Les formes de violence : physique, psychologique, sexuelle, économique, administrative…
Quand on demande à quelqu’un s’il a subi des violences, il pense presque toujours aux coups. Pourtant, dans ce que nous entendons en consultation, les coups sont rarement seuls, et ils sont loin d’être la forme la plus fréquente. Il y a les mots qui rabaissent, les règles qui changent, l’argent que l’on ne voit plus passer, les papiers que l’on ne retrouve pas, le rapport sexuel « pour avoir la paix », l’objet jeté contre le mur, l’enfant que personne ne lave. Cette page décrit huit formes de violence, avec leurs manifestations concrètes et des exemples tirés, en les transformant, de ce que nous recevons. Ce sont des repères pour se situer, pas des cases où ranger les gens.
À quoi sert de classer les violences en formes
Classer n’est pas étiqueter. Les huit formes de violence décrites ici ne sont pas des diagnostics, ni des catégories juridiques, ni des degrés de gravité : ce sont des manières de regarder qui rendent visibles des choses que l’on ne voyait pas. Une personne qui a appris que la violence, c’est frapper, ne reconnaîtra pas comme violence le fait d’avoir dû rendre compte de chaque dépense pendant dix ans. Le jour où elle lit la description de la violence économique, quelque chose se met en place : « c’est ça, c’est exactement ça ». Nous avons vu ce moment des dizaines de fois, et il change la suite du travail, parce qu’une chose nommée peut être pensée.
Les formes servent aussi à ne pas réduire une situation à son épisode le plus spectaculaire. Quand une personne arrive avec une gifle reçue la semaine passée, la gifle occupe tout l’espace ; or elle s’inscrit souvent dans un ensemble fait de dévalorisations, d’isolement, de contrôle. Regarder forme par forme, c’est reconstituer l’ensemble. Inversement, les formes protègent d’une lecture qui mettrait tout dans le même sac : une dispute bruyante n’est pas une violence verbale, un désaccord sur l’argent du ménage n’est pas une violence économique, un parent qui dit non n’est pas un parent maltraitant. Les descriptions qui suivent donnent, pour chaque forme, les manifestations qui font la différence.
Une dernière chose avant de commencer. Les huit formes se recoupent. La violence verbale est une forme de la violence psychologique ; la négligence peut être une violence économique quand elle consiste à priver une personne dépendante de ce que ses ressources permettraient ; la violence matérielle est une menace physique déplacée. Nous les séparons pour les décrire, pas parce qu’elles sont séparées dans la vie. Les chevauchements sont signalés au fil de la page, et la section ce qui relie toutes les formes revient sur ce qu’elles ont en commun.
Les huit formes de violence, une par une
Parcourez les onglets. Pour chaque forme, vous trouverez ses manifestations les plus courantes, un exemple inventé à partir de situations réelles, et le lien vers la page qui la détaille. Si une description vous arrête, c’est souvent qu’elle touche quelque chose.
La violence physique : toute atteinte au corps, avec ou sans trace. Gifles, coups de poing ou de pied, bousculades, cheveux tirés, bras serré, secousses, immobilisation contre un mur ou sur un lit, étranglement même bref, objets lancés dans la direction de la personne, brûlures, privation de sommeil ou de nourriture imposée par la force, porte bloquée pour empêcher de sortir. On y range aussi les gestes « qui ne sont pas des coups » et que les personnes hésitent à nommer : être poussée dans l’escalier « sans le faire exprès », recevoir un verre d’eau au visage, être tenue par le poignet jusqu’à ce que ça fasse mal. L’étranglement mérite une attention particulière : il peut n’avoir laissé aucune marque et avoir été très dangereux ; le médecin l’examine, et nous travaillons en lien avec lui.
Exemple inventé : Rémi, 46 ans, décrit un père qui « n’a jamais levé la main » mais qui le plaquait contre le mur en le tenant par le col, à hauteur de visage, en parlant très bas. Il n’y a jamais eu de bleu. Il y a eu, pendant trente ans, un sursaut chaque fois qu’un homme s’approche trop vite. La page violence physique détaille la peur qui reste quand les marques sont absentes.
La violence psychologique et émotionnelle : abîmer sans toucher. Dévalorisation répétée (« tu n’es bonne à rien », « personne d’autre ne voudrait de toi »), humiliations en privé ou devant d’autres, menaces de partir, de se faire du mal, de prendre les enfants, de révéler un secret, chantage affectif, culpabilisation systématique, silence punitif qui dure des jours, surveillance des messages et des sorties, jalousie présentée comme une preuve d’amour, et surtout la remise en cause de ce que la personne a vu, entendu ou ressenti : « je n’ai jamais dit ça », « tu inventes », « tu es folle ». Cette dernière manifestation, que certains appellent par un mot anglais, est celle qui ronge le plus la confiance en son propre jugement.
Exemple inventé : Léna, 33 ans, tient un carnet depuis six mois pour vérifier qu’elle n’est pas « en train de devenir folle ». Elle y note les phrases de son compagnon, parce qu’il nie les avoir dites le lendemain. Le carnet n’est pas le signe d’un trouble ; c’est le signe d’une perception qui résiste. Voir violence psychologique et émotionnelle.
La violence verbale : quand les mots frappent. Insultes, cris qui font reculer, hurlements au visage, propos dégradants sur le corps, l’intelligence, l’origine, la famille, surnoms rabaissants répétés jusqu’à devenir un nom, menaces proférées, imitations moqueuses, paroles humiliantes devant les enfants, les collègues, les clients. La violence verbale est une forme de la violence psychologique ; nous lui gardons un onglet parce qu’elle a ses repères propres : la voix, le volume, la répétition, et ce qu’elle fait au corps de celui qui l’entend, mâchoire serrée, souffle court, envie de disparaître. Un cri isolé dans une dispute n’en relève pas ; un cri qui sert à faire taire, oui.
Exemple inventé : Samuel, 29 ans, cuisinier, a quitté une brigade où le chef l’appelait par une insulte devant tout le monde, chaque service, pendant deux ans. Il ne s’en plaignait pas : « c’est le métier ». Il consulte parce qu’il ne supporte plus qu’on élève la voix, où que ce soit. Voir violence verbale.
La violence sexuelle : tout acte sexuel imposé, y compris dans le couple. Rapport ou geste obtenu par la force, la menace, la surprise ou l’insistance jusqu’à ce que la personne cède, pression répétée (« si tu m’aimais… », bouderie, reproches), rapport accepté par peur des conséquences d’un refus, gestes imposés pendant le sommeil ou l’ivresse, harcèlement sexuel, exhibition, images intimes prises ou diffusées sans accord, prostitution ou exploitation imposée. Il faut le dire nettement, parce que beaucoup de personnes l’ignorent ou n’osent pas y penser : la violence sexuelle existe dans le couple, et le mariage ou la vie commune ne valent pas consentement permanent. Ne pas avoir résisté ne signifie pas avoir consenti : la sidération fige le corps, et céder n’est pas vouloir.
Exemple inventé : Claire, 41 ans, ne dit jamais « viol ». Elle dit qu’elle « se laisse faire pour que ça se termine », deux ou trois fois par semaine, depuis des années, et qu’elle regarde le plafond. Elle vient pour des douleurs pelviennes que son gynécologue n’explique pas. Voir violence sexuelle.
La violence économique : enfermer par l’argent. Confiscation des revenus ou de la carte bancaire, compte joint dont une seule personne a les codes, argent de poche attribué à un adulte qui travaille, contrôle des dépenses au ticket de caisse près, interdiction de travailler ou sabotage de l’emploi (scènes la veille d’un entretien, enfants non gardés), dettes contractées au nom de l’autre, crédits signés sous pression, privation de ce qui est nécessaire alors que les moyens existent, chez une personne âgée ou dépendante détournement de ressources par un proche. Elle précède ou accompagne souvent les autres formes, parce qu’elle fabrique la dépendance qui rend le départ impossible.
Exemple inventé : Nour, 38 ans, diplômée, n’a pas travaillé depuis neuf ans « pour les enfants ». Elle n’a pas de compte à son nom, demande l’argent des courses chaque samedi, justifie le prix des chaussures des enfants. Elle ne s’est jamais dit qu’il s’agissait de violence : « il gère, c’est tout ». Voir violence économique.
La violence administrative : tenir quelqu’un par ses papiers. Confiscation du passeport, de la carte d’identité, du titre de séjour, de la carte vitale, rétention du livret de famille ou des diplômes, courrier intercepté, démarches entravées ou faites à la place de la personne sans son accord, menaces d’utiliser la situation administrative (séjour, garde des enfants, tutelle, reconnaissance d’un handicap) comme moyen de pression, refus de signer ce qui permettrait à l’autre d’avancer. C’est la forme la plus invisible, parce qu’elle ressemble à de l’organisation, et parce que les personnes qui la subissent ont souvent peur des institutions auxquelles elles pourraient s’adresser.
Exemple inventé : Adaeze, 30 ans, arrivée en France par le mariage, ne sait pas où est son passeport. Son mari « s’occupe des papiers ». Elle n’ose pas demander, parce qu’il lui a dit qu’un faux pas la ferait « renvoyer ». Voir violence administrative.
La violence matérielle : frapper les choses pour atteindre la personne. Objets cassés pendant une dispute, téléphone jeté, porte défoncée, vaisselle brisée, vêtements découpés, souvenirs détruits (photos, lettres, cadeaux d’un parent disparu), outil de travail abîmé (ordinateur, instrument, voiture), animal menacé ou maltraité, chambre d’enfant saccagée. Elle intimide, elle punit, elle prive d’autonomie, et elle fait peur par procuration : le message, dit ou non, est « la prochaine fois, ce sera toi ». Elle annonce parfois une escalade, et elle est souvent minimisée par la personne elle-même, parce que « ce n’est qu’un objet ».
Exemple inventé : Thibault, 52 ans, raconte en riant que sa compagne a « un peu » cassé sa guitare. C’était la guitare de son frère mort. Il n’a plus joué depuis deux ans, et il ne reliait pas les deux faits. Voir violence matérielle.
La négligence et la privation de soins : la violence par défaut. Chez un enfant ou une personne dépendante, besoins essentiels laissés sans réponse alors qu’il serait possible d’y répondre : alimentation insuffisante ou inadaptée, hygiène non assurée, vêtements inadaptés à la saison, soins médicaux non donnés, traitements non suivis, rendez-vous manqués de façon répétée, absence de surveillance d’un petit enfant, scolarité non assurée, et négligence affective, c’est-à-dire l’absence durable de réponse aux besoins de contact, de réconfort et d’attention. L’Organisation mondiale de la santé la range parmi les formes de maltraitance de l’enfant et de la personne âgée. Son évaluation tient compte des moyens dont dispose l’adulte responsable : la pauvreté n’est pas une négligence, et un aidant débordé n’est pas un maltraitant ; ce qui compte, c’est l’écart entre ce qui était possible et ce qui a été fait.
Exemple inventé : la grand-mère d’Inaya, 7 ans, consulte parce que la petite, qu’elle garde deux jours par semaine, mange « comme si elle n’avait jamais à manger », porte les mêmes vêtements plusieurs jours et ne sait pas ce qu’est un câlin. Voir négligence et privation de soins.
Ce que vous reconnaissez dans votre situation
Cochez, parmi les manifestations ci-dessous, celles que vous avez vécues ou que vous vivez, dans une relation ou un lieu précis, sans vous demander si « ça compte ». Le thermomètre se remplit et un commentaire s’ajuste. Il ne mesure pas une gravité : il montre combien de formes sont présentes en même temps, ce qui est une information en soi. Rien ne sort de votre appareil.
En cas de danger immédiat, faites le 15 (SAMU). Prenez un rendez-vous au cabinet en téléconsultation le plus rapidement possible. Si Doctolib ne permet pas un rendez-vous immédiat, envoyez des textos WhatsApp ou/et SMS aux cliniciens du cabinet.
Ce qui relie toutes les formes : la contrainte, la peur, l’asymétrie
Huit formes, trois dénominateurs communs. Le premier est la contrainte : dans chaque forme, quelqu’un impose à quelqu’un d’autre quelque chose qu’il n’a pas choisi, ou lui retire quelque chose dont il a besoin. Le coup contraint le corps, l’insulte contraint la parole, le contrôle de l’argent contraint les choix, la confiscation des papiers contraint les déplacements, la négligence contraint un enfant à se débrouiller seul avec ce qu’il ne peut pas faire seul. Le deuxième est la peur, qui s’installe et qui dure : peur du prochain geste, de la prochaine phrase, du prochain relevé de compte. Même la négligence produit de la peur, celle de l’enfant qui ne sait pas si quelqu’un viendra. Le troisième est l’asymétrie : dans chaque forme, l’une des deux personnes dispose d’un pouvoir que l’autre n’a pas, par la force, par l’argent, par le statut, par l’âge, par la dépendance.
Deux conséquences se déduisent de ces dénominateurs communs. D’abord, une blessure visible n’est pas nécessaire. Ce qui définit la violence, c’est la contrainte, la peur et l’asymétrie, pas la trace sur la peau ; les formes psychologique, économique, administrative et sexuelle dans le couple en sont la démonstration quotidienne. La loi française le dit à sa façon : l’article 222-14-3 du code pénal précise que les violences sont réprimées quelle que soit leur nature, y compris lorsqu’elles sont psychologiques (texte vérifié le 30 octobre 2026). Ensuite, les formes s’appellent les unes les autres. La violence psychologique prépare le terrain des autres en faisant douter la personne d’elle-même ; la violence économique rend le départ impossible ; la violence matérielle est l’antichambre de la violence physique ; la violence verbale accompagne presque toutes. C’est pourquoi, en consultation, nous ne nous arrêtons jamais à la forme que la personne apporte : nous demandons, doucement, ce qu’il y a autour.
Il faut ajouter que la violence sexuelle dans le couple est la forme la moins nommée de toutes, y compris par les personnes qui la subissent. Beaucoup de femmes, et des hommes aussi, décrivent des rapports « pour avoir la paix », « pour qu’il arrête de bouder », « parce que sinon c’est l’enfer pendant trois jours », sans jamais employer le mot. Le fait que la relation soit un couple ne change rien à la définition : un acte sexuel obtenu par la pression, la menace ou l’usure n’est pas consenti. La page violence sexuelle y revient longuement, et la page violences conjugales la replace dans l’ensemble du couple.
De l’acte à la forme : un exercice de repérage
Pour chacune des sept situations, choisissez la forme de violence à laquelle elle appartient d’abord. Plusieurs réponses pourraient se défendre, c’est normal : l’exercice sert à exercer le regard, pas à trancher. Le commentaire s’affiche à chaque réponse, et un bilan apparaît quand les sept sont faites.
Pour la carte vitale du père, on aurait pu répondre « économique » ; pour les rapports acceptés par peur du silence, « psychologique ». Les deux lectures sont justes. La forme que nous avons retenue est celle qui décrit le mieux l’acte lui-même ; les autres décrivent son contexte ou son effet.
Les formes qui se cachent derrière d’autres mots
En consultation, les formes de violence arrivent rarement sous leur nom. Elles arrivent sous des expressions qui les adoucissent, parfois depuis des années. Retournez les six cartes : au recto, ce que l’on entend ; au verso, ce que cela recouvre souvent.
Ces reformulations ne sont pas des mensonges. Ce sont les mots que l’on trouve quand on n’en a pas d’autres, ou quand les autres font trop peur. Notre travail n’est pas de les corriger de l’extérieur, mais de demander ce qu’il y a derrière, concrètement, scène par scène. Ce que recouvrent ces expressions finit par se dire tout seul, et la page est-ce de la violence ? donne les critères pour en juger.
Exemple fictif : Nadia, 44 ans, « il ne m’a frappée qu’une fois »
Nadia est un personnage inventé pour cette page, composé à partir de plusieurs situations rencontrées en consultation, sans qu’aucune personne réelle puisse s’y reconnaître.
Situation
Nadia consulte après une gifle, reçue il y a trois semaines, la première en seize ans de mariage. Elle est bouleversée, mais elle insiste : « c’est la seule fois, il était épuisé, il s’est excusé ». En décrivant les mois précédents, elle évoque, sans s’y arrêter, que son mari a changé les codes du compte joint « à cause d’une fraude », qu’il ne lui parle plus pendant plusieurs jours quand elle rentre tard de chez sa sœur, qu’il lui a dit devant leurs enfants qu’elle « avait la cervelle d’une poule », et qu’elle a des rapports avec lui « même quand elle n’en a pas envie, pour ne pas envenimer ». Elle voudrait savoir si la gifle justifie qu’elle « en fasse toute une histoire ».
Quelle lecture nous paraît la plus juste ?
Ce que cet exemple montre, c’est le mouvement que nous faisons presque toujours en consultation : élargir le regard depuis l’acte qui a motivé la demande vers l’ensemble des formes présentes. Non pour accabler, mais pour que la personne cesse de se demander si « une gifle » justifie de consulter, et commence à voir ce que sa vie est devenue. Le cycle de la violence, avec ses excuses et ses répits, éclaire pourquoi une première gifle arrive souvent après des années d’autres formes.
Ce que les formes ne disent pas : gravité, répétition, contexte
Une typologie a ses limites, et il vaut mieux les connaître que de la prendre pour plus qu’elle n’est. Les formes ne disent rien de la gravité. Un acte de violence psychologique peut détruire plus sûrement qu’une bousculade ; une négligence affective de dix ans pèse plus lourd qu’une insulte. Il n’y a pas de hiérarchie des formes, et nous nous méfions des personnes qui classent leur situation « en bas de l’échelle » parce qu’elle ne comporte pas de coups. Les formes ne disent rien non plus de la répétition. Certaines violences sont uniques et graves, d’autres sont faites d’une poussière d’actes dont aucun ne semble compter ; le harcèlement, par exemple, se définit par l’accumulation. La page harcèlement : la violence par répétition traite de cette dimension.
Les formes ne disent rien, enfin, du contexte, et le contexte change presque tout : la même insulte n’a pas le même poids venue d’un inconnu dans la rue, d’un chef devant l’équipe ou d’un parent devant la fratrie. Elles ne disent rien de la personne qui subit, de son histoire, de ce que l’acte réveille d’ancien, de ses ressources, de sa sidération ou de sa colère. Elles ne disent rien de l’auteur non plus, et c’est volontaire : décrire les actes et leurs effets suffit pour reconnaître une violence, et cela évite de se perdre dans la question de savoir si l’autre est « malade », « pervers » ou « juste stressé ». Ce que l’acte fait à la personne ne dépend pas de ce qu’il révèle de son auteur.
- Huit formes : physique, psychologique et émotionnelle, verbale, sexuelle, économique, administrative, matérielle, négligence. Des repères, pas des diagnostics.
- Elles se recoupent et s’appellent les unes les autres ; la violence psychologique accompagne presque toutes.
- Ce qui les relie : la contrainte, la peur, l’asymétrie. Une blessure visible n’est pas nécessaire, et la violence sexuelle existe dans le couple.
- Les formes ne disent ni la gravité, ni la répétition, ni le contexte : une seule manifestation peut être grave.
Par où continuer selon la forme que vous reconnaissez
Chaque forme a sa page, avec ses manifestations détaillées, ses effets, un exemple et ce que nous faisons au cabinet. Si vous reconnaissez surtout des atteintes au corps, lisez violence physique, qui explique pourquoi la gravité ne se mesure pas aux marques et ce que le corps garde. Si ce sont les mots et la remise en cause de votre perception, violence psychologique et émotionnelle et violence verbale se complètent. Si c’est l’intimité, violence sexuelle parle du consentement, de la sidération et du couple. Si c’est l’argent, violence économique mesure la dépendance et décrit la sortie par étapes ; si ce sont les papiers, violence administrative. Si ce sont les objets, violence matérielle explique la peur par procuration et l’escalade. Si c’est un enfant ou une personne dépendante dont on ne s’occupe pas, négligence et privation de soins.
Et si plusieurs formes sont présentes ensemble, ce qui est le cas le plus fréquent, deux pages prennent le relais : emprise et contrôle coercitif, qui décrit l’ensemble des comportements réduisant la liberté pas à pas, et violences conjugales quand il s’agit du couple. Pour savoir où vous en êtes avant d’aller plus loin, le test en douze questions propose un radar des formes. Et si la lecture de cette page vous a remué, la page quand consulter décrit ce qu’est un premier rendez-vous au cabinet, sans engagement, au cabinet ou en téléconsultation.
Questions fréquentes sur les formes de violence
Quelles sont les différentes formes de violence ?
On distingue habituellement la violence physique (coups, bousculades, contrainte du corps), la violence psychologique et émotionnelle (dévalorisation, menaces, chantage, négation de ce que l’autre perçoit), la violence verbale (insultes, cris, propos dégradants), la violence sexuelle (actes imposés, pressions, harcèlement, y compris dans le couple), la violence économique (contrôle de l’argent, interdiction de travailler, dettes imposées), la violence administrative (papiers confisqués, démarches entravées), la violence matérielle (objets détruits) et la négligence (besoins essentiels laissés sans réponse). Elles se recoupent souvent, et une personne en subit rarement une seule.
La violence psychologique est-elle vraiment une violence ?
Oui. Elle produit de la peur, de la contrainte et une asymétrie de pouvoir, comme les autres formes, et ses effets sur la santé sont bien documentés : anxiété, troubles du sommeil, perte de confiance en son propre jugement, dépression, stress post-traumatique. En France, le code pénal réprime les violences quelle que soit leur nature, psychologiques comprises (article 222-14-3, texte vérifié le 30 octobre 2026). Ce qui la rend difficile à reconnaître, c’est précisément qu’elle ne laisse pas de marque et qu’elle s’attaque à la perception même de la personne.
Peut-on parler de violence sexuelle dans un couple ?
Oui, et c’est l’une des formes les moins nommées. Un rapport ou un geste sexuel obtenu par la force, la menace, la surprise, l’insistance jusqu’à ce que l’autre cède, ou accepté par peur des conséquences d’un refus, n’est pas consenti, que l’on soit mariés ou non. Le fait de vivre ensemble ne vaut pas accord permanent. Beaucoup de personnes décrivent des rapports « pour avoir la paix » sans jamais penser au mot violence ; la page consacrée à la violence sexuelle explique pourquoi céder n’est pas vouloir, et ce qui aide à se reconstruire.
Qu’est-ce que la violence économique ?
C’est l’ensemble des comportements qui utilisent l’argent pour contrôler ou enfermer une personne : confisquer ses revenus ou sa carte, lui attribuer de l’argent de poche alors qu’elle est adulte, exiger des justificatifs pour les dépenses ordinaires, l’empêcher de travailler ou saboter son emploi, contracter des dettes à son nom, la priver du nécessaire alors que les moyens existent. Elle fabrique la dépendance qui rend le départ impossible, et elle précède ou accompagne souvent les autres formes. Chez une personne âgée, elle prend la forme du détournement de ressources par un proche.
La négligence est-elle une forme de maltraitance ?
Oui. L’Organisation mondiale de la santé la range parmi les formes de maltraitance, chez l’enfant comme chez la personne âgée. Elle consiste à laisser sans réponse les besoins essentiels d’une personne qui dépend de vous (alimentation, hygiène, soins, sécurité, affection), alors qu’il serait possible d’y répondre. Cette dernière condition compte : la pauvreté n’est pas une négligence, et un aidant épuisé n’est pas un maltraitant. On évalue l’écart entre ce qui était possible et ce qui a été fait. La négligence affective, qui ne se voit pas, laisse des traces durables chez l’adulte que l’enfant devient.
Une seule forme de violence suffit-elle pour consulter ?
Oui. Il n’y a pas de seuil, ni en nombre de formes ni en nombre d’actes. On consulte quand quelque chose pèse : une peur qui s’installe, un doute sur ce que l’on vit, une scène qui revient, un corps qui ne dort plus. Une violence unique peut être grave, et une forme unique aussi. Le premier rendez-vous sert précisément à poser les choses et à comprendre ce que la situation vous coûte ; il n’engage à rien, et tout peut se faire en téléconsultation. La page quand consulter décrit ce premier temps.
Références
Livres, articles et liensQuelques références de cette page…
Les documents et travaux dont cette page s’inspire pour décrire les formes de violence.
- Organisation mondiale de la santé, aide-mémoire « Injuries and violence » (typologie des violences).
- Organisation mondiale de la santé, aide-mémoire « Maltraitance des enfants » (formes de maltraitance, dont la négligence).
- Organisation mondiale de la santé, aide-mémoire « Maltraitance des personnes âgées » (dont les abus financiers et la négligence).
- Ministère de la Justice, Guide des violences conjugales (2023), qui décrit les formes de violence dans le couple.
- Centre national de ressources et de résilience (Cn2r), dossier « Violences sexuelles », 2024, qui définit les violences sexuelles, y compris dans le couple.
- Evan Stark, Coercive Control. How Men Entrap Women in Personal Life, 2007, sur la façon dont les formes se combinent en système.
- Marie-France Hirigoyen, Le Harcèlement moral. La violence perverse au quotidien, 1998, et Femmes sous emprise, 2005.
- Judith Herman, Trauma and Recovery, 1992.
Mettre un nom sur chaque chose, avec quelqu’un
Si une ou plusieurs de ces formes vous ont arrêté en lisant, c’est déjà une information. Un premier rendez-vous permet de décrire ce que vous vivez, scène par scène, et de le nommer ensemble, sans qu’aucune décision ne vous soit imposée. Au cabinet ou en téléconsultation, accompagné si vous le voulez.