Violence psychologique et émotionnelle : humiliations, menaces, chantage, remise en cause de ce que vous percevez
« Je n’ai jamais dit ça. » « Tu es trop sensible. » « Sans moi, tu ne serais rien. » « Si tu pars, je me fais du mal. » La violence psychologique n’a pas de scène fondatrice, pas de bleu, pas de certificat. Elle avance par petites phrases, par silences, par regards, par mensonges sur ce qui vient de se passer, et elle finit par faire douter la personne de sa propre valeur puis de sa propre perception. Cette page la décrit telle que nous l’entendons en consultation, explique comment elle abîme l’estime de soi et la confiance en son jugement, et montre ce qui permet de retrouver prise, pas à pas.
La violence psychologique est un ensemble de comportements qui visent, ou qui ont pour effet, de rabaisser une personne, de lui faire peur, de la contrôler ou de la couper des autres, sans toucher à son corps. On l’appelle aussi violence émotionnelle, violence morale, ou maltraitance psychologique quand elle vise un enfant ou une personne dépendante. Elle est la forme de violence la plus fréquente dans les récits que nous recevons, et la plus longtemps tue, parce que celles et ceux qui la subissent ne sont pas sûrs d’avoir le droit d’employer ce mot.
Ses manifestations se rangent en quelques familles. La dévalorisation : critiques permanentes, moqueries sur le physique, l’intelligence, le travail, la façon de parler, comparaisons blessantes, humiliations devant les enfants ou devant des amis, puis « c’était pour rire ». L’intimidation : la voix qui monte ou qui descend d’un ton, le regard fixe, le poing serré, l’objet déplacé brusquement, la conduite qui accélère, les menaces de partir, de tout raconter, de prendre les enfants, de se faire du mal. Le chantage affectif et la culpabilisation : « après tout ce que j’ai fait pour toi », « c’est à cause de toi que je suis comme ça », l’amour conditionné à l’obéissance. Le contrôle et l’isolement : les amis qui ne conviennent pas, la famille « toxique », le téléphone vérifié, les tenues commentées, les horaires justifiés. Le silence punitif : des jours sans un mot, le repas servi à tout le monde sauf à vous. Et la plus corrosive de toutes, à laquelle nous consacrons la section suivante : la négation répétée de ce que vous avez perçu.
Aucune de ces familles n’est à elle seule une preuve. Chacun de nous a déjà lancé une phrase blessante, boudé une soirée, critiqué une tenue. Ce qui transforme ces gestes en violence, c’est leur répétition, leur direction, toujours la même, et leur effet : l’une des deux personnes a peur, se rétrécit, perd de la liberté. La page est-ce de la violence ? détaille ces critères, et la page les huit formes de violence situe la violence psychologique parmi les autres, avec lesquelles elle se combine presque toujours : elle précède souvent la violence physique, et elle accompagne la violence économique comme la violence sexuelle.
Quand on vous fait douter de ce que vous avez vu et entendu
Il existe une forme de violence psychologique que les anglophones appellent gaslighting, d’après une pièce de Patrick Hamilton de 1938 et le film qu’en a tiré George Cukor en 1944 : un mari y fait baisser l’éclairage au gaz de la maison, puis assure à sa femme que la lumière n’a pas changé et qu’elle perd la raison. En français, nous préférons dire ce qu’elle est : la remise en cause répétée de la perception des faits. Vous avez entendu une phrase, on vous assure qu’elle n’a jamais été prononcée. Vous avez vu une scène, on vous la raconte autrement, avec un aplomb qui vous fait hésiter. Vous rappelez une promesse, on vous répond que vous confondez, que vous avez « encore » oublié, que vous inventez, que vous êtes fatigué, que vous devriez vous faire soigner.
Prise isolément, chacune de ces phrases n’est rien. Répétée sur des mois, elle attaque une fonction dont nous dépendons tous : la confiance dans notre propre mémoire et nos propres sens. Les personnes qui nous consultent après des années de ce régime décrivent toutes la même chose. Elles ont commencé par se défendre, puis par vérifier, puis par noter ou enregistrer les conversations pour être sûres, puis par renoncer, parce qu’il est épuisant de prouver en permanence que l’on n’est pas fou. Beaucoup finissent par demander à leur entourage, ou à un psy, si elles n’ont pas « un problème de mémoire ». Nous répondons d’abord par une question : votre mémoire fonctionne-t-elle normalement au travail, avec vos amis, dans la vie courante ? Presque toujours, oui. Une mémoire qui ne défaille qu’avec une seule personne ne décrit pas un trouble de la mémoire ; elle décrit une relation.
La sociologue Paige Sweet a montré, dans un article de 2019, que ce mécanisme ne fonctionne pas dans le vide : il s’appuie sur des stéréotypes disponibles, la femme « hystérique », l’homme « instable », la personne « fragile » qui a déjà consulté, et sur l’isolement de la personne, qui n’a plus de témoin extérieur pour confirmer ce qu’elle a vu. C’est pourquoi il est si efficace dans un couple fermé, dans une famille qui garde ses secrets, dans une équipe de travail sous un chef tout-puissant. Et c’est pourquoi le remède commence par un témoin : quelqu’un qui vous écoute, qui vous croit, et qui vous aide à remettre les faits dans l’ordre.
La phrase entendue et le mécanisme qu’elle cache
Les phrases de la violence psychologique se ressemblent d’une histoire à l’autre, au point que les personnes victimes sont souvent stupéfaites de les retrouver, mot pour mot, dans la bouche d’autres auteurs. Associez chaque phrase ou chaque attitude au mécanisme qu’elle met en œuvre : la réponse s’affiche aussitôt, et un bilan apparaît à la fin.
« Je n’ai jamais dit ça, tu inventes encore. »
« Si tu me quittes, je ne réponds plus de moi. »
« Regarde dans quel état tu me mets, c’est toi qui me fais crier. »
« Tes amies te montent la tête, tu n’as pas besoin d’elles. »
« Tu ne sais rien faire, heureusement que je suis là. »
Trois jours sans un mot ni un regard après une remarque que vous avez osée
Un poing serré, une voix qui descend très bas, un objet posé trop fort
Pourquoi elle est si difficile à nommer
Une personne frappée sait, au moins, qu’elle a été frappée. Une personne humiliée, menacée, isolée pendant des années arrive souvent chez nous en disant « je ne sais pas si c’est grave », « je ne voudrais pas exagérer », « il y a des gens qui vivent bien pire ». Plusieurs raisons expliquent ce doute, et les connaître aide déjà à le desserrer.
La première est l’absence de scène. La violence psychologique n’a pas de date ; elle est faite de centaines de moments dont aucun, pris seul, ne justifierait d’appeler à l’aide. C’est leur accumulation qui blesse, et l’accumulation ne se raconte pas facilement. La deuxième est l’alternance. Les périodes de froideur ou de mépris succèdent à des moments de tendresse, de cadeaux, de projets, et la personne s’accroche à ces moments comme à la preuve que « l’autre n’est pas comme ça au fond ». La troisième est l’image publique de l’auteur : charmant, drôle, serviable à l’extérieur, il rend le récit de la victime invraisemblable, y compris à ses propres yeux. La quatrième est la plus pernicieuse : la violence psychologique produit elle-même les arguments qui empêchent de la nommer. Si l’on vous a répété pendant trois ans que vous êtes trop sensible, vous finissez par en douter au moment précis où vous voudriez vous plaindre.
Deux repères nous servent en consultation. Le premier : toute relation difficile n’est pas violente. Un couple qui se dispute fort, une mère qui critique les choix de sa fille, un chef exigeant ne sont pas, par là même, des auteurs de violence psychologique. Dans un conflit, les deux personnes peuvent parler, le désaccord porte sur un sujet et non sur la valeur de l’autre, et il arrive que l’on répare. Dans la violence, l’une des deux a peur, l’attaque porte sur ce qu’elle est, et la réparation n’a jamais lieu ou ne dure pas. Le second repère : nous décrivons les actes, pas la personnalité de leur auteur. Savoir si quelqu’un « est » ceci ou cela ne vous protège pas ; savoir ce qu’il fait, et ce que cela vous fait, oui. Le test en douze questions du dossier procède de cette façon, et la page sur les réactions face à la violence explique pourquoi minimiser est une réaction normale, pas une faute.
Le climat de la relation, mesuré par vous
Plutôt que de cocher des comportements de l’autre, cette jauge vous demande de mesurer ce que vous ressentez et faites, vous, dans la relation qui vous préoccupe, qu’il s’agisse d’un conjoint, d’un parent, d’un supérieur ou d’un ami. C’est souvent la façon la plus fiable de repérer une violence psychologique : par ses effets. Réglez chaque curseur de 0 (jamais) à 10 (en permanence). Il ne s’agit pas d’un test validé, et rien n’est enregistré.
Ce qu’elle fait à l’estime de soi et à la confiance en son jugement
La violence psychologique agit comme une érosion. Les premières semaines, les critiques glissent ; on se dit que l’autre est fatigué, jaloux, maladroit. Puis on commence à les anticiper, à modifier sa tenue, son emploi du temps, sa façon de rire, pour les éviter. Puis on commence à les croire. Une personne qui s’entend dire pendant deux ans qu’elle est nulle, lente, incapable d’élever ses enfants finit par le penser, surtout si plus personne autour d’elle ne lui dit le contraire. L’estime de soi, c’est-à-dire la valeur que l’on s’accorde, s’effondre ; la page estime de soi blessée décrit ce processus. Avec elle s’en va la confiance en son jugement : on ne sait plus si l’on a raison de se plaindre, si l’on a bien entendu, si l’on a le droit de refuser.
Extrait de séance« Je ne te reconnaissais plus »
Les effets débordent la relation. Beaucoup de personnes développent une anxiété de fond, une tristesse qui ressemble à une dépression, des troubles du sommeil, des douleurs, des problèmes digestifs, une fatigue que rien ne répare. Ces symptômes physiques sont réels, et ils méritent une évaluation médicale : nous travaillons en lien avec le médecin quand la personne le souhaite, pour ne rien laisser passer d’autre. La page le corps après la violence en dresse le tableau. La honte s’installe aussi, celle d’être « tombé dedans », d’être resté, de ne pas avoir vu ; elle est l’un des principaux obstacles à la consultation, et nous lui consacrons la page culpabilité et honte après une violence.
Un détour par l’histoire éclaire la puissance de ces mécanismes. En 1957, le sociologue Albert Biderman a décrit, à partir des récits de prisonniers de guerre américains, les méthodes par lesquelles on obtenait d’eux soumission et faux aveux sans les torturer physiquement : l’isolement, l’accaparement de l’attention, l’épuisement, les menaces, les gratifications occasionnelles, la démonstration de toute-puissance, la dégradation, l’imposition de règles triviales. Cette liste a été reprise dans les années 1970 et rapprochée, depuis, de ce que vivent de nombreuses personnes dans un couple ou une famille violents. Nous ne la citons pas pour comparer un foyer à un camp, mais pour une raison précise : elle montre que n’importe qui, soumis à ces méthodes, finit par douter de lui. Ce n’est pas une question de fragilité. Si vous vous demandez pourquoi vous « vous êtes laissé faire », la réponse est là : la méthode fonctionne sur tout le monde.
Couple, famille, travail, enfance : six visages de la violence psychologique
Le mécanisme est le même partout, mais la scène change, et avec elle les phrases, les leviers et les raisons de se taire. Retournez les cartes.
Exemple fictif : Karim, 41 ans, « elle dit que j’invente »
Une situation imaginée pour cette page, assemblée à partir de nombreux récits, et qui ne décrit aucune personne réelle.
Situation
Karim demande un rendez-vous « pour un bilan de mémoire ». Depuis deux ans, sa compagne lui reproche d’oublier ce qu’elle dit, de déformer les conversations, d’avoir « un problème ». Il a commencé à noter leurs échanges sur son téléphone, puis à les enregistrer, puis a cessé parce qu’elle l’a traité de paranoïaque. Elle a confié à leurs amis qu’il était instable, et deux d’entre eux ont pris leurs distances. Au travail, où il gère des dossiers complexes, personne ne lui a jamais signalé d’oubli. Il dort mal, s’excuse « tout le temps » et dit, en baissant les yeux, qu’il ne se reconnaît plus.
Par où commencerions-nous ?
Retrouver confiance en son propre jugement
Sortir d’une violence psychologique ne consiste pas d’abord à quitter quelqu’un ; c’est une décision qui appartient à chacun, à son rythme, et que nous ne prenons jamais à la place de la personne. Cela consiste d’abord à retrouver un sol intérieur : la capacité de se fier à ce que l’on a vu, entendu et ressenti. Quelques leviers y contribuent, et nous les proposons souvent dès les premières séances.
Écrire les faits. Non pas un journal intime, mais une chronique datée, factuelle : ce qui a été dit, dans quelles circonstances, ce que vous avez répondu, ce que cela vous a fait. Relue quelques semaines plus tard, cette chronique remet en ordre ce que la répétition avait brouillé, et elle résiste aux « tu inventes ». Retrouver un témoin. Un ami, une sœur, un collègue, un psy, quelqu’un à qui raconter sans filtre et qui ne minimise pas : l’isolement est le carburant de la violence psychologique, et le témoin est son antidote. Cesser de se justifier. On ne gagne jamais une discussion avec quelqu’un qui nie ce qu’il vient de dire ; apprendre à ne pas entrer dans la joute, à poser « nous n’avons pas le même souvenir » et à s’arrêter là, redonne une énergie considérable. Nommer les actes, pas la personne : « il m’a humilié devant nos enfants » est une phrase sur laquelle on peut s’appuyer ; « c’est un manipulateur » ouvre un débat sans fin.
La TCC apporte ici des outils précis : repérer les pensées automatiques installées par les années (« je suis trop sensible », « je ne sais rien faire », « c’est moi le problème »), les examiner comme des hypothèses et non comme des vérités, les confronter aux faits, puis réapprendre, par petits pas, à dire non, à exprimer un désaccord, à tenir une position ; la page retrouver des choix et poser des limites décrit ce chemin. Et il y a le « je te crois » du psy, qui a ici une valeur particulière. Quand une personne a passé des années à s’entendre dire qu’elle percevait mal, le fait qu’un professionnel dont le métier est d’écouter, d’évaluer et de conclure lui dise, puis lui écrive dans un compte rendu, que son récit est cohérent et que ses réactions sont celles d’une personne qui a subi une violence, remet quelque chose debout. Ce n’est pas une opinion de plus : c’est une conclusion clinique, appuyée sur des entretiens et des évaluations, qui pèse pour l’entourage et peut être lue plus tard si une procédure est engagée.
Vrai ou faux sur la violence psychologique
Sept idées que l’on entend souvent, parfois dans la bouche de la personne qui la subit. Répondez, puis lisez ce que nous en pensons.
Affirmation 1
« Tant qu’il n’y a pas de coup, on ne peut pas parler de violence. »
Faux. La violence psychologique est une violence à part entière, par ses mécanismes comme par ses effets sur la santé, et le code pénal lui-même précise que les violences sont réprimées quelle que soit leur nature, psychologiques comprises.
Affirmation 2
« Pour qu’il y ait violence psychologique, il faut pouvoir raconter une scène précise. »
Faux. C’est l’accumulation qui blesse, et l’absence de scène unique est justement ce qui la rend si difficile à nommer. Une chronique datée des faits, tenue sur quelques semaines, fait souvent apparaître ce qu’aucune scène isolée ne montrait.
Affirmation 3
« Douter de sa mémoire après des mois de “tu inventes” est une réaction attendue, pas un trouble de la mémoire. »
Vrai. Une mémoire qui fonctionne partout sauf avec une personne ne décrit pas un trouble cognitif mais une relation. Si le doute persistait une fois la situation clarifiée, un bilan neuropsychologique pourrait rassurer ; il ne vient pas en premier.
Affirmation 4
« S’il s’excuse et redevient tendre, c’est que ce n’était pas vraiment de la violence. »
Faux. L’alternance entre mépris et tendresse fait partie du mécanisme : c’est elle qui rend la personne dépendante des bons moments et qui l’empêche de nommer les mauvais. Les excuses ne sont une réparation que si les actes cessent durablement.
Affirmation 5
« Un couple où les deux crient pendant les disputes vit forcément une violence psychologique. »
Faux. Toute relation difficile n’est pas violente. Dans un conflit, même bruyant, les deux personnes peuvent parler, le désaccord porte sur un sujet et il arrive que l’on répare. La violence commence quand l’une des deux a peur et que l’attaque vise ce qu’elle est.
Affirmation 6
« Les enfants qui entendent un parent humilier l’autre en sont affectés, même si personne ne s’adresse à eux. »
Vrai. Un enfant exposé aux violences entre ses parents est une victime, même sans coup reçu ni mot adressé : il apprend que l’amour va avec la peur, et il porte souvent la culpabilité de ne pas avoir protégé. Le dossier lui consacre une page.
Affirmation 7
« La violence psychologique peut rendre physiquement malade. »
Vrai. Troubles du sommeil, douleurs, fatigue, problèmes digestifs, tension artérielle : un organisme maintenu dans la peur et l’humiliation s’use. Ces symptômes sont réels et méritent une évaluation médicale, en lien avec la psychothérapie.
Ce que la loi en dit, sans mode d’emploi
Nous ne sommes pas juristes et cette page n’est pas un site de droit. Mais quelques textes méritent d’être connus, parce qu’ils disent quelque chose de précieux à une personne qui doute : ce qu’elle vit a un nom dans la loi. L’article 222-14-3 du code pénal précise que les violences sont réprimées quelle que soit leur nature, y compris psychologiques : la loi n’attend pas des coups. L’article 222-33-2-1 du même code sanctionne le harcèlement d’un conjoint, d’un concubin ou d’un partenaire de PACS, actuel ou ancien, par des propos ou des comportements répétés qui dégradent ses conditions de vie et altèrent sa santé. L’article 222-33-2-2, plus général, vise les mêmes agissements répétés hors du couple et hors du travail : un parent, un frère ou une sœur, une belle-famille, un voisin peuvent être en cause. Au travail, l’article 222-33-2 fait du harcèlement moral un délit, et il dit « pour objet ou pour effet » : ce que l’on provoque compte autant que ce que l’on voulait. Textes vérifiés le 30 octobre 2026.
Aucun de ces textes ne vous dit quoi faire, et nous non plus. Déposer plainte est une démarche judiciaire que le cabinet n’organise pas ; il accompagne la personne avant, pendant et après, si elle la fait, et tout autant si elle ne la fait pas. Les textes vérifiés sont réunis, avec ce qu’ils impliquent pour une victime, sur la page violence et plainte.
Comment nous travaillons avec les personnes qui subissent une violence psychologique
Les personnes victimes de violences, dans le couple, la famille, au travail, forment une grande part de notre pratique, et la violence psychologique est présente dans presque toutes leurs histoires. Le premier rendez-vous sert à poser les faits, sans filtre et sans jugement. Nous ne cherchons pas à savoir ce que l’autre « est » ; nous écoutons ce qu’il fait, et ce que cela vous fait, et nous le disons quand cela porte un nom. Pour beaucoup de personnes, cette première séance est la première fois depuis des années qu’elles entendent leur récit pris au sérieux. Vous pouvez venir accompagné, et tout peut se faire en téléconsultation, ce qui compte quand la relation surveille vos déplacements.
Trois approches se combinent ensuite, à part égale et selon la personne. L’écoute analytique, nourrie de plusieurs grands repères de la psychanalyse, explore ce que cette relation est venue rejouer : une place d’enfant qui devait mériter l’amour, une loyauté qui empêche de voir, une confusion ancienne entre être aimé et être soumis, que Sándor Ferenczi avait décrite dès 1932 chez l’enfant qui prend sur lui la culpabilité de l’adulte. La TCC donne des outils concrets pour retrouver confiance en son jugement, défaire les pensées installées, réapprendre à refuser. L’EMDR, en séances de 80 minutes, retraite les scènes qui restent à vif : une humiliation devant les enfants, une menace, une nuit de silence ; la page EMDR explique comment. Quand une emprise longue a laissé des traces de trauma complexe, un bilan psycho-traumatique, voire dissociatif, précède ce travail, avec un compte rendu écrit remis à la personne. La TCD complète, en individuel et en groupe avec un soutien entre les séances, est proposée au cabinet quand les émotions débordent. Notre façon de faire est détaillée sur la page notre approche des violences.
À retenir
La violence psychologique se reconnaît à la répétition, à la direction toujours identique et à l’effet : l’une des deux personnes a peur, se rétrécit et doute d’elle. Toute relation difficile n’est pas violente.
La remise en cause répétée de ce que vous avez perçu attaque la confiance en votre mémoire ; une mémoire qui ne défaille qu’avec une seule personne décrit une relation, pas un trouble.
Les symptômes physiques, l’anxiété et la perte d’estime de soi qu’elle produit sont réels, et ils fonctionnent sur tout le monde : ce n’est pas une question de fragilité.
Retrouver un témoin, écrire les faits, cesser de se justifier et entendre le « je te crois » d’un psy sont les premiers pas pour retrouver prise.
Si les menaces visent votre vie ou celle de vos enfants
En cas de danger immédiat, faites le 15 (SAMU). Prenez un rendez-vous au cabinet en téléconsultation le plus rapidement possible. Si Doctolib ne permet pas un rendez-vous immédiat, envoyez des textos WhatsApp ou/et SMS aux cliniciens du cabinet.
Questions fréquentes sur la violence psychologique
Comment savoir si je subis une violence psychologique ou si j’exagère ?
Regardez les effets plutôt que les intentions de l’autre. Avez-vous peur de ses réactions ? Choisissez-vous vos mots pour éviter une scène ? Vous excusez-vous sans savoir pourquoi ? Doutez-vous de votre mémoire uniquement avec cette personne ? Voyez-vous moins vos proches ? Vous sentez-vous moins intelligent, moins capable qu’avant ? Si plusieurs réponses sont oui, la question de l’exagération ne se pose plus : quelque chose vous abîme. La crainte d’exagérer est d’ailleurs l’un des effets les plus constants de la violence psychologique, qui installe elle-même le doute qui empêche de la nommer.
Qu’est-ce que le gaslighting, en français ?
C’est la remise en cause répétée de ce qu’une personne a perçu : on lui assure qu’une phrase n’a jamais été dite, qu’une scène ne s’est pas passée ainsi, qu’elle oublie, qu’elle invente, qu’elle devrait se faire soigner. Le mot vient d’une pièce de 1938 et d’un film de 1944 où un mari fait baisser les lampes à gaz et nie que la lumière ait changé. Répété sur des mois, ce mécanisme attaque la confiance dans sa propre mémoire et ses propres sens, et il fonctionne d’autant mieux que la personne est isolée. Le remède commence par un témoin extérieur et par des faits écrits.
La violence psychologique est-elle punie par la loi ?
Oui. Le code pénal précise que les violences sont réprimées quelle que soit leur nature, psychologiques comprises, et il sanctionne le harcèlement par des propos ou des comportements répétés qui dégradent les conditions de vie et altèrent la santé, dans le couple actuel ou ancien, hors du couple, et au travail. Ces textes, vérifiés le 30 octobre 2026, sont présentés sur notre page consacrée à la loi et à la plainte. Déposer plainte est une démarche judiciaire que nous n’organisons pas ; nous accompagnons la personne avant, pendant et après, et le travail psychique ne dépend d’aucune démarche.
Pourquoi est-ce que je reste alors que je sais que cela me fait du mal ?
Parce que la violence psychologique fabrique elle-même les raisons de rester. Elle alterne mépris et tendresse, ce qui rend dépendant des bons moments. Elle isole, ce qui prive de regards extérieurs. Elle attaque l’estime de soi, ce qui fait croire que l’on ne trouvera pas mieux ou que l’on ne mérite pas mieux. Elle installe le doute sur sa propre perception, ce qui empêche de conclure. Et il y a souvent des enfants, un logement, une histoire, un espoir. Rester n’est donc ni de la faiblesse ni de la complaisance ; c’est l’effet attendu d’un mécanisme qui agit sur tout le monde. Comprendre cela est souvent la première étape pour retrouver des choix.
Un enfant peut-il subir une violence psychologique de ses parents ?
Oui, et c’est l’une des formes de maltraitance les moins repérées. Mépris, humiliations, comparaisons permanentes avec un frère ou une sœur, amour conditionné aux résultats, menaces d’abandon, enfant pris à témoin contre l’autre parent, négation de ce qu’il ressent. L’enfant ne peut pas partir et conclut presque toujours qu’il est le problème ; cette conclusion le suit souvent à l’âge adulte. Le pédopsychothérapeute travaille avec lui par le jeu, le dessin et les histoires, et l’adulte qu’il est devenu peut encore défaire ce qu’il a appris sur lui-même.
Faut-il faire une thérapie de couple quand il y a de la violence psychologique ?
Pas en premier. Une thérapie de couple suppose que les deux partenaires puissent parler sans peur et que leur parole ait le même poids. Quand l’un des deux doute de sa perception, s’excuse en permanence et craint les réactions de l’autre, une séance à deux risque de rejouer le mécanisme devant le thérapeute, et parfois de l’aggraver après la séance. Nous commençons par recevoir la personne seule, pour qu’elle retrouve un appui en elle. Une thérapie de couple peut se discuter plus tard, si elle le souhaite et si les actes ont cessé.
Comment se reconstruire après une violence psychologique ?
En retrouvant d’abord confiance en son propre jugement : écrire les faits, retrouver des témoins, cesser de se justifier, nommer les actes. La TCC aide à défaire les pensées installées par les années, « je suis trop sensible », « c’est moi le problème », et à réapprendre à refuser. L’EMDR retraite les scènes qui restent à vif. L’écoute analytique explore ce que la relation est venue rejouer de plus ancien. Un bilan psycho-traumatique, avec son compte rendu écrit, est souvent utile quand l’emprise a duré. Le « je te crois » d’un psy, écrit noir sur blanc, pèse beaucoup dans ce chemin. Tout cela peut se faire au cabinet ou en téléconsultation.
Références
Livres, articles et liensQuelques références de cette page…
Les travaux et documents cités ou utilisés dans cette page.
Hirigoyen, M.-F. (1998). Le Harcèlement moral : la violence perverse au quotidien. Paris : Syros.
Hirigoyen, M.-F. (2005). Femmes sous emprise : les ressorts de la violence dans le couple. Paris : Oh ! Éditions.
Stark, E. (2007). Coercive Control: How Men Entrap Women in Personal Life. New York : Oxford University Press.
Herman, J. L. (1992). Trauma and Recovery. New York : Basic Books.
Biderman, A. D. (1957). « Communist attempts to elicit false confessions from Air Force prisoners of war ». Bulletin of the New York Academy of Medicine, 33(9).
Sweet, P. L. (2019). « The Sociology of Gaslighting ». American Sociological Review, 84(5).
Stern, R. (2007). The Gaslight Effect. New York : Morgan Road Books.
Hamilton, P. (1938). Gas Light, pièce de théâtre ; Cukor, G. (1944), Gaslight, film.
Ferenczi, S. (1932, publié en 1933). « Confusion de langue entre les adultes et l’enfant ». Traduction française dans Psychanalyse IV, Paris : Payot.
Si vous vous êtes reconnu dans cette page, vous n’exagérez pas. Un premier rendez-vous permet de poser les faits devant quelqu’un qui écoute et qui croit, puis de choisir ensemble par où commencer. Au cabinet ou en téléconsultation, sans engagement.
La « loi de l’instrument », formulée par Abraham Kaplan en 1964 puis reprise par Abraham Maslow dans The Psychology of Science: A Reconnaissance (1966), rappelle qu’« il est tentant, si le seul outil dont on dispose est un marteau, de traiter tout comme si c’était un clou ».
En psychologie, une méthode ne peut pas répondre à toutes les situations. Forts de plusieurs décennies de pratique et de formations complémentaires, nous mobilisons de nombreux outils, choisis avec discernement, afin d’identifier rapidement les leviers les plus efficaces. Nous proposons ainsi un accompagnement aussi bref qu’efficace, tout en sachant accompagner aussi bien les suivis prolongés que le besoin d’un espace de parole régulier.