Le temps de la reconstruction après une violence : rechutes, anniversaires, procès, et la vie qui reprend
Combien de temps faut-il pour se reconstruire après une violence ? Les personnes que nous recevons posent la question dès le deuxième rendez-vous, et nous leur répondons honnêtement que le chemin ne ressemble pas à une convalescence. Il avance, puis il recule le jour d’une date, à l’approche d’une audience, au détour d’une odeur. Cette page décrit ce temps long tel que nous le voyons en consultation : les dates qui reviennent, les procédures qui rouvrent, les rechutes qui ne sont pas des retours à zéro, les silences qui réapparaissent, et les signes discrets auxquels on reconnaît que la vie reprend. Une jauge vous aide à mesurer le chemin déjà parcouru, et un vrai ou faux démonte quelques idées sur le temps qui « guérit ».
Pourquoi se reconstruire n’est pas une ligne droite
Après une violence, on voudrait que le temps fasse son travail comme il le fait pour une fracture : six semaines de plâtre, quelques séances de rééducation, et l’os est plus solide qu’avant. Le psychisme ne se répare pas de cette façon. Il se répare par couches, par retours en arrière, par moments où l’on croit avoir fini et où tout semble recommencer. La psychiatre américaine Judith Herman, dans Trauma and Recovery (1992), décrit trois temps du rétablissement, la sécurité, la remémoration et le deuil, puis la reconnexion aux autres, et elle précise aussitôt que ces temps ne se succèdent pas sagement : on y revient, on les traverse plusieurs fois, à des niveaux différents. Vingt ans de consultation nous ont appris à le dire dès le début, pour que la personne ne prenne pas le premier recul pour un échec.
L’image que nous utilisons souvent est celle de la spirale. On passe et repasse devant les mêmes points, la peur, la honte, la colère, le doute, mais chaque fois d’un peu plus haut, avec un peu plus de recul et quelques outils de plus. Vue de l’intérieur, la spirale ressemble à un cercle : « je suis revenue au même endroit ». Vue de l’extérieur, par quelqu’un qui suit le travail depuis des mois, elle monte. C’est l’une des raisons pour lesquelles nous faisons régulièrement le point sur l’avancée du travail : la personne qui vit la rechute a besoin que quelqu’un lui rappelle d’où elle part.
Ce temps non linéaire tient à la nature même du souvenir traumatique. Une scène de violence n’est pas rangée comme un souvenir ordinaire, daté et classé ; elle reste à vif, prête à se rallumer dès qu’un élément du présent lui ressemble. Tant que ce souvenir n’a pas été retraité, par l’EMDR notamment, il suffit d’une voix, d’un lieu, d’une date pour qu’il reprenne toute la place. Quand il l’a été, les rappels existent encore, mais ils ne renversent plus. Pour comprendre ce mécanisme, la page sur le psychotraumatisme après une violence et celle sur la mémoire traumatique donnent les repères utiles.
À retenir sur le temps long
Le rétablissement avance en spirale : on repasse par les mêmes points, mais d’un peu plus haut chaque fois.
Les dates anniversaires, les procédures et certaines saisons réactivent la mémoire de la violence ; cela se prépare.
Une rechute ramène des symptômes, pas la personne au point de départ : ce qui a été appris reste acquis.
Au cabinet, un point régulier mesure le chemin, et une séance peut être prise avant une date ou une audience redoutée.
Les temps que nous voyons passer en consultation
Il n’existe aucun calendrier valable pour tout le monde, et nous nous méfions des pages qui annoncent « après six mois, vous ressentirez… ». Ce que nous pouvons décrire, en revanche, c’est l’ordre dans lequel certaines questions se présentent chez la plupart des personnes que nous suivons, qu’il s’agisse de violences conjugales, d’une agression, d’un attentat ou de violences anciennes dont on parle enfin. Les durées sont indicatives, et beaucoup de personnes commencent ce chemin des années après les faits.
Les premiers joursLe corps est aux commandes : sidération ou agitation, sommeil impossible ou écrasant, sursauts, parfois une étrange tranquillité qui inquiète les proches plus que la personne elle-même. On ne « travaille » pas le souvenir à ce stade ; on se met en sécurité et on dort quand on peut.Si vous êtes dans ces jours-là, la page se mettre en sécurité est celle à lire d’abord.
Les premières semainesLes images reviennent, le monde paraît dangereux, on évite les lieux, les gens, les informations. C’est aussi le temps où l’entourage, après le choc, commence à attendre que « ça aille mieux ». La fatigue est immense.Un premier rendez-vous, au cabinet ou en téléconsultation, sert surtout à poser un cadre et à vérifier que la sécurité est acquise.
Les premiers moisLa question « pourquoi moi, pourquoi comme ça, pourquoi je n’ai pas… » occupe le terrain. La culpabilité et la honte, dont nous parlons sur la page culpabilité et honte après une violence, prennent de la place. C’est souvent là que le retraitement en EMDR peut commencer, une fois la stabilité suffisante.Les premières rechutes surviennent ici, et surprennent, parce qu’on croyait le plus dur passé.
La première annéeLe premier anniversaire des faits, la première saison identique, parfois les premières étapes judiciaires. Le travail de fond avance, les symptômes reculent, et pourtant certaines journées ramènent tout.C’est le temps de la spirale la plus visible : très bien, puis très mal, puis mieux qu’avant.
Les annéesLa violence cesse d’être le centre. Elle devient une partie de l’histoire, douloureuse mais située. Des dates restent sensibles, un procès peut encore survenir, mais la personne sait maintenant ce qui se passe en elle quand ça revient, et ce qu’elle peut faire.Beaucoup reviennent pour une ou deux séances avant une audience ou une date ; c’est une façon normale de se servir du cabinet.
Cette frise suppose une violence qui a cessé. Quand elle continue, parce que l’on vit encore avec son auteur ou qu’il se manifeste après la séparation, le temps ne peut pas faire ce travail : il faut d’abord la sécurité. Nous le disons sans détour, et la page sur les violences après la séparation décrit ce qui empêche le temps d’avancer.
Les dates anniversaires, les saisons et les heures qui reviennent
Il arrive qu’une personne nous appelle en disant qu’elle ne comprend pas ce qui lui arrive : elle allait bien, et depuis trois jours elle dort mal, pleure dans sa voiture, sursaute au moindre bruit. Nous regardons le calendrier avec elle. Dans un cas sur deux au moins, nous sommes à quelques jours de la date des faits, ou de la date où elle a parlé, ou de celle où elle est partie. Le corps a gardé le compte avant la tête. La lumière de novembre, l’odeur des premiers feux, les chants de Noël dans les magasins, la chaleur d’un soir de juillet : la mémoire traumatique s’accroche aux sens, et les saisons sont faites de sens.
Les heures aussi. Une femme agressée dans un parking à 19 h 40 peut, pendant des mois, sentir son ventre se serrer à 19 h 30 sans savoir pourquoi. Un homme frappé lors d’une manifestation un samedi après-midi redoute les samedis après-midi. Les victimes d’attentat connaissent bien les cérémonies et la couverture médiatique qui revient chaque année : une date qui appartient à tout le monde, et qu’il faut pourtant traverser seul. Nous en parlons sur la page consacrée aux victimes d’attentat.
Ce que nous proposons pour ces dates
D’abord les nommer à l’avance. Quand une date approche, nous la posons sur la table en séance : qu’est-ce qui va se passer ce jour-là, où serez-vous, avec qui, qu’est-ce qui vous aiderait ? Certaines personnes choisissent de travailler comme d’habitude, d’autres de s’éloigner, d’autres encore de marquer la date par un geste qu’elles ont choisi. Il n’y a pas de bonne façon, il y a la vôtre. Ensuite, préparer le corps : les outils de la TCC, respiration, ancrage, planification des heures sensibles, servent exactement à cela. Enfin, quand une date déclenche encore la scène entière, c’est que le souvenir n’a pas fini d’être retraité : une ou deux séances d’EMDR ciblées, avant ou après la date, font souvent la différence pour l’année suivante. Le scénario du futur en EMDR permet justement de se projeter dans la journée redoutée avec les ressources d’aujourd’hui.
Il y a une forme particulière de date : celle où l’auteur des violences sort de prison, déménage dans la ville voisine, ou réapparaît sur un réseau social. Nous ne pouvons rien contre le calendrier judiciaire, mais nous pouvons préparer ces moments comme des dates anniversaires, avec en plus la question concrète de la sécurité, abordée sur la page retrouver un sol.
Les procédures qui rouvrent ce que l’on croyait fermé
Une plainte déposée, et c’est le début d’un temps qui n’est plus le vôtre. Une convocation arrive sans prévenir, une audition est fixée, une expertise est demandée, une audience est annoncée puis reportée. Chaque étape oblige à raconter de nouveau, devant des personnes dont ce n’est pas le métier d’écouter avec ménagement. Les personnes que nous suivons décrivent presque toutes la même chose : les semaines qui précèdent une étape judiciaire ramènent les cauchemars, l’irritabilité, les évitements, comme si le travail des mois précédents n’avait pas eu lieu. Il a eu lieu. Ce qui se passe, c’est que la procédure demande au cerveau de rouvrir le dossier, et qu’il le rouvre avec tout ce qu’il contient.
Nous accompagnons avant, pendant et après ces étapes, sans jamais les organiser : la plainte est une démarche judiciaire qui ne passe pas par le cabinet, et nous n’avons pas d’avis à donner sur la stratégie d’un avocat. Notre place est ailleurs. Avant une audition, nous travaillons la scène redoutée comme n’importe quelle situation future : comment vous installer, à quoi revenir si la voix se coupe, quelle phrase vous dire quand on vous posera la question que vous craignez. Pendant, nous sommes joignables en téléconsultation entre deux étapes, parce qu’une audience peut se tenir loin de chez vous. Après, nous accueillons ce qui a été dit et ce qui n’a pas pu l’être, et nous retraitons en EMDR ce qui a été réactivé.
Le procès lui-même mérite une place à part. Pour beaucoup, il est à la fois espéré et redouté pendant des années ; il réactive la violence, confronte parfois à l’auteur, puis se termine par une décision que l’on peut vivre comme une reconnaissance ou comme une seconde violence. Dans les deux cas, les semaines qui suivent sont souvent plus difficiles qu’on ne l’imaginait : le but qui organisait le temps a disparu, et il faut réapprendre à vivre sans l’échéance. Nous préparons aussi cet après. Les textes de loi qui protègent les personnes victimes, et notre façon d’accompagner la démarche, sont réunis sur la page violence et plainte ; la fatigue propre aux expertises et aux assurances est décrite sur la page la violence des formalités.
Une rechute n’est pas un retour à zéro
Le mot « rechute » est celui que les personnes emploient, et nous le gardons, mais il mérite d’être regardé de près. Dans le vocabulaire des infections, rechuter, c’est retomber malade de la même maladie ; on repart au début. Après une violence, ce qui revient, ce sont des symptômes, les nuits agitées, les sursauts, l’envie de ne voir personne, la honte, parfois des idées noires. Ce qui ne revient pas, c’est l’ignorance de ce qui se passe. La personne qui rechute après huit mois de travail sait nommer ce qu’elle vit, sait ce qui l’a déclenché, sait quels gestes l’aident, sait qu’elle a déjà traversé cela et qu’elle en est sortie. Rien de tout cela n’existait au début. Elle n’est pas revenue à zéro ; elle traverse un mauvais passage avec un équipement qu’elle n’avait pas.
Il y a plusieurs façons de rechuter, et il est utile de les distinguer. La rechute déclenchée, par une date, une procédure, une rencontre, une nouvelle dans la presse, a une cause identifiable et dure en général le temps du déclencheur. La rechute d’épuisement survient quand la vie demande trop en même temps, un déménagement, un enfant malade, un conflit au travail ; les ressources baissent, et ce qui était contenu déborde. La rechute de découverte, enfin, est celle qui survient quand le travail touche une couche plus profonde : en retraitant une scène, une autre apparaît, plus ancienne, et la personne a l’impression de régresser alors qu’elle avance. Retournez les cartes pour voir ce qu’une rechute dit, et ce qu’elle ne dit pas.
Si la rechute s’accompagne d’idées de mort, elle change de nature et demande une réponse rapide. La page sur les idées noires après une violence explique comment nous recevons cette parole. Et si vous êtes dans ce moment-là en lisant ces lignes :
Si la rechute devient un danger
En cas de danger immédiat, faites le 15 (SAMU). Prenez un rendez-vous au cabinet en téléconsultation le plus rapidement possible. Si Doctolib ne permet pas un rendez-vous immédiat, envoyez des textos WhatsApp ou/et SMS aux cliniciens du cabinet.
Mesurer le chemin parcouru plutôt que le chemin qui reste
Au milieu d’une rechute, on ne voit que ce qui va mal. Cette jauge propose un autre regard : pour chacun des six domaines, réglez le curseur sur ce qui reste présent aujourd’hui, de 0 (plus du tout) à 10 (comme au pire moment). Puis demandez-vous où ces curseurs auraient été au début. L’aiguille indique ce qui reste à traverser ; la différence avec vos souvenirs du début, c’est le chemin parcouru. Rien n’est enregistré ni transmis.
Cette jauge n’est pas un questionnaire validé ; elle sert à regarder le chemin. Pour une mesure du stress post-traumatique avec des outils étalonnés, le bilan psycho-traumatique de notre psychothérapeute, décrit sur la page bilans psychologiques, s’appuie sur des questionnaires reconnus et donne lieu à un compte rendu écrit.
Les silences qui reviennent, en séance et à la maison
Il y a le silence d’avant, celui des années où l’on n’a rien dit. Et il y a les silences qui reviennent après avoir parlé, plus déroutants parce qu’on croyait en avoir fini avec eux. Une personne qui a raconté les faits, déposé plainte, commencé l’EMDR, peut se retrouver un jour incapable d’en parler à nouveau, même à nous. Elle annule une séance, puis deux. Elle dit à son compagnon que « ça va » et change de sujet. Ce silence n’est pas un déni, et ce n’est pas non plus du refoulement au sens précis que la psychanalyse donne à ce mot : c’est un repli, souvent lié à la fatigue d’avoir trop porté, trop expliqué, trop justifié. Il protège, pendant un temps, d’une exposition devenue insupportable.
Nous respectons ces silences sans les laisser s’installer. Une séance peut se passer à parler d’autre chose, du travail, des enfants, d’un film ; la relation continue, et c’est elle qui permettra de reparler. Quand le silence dure, nous le nommons : « depuis trois séances, nous ne parlons plus de ce qui vous a amenée, qu’est-ce que cela vous fait ? » Souvent la réponse est une colère rentrée contre les proches qui n’ont pas su entendre, ou contre une procédure qui n’avance pas, ou contre nous. La colère, dont parle la page la colère après la violence, est fréquemment ce qui se cache sous un silence qui revient.
Du côté des proches, ces silences inquiètent ou agacent. « Elle allait mieux, et là elle se referme. » Nous recevons volontiers les proches, seuls ou avec la personne, pour expliquer que le silence fait partie du temps long, et ce qu’ils peuvent faire sans forcer. La page aider un proche victime de violence leur est consacrée. Quant à l’écoute analytique, elle entend dans ces silences autre chose qu’un symptôme : ce qui, dans l’histoire de la personne, a appris que parler ne servait à rien ou coûtait trop cher. Quand cette couche-là s’éclaire, le silence cesse d’être une rechute et devient une parole de plus.
Exemple fictif : Nadia, 41 ans, deux ans après
Nadia est une figure composée pour cette page ; aucun détail ne renvoie à une personne réelle. Il y a deux ans, elle a quitté un compagnon qui la frappait et la surveillait depuis six ans. Elle a déposé plainte au moment de la séparation. Elle a fait un an de travail au cabinet, avec un bilan psycho-traumatique au départ, puis de l’EMDR sur les scènes les plus lourdes, puis un espacement des séances. Elle dort, elle a repris son travail à temps plein, elle a déménagé. Le procès vient d’être fixé dans cinq semaines. Depuis l’annonce, elle a de nouveau des cauchemars, elle a recommencé à vérifier les serrures trois fois, et elle a dit à sa sœur qu’elle « n’était pas sûre d’avoir la force d’y aller ».
Situation
Nadia nous rappelle. Elle dit, en pleurant : « Je suis revenue au point de départ, tout ce qu’on a fait n’a servi à rien. »
Qu’est-ce qui correspond le mieux à ce que nous ferions ?
Dans cette histoire inventée, Nadia va au procès. Elle en revient épuisée, puis, trois semaines plus tard, constate que les serrures ne l’intéressent plus. Ce qu’elle dira en séance, c’est qu’elle a surtout été surprise de ne pas s’effondrer dans la salle, alors qu’elle en était certaine. Le chemin parcouru, elle l’a mesuré là.
Vrai ou faux sur le temps qui passe
Ces phrases sur le temps circulent dans les familles, chez les collègues, parfois dans la bouche de la personne elle-même. Répondez, l’explication s’affiche aussitôt.
Affirmation 1
« Au bout d’un an, c’est forcément derrière soi. »
Aucune durée ne vaut pour tout le monde. Un an, c’est souvent le moment du premier anniversaire et, pour certains, des premières étapes judiciaires : une période plutôt chargée. Et beaucoup de personnes commencent à se reconstruire des années après les faits, quand la vie leur en laisse enfin la possibilité.
Affirmation 2
« Le corps peut se souvenir d’une date avant la tête. »
Oui, nous le voyons très souvent : troubles du sommeil, sursauts, larmes inexpliquées quelques jours avant une date dont la personne n’a pas conscience. La mémoire traumatique est sensorielle et saisonnière. Regarder le calendrier est l’une des premières choses que nous faisons devant une rechute sans cause apparente.
Affirmation 3
« Si les symptômes reviennent, c’est que la thérapie a échoué. »
Les symptômes reviennent chez presque tout le monde à certains moments, parce qu’un déclencheur a touché un point encore sensible ou parce que les ressources sont basses. Ce qui ne revient pas, c’est l’ignorance : la personne sait ce qui lui arrive et ce qui l’aide. La rechute désigne souvent la prochaine étape du travail.
Affirmation 4
« Un procès, ça libère. »
Parfois, et parfois non. Une décision peut être vécue comme une reconnaissance, mais le procès réactive la violence pendant des semaines, et l’après est souvent plus difficile que prévu, parce que l’échéance qui organisait le temps disparaît. La reconnaissance par la justice compte ; elle ne fait pas à elle seule le travail de reconstruction.
Affirmation 5
« On peut revenir au cabinet pour une seule séance, des années après. »
C’est même une façon très ordinaire de se servir du cabinet : une séance avant une audience, autour d’une date, au moment où l’auteur réapparaît, ou simplement parce qu’une nouvelle étape de vie réveille quelque chose. Le terrain est connu, la séance est efficace, et il n’y a pas à recommencer un parcours.
Affirmation 6
« Ne plus vouloir en parler, c’est être dans le déni. »
Le déni consiste à ne pas reconnaître les faits. Ne plus vouloir en parler après les avoir reconnus, racontés, parfois déposés dans une plainte, est tout autre chose : un repli, souvent lié à la fatigue d’avoir trop porté. Il fait partie du temps long et se respecte, sans qu’on le laisse s’installer.
Le point régulier au cabinet, et ce que chaque approche fait du temps
Nous faisons régulièrement le point sur l’avancée du travail, et ce point a une fonction précise dans le temps long : il tient la mémoire du chemin. Nous reprenons ce qui a été dit au premier rendez-vous, les nuits d’alors, les évitements d’alors, les mots que la personne employait, et nous les comparons à aujourd’hui. Il arrive que la personne ne se souvienne plus qu’elle ne pouvait pas prendre le métro, ou qu’elle dormait avec la lumière. Le point sert à cela, et aussi à décider ensemble de la suite : espacer, intensifier avant une échéance, changer de cible, proposer un bilan si quelque chose ne se comprend pas.
EMDR
Refermer ce qu’une date a rouvert
Quand un anniversaire ou une convocation rallume une scène entière, c’est que cette scène n’a pas fini d’être retraitée. Une ou deux séances d’EMDR de 80 minutes, ciblées sur ce qui est revenu, permettent souvent de refermer la porte pour l’année suivante. Le scénario du futur prépare la journée redoutée avec les ressources d’aujourd’hui. Voir l’EMDR au cabinet.
TCC
Préparer les heures sensibles
Repérer les dates et les heures, planifier ce qu’on en fait, s’entraîner à la respiration et à l’ancrage avant qu’ils soient nécessaires, reprendre par paliers les lieux qu’une rechute a fait éviter de nouveau : les outils des thérapies cognitives et comportementales donnent une prise concrète sur le calendrier. Voir les TCC au cabinet.
Écoute analytique
Entendre ce que la date rejoue
Pourquoi cette date-là pèse-t-elle plus qu’une autre, pourquoi le silence revient-il devant cette personne précise, qu’est-ce que l’attente du procès réveille d’une autre attente, plus ancienne ? L’écoute analytique, nourrie de plusieurs grands repères de la psychanalyse, s’intéresse à la répétition et à ce qu’elle cherche à dire. Voir la psychanalyse au cabinet.
Bilan
Comprendre ce qui ne bouge pas
Quand un domaine résiste malgré le travail, un bilan psycho-traumatique, voire dissociatif, par notre psychothérapeute, éclaire ce qui se passe ; si des plaintes de mémoire ou d’attention persistent longtemps après les faits, notre neuropsychologue peut proposer un bilan neuropsychologique. Dans les deux cas, un compte rendu écrit vous est remis. Voir les bilans.
Tout cela peut se faire en téléconsultation, ce qui compte dans le temps long : les personnes déménagent, les audiences se tiennent loin, les dates tombent un dimanche. Le cabinet consulte 365 jours par an, et une séance ponctuelle avant une échéance se prend sans reprendre tout un parcours. Notre façon de travailler avec les personnes victimes de violences est détaillée sur la page notre expérience et notre approche.
À quoi reconnaît-on que la vie reprend ?
Pas à un matin où tout serait réglé. Les signes de la reprise sont discrets, et les personnes les remarquent souvent après coup, ou parce qu’un proche les leur fait remarquer. Voici ceux que nous entendons le plus souvent en séance, dans des mots qui sont ceux des personnes elles-mêmes.
Ce que ces phrases ont en commun, c’est l’oubli de soi : la personne a fait quelque chose sans surveiller si elle en était capable. La vigilance, qui occupait tout l’espace, a laissé passer un moment ordinaire. Boris Cyrulnik, dans Un merveilleux malheur (1999), insiste sur le fait que la résilience n’est pas un retour à l’état d’avant, mais la reprise d’un développement, autrement : la personne qui va mieux n’est pas celle d’avant la violence, elle est quelqu’un qui a traversé et qui continue. Cela n’empêche ni les dates, ni les procès, ni les rechutes. Cela change ce qu’ils pèsent.
La reprise se voit aussi dans les liens : oser se rapprocher de nouveau, reconnaître une relation sûre, parfois reconstruire un couple. Nous y consacrons la page renouer avec les autres. Et quand la reprise prend la forme d’un engagement, d’une création, d’un sens trouvé à ce qui n’en avait pas, la page donner du sens, s’engager, créer décrit ce que les chercheurs appellent la croissance post-traumatique, sans jamais en faire une obligation.
Questions fréquentes sur le temps de la reconstruction
Combien de temps faut-il pour se reconstruire après une violence ?
Il n’existe pas de durée valable pour tout le monde, et nous nous méfions des chiffres. Le temps dépend de la violence (unique ou répétée, récente ou ancienne), de la sécurité actuelle, des soutiens, de l’histoire antérieure et du travail engagé. Ce que nous observons, c’est un chemin en spirale : des progrès nets en quelques mois quand le travail commence dans de bonnes conditions, puis des périodes de retour autour des dates et des procédures, de plus en plus courtes et de moins en moins fortes. Beaucoup de personnes commencent des années après les faits, et avancent tout aussi bien.
Pourquoi vais-je mal à la même période chaque année ?
Parce que la mémoire traumatique est sensorielle et saisonnière. La lumière, les températures, les odeurs, les fêtes et les rituels d’une période de l’année ressemblent à ceux du jour des faits, et le corps réagit avant que la tête ait fait le lien. Ces réactions anniversaires sont très fréquentes. Elles s’atténuent quand le souvenir est retraité, en EMDR notamment, et elles se préparent : nommer la date à l’avance, décider de ce qu’on en fait, prévoir une séance autour si besoin.
Une rechute après une thérapie signifie-t-elle que tout est à refaire ?
Non. Une rechute ramène des symptômes, pas la personne au point de départ. Ce qui a été acquis, la capacité à nommer ce qui se passe, à respirer, à demander de l’aide, la connaissance de ses déclencheurs, reste là. Une rechute déclenchée par une date ou une procédure se referme en général en une ou deux séances, parce que le terrain est connu. Elle donne aussi une information utile : elle désigne la scène ou la croyance qui n’a pas fini d’être travaillée.
Comment tenir psychologiquement pendant un procès ?
En s’y préparant comme à une scène future : où s’installer, à quoi revenir si la voix se coupe, quelle phrase se dire quand la question redoutée arrive. Les outils de la TCC et le scénario du futur en EMDR servent à cela. Pendant les semaines qui précèdent, les symptômes reviennent souvent ; c’est attendu et cela se travaille. Après le procès, quel que soit son résultat, une séance est utile, parce que l’après est souvent plus difficile que prévu. Nous accompagnons avant, pendant et après, sans organiser la démarche elle-même, qui relève de la justice et de votre avocat.
Peut-on reprendre une ou deux séances des années après la fin d’un suivi ?
Oui, et c’est fréquent. Une audience, une date anniversaire, la réapparition de l’auteur, une naissance ou un deuil peuvent réveiller ce qui était apaisé. Comme le terrain est connu, une séance ponctuelle, au cabinet ou en téléconsultation, suffit souvent. Il n’y a pas à recommencer un parcours. Le cabinet consulte toute l’année, 365 jours par an, ce qui permet de trouver un créneau avant une échéance.
Faut-il attendre la fin de la procédure judiciaire pour commencer une thérapie ?
Non. Attendre laisserait la personne seule pendant les mois ou les années les plus éprouvants. Le travail psychothérapeutique ne dépend d’aucune démarche judiciaire, et il peut commencer avant, pendant ou après. Si un bilan psycho-traumatique est réalisé, un compte rendu écrit est remis à la personne, qui en fait l’usage qu’elle juge utile. La seule condition pour commencer à retraiter les souvenirs en EMDR est une sécurité suffisante ; l’écoute et les outils pour tenir, eux, n’attendent pas.
Références
Livres, articles et liensQuelques références de cette page…
Les travaux et les documents sur lesquels cette page s’appuie.
Judith L. Herman, Trauma and Recovery. The Aftermath of Violence, from Domestic Abuse to Political Terror, 1992 (les trois temps du rétablissement et leur caractère non linéaire).
Boris Cyrulnik, Un merveilleux malheur, 1999 ; Les Vilains Petits Canards, 2001.
Michael Rutter, « Resilience in the face of adversity. Protective factors and resistance to psychiatric disorder », British Journal of Psychiatry, 1985 ; « Implications of resilience concepts for scientific understanding », Annals of the New York Academy of Sciences, 2006.
Richard G. Tedeschi et Lawrence G. Calhoun, « Posttraumatic growth. Conceptual foundations and empirical evidence », Psychological Inquiry, 2004.
Bessel van der Kolk, Le Corps n’oublie rien, 2014 (la mémoire traumatique et le corps).
Francine Shapiro, « Efficacy of the eye movement desensitization procedure in the treatment of traumatic memories », Journal of Traumatic Stress, 1989 (l’article fondateur de l’EMDR).
Quand ça revient, vous n’avez pas à le traverser seul
Une date qui approche, une convocation reçue, une rechute qui vous fait douter de tout : une séance suffit souvent à remettre le chemin en perspective et à préparer ce qui vient. Au cabinet ou en téléconsultation, que vous ayez déjà travaillé avec nous ou non.
La « loi de l’instrument », formulée par Abraham Kaplan en 1964 puis reprise par Abraham Maslow dans The Psychology of Science: A Reconnaissance (1966), rappelle qu’« il est tentant, si le seul outil dont on dispose est un marteau, de traiter tout comme si c’était un clou ».
En psychologie, une méthode ne peut pas répondre à toutes les situations. Forts de plusieurs décennies de pratique et de formations complémentaires, nous mobilisons de nombreux outils, choisis avec discernement, afin d’identifier rapidement les leviers les plus efficaces. Nous proposons ainsi un accompagnement aussi bref qu’efficace, tout en sachant accompagner aussi bien les suivis prolongés que le besoin d’un espace de parole régulier.