Psychotraumatisme après une violence : le stress post-traumatique, simple et complexe
Vous sursautez quand une porte claque. Vous avez changé de trajet pour ne plus passer devant l’immeuble. La nuit, la scène revient, ou bien ce sont des rêves de poursuite dont vous vous réveillez trempé. Dans la journée, vous êtes ailleurs, irritable, incapable de lire une page jusqu’au bout, et quelque chose en vous dit que vous auriez dû faire autrement. Si vous vous reconnaissez, il est possible que vous souffriez d’un stress post-traumatique : non pas une faiblesse ni une exagération, mais la réponse d’un organisme qui a cru mourir, ou qui a vu quelqu’un d’autre en danger, et qui n’a pas encore pu classer l’événement au passé. Cette page décrit les quatre familles de symptômes, la forme complexe qui apparaît quand la violence a duré, le délai parfois long avant que tout ne remonte, et la manière dont nous soignons ce tableau au cabinet, par un bilan psycho-traumatique puis par l’EMDR.
Le mot « psychotraumatisme » désigne l’ensemble des conséquences psychiques d’un événement au cours duquel une personne a été confrontée à la mort, à une menace de mort, à une blessure grave ou à une violence sexuelle, qu’elle l’ait subi elle-même, qu’elle en ait été le témoin, ou qu’elle l’ait appris pour un proche. Les classifications ajoutent, depuis quelques années, l’exposition répétée aux détails de telles violences dans le cadre du métier, ce qui concerne les soignants, les policiers, les pompiers, les travailleurs sociaux. Une violence conjugale, une agression dans la rue, un viol, un braquage, un attentat, des coups de la police en manifestation, une garde à vue brutale, une enfance de maltraitance : tout cela entre dans le champ. Et il n’est pas nécessaire d’avoir été blessé dans sa chair : la menace et l’humiliation suffisent largement.
Dans les jours qui suivent, presque tout le monde réagit : sommeil bouleversé, images qui reviennent, sursauts, envie de ne voir personne ou de ne plus être seul. Ce n’est pas encore un trouble, c’est la réaction d’un organisme qui digère. Pour la plupart des gens, cette digestion aboutit en quelques semaines, surtout si la personne est en sécurité et entourée de gens qui la croient. Pour d’autres, elle s’enraye : les symptômes persistent au-delà d’un mois, s’organisent, prennent de la place, et l’on parle alors de stress post-traumatique, en abrégé TSPT. Ce n’est pas une question de fragilité ni de courage. L’intensité de la violence, sa durée, le fait qu’elle vienne d’un proche ou de quelqu’un qui devait protéger, l’absence de soutien après coup, le fait d’avoir déjà subi d’autres violences, comptent beaucoup plus que le caractère de la personne.
Nous le disons avec une certaine autorité parce que c’est une grande part de notre pratique. Notre psychothérapeute, formé au trauma et à la dissociation, reçoit chaque semaine des personnes victimes de violences conjugales, familiales, sexuelles, au travail, de violences policières en manifestation ou en garde à vue, et des victimes d’attentats. Le dossier stress post-traumatique de ce site décrit le trouble en général ; cette page-ci le regarde sous l’angle de la violence, c’est-à-dire d’un événement où quelqu’un a voulu, ou accepté, de faire du mal. Cette intention change beaucoup de choses : elle ajoute à la peur la trahison, la honte et la question du sens, et c’est pourquoi le psychotraumatisme après une violence demande une écoute particulière, qui croit ce qui est dit.
Les quatre familles de symptômes du stress post-traumatique
Les classifications actuelles regroupent les symptômes en quatre familles. Les connaître aide à mettre des mots sur ce que l’on vit, et surtout à comprendre que des manifestations qui semblent sans rapport, un sursaut, une porte évitée, une colère, une tristesse sans fond, appartiennent au même tableau. Parcourez les quatre onglets ; les exemples viennent de ce que nous entendons en consultation.
Les reviviscences : la scène qui revient sans être appelée. Ce sont les symptômes les plus connus, et les plus spécifiques. Des images, des sons, des odeurs, des sensations de la scène s’imposent dans la journée, déclenchés par un détail parfois minuscule : une voix dans le même registre, une marque de voiture, l’heure du soir où cela se passait. La nuit, ce sont des cauchemars, qui rejouent les faits ou qui en gardent seulement l’angoisse, la poursuite, l’enfermement, l’impuissance. À l’extrême, le flashback : pendant quelques secondes ou quelques minutes, la personne n’est plus dans la pièce mais dans la scène, et agit comme si cela recommençait. S’y ajoutent les réactions du corps à tout ce qui rappelle les faits, cœur qui s’emballe, sueur, nausée, jambes qui lâchent, avant même qu’une pensée ait eu le temps de se former. Une femme que nous avons reçue, après des violences conjugales, ne pouvait plus entendre un trousseau de clés sans que son estomac se retourne : c’était le bruit du retour de son mari.
L’évitement : tout faire pour ne pas y retourner. Puisque certains lieux, personnes, pensées ou sensations ramènent la scène, la personne apprend à les contourner. Elle change de trajet, ne prend plus les transports à certaines heures, refuse les invitations, quitte la pièce quand le journal télévisé parle de violences, s’arrange pour ne jamais être seule chez elle ou, au contraire, pour ne plus voir personne. L’évitement est aussi intérieur : ne pas y penser, se noyer dans le travail, les écrans, le ménage, parfois l’alcool ou les médicaments, ne pas en parler ou seulement en surface, sur un ton détaché. Ce mécanisme soulage immédiatement et entretient le trouble à long terme, parce que le cerveau ne peut plus vérifier que le danger est passé. C’est sur lui que travaille d’abord la TCC, et c’est lui que les proches voient sans toujours le comprendre : « elle ne veut plus rien faire ».
Les altérations de la pensée et de l’humeur : le monde et soi, vus autrement. Cette famille est la moins visible et souvent la plus douloureuse. La personne ne se souvient pas de certains moments des faits. Elle a sur elle-même et sur le monde des convictions nouvelles et sombres : « je ne peux faire confiance à personne », « je suis définitivement abîmée », « le monde est dangereux partout ». Elle se reproche ce qui s’est passé, ou en veut aux autres de façon disproportionnée. Elle vit dans une émotion négative persistante, peur, honte, colère, culpabilité, et ne parvient plus à ressentir les émotions positives, joie, tendresse, désir. Elle se détache des autres, se sent étrangère à sa propre vie, a perdu l’intérêt pour ce qu’elle aimait. Les proches parlent alors de dépression, et il peut y en avoir une en plus ; mais ce tableau-là appartient au trauma, et il recule quand le souvenir est retraité.
L’hyperactivation : un corps qui n’éteint plus l’alarme. Le système d’alerte reste réglé trop haut. La personne sursaute pour un rien, surveille les sorties et les gens dans une salle, se retourne dans la rue, ne supporte pas qu’on arrive derrière elle. Elle dort mal, s’endort tard, se réveille en sueur, et la fatigue s’accumule. Elle est irritable, des colères lui échappent, parfois des gestes, qui l’effraient elle-même et dont nous parlons sur la page la colère après la violence. Elle n’arrive plus à se concentrer, relit trois fois la même phrase, oublie ce qu’on vient de lui dire. Certains prennent des risques inhabituels, conduite, consommations, comme si la vie avait moins de valeur. Cette famille de symptômes est celle qui use le plus le corps, et la page le corps après la violence en décrit les conséquences sur la santé.
Ces quatre familles correspondent à la description du DSM-5-TR. La CIM-11, la classification de l’Organisation mondiale de la santé, retient un noyau plus resserré : revivre au présent, éviter, et un sentiment persistant de menace actuelle. Les deux se rejoignent sur l’essentiel, et les repères complets sont sur la page TSPT dans la CIM-11 et le DSM-5-TR.
Faire le point : ce que vous reconnaissez en ce moment
Le thermomètre ci-dessous reprend les quatre familles en vingt signes concrets. Cochez ceux qui vous concernent depuis au moins un mois. Il ne s’agit pas d’un questionnaire validé ni d’un diagnostic : c’est un repère pour mettre des mots et savoir par où commencer. La lecture clinique s’affiche au fur et à mesure.
Le thermomètre de cette page, lui, est pédagogique.
Le stress post-traumatique complexe : quand la violence a duré
Le tableau décrit jusqu’ici a été pensé, à l’origine, pour un événement unique : un accident, une agression, une catastrophe. Or beaucoup de violences ne sont pas uniques. Une enfance de coups et d’humiliations, dix ans de violences conjugales, des années d’emprise, une séquestration, une captivité, un harcèlement qui dure : la personne n’a pas vécu un événement, elle a vécu dans la violence, souvent sans pouvoir fuir, souvent dépendante de celui qui la faisait subir. En 1992, la psychiatre américaine Judith Herman, dans Trauma and Recovery, a proposé de nommer ce que produit cette exposition prolongée : le stress post-traumatique complexe. Son idée, en substance, est que la violence répétée ne laisse pas seulement des souvenirs à vif ; elle façonne la personne, sa manière de ressentir, de se voir et de se lier.
La CIM-11 a repris cette proposition et en a fait un diagnostic à part entière. Au noyau du stress post-traumatique, revivre, éviter, se sentir menacé, elle ajoute trois domaines que l’on appelle les perturbations de l’organisation de soi. La régulation des émotions, d’abord : des colères ou des détresses qui débordent pour un rien, ou à l’inverse un engourdissement, une incapacité à sentir, parfois des moments de dissociation. L’image de soi, ensuite : une conviction tenace d’être sans valeur, sale, coupable, définitivement différent des autres, qui ne se discute pas. Les relations, enfin : une difficulté à se sentir proche de quiconque, à faire confiance, à rester dans un lien, ou au contraire une tendance à se jeter dans des relations qui répètent la première. Ces trois domaines expliquent pourquoi tant de personnes victimes de violences prolongées ne se reconnaissent pas dans la description classique : elles ne décrivent pas d’abord des flashbacks, elles disent « je ne sais pas qui je suis », « je n’arrive à aimer personne », « je ne me supporte pas ».
Cette forme complexe est souvent confondue avec d’autres choses : une dépression qui résiste, un trouble de la personnalité, un « caractère ». La confusion la plus fréquente est avec le trouble borderline, qui partage avec elle l’instabilité émotionnelle et relationnelle ; les deux peuvent coexister, et la page borderline, trauma et attachement aide à les distinguer. Ce qui change, en pratique, c’est l’ordre du soin : avec un trauma complexe, on ne commence pas par rouvrir les souvenirs. On commence par la sécurité, la stabilisation, la capacité à réguler les émotions et à rester présent, ce que proposent la TCD complète, en individuel et en groupe, et les outils de stabilisation de l’EMDR ; le retraitement vient ensuite, par étapes. Le dossier trauma lui consacre une page, trauma complexe, et la page emprise et contrôle coercitif décrit la situation qui le produit le plus souvent chez l’adulte.
Simple ou complexe ? Six cartes pour comparer
Les deux formes se ressemblent par le noyau et diffèrent par ce qu’elles ont fait à la personne. Chaque carte pose une question au recto et compare les deux réponses au verso.
Quand les symptômes arrivent des mois ou des années après
Une chose surprend beaucoup les personnes que nous recevons, et plus encore leurs proches : le stress post-traumatique peut se déclarer longtemps après les faits. Les classifications le prévoient, en parlant d’expression retardée quand le tableau complet n’apparaît qu’au-delà de six mois. En consultation, nous voyons des délais bien plus longs : la femme qui s’effondre dix ans après la fin des violences conjugales, le jour où sa fille présente son premier compagnon ; l’homme agressé à vingt ans qui commence à faire des cauchemars à cinquante, quand la retraite enlève le travail qui tenait tout ; la personne violée dans l’adolescence que la lecture d’un témoignage, ou une vague de paroles publiques, rattrape d’un coup. Il n’y a là rien d’absurde. Pendant toutes ces années, l’évitement fonctionnait : la vie était organisée de façon à ne pas croiser le souvenir, et l’énergie disponible suffisait à tenir la porte fermée.
Ce qui rouvre la porte, c’est en général l’un de ces quatre événements. Un rappel : une nouvelle violence, même mineure, une actualité, le retour de l’auteur des violences, sa mort parfois, un procès. Un changement de place : devenir parent, et voir son enfant atteindre l’âge que l’on avait ; partir à la retraite ; être soi-même en position de protéger quelqu’un. Une baisse des défenses : une maladie, un deuil, un épuisement professionnel, qui enlèvent les forces servant à tenir la porte. Et, paradoxalement, la sécurité retrouvée : beaucoup de personnes ne s’effondrent qu’une fois à l’abri, quand le corps comprend enfin qu’il peut cesser de se battre. Dans tous ces cas, les symptômes ne sont pas une rechute mais une première fois qui a attendu ; et ils se soignent aussi bien, parfois mieux, parce que la personne est désormais en position de le faire.
Le délai pose une question pratique que l’on nous adresse souvent : « est-ce que ça compte encore, après tout ce temps ? » Oui. Un souvenir traumatique n’est pas daté par le cerveau, c’est tout son problème, et l’EMDR agit sur une scène vieille de trente ans comme sur une scène de l’an dernier. Ce qui change avec le temps, ce n’est pas la possibilité de soigner, c’est l’enchevêtrement : le trauma a eu le temps de s’entourer de dépression, d’évitements devenus des habitudes, parfois de consommations, et le bilan sert justement à démêler ces couches avant de commencer. La page le temps de la reconstruction parle de ces anniversaires et de ces réveils tardifs.
« Ce n’est pas assez grave pour parler de trauma » : le doute et la comparaison
C’est la phrase que nous entendons le plus souvent au premier rendez-vous, et celle qui retarde le plus les soins. « Je n’ai pas été frappée, il criait seulement. » « Il ne s’est rien passé, finalement, ils ne m’ont pas violée. » « D’autres ont vécu bien pire. » « Je n’étais que témoin. » Ce doute a une logique : la personne compare sa violence à une violence imaginaire plus grave, et elle en conclut que ses symptômes sont exagérés, donc que c’est elle qui a un problème. Le raisonnement est faux à deux endroits. D’abord parce que le stress post-traumatique ne se mesure pas à la gravité objective des blessures mais à ce que l’événement a fait vivre : la peur de mourir, l’impuissance, l’humiliation, la trahison. Une menace de mort sans un coup, une humiliation sexuelle sans pénétration, une scène vue sans être touché peuvent produire un tableau complet. Ensuite parce que la comparaison avec « pire » ne soigne rien : elle ajoute la honte d’aller mal à la souffrance d’aller mal.
Nous voulons être clairs sur trois situations que les personnes minimisent presque toujours. La violence psychologique répétée, humiliations, menaces, négation de ce que l’on perçoit, produit des tableaux post-traumatiques aussi sévères que les coups, et souvent plus complexes, parce qu’elle attaque l’image de soi en direct ; la page violence psychologique en décrit les mécanismes. Le fait d’avoir été témoin, enfant qui entend derrière la porte, collègue qui voit l’agression, passant qui assiste à des coups, proche qui découvre, expose au même trouble ; la page être témoin d’une violence y est consacrée. Et la violence venue de ceux qui devaient protéger, un parent, un conjoint, un soignant, un policier, est en moyenne plus traumatique que celle d’un inconnu, parce qu’elle détruit en même temps la confiance qui aurait servi à s’en remettre. Si vous vous demandez si « ça compte », la réponse est presque toujours oui, et la page est-ce de la violence ? aide à y voir clair.
Le bilan psycho-traumatique, puis l’EMDR : comment nous soignons
La première séance ne porte pas sur la scène. Elle porte sur vous aujourd’hui : ce qui revient, ce que vous évitez, comment vous dormez, si vous êtes en sécurité, qui est au courant, ce qui a déjà été tenté. Si une violence est en cours, la sécurité passe avant tout le reste, et nous en parlons concrètement. Puis notre psychothérapeute propose, dans la plupart des cas, un bilan psycho-traumatique : des entretiens cliniques et des questionnaires validés qui mesurent les quatre familles de symptômes, la présence éventuelle d’une forme complexe, d’une dépression associée, et surtout d’une dissociation, c’est-à-dire d’une tendance à se déconnecter quand l’émotion monte. Ce dernier point décide de la suite : on ne rouvre pas une scène chez quelqu’un qui risque de partir pendant qu’on la rouvre. Le bilan est précédé d’un rendez-vous, et il donne lieu à un compte rendu écrit, que vous gardez et que nous pouvons expliquer en séance. Ce compte rendu a une autre portée, que nous décrivons sur la page la violence des formalités : il dit, noir sur blanc, ce qu’un psy a observé.
Extrait de séance« Ce n’était pas de ma faute »
Vient ensuite la stabilisation : apprendre à faire redescendre l’alarme, par la respiration, l’ancrage, le lieu sûr de l’EMDR, et, quand la régulation des émotions est très atteinte, par les compétences de la TCD, que nous proposons au complet, en individuel, en groupe, avec un soutien entre les séances. Puis l’EMDR, en séances longues de quatre-vingts minutes : on cible la scène, ou la première d’une série, on la ramène en présence dans un cadre sûr, et la stimulation alternée permet au cerveau de reprendre la digestion interrompue. On traite ensuite les déclencheurs d’aujourd’hui, le trousseau de clés, la rue, l’heure du soir, puis les situations à venir. La TCC accompagne la reprise de ce qui était évité, pas à pas, et met à l’épreuve les convictions nées de la violence. L’écoute analytique, tout au long, accueille ce que le trauma a fait à votre histoire et à votre place parmi les autres ; les pages sur Ferenczi et Winnicott ou sur Freud disent ce qu’elle entend. Nous travaillons en lien avec votre médecin si vous le souhaitez ; les médicaments, quand ils sont utiles pour le sommeil ou l’humeur, relèvent de lui. Tout, y compris l’EMDR, peut se faire en téléconsultation.
À retenir
Le stress post-traumatique est une réponse à la violence, pas une faiblesse ; quatre familles de symptômes : revivre, éviter, penser et sentir autrement, rester en alerte.
Quand la violence a duré, la forme complexe atteint aussi la régulation des émotions, l’image de soi et les relations ; le soin commence alors par la stabilisation.
Les symptômes peuvent apparaître des années après, souvent à l’occasion d’un rappel, d’un changement de place, d’une baisse des défenses ou de la sécurité retrouvée.
Il n’y a pas de « pas assez grave » : la menace, l’humiliation, la trahison et le fait d’avoir vu suffisent.
Au cabinet : sécurité, bilan psycho-traumatique (et dissociatif), stabilisation, EMDR en séances de quatre-vingts minutes, TCC, écoute analytique, compte rendu écrit.
Si la violence est en cours, ou si des idées noires sont là
Le stress post-traumatique s’accompagne parfois d’idées de mort, surtout quand l’isolement et la honte s’ajoutent. En cas de danger immédiat, faites le 15 (SAMU). Prenez un rendez-vous au cabinet en téléconsultation le plus rapidement possible. Si Doctolib ne permet pas un rendez-vous immédiat, envoyez des textos WhatsApp ou/et SMS aux cliniciens du cabinet.
En pratique
Consultations à Colombes, aux Pavillons-sous-Bois, en Ardèche et en téléconsultation, tous les jours de l’année ; premier rendez-vous sans engagement, où l’on peut venir accompagné. Les bilans sont décrits sur la page bilans, l’EMDR sur la page EMDR, et notre manière de travailler avec les personnes victimes sur la page notre approche des violences.
Exemple fictif : Claire, 46 ans, « ça remonte alors que c’est fini depuis douze ans »
Claire est une figure composée, construite pour cette page à partir de parcours que nous rencontrons régulièrement ; elle ne correspond à aucune personne réelle.
Situation
Claire a quitté il y a douze ans un mari qui, pendant neuf ans, l’a insultée, surveillée, isolée de ses amies, et frappée à plusieurs reprises, la dernière fois alors qu’elle était enceinte. Elle a refait sa vie, travaille, s’est remariée avec un homme doux. Depuis trois mois, depuis que sa fille de vingt ans lui a présenté un compagnon « un peu jaloux », elle ne dort plus, revoit la cuisine de l’ancien appartement, sursaute quand son mari rentre, et a des colères qu’elle ne se connaissait pas. Elle dit surtout : « je n’ai jamais su qui j’étais, je me sens nulle depuis toujours, je n’arrive pas à croire que mon mari m’aime vraiment, et je ne comprends pas pourquoi ça sort maintenant alors que je m’en étais sortie. »
Comment lirions-nous cette situation ?
Vrai ou faux : six idées sur le stress post-traumatique
« Pour avoir un stress post-traumatique, il faut avoir été blessé physiquement. »
Faux. Ce qui compte est ce que l’événement a fait vivre : la peur de mourir, l’impuissance, l’humiliation, la trahison. Une menace sans coup, une humiliation sexuelle, une scène vue sans être touché, des violences psychologiques répétées produisent des tableaux complets, et parfois complexes.
Affirmation 2
« Les symptômes peuvent apparaître des années après les faits. »
Vrai. Les classifications parlent d’expression retardée, et en consultation les délais dépassent souvent dix ans. L’évitement a tenu la porte fermée ; un rappel, un changement de place, une baisse des défenses ou la sécurité retrouvée la rouvrent. Ce n’est pas une rechute, c’est une première fois qui a attendu.
Affirmation 3
« Le trauma complexe, c’est juste un trauma plus grave. »
Faux. Ce n’est pas une question de degré mais de nature : la violence prolongée, souvent dans une relation dont on ne pouvait pas sortir, atteint en plus la régulation des émotions, l’image de soi et les relations. C’est ce que Judith Herman a décrit en 1992 et que la CIM-11 a repris. Le soin change d’ordre : la stabilisation d’abord.
Affirmation 4
« Avec le temps, un stress post-traumatique finit par passer tout seul. »
C’est plus nuancé. Dans les semaines qui suivent, la plupart des réactions s’apaisent d’elles-mêmes, surtout avec de la sécurité et du soutien. Mais une fois que l’évitement s’est installé, le cerveau ne peut plus vérifier que le danger est passé, et le trouble tend à durer ou à se cacher sous d’autres tableaux. Il se soigne, à tout moment, même très tard.
Affirmation 5
« Un témoin peut souffrir d’un stress post-traumatique. »
Vrai. Voir une violence, l’entendre, la découvrir, apprendre qu’un proche l’a subie exposent au même trouble. L’enfant qui entend les coups derrière la porte en est l’exemple le plus fréquent, et le plus souvent oublié. Les métiers exposés, soignants, policiers, travailleurs sociaux, le sont aussi par accumulation.
Affirmation 6
« L’EMDR consiste à raconter la scène en détail pour s’en débarrasser. »
Faux. L’EMDR ramène le souvenir en présence, dans un cadre sûr, pendant qu’une stimulation alternée occupe une partie de l’attention ; il n’est pas nécessaire de raconter longuement. Les séances durent quatre-vingts minutes et sont précédées, chez nous, d’un bilan et d’une stabilisation, d’autant plus longue que le tableau est complexe.
Questions fréquentes sur le psychotraumatisme après une violence
Quels sont les symptômes du stress post-traumatique ?
Ils se regroupent en quatre familles. Revivre : images, cauchemars, flashbacks, réactions du corps à ce qui rappelle les faits. Éviter : contourner les lieux, les personnes, les pensées et les conversations liés à l’événement. Penser et sentir autrement : culpabilité, honte, méfiance envers le monde, détachement, incapacité à ressentir de la joie, trous de mémoire sur les faits. Rester en alerte : sursauts, hypervigilance, troubles du sommeil, irritabilité, difficultés de concentration. On parle de trouble quand ces signes durent plus d’un mois et pèsent sur la vie. Le thermomètre de cette page les passe en revue.
Qu’est-ce que le stress post-traumatique complexe ?
C’est la forme que prend le trauma quand la violence a été prolongée et répétée, souvent dans l’enfance ou dans une relation dont on ne pouvait pas sortir : maltraitance, violences conjugales, emprise, captivité. Décrite par Judith Herman en 1992 et reconnue par la CIM-11, elle ajoute au noyau du stress post-traumatique trois domaines : une régulation des émotions perturbée, une image de soi durablement négative et des relations difficiles. Les personnes concernées disent moins « je revois la scène » que « je ne sais pas qui je suis ». Le soin commence par la sécurité et la stabilisation, avant le retraitement des souvenirs.
Peut-on développer un stress post-traumatique des années après les faits ?
Oui. Les classifications prévoient une expression retardée, et en consultation nous voyons des délais de dix, vingt ou trente ans. Pendant ce temps, l’évitement fonctionnait : la vie était organisée pour ne pas croiser le souvenir. Ce qui rouvre la porte, c’est un rappel (une nouvelle violence, un procès, une actualité), un changement de place (devenir parent, partir à la retraite), une baisse des défenses (maladie, deuil, épuisement) ou, paradoxalement, la sécurité enfin retrouvée. Ces symptômes tardifs se soignent aussi bien que les autres ; l’EMDR agit sur une scène ancienne comme sur une scène récente.
Je n’ai pas été frappée, seulement humiliée et menacée : est-ce un trauma ?
Cela peut l’être pleinement. Le stress post-traumatique ne se mesure pas à la gravité des blessures mais à ce que l’événement a fait vivre : peur, impuissance, humiliation, trahison. Les violences psychologiques répétées produisent des tableaux aussi sévères que les coups, et souvent plus complexes, parce qu’elles attaquent directement l’image de soi et la confiance en ses perceptions. Comparer sa violence à une violence imaginaire plus grave ne soigne rien ; cela ajoute la honte d’aller mal. Un bilan psycho-traumatique permet de mesurer précisément ce que ces violences ont laissé.
Comment soigne-t-on un stress post-traumatique après une violence ?
Au cabinet, dans cet ordre : la sécurité, si la violence est encore là ; un bilan psycho-traumatique, avec entretiens et questionnaires validés, qui recherche aussi une dissociation ; une stabilisation, par la respiration, l’ancrage, le lieu sûr et, si besoin, les compétences de la TCD ; puis l’EMDR, en séances de quatre-vingts minutes, qui retraite les scènes, les déclencheurs actuels et les situations à venir. La TCC accompagne la reprise de ce qui était évité, et l’écoute analytique accueille ce que la violence a fait à votre histoire. Un compte rendu écrit suit le bilan. Tout peut se faire en téléconsultation, et nous travaillons en lien avec votre médecin si vous le souhaitez.
Stress post-traumatique ou trouble borderline : comment faire la différence ?
Les deux partagent l’instabilité des émotions et des relations, et ils peuvent coexister, ce qui explique les confusions. Le trauma complexe s’organise autour d’une exposition prolongée à la violence et comporte les signes du noyau post-traumatique, reviviscences, évitement, sentiment de menace, en plus des perturbations de soi. Le trouble borderline se définit par d’autres critères, notamment la peur de l’abandon et l’instabilité de l’identité, sans qu’un trauma soit nécessaire, même s’il est fréquent. Un bilan psychologique permet de démêler les deux et de choisir l’ordre du soin ; la page borderline, trauma et attachement détaille cette question.
Références
Livres, articles et liensQuelques références de cette page…
Les travaux et documents sur lesquels s’appuie cette page.
Herman, J. L. (1992). Trauma and Recovery : The Aftermath of Violence, from Domestic Abuse to Political Terror. Basic Books.
Organisation mondiale de la santé. Classification internationale des maladies, 11e révision (CIM-11) : trouble de stress post-traumatique et trouble de stress post-traumatique complexe.
American Psychiatric Association (2022). DSM-5-TR. Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux, texte révisé. Elsevier Masson pour l’édition française.
Cloitre, M., Garvert, D. W., Brewin, C. R., Bryant, R. A., & Maercker, A. (2013). « Evidence for proposed ICD-11 PTSD and complex PTSD : a latent profile analysis ». European Journal of Psychotraumatology, 4.
Ehlers, A., & Clark, D. M. (2000). « A cognitive model of posttraumatic stress disorder ». Behaviour Research and Therapy, 38(4).
Foa, E. B., & Kozak, M. J. (1986). « Emotional processing of fear : exposure to corrective information ». Psychological Bulletin, 99(1).
Shapiro, F. (2001). Eye Movement Desensitization and Reprocessing : Basic Principles, Protocols, and Procedures (2e éd.). Guilford Press.
van der Kolk, B. (2014). The Body Keeps the Score. Viking. Traduction française : Le Corps n’oublie rien, Albin Michel, 2018.
Centre national de ressources et de résilience (Cn2r). Dossier thématique : violences sexuelles (2024). cn2r.fr.
Ministère de la Justice. Guide des violences conjugales (2023). justice.gouv.fr.
Que la violence date d’hier ou de trente ans, qu’elle ait été un événement ou une époque, ce que vous ressentez se soigne. Un premier rendez-vous, au cabinet ou en téléconsultation, permet d’évaluer ce qui est là et de décider ensemble par où commencer.
La « loi de l’instrument », formulée par Abraham Kaplan en 1964 puis reprise par Abraham Maslow dans The Psychology of Science: A Reconnaissance (1966), rappelle qu’« il est tentant, si le seul outil dont on dispose est un marteau, de traiter tout comme si c’était un clou ».
En psychologie, une méthode ne peut pas répondre à toutes les situations. Forts de plusieurs décennies de pratique et de formations complémentaires, nous mobilisons de nombreux outils, choisis avec discernement, afin d’identifier rapidement les leviers les plus efficaces. Nous proposons ainsi un accompagnement aussi bref qu’efficace, tout en sachant accompagner aussi bien les suivis prolongés que le besoin d’un espace de parole régulier.