a pas la ressource de résister à un automatisme. La surprise, ensuite : les demandes anticipées sont faciles, celles qui tombent dans l’escalier ne le sont pas, d’où l’utilité de la phrase de délai, « je te redis ça ce soir ». Enfin, certaines personnes, certains tons de voix, certaines formules réveillent directement l’ancienne peur, et le corps répond au passé plutôt qu’au présent. Quand c’est le cas, c’est souvent le signe qu’une scène précise demande à être retraitée en EMDR, parce que c’est elle qui parle à travers le oui.
Il existe aussi le non qui arrive en retard, deux heures ou deux jours après. Il est encore valable. Revenir sur un accord, « j’ai réfléchi, finalement je ne pourrai pas », est une limite à part entière, et peut-être la plus difficile, parce qu’elle expose au reproche d’inconstance. Nous l’encourageons : mieux vaut un non tardif qu’un oui qui se paie pendant trois jours. La reconstruction tout entière suit ce rythme fait d’avancées et de retours, comme le décrit la page sur le temps de la reconstruction.
Vrai ou faux : huit idées sur les limites après une violence
Ces affirmations reviennent en consultation, souvent avec la conviction de l’évidence. Choisissez vrai ou faux ; la réponse d’un clinicien apparaît aussitôt.
Affirmation 1
« Poser une limite, c’est être agressif. »
Faux. L’agression attaque la personne ; la limite décrit un fait et dit ce que l’on accepte ou non. « Je ne viendrai pas » n’insulte personne. Cette confusion est fréquente chez les personnes qui n’ont connu que la soumission et la violence, et elle se dissipe en découvrant la position affirmée, calme et ferme.
Affirmation 2
« Si je dis non, la personne va me quitter ou se venger. »
C’est plus nuancé. Avec une personne qui a été violente, le risque peut être réel, et la limite se prépare alors avec un plan de sécurité. Avec les autres, cette crainte est le plus souvent un apprentissage ancien qui parle : la plupart des gens entendent un non sans drame. L’expérience répétée est la seule chose qui permette de distinguer les deux.
Affirmation 3
« Il faut se justifier longuement pour qu’un non soit accepté. »
Faux. Plus on explique, plus on offre de prise à la négociation : chaque raison devient un point à discuter. Une phrase courte, répétée calmement si l’autre insiste, tient mieux qu’un plaidoyer. On peut ajouter un accusé de réception des sentiments de l’autre, mais pas une liste de raisons.
Affirmation 4
« Céder une fois de plus annule tous les progrès. »
Faux. Un apprentissage de survie répété pendant des années se défait par vagues. La rechute renseigne sur les conditions où le non reste fragile, la fatigue, la surprise, une voix qui ressemble à l’ancienne. Les petits refus de la semaine, eux, restent acquis.
Affirmation 5
« Le sentiment de culpabilité après un non prouve que j’ai eu tort. »
Faux. La culpabilité qui suit un refus est l’écho d’une époque où refuser était puni. Elle monte dans l’heure, puis redescend si l’on ne revient pas sur la limite pour la faire taire. Se sentir coupable et être coupable sont deux choses différentes, et la violence a précisément brouillé cette distinction.
Affirmation 6
« L’affirmation de soi s’apprend comme une langue, par la pratique. »
Vrai. Ce sont des compétences précises, décrites depuis les années cinquante et enseignées dans les thérapies comportementales : la phrase courte, le disque rayé, l’accusé de réception. Elles se répètent en séance, en jeu de rôle, puis dans des situations à faible enjeu, jusqu’à devenir disponibles quand cela compte.
Affirmation 7
« Dire non à sa famille est plus difficile que dire non à un inconnu. »
Vrai, dans la grande majorité des cas. La loyauté familiale fait vivre la limite comme une trahison, et l’entourage ajoute souvent sa pression : « c’est du passé », « tu vas gâcher la fête ». C’est pourquoi nous conseillons de s’entraîner ailleurs avant, et de préparer les limites familiales par écrit, avec une personne sûre.
Affirmation 8
« Une limite doit toujours être dite à voix haute. »
Faux. Ne pas répondre à un message, ne pas ouvrir, écrire plutôt que parler, quitter une pièce sont des limites complètes. Avec une personne qui a été violente, le silence est souvent la plus sûre. L’important n’est pas la forme, c’est que la décision vienne de vous et que vous la teniez.
Comment nous travaillons les limites au cabinet
Les personnes victimes de violences, conjugales, familiales, sexuelles, au travail, policières, forment une grande part de notre pratique, et la question des limites traverse presque tous ces accompagnements. Nous la travaillons sur trois plans à la fois. Les outils de la TCC prennent ici une place importante : affirmation de soi, jeux de rôle, exposition graduée aux situations de refus, liste des petits non de la semaine. Les compétences d’efficacité interpersonnelle de la TCD, que le cabinet propose dans sa forme complète, individuel, groupes et soutien entre les séances, s’y ajoutent quand les émotions débordent au moment de dire non.
L’EMDR intervient quand le oui automatique est commandé par des scènes précises : la fois où le refus a été puni, le repas où tout a basculé, la nuit où dire non n’a servi à rien. Tant que ces scènes restent à vif, elles parlent à travers chaque nouvelle demande, et aucun entraînement ne suffit. Les séances durent quatre-vingts minutes et sont précédées d’un bilan psycho-traumatique, voire dissociatif, dont le compte rendu écrit vous est remis. L’écoute analytique, enfin, s’intéresse à ce que le oui protège : une loyauté, une peur d’être abandonné, l’idée qu’on ne mérite d’être aimé que si l’on est utile. Comprendre cela ne dispense pas de l’entraînement, mais il arrive que le non devienne possible le jour où l’on a compris ce qu’il menaçait.
Ce travail se fait au cabinet, à Colombes, aux Pavillons-sous-Bois, en Ardèche, ou en téléconsultation, et le premier rendez-vous n’engage à rien. Quand la limite concerne un couple, les séances de couple de quatre-vingts minutes permettent au partenaire d’entendre ce qui se joue. Notre façon de travailler avec les personnes victimes est décrite dans notre approche des violences, et les appuis qui rendent ce travail possible, dans les tuteurs de résilience.
Questions fréquentes sur les limites après une violence
Pourquoi est-ce que je n’arrive plus à dire non depuis que j’ai vécu une relation violente ?
Parce que, dans cette relation, le non a été puni, inutile ou dangereux, et que votre corps a appris à céder avant que votre pensée ne décide. C’est un apprentissage de survie, pas un défaut de caractère. Il s’est inscrit dans les réactions physiques, la gorge qui se serre, le oui qui sort tout seul, et il persiste après la relation. Il se défait par l’expérience répétée de refus sans conséquence, et souvent par le retraitement des scènes où refuser a coûté cher.
Comment apprendre à poser des limites sans culpabiliser ?
On ne supprime pas la culpabilité d’avance ; on apprend à la laisser passer sans revenir sur la limite. Commencez par des refus minuscules, là où l’enjeu est faible, notez-les, et observez que la culpabilité monte dans l’heure puis redescend. Avec la répétition, elle s’affaiblit. En séance, nous travaillons aussi ce qu’elle protège, une loyauté ou une peur d’être abandonné, et l’EMDR cible les souvenirs qui l’alimentent.
Qu’est-ce que l’affirmation de soi en thérapie ?
Un ensemble de compétences concrètes issues des thérapies comportementales : dire ce que l’on veut ou ne veut pas, clairement, sans s’excuser d’exister et sans attaquer l’autre. Elle se situe entre la soumission, où l’on cède, et l’agression, où l’on impose. Elle s’apprend par des jeux de rôle en séance et des exercices gradués dans la vie quotidienne, avec des outils comme la phrase courte, le disque rayé ou l’accusé de réception.
Comment dire non à sa famille après des violences intrafamiliales ?
En le préparant. Décidez à l’avance ce que vous acceptez et refusez, écrivez la phrase, répétez-la à voix haute, prévoyez l’insistance et ce que vous ferez quand elle viendra. Dites-le à une personne sûre avant et après. Attendez-vous aux reproches, « c’est du passé », « tu gâches la fête », et ne vous justifiez pas. Entraînez-vous d’abord sur des terrains moins chargés : la famille est presque toujours le dernier.
Que faire quand je cède encore malgré mes efforts ?
Ne pas conclure que vous êtes incapable. Regardez les conditions : étiez-vous fatigué, surpris, face à une voix ou une formule qui rappelle l’ancienne relation ? Chacune indique un ajustement, dormir, utiliser une phrase de délai, ou retraiter une scène qui parle à travers le oui. Et souvenez-vous qu’un non tardif reste valable : revenir sur un accord est une limite à part entière.
L’EMDR peut-elle aider à retrouver la capacité de refuser ?
Oui, quand le oui automatique est commandé par des souvenirs précis où le refus a été puni ou n’a servi à rien. Tant que ces scènes restent à vif, elles réagissent à chaque nouvelle demande, et l’entraînement seul ne suffit pas. Le retraitement en EMDR, par séances de quatre-vingts minutes après un bilan, leur retire leur charge, et beaucoup de personnes constatent ensuite que le non devient possible sans y penser.
Références
Livres, articles et liensQuelques références de cette page…
Les travaux dont cette page s’inspire.
Ferenczi, S. (1932-1933). « Confusion de langue entre les adultes et l’enfant », dans Psychanalyse IV, Œuvres complètes 1927-1933. Payot.
Wolpe, J. (1958). Psychotherapy by Reciprocal Inhibition. Stanford University Press.
Alberti, R. E., & Emmons, M. L. (1970). Your Perfect Right. A Guide to Assertive Behavior. Impact Publishers.
Linehan, M. M. (1993). Cognitive-Behavioral Treatment of Borderline Personality Disorder. Guilford Press.
Herman, J. L. (1992). Trauma and Recovery. Basic Books.
Hirigoyen, M.-F. (2005). Femmes sous emprise. Les ressorts de la violence dans le couple. Oh ! Éditions.
Stark, E. (2007). Coercive Control. Oxford University Press.
Si le oui sort avant que vous ayez pu réfléchir, si certaines demandes vous laissent sans voix ou si une limite à poser vous empêche de dormir, un premier rendez-vous permet de repérer ce qui commande cet automatisme et de commencer l’entraînement, en séance et dans votre semaine. Au cabinet ou en téléconsultation, sans engagement.
La « loi de l’instrument », formulée par Abraham Kaplan en 1964 puis reprise par Abraham Maslow dans The Psychology of Science: A Reconnaissance (1966), rappelle qu’« il est tentant, si le seul outil dont on dispose est un marteau, de traiter tout comme si c’était un clou ».
En psychologie, une méthode ne peut pas répondre à toutes les situations. Forts de plusieurs décennies de pratique et de formations complémentaires, nous mobilisons de nombreux outils, choisis avec discernement, afin d’identifier rapidement les leviers les plus efficaces. Nous proposons ainsi un accompagnement aussi bref qu’efficace, tout en sachant accompagner aussi bien les suivis prolongés que le besoin d’un espace de parole régulier.