La colère après la violence : irritabilité, explosions, peur de devenir violent à son tour
Elle arrive souvent en retard. Pendant la violence, il n’y avait pas de place pour elle : il fallait tenir, se taire, survivre. Puis, des semaines ou des années plus tard, elle se met à déborder de partout : sur un collègue qui parle trop fort, sur un enfant qui traîne, sur soi-même, sur le monde entier. Beaucoup de personnes que nous recevons ont plus peur de leur colère que du souvenir de ce qu’elles ont subi, parce qu’elles y voient le visage de celui ou celle qui leur a fait du mal. Cette page explique d’où vient cette colère, ce qu’elle porte, pourquoi elle peut protéger sans devenir violence, et pourquoi avoir subi n’est ni un destin ni une excuse.
Une colère légitime, qui arrive quand la sidération lâche
Face à une violence, le corps choisit en une fraction de seconde entre fuir, lutter ou se figer, et ce choix ne passe pas par la volonté. Beaucoup de personnes victimes se sont figées : elles n’ont pas crié, pas frappé, pas couru, parce que leur organisme avait jugé que c’était la meilleure chance de survie. La colère, qui est l’énergie de la lutte, a été mise sous clé à ce moment-là. Elle ne disparaît pas pour autant. Elle attend, et elle ressort quand la sécurité revient, parfois des années plus tard, souvent au moment où la personne commence à aller mieux et s’en étonne : « Pourquoi suis-je si en colère maintenant, alors que c’est fini ? »
Cette colère est d’abord légitime, et il faut le dire sans détour. On vous a fait du mal. On a disposé de votre corps, de votre argent, de votre liberté, de votre parole ou de votre enfant. La colère est la réaction normale d’un être humain à qui l’on a pris quelque chose, et son absence, pendant la violence, n’était pas une acceptation mais une stratégie de survie. Judith Herman, dans Trauma and Recovery, décrit la rage de la personne victime comme une étape attendue de la reconstruction, celle où l’on cesse de retourner la violence contre soi pour la reconnaître comme venant de l’extérieur. Ce que nous voyons en consultation confirme cette lecture : le retour de la colère est souvent le signe que la honte recule.
Le problème n’est donc pas la colère. Le problème est qu’elle ne trouve pas toujours son adresse. L’auteur des violences est parti, ou mort, ou trop dangereux, ou c’est un parent que l’on aime encore, ou une institution sans visage. Alors la colère cherche d’autres cibles : les proches qui sont là, les inconnus qui bousculent, les collègues qui ne comprennent rien, et très souvent soi-même. Une colère sans adresse se répand ; une colère qui retrouve son adresse, même symboliquement, en séance, redevient une force qui protège. Le dossier gestion des émotions décrit la colère en général ; la page colère : la comprendre, la canaliser, s’en servir en détaille les mécanismes. Ici, nous parlons de celle qui suit une violence, et qui a ses lois propres.
À retenir
La colère qui suit une violence est l’énergie de la lutte, gelée pendant les faits et libérée quand la sécurité revient : elle est légitime.
Elle déborde parce que le corps est resté en alerte, et parce qu’elle n’a pas trouvé son adresse.
Avoir subi une violence ne condamne pas à devenir violent : la plupart des personnes victimes ne le deviennent jamais, et celles qui en ont peur sont justement celles qui s’en protègent.
La colère peut protéger sans devenir violence : c’est un apprentissage, que la TCD, l’EMDR et l’écoute analytique rendent possible.
Où va votre colère ? Une jauge
La colère après une violence prend plusieurs chemins, et une même personne en emprunte souvent plusieurs à la fois. Réglez chaque curseur selon ce que vous vivez depuis un mois. Ce n’est pas un test de dangerosité : c’est une façon de voir où l’énergie part, pour savoir par où la reprendre.
Pourquoi elle déborde : un corps resté en alerte
La colère qui suit une violence n’est pas proportionnée aux événements qui la déclenchent, et c’est ce qui la rend si déroutante. Un verre renversé provoque une explosion ; une remarque anodine déclenche une hostilité froide qui dure la journée. La raison n’est pas dans l’événement : elle est dans l’état du système nerveux. Après une violence, le cerveau reste réglé sur la détection du danger. Le seuil d’alerte est abaissé, la réaction est plus rapide et plus forte, et le retour au calme est plus lent. Dans cet état, la colère n’attend pas une bonne raison : elle attend un déclencheur, et n’importe quoi en fait l’affaire.
La psychologie des émotions parle de fenêtre de tolérance pour décrire la zone dans laquelle une personne peut ressentir sans être débordée. La violence rétrécit cette fenêtre. On passe plus vite au-dessus, dans l’agitation et la colère, et plus vite au-dessous, dans l’engourdissement et le repli. La page la fenêtre de tolérance explique ce mécanisme, qui est au cœur de ce que nous travaillons. Ce qui rétrécit encore la fenêtre : le manque de sommeil, presque constant après une violence ; l’alcool, qui désinhibe la colère le soir et l’aggrave le lendemain ; la douleur physique ; et les déclencheurs sensoriels, une voix forte, une odeur, une main qui s’approche trop vite, qui réveillent la scène sans que l’on s’en aperçoive.
Il y a enfin une raison plus profonde, que la clinique nous apprend. La colère est souvent la seule émotion supportable parmi celles que la violence a laissées. La peur rend impuissant ; la honte donne envie de disparaître ; la tristesse fait pleurer devant les autres. La colère, elle, redresse. Elle donne une force, une direction, le sentiment d’exister. Beaucoup de personnes victimes se réfugient dans la colère parce qu’elle est moins douloureuse que ce qu’elle recouvre. C’est pourquoi, en séance, nous ne cherchons pas à éteindre la colère : nous cherchons ce qu’elle protège, et c’est souvent une peur ou une honte qui, une fois entendues, n’ont plus besoin d’être couvertes.
De l’irritation au geste : le spectre
Entre la colère qui se dit et le geste qui blesse, il n’y a pas une frontière mais une pente, avec des paliers. Déplacez le curseur pour voir où vous vous situez le plus souvent, et ce que chaque palier appelle comme réponse. Le même curseur sert à repérer le moment où une colère cesse d’être une émotion pour devenir un acte.
colère qui se ditcolère qui débordegeste violent
Ce spectre vaut aussi pour la colère tournée contre soi. L’irritation contre soi-même devient autocritique, puis mépris de soi, puis privation et gestes contre son corps. La pente est la même, et les outils aussi. La page idées noires après une violence en parle plus longuement.
La peur de devenir comme l’auteur : ni destin ni excuse
« J’ai eu les mêmes gestes que lui, j’ai entendu sa voix sortir de ma bouche. » Cette phrase, nous l’entendons de parents qui ont été des enfants battus, de conjoints qui ont été des conjoints humiliés, d’adultes qui ont été des adolescents harcelés. Elle dit une peur très précise : celle que la violence subie soit une contamination, et que l’on soit condamné à la transmettre. Cette peur mérite une réponse claire, en deux temps.
Premier temps : non, ce n’est pas un destin. L’expérience de la poupée Bobo, menée par Albert Bandura et ses collègues en 1961, a montré que des enfants qui observent un adulte frapper une poupée reproduisent ces gestes plus souvent que d’autres. On en a tiré l’idée que la violence s’apprend par observation, ce qui est vrai. Mais la même recherche a montré que l’imitation dépend de ce qui arrive au modèle, qu’elle est modulée par ce que l’enfant comprend de la situation, et qu’elle n’a rien d’automatique. Dans les études de population, la majorité des enfants exposés à la violence ne deviennent pas des adultes violents, et les personnes victimes qui consultent parce qu’elles ont peur de reproduire sont précisément celles qui, par cette peur même, se protègent et protègent les autres. Sándor Ferenczi a décrit en 1932 comment l’enfant terrifié peut s’identifier à l’agresseur et prendre sur lui ce qui vient de l’adulte ; c’est un mécanisme de survie, pas un programme. La page observation et imitation de la violence détaille ce que l’apprentissage social explique et ce qu’il n’explique pas, et la page Ferenczi et Winnicott ce que devient l’identification à l’agresseur.
Second temps : non, ce n’est pas non plus une excuse. Avoir subi une violence rend plus compréhensible une colère qui déborde ; cela n’en rend pas les gestes acceptables, et la personne qui les reçoit n’a pas à les porter au nom de votre histoire. Nous tenons les deux bouts en séance : comprendre sans juger, et ne jamais laisser croire que comprendre revient à autoriser. La page quand l’enfant harcelé devient lui-même harceleur décrit ce retournement chez les plus jeunes, avec la même position. Le psychiatre et psychanalyste Jean Bergeret distinguait, dans La Violence fondamentale (1984), une violence primitive de survie, sans haine, du registre « lui ou moi », et l’agressivité, qui vise à nuire. Cette lecture, qui est la sienne et n’explique pas tout, aide à entendre la colère de la personne victime : elle est souvent du premier registre, une énergie de survie qui réclame une forme, et le travail consiste à lui en donner une qui ne blesse personne.
Ce que la colère porte : six lectures
La colère qui suit une violence a été pensée par les cliniciens dont nous nous inspirons chaque jour. Chaque carte donne une lecture, et ce qu’elle change concrètement en séance. Aucune n’est la vérité entière ; ensemble, elles éclairent.
Faire redescendre dans la minute : le souffle et les gestes
Quand la colère monte, le raisonnement arrive trop tard : le corps est déjà parti. Ce qui marche dans la minute, ce sont des gestes qui parlent au système nerveux directement. Le premier est l’expiration longue : en allongeant l’expiration, on appuie sur le frein du nerf vague, et le cœur ralentit en quelques cycles. La thérapie comportementale dialectique enseigne d’autres gestes de crise que nous donnons souvent : l’eau très froide sur le visage, qui déclenche un réflexe de ralentissement ; une activité physique intense pendant deux minutes, qui consomme l’énergie mobilisée ; et la pause, c’est-à-dire quitter physiquement la pièce en disant que l’on reviendra, ce qui n’est pas une fuite mais une protection pour tout le monde. Essayez le souffle maintenant, au calme, pour qu’il soit disponible le jour où il faudra.
Ces gestes ne suppriment pas la colère et ne doivent pas servir à la faire taire : ils servent à redescendre assez pour choisir quoi en faire. Après la minute, la question devient : « De quoi ai-je eu peur ? Qu’est-ce qui m’a rappelé quelque chose ? » C’est cette question, répétée au fil des semaines, qui relie la colère d’aujourd’hui à la violence d’hier, et qui ouvre le travail de fond. Le dossier les compétences de la TCD décrit l’ensemble de ces outils.
Exemple fictif : Thomas, 29 ans, la porte cassée
Thomas est inventé ; ce qu’il traverse ressemble à ce que vivent plusieurs des personnes que nous recevons chaque mois.
Situation
Thomas a été interpellé en marge d’une manifestation il y a un an. Pendant sa garde à vue, il a été plaqué au sol, insulté, menotté très serré pendant des heures, et il n’a pas dormi. Aucune poursuite n’a suivi. Depuis, il ne supporte plus les sirènes, il a changé de trajet pour éviter un commissariat, et surtout il « ne se reconnaît plus » : il crie sur sa compagne pour des détails, il a cassé la porte de la chambre d’un coup de poing après une dispute, et son fils de quatre ans s’est mis à sursauter quand il hausse la voix. Il consulte en disant : « Je suis en train de devenir comme eux. »
Que lui répondrions-nous, et par où commencerions-nous ?
La page violences en garde à vue décrit plus précisément ce que vit une personne dans la situation de Thomas. Ce que son exemple ajoute, c’est le mouvement par lequel une violence subie se transforme en colère déplacée, et la façon dont on remet cette colère à sa place.
Ce que nous faisons au cabinet
La colère qui suit une violence ne se traite pas comme un « problème de gestion de la colère », parce qu’elle n’est pas un problème de caractère. Elle est le symptôme visible d’une mémoire qui attaque, d’un corps en alerte et d’une émotion qui n’a pas trouvé d’adresse. Nous travaillons donc sur trois plans en même temps. Le premier est la régulation : donner, dès les premières séances, les gestes qui font redescendre le corps, repérer les signes avant-coureurs de la montée, apprendre à prendre la pause. Quand les explosions sont fréquentes ou que la colère se retourne contre soi, la TCD complète, en individuel et en groupe, avec un soutien entre les séances, est proposée au cabinet : elle est faite pour les personnes dont les émotions débordent, et la colère en fait partie.
Le deuxième plan est la mémoire. Tant que la scène de la violence reste à vif, le corps réagit à chaque rappel comme à la menace d’origine, et la colère repart. L’EMDR, en séances de quatre-vingts minutes, retraite ces scènes, puis les déclencheurs du présent : la voix qui monte, la main qui s’approche, l’uniforme, l’odeur. Un bilan psycho-traumatique, voire dissociatif, le précède souvent, pour savoir où en est la mémoire et à quel rythme avancer ; il se fait après un premier rendez-vous, et son compte rendu écrit vous est remis. Nous observons souvent que la colère déplacée diminue d’elle-même quand la scène qui l’alimentait a été retraitée, sans que l’on ait eu à la « contrôler ».
Le troisième plan est le sens. L’écoute analytique entend ce que la colère porte : la haine de soi qui est une colère retournée, la loyauté envers un parent violent qui interdit la colère contre lui, la peur de ressembler, la rivalité, l’énergie de vie qui cherche un cadre. C’est là que les lectures de Freud, Lacan, Winnicott, Jung et Bergeret nous servent, non comme des théories à réciter mais comme des façons d’entendre. Quand la colère touche les proches, la thérapie de couple ou la thérapie familiale, en séances de quatre-vingts minutes, donne à chacun une place pour dire sa peur ; il arrive que notre psychothérapeute demande à notre neuropsychologue de participer à ces séances. Et quand une irritabilité majeure s’accompagne de difficultés d’attention ou de mémoire qui persistent, un bilan neuropsychologique peut éclairer ce qui relève de la violence et ce qui relève d’autre chose.
Tout cela se fait au cabinet ou en téléconsultation, et commence par un premier rendez-vous sans engagement. Les hommes, en particulier, viennent souvent pour leur colère parce que c’est la seule émotion qu’ils s’autorisent : la page émotions des hommes en parle, et nous les recevons sans jugement. La page notre approche des violences décrit l’ensemble de notre travail.
Si la colère devient dangereuse
Il arrive que la colère franchisse le dernier palier du spectre : un geste contre un proche, un enfant qui a peur, ou une colère retournée contre soi au point de vouloir se faire du mal gravement. Dans ces moments, la priorité n’est plus de comprendre mais de protéger, vous et les autres. Sortir de la pièce, mettre de la distance, appeler quelqu’un, remettre toute décision au lendemain. Et consulter vite : nous recevons ces situations, et un rendez-vous rapide, en téléconsultation si c’est plus simple, est le début d’une sortie.
Danger immédiat, pour vous ou pour un proche
En cas de danger immédiat, faites le 15 (SAMU). Prenez un rendez-vous au cabinet en téléconsultation le plus rapidement possible. Si Doctolib ne permet pas un rendez-vous immédiat, envoyez des textos WhatsApp ou/et SMS aux cliniciens du cabinet.
Vrai ou faux : ce que l’on croit sur la colère des personnes victimes
Six affirmations qui circulent, chez les personnes concernées comme dans leur entourage. Répondez, puis lisez.
Affirmation 1
« Un enfant battu deviendra un parent violent. »
Faux. L’exposition à la violence augmente un risque dans les études de population, mais la majorité des enfants exposés ne deviennent pas des adultes violents. Ce qui protège : avoir été cru, avoir rencontré un adulte stable, et avoir pu mettre des mots sur ce qui s’est passé.
Affirmation 2
« Le retour de la colère peut être un signe que l’on va mieux. »
Vrai. La colère est l’énergie de la lutte, gelée pendant la violence. Quand elle revient, c’est souvent que la sidération lâche et que la honte recule : la personne cesse de se tenir pour responsable. Reste à lui donner une adresse et une forme.
Affirmation 3
« Il faut évacuer sa colère en frappant dans un coussin. »
Faux. Décharger la colère par des gestes violents, même sur un objet, entretient le circuit de l’explosion au lieu de l’apaiser. Ce qui aide, c’est de faire redescendre le corps, puis de comprendre ce que la colère protégeait et de le dire.
Affirmation 4
« La colère est une émotion négative qu’il faut apprendre à ne plus ressentir. »
C’est plus nuancé. La colère est un signal utile, qui indique qu’une limite a été franchie, et une personne victime a toutes les raisons d’en ressentir. Ce qui se travaille, ce n’est pas sa présence mais son débordement et son adresse : qu’elle protège sans blesser.
Affirmation 5
« Mon passé explique mes gestes, donc on ne peut pas me les reprocher. »
Faux. Comprendre d’où vient une colère ne rend pas ses gestes acceptables, et la personne qui les reçoit n’a pas à les porter au nom de votre histoire. Nous tenons les deux ensemble : aucune condamnation, aucune excuse, et un travail pour que cela cesse.
Affirmation 6
« Traiter le souvenir de la violence peut faire baisser la colère sans la contrôler. »
Vrai. Quand la scène qui maintient le corps en alerte a été retraitée, par l’EMDR après stabilisation, les déclencheurs perdent leur pouvoir et la colère déplacée diminue d’elle-même. C’est ce que nous observons régulièrement, et c’est pourquoi la régulation seule ne suffit pas.
Questions fréquentes sur la colère après une violence
Pourquoi suis-je devenu irritable depuis que j’ai été agressé ?
Parce que votre système nerveux est resté réglé sur la détection du danger. Le seuil d’alerte a baissé, la réaction est plus rapide et plus forte, et le retour au calme plus lent : un bruit, une remarque, une lenteur suffisent à déclencher ce qui aurait glissé avant. S’y ajoutent le manque de sommeil et, souvent, l’énergie de la lutte qui n’a pas pu s’exprimer pendant l’agression et qui sort maintenant. Ce n’est pas votre caractère qui a changé : c’est l’état de votre corps, et cet état se traite.
J’ai peur de frapper mes enfants comme mon père me frappait, que faire ?
D’abord entendre ce que cette peur dit de vous : un parent qui consulte parce qu’il a peur de faire peur se protège et protège ses enfants, et c’est l’inverse d’un parent violent. Ensuite, agir sur deux plans : des gestes immédiats pour redescendre quand la colère monte, la pause en premier, et un travail sur votre propre enfance, par l’EMDR et l’écoute, pour que les scènes anciennes cessent de se réveiller dans les cris de vos enfants. La répétition n’est pas un destin, et vous êtes en train de le prouver.
Est-ce normal d’être plus en colère contre moi que contre lui ?
C’est très fréquent, et cela a une logique. La colère contre l’auteur est parfois impossible : il est dangereux, absent, ou c’est quelqu’un que l’on aime encore. Elle se retourne alors contre soi, sous la forme d’une autocritique permanente, d’un mépris de soi, parfois de gestes contre son corps. Freud a décrit ce retournement dès 1917. Le travail consiste à rendre cette colère à son adresse, en séance, symboliquement, ce qui soulage la haine de soi plus sûrement que toute réassurance.
Mon conjoint, victime de violences dans son enfance, explose pour un rien : comment l’aider ?
En nommant ce que vous voyez sans l’accuser : « Je crois que ce n’est pas contre moi, et ça me fait peur quand même. » En vous protégeant quand c’est nécessaire : quitter la pièce n’est pas l’abandonner. En lui proposant un rendez-vous plutôt qu’un ultimatum, et en acceptant de venir avec lui si une thérapie de couple est proposée. Et en consultant de votre côté si vous portez cela depuis longtemps. La page sur l’aide à un proche victime de violence et la page sur la colère dans le couple complètent cette réponse.
La TCD, c’est pour qui, et comment cela se passe au cabinet ?
La thérapie comportementale dialectique a été conçue pour les personnes dont les émotions débordent au point de leur faire du mal ou d’abîmer leurs liens, et la colère après une violence en fait souvent partie. Au cabinet, elle est proposée dans sa forme complète : des séances individuelles, un groupe où l’on apprend les compétences de régulation, de tolérance à la détresse et de relation, et un soutien entre les séances pour les moments de crise. Elle s’associe à l’EMDR et à l’écoute analytique, qui travaillent la source de la colère.
L’EMDR peut-il aider pour la colère, pas seulement pour la peur ?
Oui. L’EMDR retraite les souvenirs qui maintiennent le corps en alerte, quelle que soit l’émotion dominante : peur, honte, impuissance ou rage. Beaucoup de personnes constatent que leur irritabilité et leurs explosions diminuent après le retraitement de la scène d’origine, sans qu’elles aient eu à les contrôler, parce que les déclencheurs du quotidien ont cessé de réveiller la menace. Le travail se fait après une phase de stabilisation, en séances de quatre-vingts minutes, et peut avoir lieu en téléconsultation.
Références
Livres, articles et liensQuelques références de cette page…
Les textes et les travaux auxquels cette page se réfère.
Freud, S. (1917). « Deuil et mélancolie » ; (1930). Malaise dans la civilisation ; (1933). « Pourquoi la guerre ? », lettre à Albert Einstein.
Lacan, J. (1948). « L’agressivité en psychanalyse », dans Écrits, Paris, Seuil, 1966.
Winnicott, D. W. (1950). « L’agressivité et ses rapports avec le développement affectif », dans De la pédiatrie à la psychanalyse.
Jung, C. G. (1951). Aion. Études sur la phénoménologie du Soi.
Bergeret, J. (1984). La Violence fondamentale. Paris, Dunod.
Ferenczi, S. (1932). « Confusion de langue entre les adultes et l’enfant ».
Bandura, A., Ross, D., & Ross, S. A. (1961). « Transmission of aggression through imitation of aggressive models ». Journal of Abnormal and Social Psychology, 63.
Herman, J. L. (1992). Trauma and Recovery. New York, Basic Books.
Linehan, M. M. (1993). Cognitive-Behavioral Treatment of Borderline Personality Disorder. New York, Guilford Press.
Organisation mondiale de la santé, fiche « Violence against children » : who.int.
Votre colère dit que ce qui vous est arrivé n’était pas acceptable. Elle n’a pas à vous faire honte, ni à faire peur à ceux que vous aimez. Un premier rendez-vous, au cabinet ou en téléconsultation, permet de commencer à lui donner une adresse et une forme.
La « loi de l’instrument », formulée par Abraham Kaplan en 1964 puis reprise par Abraham Maslow dans The Psychology of Science: A Reconnaissance (1966), rappelle qu’« il est tentant, si le seul outil dont on dispose est un marteau, de traiter tout comme si c’était un clou ».
En psychologie, une méthode ne peut pas répondre à toutes les situations. Forts de plusieurs décennies de pratique et de formations complémentaires, nous mobilisons de nombreux outils, choisis avec discernement, afin d’identifier rapidement les leviers les plus efficaces. Nous proposons ainsi un accompagnement aussi bref qu’efficace, tout en sachant accompagner aussi bien les suivis prolongés que le besoin d’un espace de parole régulier.