Un passeport rangé dans un tiroir fermé à clé, « pour ne pas le perdre ». Un courrier qui n’arrive plus, parce qu’il a été détourné vers une autre adresse. Un formulaire signé sans en comprendre un mot. Une phrase, toujours la même : « sans moi, tu n’es rien ici », « un mot de ma part et on te retire les enfants », « je te fais interner ». La violence administrative s’exerce sans coup et sans cri, par les papiers, les démarches et les institutions, et elle est l’une des moins repérées, parce qu’elle ressemble à de l’aide. Cette page la décrit, montre qui elle vise le plus souvent, explique l’isolement et la peur des institutions qu’elle produit, et dit ce que nous faisons, et ne faisons pas, pour aider à retrouver prise.
La violence administrative consiste à utiliser les documents, les démarches et le rapport aux institutions pour contrôler une personne, la rendre dépendante et l’isoler. Elle est proche de la violence économique, avec laquelle elle se combine presque toujours, mais elle a son terrain propre : non pas l’argent, mais l’existence officielle d’une personne, sa capacité à prouver qui elle est, à faire valoir ce à quoi elle a droit, à parler pour elle-même devant une administration, un médecin, une école, une banque.
Ses manifestations sont concrètes. La rétention des papiers d’abord : carte d’identité, passeport, titre de séjour, carte vitale, permis de conduire, livret de famille, diplômes, carnet de santé des enfants, gardés par l’autre, rangés dans un endroit auquel la personne n’a pas accès, ou « perdus » au moment où elle en a besoin. L’entrave aux démarches ensuite : rendez-vous non transmis ou annulés, dossiers jamais envoyés, dates de renouvellement laissées passer, refus de traduire ou d’expliquer, formulaires à signer sans en lire le contenu, courrier intercepté, ouvert, détourné, mots de passe des comptes en ligne confisqués. La parole confisquée : l’autre répond au téléphone, parle au guichet, remplit les papiers, décide ce qui sera dit au médecin, et la personne devient, aux yeux des institutions, quelqu’un dont on parle plutôt que quelqu’un qui parle. Et la menace, enfin, qui donne à tout le reste sa force : menacer de faire perdre un droit au séjour, de dénoncer, de faire couper une aide, de faire placer en établissement, de « faire interner », de faire retirer les enfants, de révéler à l’administration une situation que la personne croit compromettante.
Deux précisions encadrent ce qui suit. Toute aide pour des démarches n’est pas une violence : beaucoup de couples et de familles se répartissent les papiers, et un proche qui aide un parent âgé à remplir ses déclarations lui rend service. La violence commence quand la personne n’a plus accès à ses propres documents, ne sait plus ce qui est fait en son nom, ne peut plus décider, et a peur. Et une violence administrative n’a pas besoin d’être répétée pour être grave : une seule menace de dénonciation, un seul passeport confisqué suffisent à enfermer quelqu’un pour des années. La page les huit formes de violence situe cette forme parmi les autres, et la page est-ce de la violence ? donne les critères généraux.
Pourquoi elle est si invisible
De toutes les formes de violence que décrit ce dossier, la violence administrative est sans doute celle que l’entourage repère le moins, et celle que la personne elle-même met le plus de temps à nommer. Il y a plusieurs raisons à cela, et elles se renforcent.
La première est qu’elle se présente comme de l’aide, et qu’elle en est parfois au départ. Celui qui prend les papiers « pour s’en occuper » rend d’abord service. Celui qui parle au guichet à la place de quelqu’un qui ne maîtrise pas la langue ou qui a peur des formulaires est d’abord un soutien. L’entourage voit une personne dévouée, qui gère tout ; il ne voit pas que l’autre a cessé de savoir ce qui est fait en son nom. La deuxième raison est l’ignorance, soigneusement entretenue, de ses propres droits. La personne ne sait pas ce à quoi elle peut prétendre, ne sait pas ce qu’elle a signé, ne sait pas si la menace qu’on lui agite est réelle ; et dans le doute, elle obéit. Le contrôle de l’information est ici le cœur du dispositif, comme dans ce que le sociologue Albert Biderman décrivait en 1957 sous le nom d’accaparement de la perception : quand une seule source d’information subsiste, elle devient la réalité.
La troisième raison est la honte. Avoir laissé quelqu’un prendre son passeport, avoir signé sans lire, ne pas savoir remplir un formulaire, dépendre de l’autre pour comprendre un courrier : la personne se sent incapable, infantilisée, et elle n’ose pas le dire, surtout si elle a un métier, un diplôme, une vie d’adulte par ailleurs. La quatrième est la plus pernicieuse : la violence administrative retourne contre la personne les institutions mêmes qui pourraient l’aider. Si l’on vous a répété pendant trois ans que la mairie, l’école, l’hôpital, le commissariat sont des dangers, vous n’irez pas y chercher de l’aide. Nous y revenons plus bas. Ce que nous observons souvent en consultation : la personne vient pour autre chose, une anxiété, un sommeil détruit, une tristesse, et la violence administrative apparaît au détour d’une phrase, « de toute façon, c’est lui qui a les papiers », dite comme une évidence. C’est à cette évidence que nous nous arrêtons.
La situation vécue et le levier qu’elle cache
Les situations de violence administrative se ressemblent d’une histoire à l’autre. Associez chaque phrase ou chaque fait au levier qu’il met en œuvre : la réponse s’affiche aussitôt, et un bilan apparaît quand les six situations ont une réponse.
« Elle garde mon passeport et ma carte de séjour dans son coffre, pour que je ne les perde pas. »
« Quand une administration appelle, c’est lui qui répond et qui explique ma situation. »
« Si tu pars, je dis partout que tu es folle, et on te retire les enfants. »
Mon fils a fait suivre tout mon courrier à son adresse, « c’est plus pratique »
« Je ne sais pas ce que j’ai signé, c’était en français et il m’a dit de signer vite. »
Il a « oublié » d’envoyer mon dossier de renouvellement, pour la deuxième fois
Les personnes les plus exposées
La violence administrative vise de préférence les personnes dont l’existence officielle dépend déjà, pour une raison ou une autre, de quelqu’un d’autre. Nous n’avançons ici aucun chiffre et aucune procédure : les règles changent, et elles ne relèvent pas de nous. Nous décrivons des situations que nous rencontrons régulièrement en consultation. Retournez les cartes.
Ce thermomètre réunit en quatre groupes les papiers, les démarches, les menaces et ce que la situation vous fait. Il n’est pas un test validé et il ne tranche pas à votre place ; il donne à voir, d’un seul coup d’œil, l’ampleur d’une dépendance que l’on décrit souvent comme « c’est lui qui s’occupe des papiers ». Cochez ce qui correspond à votre situation. Rien n’est enregistré ni envoyé.
Ce repère est pédagogique.
L’isolement et la peur des institutions
La violence administrative produit un isolement particulier. Les autres formes de violence coupent la personne de ses proches ; celle-ci la coupe en plus de la société elle-même, de tous les lieux où un adulte ordinaire va chercher de l’aide, un droit, une information : la mairie, l’école, l’hôpital, la banque, le commissariat, le cabinet d’un médecin. Ces lieux deviennent des menaces. La personne ne va plus au guichet parce qu’elle ne peut pas prouver qui elle est, n’ouvre plus le courrier parce qu’elle ne comprend pas ce qu’il dit et redoute ce qu’il annonce, ne répond plus au téléphone à un numéro inconnu, évite le médecin parce que l’autre « a dit des choses » sur elle. Elle finit par vivre dans un territoire minuscule, l’appartement, le trajet de l’école, le supermarché, où rien ne lui est demandé et où personne ne lui demande rien.
La philosophe Hannah Arendt écrivait, en substance, dans Les Origines du totalitarisme, que ce qui est retiré aux personnes privées de toute appartenance reconnue n’est pas tel ou tel droit, mais le droit d’avoir des droits, celui d’être quelqu’un dont la parole et les actes comptent. Nous ne comparons pas une cuisine à l’histoire du siècle ; mais la phrase dit avec exactitude ce que décrivent les personnes que nous recevons : « je n’existe pas ici », « je ne suis personne sans lui », « sur le papier, c’est comme si je n’étais pas là ». Ce sentiment d’inexistence administrative s’accompagne d’une inexistence psychique : la personne cesse de se sentir légitime à vouloir, à refuser, à demander. Elle s’efface.
La peur des institutions, elle, n’est pas une paranoïa. Elle est la conséquence logique d’années pendant lesquelles les institutions ont été présentées comme des dangers, et pendant lesquelles, parfois, elles se sont effectivement montrées froides, pressées, incrédules. Elle s’ajoute aux autres effets que produit toute violence longue : une vigilance qui ne retombe pas, un sommeil fragile, des douleurs, une tristesse de fond, et la honte, dont la page culpabilité et honte après une violence décrit les ressorts. Les symptômes physiques sont réels et méritent une évaluation médicale ; nous travaillons en lien avec le médecin quand la personne le souhaite, et c’est parfois le médecin qui, le premier, perçoit qu’une patiente n’a jamais ses propres papiers sur elle. La page la violence des formalités prolonge cette réflexion sur ce que les démarches elles-mêmes font aux personnes victimes.
Exemple fictif : Amina, 36 ans, « sans lui, je n’existe pas ici »
Un cas composé pour cette page à partir de situations fréquentes ; il ne décrit aucune personne réelle, et il ne contient aucune indication sur les démarches, qui ne relèvent pas de nous.
Situation
Amina a rejoint son mari il y a cinq ans. Elle parle bien le français mais le lit mal. Son passeport et sa carte de séjour sont dans le bureau de son mari, qui « s’occupe des papiers » ; elle n’a jamais vu une lettre de l’administration la concernant, et elle a signé plusieurs documents qu’il lui a présentés en lui disant de faire vite. Il a parlé à sa place au médecin, à l’école, à la banque. Quand elle a évoqué l’idée de travailler, il a répondu qu’un seul mot de sa part suffirait pour qu’elle « reparte », sans les enfants. Elle vient pour des crises d’angoisse, dort très mal, et n’ouvre plus le courrier. Elle précise qu’il ne l’a jamais frappée.
Par où commencerions-nous ?
Ce que la loi reconnaît, sans mode d’emploi
Nous ne donnons ici ni procédure, ni délai, ni conseil juridique : les règles relatives au séjour, aux papiers et aux aides changent souvent, et elles ne relèvent pas d’un cabinet de psychothérapie. Quelques textes stables méritent pourtant d’être connus, parce qu’ils disent quelque chose aux personnes concernées. L’article 515-9 du code civil permet au juge aux affaires familiales de délivrer en urgence une ordonnance de protection lorsque des violences dans le couple, ou d’un ancien partenaire, mettent en danger la personne ou ses enfants : la menace de « faire repartir » quelqu’un n’est pas le dernier mot. L’article 226-14 du code pénal prévoit que, pour une personne que son âge ou une incapacité physique ou psychique empêche de se protéger, un professionnel tenu au secret peut informer les autorités de violences sans l’accord de celle-ci ; pour une victime majeure en mesure de se protéger, c’est elle qui décide de ce qu’un soignant porte à la justice. L’article L114 du code de l’action sociale et des familles définit le handicap par le retentissement d’une altération durable des fonctions, physiques, sensorielles, mentales, cognitives ou psychiques, sur l’activité et la participation à la vie en société : la dépendance à un aidant n’efface pas la personne qui en a besoin. Et l’article 225-1 du même code pénal range l’état de santé, la perte d’autonomie et le handicap parmi les motifs de discrimination. Textes vérifiés le 30 octobre 2026.
Aucun de ces textes ne dit ce que vous devez faire. Toute démarche judiciaire relève de la justice et non du cabinet, qui n’organise aucune plainte ; nous accompagnons la personne avant, pendant et après, et le travail psychique n’en dépend pas. La page violence et plainte réunit les textes vérifiés et explique ce que change le compte rendu écrit d’un psy quand une procédure est engagée.
Vrai ou faux sur la violence administrative
Sept affirmations que l’on entend dans l’entourage, chez les professionnels, et parfois chez la personne concernée. Répondez, puis lisez ce que nous en pensons.
Affirmation 1
« Garder les papiers de son conjoint pour qu’il ne les perde pas est une attention. »
Faux, dès lors que c’est à sens unique et que la personne n’y a pas accès quand elle le veut. Une attention laisse le choix ; une rétention le retire. Le critère n’est pas l’intention affichée mais la possibilité, pour la personne, de reprendre ses papiers sans avoir à demander ni à justifier.
Affirmation 2
« La violence administrative ne concerne que les personnes étrangères. »
Faux. Elle vise toute personne dont l’existence officielle dépend d’un autre : une personne âgée dont un proche gère tout, une personne handicapée, quelqu’un qui lit mal, un jeune adulte dont les parents gardent les papiers, une personne menacée d’être « déclarée folle ». Le séjour n’est qu’un des leviers.
Affirmation 3
« Menacer quelqu’un de le faire interner ou de lui retirer ses enfants est une violence, même si la menace n’est jamais mise à exécution. »
Vrai. La menace agit par la peur qu’elle installe, pas par son exécution ; elle suffit à faire accepter l’inacceptable pendant des années. Une violence n’a pas besoin d’être répétée ni réalisée pour être grave : une seule menace de ce type peut organiser toute une vie.
Affirmation 4
« Une personne âgée qui laisse son fils gérer ses papiers subit forcément une violence. »
Faux. Toute aide n’est pas une violence, et beaucoup de familles se répartissent les démarches sans que personne ne soit lésé. La violence commence quand la personne ne sait plus ce qui est fait en son nom, n’y a plus accès, ne décide plus, et a peur de poser des questions.
Affirmation 5
« La peur des administrations après ce type de violence est une réaction compréhensible, pas une paranoïa. »
Vrai. Quand les institutions ont été présentées pendant des années comme des dangers, et qu’elles se sont parfois montrées froides ou incrédules, les éviter est logique. Cette peur se travaille, pas à pas, et elle n’est pas un trouble de la personne mais une trace de ce qu’on lui a fait.
Affirmation 6
« Signer un document que l’on ne comprend pas, sous pression, engage la personne comme un choix libre. »
Faux, au moins au sens où nous l’entendons en consultation : une signature obtenue en pressant quelqu’un qui ne lit pas la langue ou à qui l’on refuse d’expliquer n’est pas un choix libre. La honte d’avoir signé est l’un des sentiments les plus fréquents, et elle n’est pas une responsabilité. Ce qu’il advient du document relève de professionnels qui ne sont pas nous.
Affirmation 7
« Un psy peut faire les démarches administratives à la place de la personne. »
Faux, et ce n’est pas notre rôle. Ce que nous faisons est autre : rendre à la personne le savoir, la parole et le courage d’aller vers les institutions, traiter la peur et la honte, et remettre un compte rendu écrit dont elle fait l’usage qu’elle juge utile. Sans cela, aucune démarche ne tient.
Retrouver prise : ce que nous faisons, et ce que nous ne faisons pas
Disons d’abord clairement ce que nous ne faisons pas : nous ne faisons aucune démarche administrative à la place de la personne, nous ne donnons aucun conseil sur le séjour, les papiers ou les aides, nous n’organisons aucune plainte, et nous ne décidons pas à la place de quelqu’un ce qu’il doit faire de sa relation ou de sa famille. Ce que nous faisons est ce qui rend tout le reste possible : aider la personne à redevenir quelqu’un qui sait, qui parle, et qui n’a plus peur de franchir une porte.
Le premier rendez-vous sert à poser les faits, et à dire que ce qui est décrit porte un nom. Vous pouvez venir accompagné, et tout peut se faire en téléconsultation, ce qui compte quand chaque sortie doit être justifiée ou quand on ne se sent pas de prendre les transports. Nous ne demandons aucun papier. Le travail se construit ensuite avec trois approches de poids égal. La TCC, pour les crises d’angoisse, la peur du courrier et des guichets, la croyance « je ne suis pas capable », et pour préparer, pas à pas, les premières démarches que la personne choisira de faire, en commençant par la plus petite : ouvrir une lettre, poser une question, demander où sont ses papiers ; la page retrouver des choix et poser des limites décrit cette progression. L’écoute analytique, nourrie de plusieurs grands repères de la psychanalyse, pour ce que cette dépendance est venue rejouer : une place d’enfant qui n’avait pas droit à la parole, une famille où une femme ne signait rien, une loyauté qui interdit de contester celui qui « s’occupe de tout », et pour la légitimité perdue, le sentiment de n’être personne. L’EMDR, en séances de 80 minutes, pour les scènes qui restent à vif, la menace, la signature forcée, le guichet où l’on a été humilié, et pour le trauma que laisse une emprise longue, après un bilan psycho-traumatique, voire dissociatif, si la situation le demande.
Le bilan psychologique a ici une importance particulière. Il donne lieu à un compte rendu écrit, remis à la personne, qui en fait l’usage qu’elle juge utile. Pour quelqu’un dont la parole a été confisquée pendant des années, ce document a une valeur que n’a aucun autre : il dit, noir sur blanc, de la main de quelqu’un dont le métier est d’écouter, d’évaluer et de conclure, que son récit est cohérent, que ses réactions sont celles d’une personne qui a subi une violence, et que ce qu’elle décrit a un nom. C’est le « je te crois » d’un psy, appuyé sur des entretiens cliniques et des évaluations ; il pèse pour les proches qui doutaient et il peut être lu par les institutions, si la personne décide de le leur montrer. Pour les personnes âgées, notre neuropsychologue réalise des évaluations cognitives après soixante ans, qui permettent de distinguer ce qui relève de la mémoire et du jugement de ce qui relève d’une influence ou d’une peur. Pour une vue d’ensemble, voir la page notre approche des violences.
À retenir
La violence administrative passe par la rétention des papiers, l’entrave aux démarches, la parole confisquée et la menace par les institutions ; elle commence quand la personne ne sait plus, n’a plus accès, ne décide plus et a peur. Toute aide n’est pas une violence.
Elle vise les personnes dont l’existence officielle dépend déjà d’un autre : séjour lié au conjoint, grand âge, handicap, difficulté à lire, santé psychique, jeune adulte sous l’autorité des parents.
Elle produit un isolement particulier, qui coupe de la société elle-même, et une peur des institutions qui n’est pas une paranoïa mais une trace.
Nous ne faisons aucune démarche à votre place ; nous vous aidons à redevenir quelqu’un qui sait et qui parle, et le compte rendu écrit d’un bilan porte le « je te crois » d’un psy, dont vous faites l’usage que vous voulez.
Si les menaces s’accompagnent de gestes ou d’un danger pour vous ou vos enfants
En cas de danger immédiat, faites le 15 (SAMU). Prenez un rendez-vous au cabinet en téléconsultation le plus rapidement possible. Si Doctolib ne permet pas un rendez-vous immédiat, envoyez des textos WhatsApp ou/et SMS aux cliniciens du cabinet.
Questions fréquentes sur la violence administrative
Qu’est-ce que la violence administrative ?
C’est l’usage des papiers, des démarches et du rapport aux institutions pour contrôler une personne, la rendre dépendante et l’isoler. Elle passe par la rétention des documents (identité, passeport, titre de séjour, carte vitale, diplômes, carnet de santé des enfants), l’entrave aux démarches (dossiers non envoyés, rendez-vous annulés, courrier intercepté, signatures obtenues sans explication), la parole confisquée (l’autre répond et décide à la place de la personne auprès des administrations, des médecins, de l’école) et la menace par les institutions (faire perdre un droit, dénoncer, faire placer, faire interner, faire retirer les enfants). Elle se combine presque toujours à une violence économique et psychologique.
Mon conjoint garde mes papiers d’identité : est-ce normal ?
Ce n’est pas normal si vous ne pouvez pas les reprendre quand vous le voulez, sans demander ni justifier. Un couple peut ranger ses documents au même endroit, et l’un des deux peut s’occuper des démarches, à condition que l’autre sache où sont ses papiers, y ait accès librement et puisse changer d’organisation. Quand les papiers sont dans un lieu fermé, quand ils sont « perdus » au moment où vous en avez besoin, quand demander déclenche une scène ou une menace, il s’agit d’une rétention, et c’est l’une des formes de la violence administrative. La question à vous poser est simple : puis-je, maintenant, aller les chercher ?
Il me menace de me faire retirer mes enfants ou de me faire interner si je pars : que faire ?
D’abord, savoir que cette menace est une violence en soi, qu’elle soit ou non réalisable : elle agit par la peur qu’elle installe, et elle est l’un des leviers les plus efficaces pour faire taire. Nous ne donnons pas de conseil juridique et nous n’organisons aucune démarche ; ce que nous faisons, c’est travailler avec vous la peur que cette menace a mise en place, la honte, la croyance que personne ne vous croira, et remettre, après un bilan, un compte rendu écrit dont vous faites l’usage que vous jugez utile, et qui dit noir sur blanc que votre récit est cohérent. Si la menace s’accompagne d’un danger immédiat, faites le 15.
Pourquoi ai-je peur des administrations et n’ouvre-je plus mon courrier ?
Parce que, pendant des années, les institutions vous ont été présentées comme des dangers, et parce qu’elles se sont peut-être montrées froides ou incrédules quand vous les avez approchées. Cette peur n’est pas une paranoïa : c’est la conséquence logique d’une violence qui retourne contre la personne les lieux mêmes où elle pourrait chercher de l’aide. Elle s’accompagne souvent d’une honte de ne pas comprendre les courriers et d’un sentiment de ne pas exister « sur le papier ». Elle se travaille pas à pas, en commençant par la plus petite démarche, ouvrir une lettre avec quelqu’un, et elle recule à mesure que vous redevenez quelqu’un qui sait.
Un parent âgé dont un proche gère tous les papiers subit-il une violence ?
Pas forcément. Beaucoup de familles se répartissent les démarches, et aider un parent à remplir ses déclarations est un service. La violence commence quand la personne âgée ne sait plus ce qui est fait en son nom, n’a plus accès à son courrier ni à ses documents, n’est plus consultée sur ce qui la concerne, et a peur de poser des questions, par crainte d’être placée ou de perdre l’affection des siens. Quand la mémoire ou le jugement paraissent décliner, notre neuropsychologue peut réaliser une évaluation cognitive, après soixante ans, qui aide à faire la part entre un déclin réel et une influence. Ce qu’il convient de faire ensuite ne relève pas de nous.
Le psy peut-il m’aider pour mes papiers ou mon titre de séjour ?
Pas pour les démarches elles-mêmes : nous ne faisons aucune démarche administrative à la place de la personne, nous ne donnons aucun conseil sur le séjour ou les droits, et les règles changent trop souvent pour que nous nous y risquions. En revanche, nous aidons pour tout ce qui, à l’intérieur, empêche d’agir : la peur des institutions, la honte de ne pas lire ou de ne pas savoir, la croyance de ne pas exister ici, les crises d’angoisse, les scènes de menace ou d’humiliation qui reviennent. Et le compte rendu écrit d’un bilan, qui porte le « je te crois » d’un psy, vous appartient : vous en faites l’usage que vous jugez utile.
J’ai signé des documents sans les comprendre : est-ce ma faute ?
Non. Une signature obtenue en pressant quelqu’un qui ne lit pas la langue, ou à qui l’on refuse d’expliquer, n’est pas un choix libre, et la honte d’avoir signé est l’un des sentiments les plus fréquents que nous rencontrons. La culpabilité ressentie n’est pas une responsabilité. Ce qu’il advient de ces documents relève de professionnels qui ne sont pas nous, et nous ne donnons pas de conseil à ce sujet. Notre part, c’est la honte qui vous fait taire, le moment de la signature s’il repasse en boucle, et la confiance en votre propre jugement, entamée par ces années.
Références
Livres, articles et liensQuelques références de cette page…
Les sources, livres et fiches, qui ont servi à cette page.
Stark, E. (2007). Coercive Control: How Men Entrap Women in Personal Life. New York : Oxford University Press.
Hirigoyen, M.-F. (2005). Femmes sous emprise : les ressorts de la violence dans le couple. Paris : Oh ! Éditions.
Biderman, A. D. (1957). « Communist attempts to elicit false confessions from Air Force prisoners of war ». Bulletin of the New York Academy of Medicine, 33(9).
Adams, A. E., Sullivan, C. M., Bybee, D., et Greeson, M. R. (2008). « Development of the Scale of Economic Abuse ». Violence Against Women, 14(5).
Arendt, H. (1951). The Origins of Totalitarianism ; traduction française Les Origines du totalitarisme, Paris : Seuil.
Herman, J. L. (1992). Trauma and Recovery. New York : Basic Books.
Si quelqu’un tient vos papiers, parle à votre place ou vous menace par les institutions, un premier rendez-vous permet de poser les faits, sans aucun document à présenter, et de commencer à reprendre prise. En cabinet ou à distance, seul ou accompagné, et sans aucun engagement.
La « loi de l’instrument », formulée par Abraham Kaplan en 1964 puis reprise par Abraham Maslow dans The Psychology of Science: A Reconnaissance (1966), rappelle qu’« il est tentant, si le seul outil dont on dispose est un marteau, de traiter tout comme si c’était un clou ».
En psychologie, une méthode ne peut pas répondre à toutes les situations. Forts de plusieurs décennies de pratique et de formations complémentaires, nous mobilisons de nombreux outils, choisis avec discernement, afin d’identifier rapidement les leviers les plus efficaces. Nous proposons ainsi un accompagnement aussi bref qu’efficace, tout en sachant accompagner aussi bien les suivis prolongés que le besoin d’un espace de parole régulier.