Violences envers les personnes handicapées : dépendance, contrôle, parole disqualifiée
Dépendre de quelqu’un pour se lever, se laver, se déplacer, communiquer ou gérer ses papiers, c’est lui confier un pouvoir sur sa vie. La plupart des aidants, proches ou professionnels, en font un usage attentif. Mais quand ce pouvoir se retourne, la personne handicapée se trouve dans une situation que peu de gens mesurent : celle de ne pas pouvoir fuir, de ne pas pouvoir toujours dire, et de ne pas être crue quand elle dit. Les personnes en situation de handicap sont nettement plus exposées aux violences que les autres, et nettement moins entendues. Cette page explique pourquoi, décrit les formes que ces violences prennent, du retrait de l’aide à la parole mise en doute, et ce que nous proposons, avec des bilans qui appuient la parole et une téléconsultation qui lève l’obstacle du déplacement.
Les personnes en situation de handicap subissent plus de violences que le reste de la population, et ce n’est pas une impression. Les grandes revues de la littérature publiées en 2012 par les équipes de Karen Hughes et de Lisa Jones ont rassemblé les études disponibles dans le monde : les adultes handicapés ont environ une fois et demie plus de risque que les autres d’avoir subi une violence dans l’année, et les enfants handicapés trois à quatre fois plus. Les personnes qui vivent avec un trouble psychique ou une déficience intellectuelle sont les plus exposées de toutes. Ces ordres de grandeur varient selon les pays et les méthodes, mais leur sens ne varie pas.
Pourquoi ? Parce que le handicap réunit plusieurs des conditions qui rendent la violence possible et durable. La dépendance : la personne a besoin d’un tiers pour des gestes essentiels, et ce tiers peut devenir l’auteur. L’isolement : moins de sorties, moins de rencontres, un cercle restreint, donc moins de témoins et moins de confidents. La difficulté à fuir ou à se défendre, physique ou cognitive. La parole disqualifiée : ce que dit une personne avec une déficience intellectuelle, un trouble psychique ou un trouble de la communication est mis en doute par avance, ce qui protège l’auteur. Et un regard social, le validisme, qui considère la personne handicapée comme moins capable, moins crédible, parfois moins désirable, et qui autorise des gestes et des mots qu’on ne se permettrait pas avec d’autres.
Nous recevons des personnes handicapées victimes de violences, des familles qui s’inquiètent pour un proche qui ne parle pas ou peu, et des aidants qui craignent de déraper. Notre dossier consacré au handicap décrit ce que vivre avec un handicap fait au psychisme et aux liens ; cette page s’attache à ce qui se passe quand la violence s’y ajoute, et elle rejoint celle sur les violences discriminatoires pour tout ce qui concerne le regard social sur le handicap.
Le radar de la dépendance et de l’exposition
Ce radar ne mesure pas la violence, il mesure ce qui l’autoriserait. Six axes décrivent à quel point votre vie quotidienne dépend d’autres personnes et à quel point votre parole est entendue. Plus la forme est large, plus une violence trouverait peu de résistance, et plus il est utile de chercher des appuis extérieurs avant qu’elle n’arrive. Réglez chaque curseur pour vous-même ou pour un proche.
Les formes propres au handicap
Les personnes handicapées subissent toutes les violences que connaissent les autres, décrites sur la page les formes de violence, et quelques-unes en plus, qui n’existent que parce que la personne dépend. Retournez les cartes : chacune décrit une situation que nous entendons en consultation, et ce qu’elle fait.
S’y ajoutent les violences économiques et administratives, fréquentes quand un tiers gère les ressources et les démarches : allocations détournées, papiers confisqués, décisions prises sans la personne. Les pages violence économique et violence administrative les décrivent, et la page négligence et privation de soins traite de ce qui arrive quand les besoins essentiels restent sans réponse.
La parole disqualifiée : « il invente », « c’est son handicap qui parle »
De toutes les formes de violence que subissent les personnes handicapées, la mise en doute de leur parole est celle qui nous paraît la plus lourde de conséquences, parce qu’elle rend les autres invisibles. Quand une personne avec une déficience intellectuelle raconte qu’on lui a fait mal, on cherche d’abord si elle a bien compris. Quand une personne avec un trouble psychique décrit une menace, on se demande si ce n’est pas un symptôme. Quand une personne autiste signale un geste déplacé, on invoque sa sensibilité sensorielle. Quand une personne qui communique par pictogrammes ou par un tiers tente de dire, le message arrive déformé, ou n’arrive pas. Et quand une personne avec un handicap moteur parle parfaitement, on écoute parfois son aidant à sa place, par habitude.
Ce doute n’est pas toujours malveillant. Il vient de la difficulté réelle, pour l’entourage, à distinguer ce qui relève du handicap et ce qui relève d’un événement : une personne avec un trouble du spectre de l’autisme peut effectivement vivre un soin ordinaire comme une agression sensorielle, une personne avec un trouble psychique peut effectivement avoir une perception modifiée par moments. Mais cette difficulté est utilisée, consciemment ou non, par ceux qui ont intérêt à ce que l’on ne croie pas. Et elle a un effet sur la personne elle-même : à force de n’être pas crue, elle cesse de dire, puis elle doute de ce qu’elle a vécu, puis elle n’a plus de mots pour cela. C’est l’un des chemins les plus directs vers la soumission durable que décrit la page sur l’emprise et le contrôle coercitif.
C’est ici que le « je te crois » du psy, dit puis écrit, prend une portée que peu d’autres paroles ont. Un psy n’a pas à croire par principe : il écoute, il évalue, il recoupe. Il connaît le handicap de la personne, ce qu’il modifie et ce qu’il ne modifie pas dans la perception et le récit, et il sait reconnaître la peur, les évitements, le sommeil abîmé, la façon dont le corps se tend à l’évocation d’une personne ou d’un lieu, qui ne s’inventent pas. Quand il conclut, et qu’il l’écrit dans le compte rendu d’un bilan appuyé sur des entretiens cliniques et des évaluations psychométriques, cette conclusion porte une valeur clinique que l’entourage, un établissement, une équipe, et la justice si une procédure est engagée, peuvent lire. Pour la personne handicapée dont la parole a toujours été filtrée, disposer d’un écrit qui dit « ce qu’elle décrit est cohérent et ses réactions sont celles d’une personne qui a subi » change la position : elle n’a plus à prouver seule qu’elle n’invente pas. Nous y attachons, au cabinet, une très grande importance.
Quand l’auteur est celui dont on a besoin
La question que l’on pose à toute personne victime, « pourquoi ne partez-vous pas ? », prend pour une personne handicapée une dimension que les autres n’imaginent pas. Partir où, quand on ne peut pas descendre l’escalier seul ? Dénoncer qui, quand c’est la seule personne qui sait faire le transfert, qui connaît les traitements, qui conduit au rendez-vous médical ? Le conjoint aidant, le parent vieillissant, le frère ou la sœur qui a « tout sacrifié », l’auxiliaire de vie que l’on a mis des mois à trouver : l’auteur des violences est souvent aussi celui sans lequel la journée ne se passe pas, et la personne le sait mieux que quiconque.
Cette dépendance fabrique une loyauté particulière. La personne se sent redevable, coupable de la fatigue de l’aidant, consciente de ce que son handicap lui coûte. Quand la violence arrive, elle l’interprète d’abord comme une conséquence de ce qu’elle est : « je suis une charge », « c’est normal qu’il craque », « sans moi, elle aurait une vie ». Le sentiment de culpabilité ne signifie pas la responsabilité, et nous le répétons souvent en séance : être aidé n’a jamais autorisé personne à vous faire du mal. Mais cette culpabilité est l’un des ressorts les plus puissants du silence, et les auteurs, consciemment ou non, l’entretiennent.
Il faut ajouter que l’épuisement de l’aidant est réel, et qu’il explique une partie des dérapages sans jamais les excuser. Un parent qui s’occupe seul depuis vingt ans d’un enfant devenu adulte lourdement handicapé, un conjoint qui a perdu son travail et ses amis, une sœur qui n’a jamais choisi cette place, peuvent en venir à des gestes et à des mots qui les horrifient eux-mêmes. Quand c’est le cas, aider l’aidant protège la personne handicapée, et la page aidants d’un proche handicapé est faite pour cela. Quand l’aidant refuse toute aide extérieure, isole la personne et contrôle ce qu’elle dit, en revanche, on n’est plus dans l’épuisement mais dans le contrôle, et c’est la personne qu’il faut protéger d’abord, en diversifiant ses appuis avant tout.
Le handicap invisible : une violence qu’on ne croit pas non plus
Quand le handicap ne se voit pas, trouble psychique, douleur chronique, épilepsie, trouble cognitif, autisme sans déficience, maladie invalidante, la violence prend une forme particulière : on ne croit ni le handicap ni la violence. « Tu n’as qu’à faire un effort. » « Tu te caches derrière ta maladie. » « Tout le monde est fatigué. » La personne est accusée de simuler, de profiter, de manipuler, et chaque demande d’adaptation devient un combat où elle doit prouver qu’elle a le droit d’être aidée. C’est une violence par disqualification, à bas bruit, qui use autant qu’une violence visible et qui est encore plus difficile à nommer.
Le handicap invisible expose aussi d’une manière plus directe. Une personne avec un trouble psychique, par exemple, voit ses plaintes attribuées à sa pathologie, y compris par des professionnels, ce qui fait d’elle une cible facile pour qui veut nuire sans risque. Une personne épileptique ou une personne qui a des absences ne sait pas toujours ce qui s’est passé pendant la crise, et son entourage peut en profiter ou simplement ne pas la croire quand elle sent que quelque chose s’est produit. Une personne autiste qui ne décode pas certaines intentions peut être exploitée, financièrement ou sexuellement, par quelqu’un qui se présente comme un ami. Dans tous ces cas, la difficulté à être cru est au cœur du problème, et le bilan qui nomme précisément ce que le handicap fait et ne fait pas devient un appui.
Notre page handicap invisible décrit cette expérience de n’être pas cru, et ce que la loi reconnaît pourtant. Ici, retenons une chose : quand une personne dont le handicap ne se voit pas dit qu’elle subit une violence, la probabilité qu’elle invente n’est pas plus grande que pour n’importe qui, et la probabilité qu’on ne la croie pas est beaucoup plus grande. C’est ce déséquilibre que nous corrigeons en séance, en l’écoutant d’abord et en évaluant ensuite, dans cet ordre.
Les violences sexuelles et le corps soigné
Les violences sexuelles envers les personnes handicapées sont parmi les plus fréquentes et les moins dites. Elles profitent de tout ce qui a été décrit plus haut : un corps que l’on touche chaque jour pour les soins, une parole qui n’est pas crue, une dépendance qui interdit de fuir, un isolement qui écarte les témoins, et un regard social qui ne reconnaît pas aux personnes handicapées une vie intime, donc pas non plus la possibilité qu’on l’attaque. L’auteur peut être un aidant, un proche, un autre résident, un soignant, un « ami » rencontré en ligne par une personne qui ne décode pas ses intentions.
Pour la personne, la confusion est souvent totale, parce que la frontière entre le soin et l’agression passe par un corps qu’elle a dû apprendre à livrer. Elle ne sait pas toujours si ce qu’elle a senti était normal, elle a honte, elle a peur de perdre l’aide, et elle a entendu qu’on ne la croirait pas. Ne pas avoir résisté ne signifie jamais avoir consenti, et cela vaut d’autant plus pour une personne qui ne pouvait physiquement pas résister ou qui n’a pas compris sur le moment ce qui se passait. La page violence sexuelle décrit la sidération, la honte et le consentement, et tout ce qu’elle dit vaut ici, avec en plus la question des soins intimes : un soin se fait avec explication, avec le consentement de la personne autant qu’il est possible, avec respect de sa pudeur, et il s’arrête quand elle le demande. Ce qui ne respecte pas cela n’est plus un soin.
Les proches et les professionnels qui s’inquiètent pour une personne qui ne parle pas ou peu doivent prêter attention aux signes indirects : un refus soudain d’un soignant ou d’un lieu, une terreur à l’approche de certaines personnes, des douleurs ou des infections inexpliquées, un changement brutal de comportement, des troubles du sommeil, une agitation ou un repli nouveaux. Ces signes ne prouvent rien à eux seuls, et ils demandent toujours un regard médical ; mais ils ne doivent jamais être attribués d’emblée au handicap.
Si une personne handicapée est en danger, ou si vous l’êtes
Des blessures, une privation de soins, de nourriture ou de traitement, une agression, une terreur visible ne peuvent pas attendre un rendez-vous ordinaire. En cas de danger immédiat, faites le 15 (SAMU). Prenez un rendez-vous au cabinet en téléconsultation le plus rapidement possible. Si Doctolib ne permet pas un rendez-vous immédiat, envoyez des textos WhatsApp ou/et SMS aux cliniciens du cabinet.
Vrai ou faux sur les violences et le handicap
Six affirmations que nous entendons de la part de l’entourage, des professionnels et des personnes elles-mêmes. Répondez, l’explication s’affiche.
Affirmation 1
« Les personnes handicapées sont moins exposées aux violences, parce qu’on les protège davantage. »
Faux. Les revues de la littérature montrent l’inverse : les adultes handicapés subissent environ une fois et demie plus de violences que les autres, les enfants handicapés trois à quatre fois plus, et les personnes avec un trouble psychique ou une déficience intellectuelle sont les plus exposées. La protection dont on les entoure est aussi ce qui concentre le pouvoir entre peu de mains.
Affirmation 2
« Une personne avec une déficience intellectuelle ne peut pas témoigner de façon fiable. »
Faux. Une déficience intellectuelle peut modifier la façon de raconter, la chronologie, le vocabulaire, pas la réalité de ce qui a été vécu. Avec des questions adaptées, du temps, et un interlocuteur qui connaît son fonctionnement, la personne peut dire ce qui s’est passé. Ce sont les questions suggestives et l’impatience qui rendent un récit peu fiable, pas le handicap.
Affirmation 3
« Quand l’aidant est aussi l’auteur, la personne doit choisir entre la violence et l’absence d’aide. »
C’est plus nuancé. Le dilemme est réel, et c’est lui qui fait durer les violences : la personne ne peut pas se passer de l’aide du jour au lendemain. Mais il n’est pas sans issue : diversifier les appuis, introduire un tiers, garder la main sur ce qui peut l’être, se faire croire par un écrit, sont des étapes qui desserrent l’étau sans tout casser d’un coup. Personne n’a à choisir seul entre être blessé et être abandonné.
Affirmation 4
« Un handicap invisible protège des violences liées au handicap. »
Faux. Il expose autrement : on ne croit ni le handicap ni la violence, les plaintes sont attribuées à la pathologie, la personne est accusée de simuler ou de manipuler, et chaque demande d’adaptation devient un combat. Les personnes avec un trouble psychique sont parmi les plus exposées de toutes, précisément parce que leur parole est disqualifiée par avance.
Affirmation 5
« La loi reconnaît le handicap par ses conséquences, pas par un diagnostic. »
Vrai. Le texte qui définit le handicap en France parle d’une limitation d’activité ou d’une restriction de participation à la vie en société, subie dans son environnement, à cause d’une altération durable d’une ou plusieurs fonctions, physiques, sensorielles, mentales, cognitives ou psychiques. C’est le retentissement qui compte, pas le nom de la maladie, ce qui inclut les handicaps invisibles. Le texte est présenté plus bas.
Affirmation 6
« Une psychothérapie n’est pas adaptée aux personnes qui ont un handicap mental ou cognitif. »
Faux. Elle demande des adaptations, dans le rythme, le vocabulaire, les supports, le recours au jeu, au dessin ou aux images, la présence éventuelle d’un tiers de confiance, mais elle est possible, et elle est souvent la seule occasion qu’a la personne d’être écoutée pour elle-même. L’EMDR existe en versions adaptées, et le regard de la neuropsychologue aide à ajuster le travail à ce que la personne peut.
Ce que la loi reconnaît
Quelques textes servent de repères aux personnes handicapées et à leurs proches, présentés comme des appuis et non comme un mode d’emploi : les démarches ne passent pas par le cabinet. L’article L114 du code de l’action sociale et des familles, issu de la loi du 11 février 2005, définit le handicap par ses conséquences : toute limitation d’activité ou restriction de participation à la vie en société, subie dans son environnement, en raison d’une altération substantielle, durable ou définitive d’une ou plusieurs fonctions physiques, sensorielles, mentales, cognitives ou psychiques, d’un polyhandicap ou d’un trouble de santé invalidant. Les mots « cognitives » et « psychiques » y figurent : le texte ne réserve pas le handicap à ce qui se voit.
L’article 225-1 du code pénal définit la discrimination comme une distinction opérée entre des personnes en raison de motifs qu’il énumère, parmi lesquels l’état de santé, la perte d’autonomie et le handicap. Le code du travail, à l’article L1132-1, interdit d’écarter une personne d’un recrutement, de la sanctionner ou de la licencier à cause de son état de santé, de sa perte d’autonomie ou de son handicap, avec quelques exceptions comme l’inaptitude constatée par le médecin du travail ; et l’article L5213-6 oblige l’employeur à prendre, selon la situation concrète, les mesures appropriées pour qu’un travailleur handicapé puisse obtenir un emploi, le garder, l’exercer ou s’y former, tant que les charges ne sont pas disproportionnées. Enfin, l’article 226-14 du code pénal autorise un professionnel à informer les autorités de violences, y compris sexuelles, subies par une personne que son âge ou une incapacité physique ou psychique empêche de se protéger, sans que son accord soit nécessaire ; pour une personne majeure capable de se protéger, c’est elle qui décide de ce qui est porté à la justice. Texte vérifié le 30 octobre 2026.
Ces textes disent que le handicap est reconnu par ce qu’il fait vivre, que la discrimination a un nom, et qu’une personne qui ne peut pas se protéger n’est pas laissée seule avec ce qu’elle subit. Ils ne disent pas comment on se remet d’avoir été contrôlé, humilié ou blessé par celui dont on dépend. C’est le travail que nous faisons, et la page violence et plainte rassemble l’ensemble des textes cités dans ce dossier, avec la façon dont nous accompagnons avant, pendant et après une procédure.
Retrouver des appuis, pas à pas
Sortir d’une violence quand on dépend de son auteur ne se fait pas en claquant une porte. Cela se fait en desserrant l’étau, un appui après l’autre. Voici l’ordre que nous proposons aux personnes que nous recevons ; chaque étape se décide avec elles, à leur rythme, et aucune n’est une procédure.
Nommer, avec ses propres moyensDire ce qui se passe, à voix haute, par écrit, par pictogrammes, par un enregistrement, à soi-même d’abord. Beaucoup de personnes handicapées n’ont jamais eu l’occasion de mettre un mot sur ce qu’elles vivent, parce que les mots leur ont toujours été fournis par d’autres. Le mot « violence » est souvent le premier appui.
Trouver une personne extérieure à l’aide quotidienneUn ami, un cousin, un ancien camarade, un professionnel qui ne vient pas à la maison, un psy. Quelqu’un qui n’a aucun rôle dans les soins et qui n’a donc rien à perdre à vous croire. C’est à cette personne que l’on dit en premier.
Diversifier les appuisNe plus dépendre d’une seule personne pour tout : un second intervenant pour certains gestes, un proche pour les courses, un autre pour les rendez-vous. Chaque appui supplémentaire réduit le pouvoir de l’auteur, et c’est souvent là qu’il résiste le plus, ce qui est en soi un signe.
Garder la main sur ce qui peut l’êtreSes papiers, son argent, son moyen de communication, son téléphone, la clé de chez soi. Reprendre un seul de ces éléments change déjà la position. Un accord écrit sur qui gère quoi, lu par un tiers, protège aussi la personne qui aide de bonne foi.
Se faire croire par un écritNoter les faits avec les dates, faire constater par le médecin les blessures et les signes du corps, et demander un bilan au cabinet, dont le compte rendu écrit, appuyé sur des entretiens et des évaluations psychométriques, dit ce que votre handicap fait et ne fait pas à votre parole. Cet écrit vous appartient, pour l’usage que vous choisirez.
Prendre soin du corps et du sommeilLa violence maintient le corps en alerte, et le handicap rend cette alerte plus coûteuse encore. Dormir, respirer, retrouver un lieu sûr intérieur sont des étapes avant toute décision importante, et la téléconsultation permet de commencer sans que personne n’ait à vous conduire nulle part.
Exemple fictif : Thomas, 31 ans, « sans elle, je ne peux rien »
Thomas est un personnage imaginé pour cette page. Son histoire assemble des éléments que nous rencontrons chez les personnes dont l’aidant est aussi le partenaire.
Situation
Paraplégique depuis un accident de moto à vingt-quatre ans, Thomas vit avec sa compagne, qui a réduit son activité pour l’aider : transferts, soins, courses, administratif. Depuis un an, les disputes se terminent toujours de la même façon : elle « oublie » le transfert au lit, laisse le fauteuil dans l’autre pièce, gère seule le compte commun et commente son corps avec dégoût. Un soir, après une chute, elle l’a laissé deux heures au sol « pour qu’il comprenne ce qu’elle vit ». Thomas consulte en téléconsultation pour une « déprime ». Il ne parle de sa compagne qu’à la troisième séance, pour dire aussitôt qu’il comprend, qu’elle a tout sacrifié, et que sans elle il ne peut rien.
Quelle approche vous semble la plus juste ?
Dans la suite que nous imaginons, un auxiliaire de vie intervient trois matins par semaine, ce que sa compagne vit d’abord comme une trahison puis comme un soulagement. Thomas rouvre un compte à son nom. Les humiliations ne cessent pas toutes, mais il les nomme désormais quand elles arrivent, et il a quelqu’un à qui le dire. La question de rester ou de partir, il la pose maintenant pour lui, et non plus à partir de ce qu’il croit devoir.
Notre approche : bilans, téléconsultation, écoute
Recevoir une personne handicapée victime de violences demande d’abord de lever les obstacles qui l’ont empêchée de venir jusque-là. Le premier est le déplacement : tout peut se faire en téléconsultation, séances d’EMDR comprises, ce qui permet de consulter sans que l’aidant, qui est parfois l’auteur, ait à conduire ni à savoir. Le second est la communication : nous adaptons le rythme, le vocabulaire et les supports, nous acceptons la présence d’un tiers de confiance choisi par la personne, et nous prenons le temps qu’il faut. Le troisième est la crédibilité : nous écoutons d’abord, nous évaluons ensuite, dans cet ordre, et nous le disons.
Les bilans ont ici une place particulière. Le bilan psychologique, réalisé par notre psychothérapeute après un rendez-vous préliminaire, et notamment le bilan psycho-traumatique, voire dissociatif, permet de poser ce que la personne a subi et ce que cela a produit, avant d’engager l’EMDR. Le bilan neuropsychologique, réalisé par notre neuropsychologue, précise ce que le handicap modifie dans la mémoire, l’attention, la compréhension et le récit, et ce qu’il ne modifie pas : c’est souvent ce qui permet de dire qu’une personne dont on doutait est parfaitement capable de rapporter ce qu’elle a vécu. Un compte rendu écrit est remis après chaque bilan, et il appartient à la personne ou, selon les cas, à ceux qui la représentent ; il peut être lu par la famille, par un établissement, par une équipe, et par la justice si une procédure est engagée. Les pages bilans et handicap et bilans détaillent ce qu’ils explorent.
La psychothérapie elle-même associe, selon ce qui pèse le plus, l’EMDR pour les scènes qui restent à vif, en versions adaptées quand c’est nécessaire, les outils de la TCC pour reprendre la main sur ce qui peut l’être, préparer les demandes, poser des limites et apaiser l’alerte du corps, et l’écoute analytique pour ce que la dépendance a fait à la personne qu’elle était, à sa place dans sa famille, à l’image qu’elle a d’elle-même. Nous recevons aussi les aidants, pour l’épuisement et la honte de déraper, et les familles, en séances de 80 minutes, en co-thérapie si notre psychothérapeute le juge utile, quand il faut se mettre d’accord sur ce qui doit cesser et sur qui fait quoi. Nous travaillons en lien avec le médecin, avec l’accord de la personne, parce que les signes du corps demandent toujours un regard médical. La page handicap : notre approche décrit l’ensemble de notre façon de travailler avec les personnes handicapées et leurs proches.
À retenir
Les personnes handicapées subissent nettement plus de violences que les autres, et sont nettement moins crues : dépendance, isolement, parole disqualifiée en sont les ressorts.
Des formes propres au handicap : l’aide retirée comme punition, la mobilité et la communication confisquées, les médicaments comme levier, les soins intimes brutaux, le « il invente ».
Être aidé n’autorise personne à vous faire du mal ; la culpabilité d’être « une charge » ne signifie pas la responsabilité.
Sortir se fait en desserrant l’étau : nommer, trouver un tiers, diversifier les appuis, garder la main, se faire croire par un écrit.
Au cabinet : téléconsultation sans déplacement, bilans qui appuient la parole, EMDR adaptée, écoute, soutien des aidants et des familles.
Questions fréquentes sur les violences et le handicap
Pourquoi les personnes handicapées sont-elles plus exposées aux violences ?
Parce que le handicap réunit les conditions qui rendent la violence possible et durable : une dépendance à un tiers pour des gestes essentiels, qui peut devenir l’auteur ; un isolement qui écarte les témoins et les confidents ; une difficulté à fuir ou à se défendre ; une parole mise en doute par avance, surtout en cas de trouble psychique, de déficience intellectuelle ou de trouble de la communication ; et un regard social qui considère la personne comme moins capable et moins crédible. Les revues de la littérature estiment le risque à environ une fois et demie celui des autres adultes, et trois à quatre fois pour les enfants.
Comment être cru quand on a un handicap mental, psychique ou cognitif ?
D’abord en parlant à quelqu’un qui n’a aucun rôle dans votre aide quotidienne et dont le métier est d’écouter puis d’évaluer. Un psy qui connaît votre handicap sait ce qu’il modifie dans le récit et ce qu’il ne modifie pas, et il reconnaît la peur, les évitements, le sommeil abîmé, qui ne s’inventent pas. Un bilan, psychologique et si besoin neuropsychologique, donne lieu à un compte rendu écrit qui dit précisément ce que votre fonctionnement permet, et qui peut être lu par votre entourage, un établissement et la justice. Vous n’avez plus à prouver seul que vous n’inventez pas.
Mon aidant est aussi celui qui me fait du mal : que puis-je faire ?
Vous n’avez pas à choisir entre la violence et l’absence d’aide, même si c’est ce que la situation vous fait croire. L’étau se desserre par étapes : dire ce qui se passe à une personne extérieure à vos soins, introduire un second intervenant pour certains gestes, reprendre la main sur votre argent, vos papiers ou votre téléphone, noter les faits, faire constater les signes du corps par le médecin. Chaque appui supplémentaire réduit le pouvoir de l’auteur. La téléconsultation permet de commencer sans que personne ne vous conduise nulle part, et nous décidons de la suite avec vous, à votre rythme.
Un handicap invisible expose-t-il aussi aux violences ?
Oui, autrement. Quand le handicap ne se voit pas, on ne croit ni le handicap ni la violence : la personne est accusée de simuler ou de manipuler, ses plaintes sont attribuées à sa pathologie, y compris par des professionnels, et chaque demande d’adaptation devient un combat. Les personnes avec un trouble psychique sont parmi les plus exposées de toutes, précisément parce qu’on ne les croit pas. Une personne épileptique ou autiste peut aussi être exploitée par quelqu’un qui profite de ce qu’elle ne perçoit pas ou ne décode pas. Le bilan qui nomme ce que le handicap fait et ne fait pas est alors un appui important.
Que dit la loi sur le handicap et les discriminations ?
L’article L114 du code de l’action sociale et des familles définit le handicap par ses conséquences, limitation d’activité ou restriction de participation, à cause d’une altération durable de fonctions physiques, sensorielles, mentales, cognitives ou psychiques : ce qui compte est le retentissement, pas le diagnostic. L’article 225-1 du code pénal définit la discrimination, le handicap et l’état de santé figurant parmi ses motifs, et le code du travail l’interdit à l’article L1132-1 tout en imposant à l’employeur des mesures appropriées à l’article L5213-6. Texte vérifié le 30 octobre 2026. Les démarches ne passent pas par le cabinet, qui accompagne avant, pendant et après.
La téléconsultation est-elle adaptée à une personne handicapée ?
Elle lève souvent l’obstacle principal, celui du déplacement, et elle permet de consulter sans que l’aidant ait à conduire ni à savoir, ce qui compte quand il est en cause. Tout peut se faire à distance, l’EMDR comprise, et nous adaptons le rythme, le vocabulaire et les supports à ce que la personne peut ; un tiers de confiance qu’elle a choisi peut être présent. Le bilan neuropsychologique, lui, se fait au cabinet, et le bilan psychologique peut se faire en téléconsultation. On peut commencer à distance et venir au cabinet quand c’est possible, ou rester à distance si c’est ce qui convient.
Comment un proche peut-il repérer une violence envers une personne handicapée qui ne parle pas ?
En observant les changements plutôt qu’en attendant les mots : un refus soudain d’un soignant, d’un lieu ou d’un geste, une terreur à l’approche de certaines personnes, des bleus, des douleurs ou des infections inexpliqués, un repli ou une agitation nouveaux, un sommeil abîmé, une perte d’appétit, des comportements d’autoprotection. Aucun de ces signes ne prouve rien seul, et chacun demande un regard médical ; mais aucun ne doit être attribué d’emblée au handicap. Notez-les avec les dates, essayez de voir la personne sans son aidant habituel, et faites-vous aider pour décider des étapes : nous recevons aussi les proches.
Références
Livres, articles et liensQuelques références de cette page…
Les revues de la littérature, les livres et les textes utilisés pour cette page.
Karen Hughes, Mark A. Bellis, Lisa Jones et collaborateurs, « Prevalence and risk of violence against adults with disabilities: a systematic review and meta-analysis of observational studies », The Lancet, 2012.
Lisa Jones, Mark A. Bellis, Sara Wood et collaborateurs, « Prevalence and risk of violence against children with disabilities: a systematic review and meta-analysis of observational studies », The Lancet, 2012.
Erving Goffman, Stigmate. Les usages sociaux des handicaps, 1963 (traduction française, Minuit, 1975).
Evan Stark, Coercive Control: How Men Entrap Women in Personal Life, Oxford University Press, 2007.
Judith Lewis Herman, Trauma and Recovery, Basic Books, 1992.
Santé publique France, travaux sur le handicap et les violences : santepubliquefrance.fr.
Code de l’action sociale et des familles, article L114 ; code pénal, articles 225-1 et 226-14 ; code du travail, articles L1132-1 et L5213-6. Textes vérifiés le 30 octobre 2026.
Si vous dépendez de quelqu’un qui vous fait du mal, ou si vous craignez pour un proche qui ne peut pas le dire, un premier rendez-vous en téléconsultation suffit pour commencer, avec la personne de votre choix si vous le souhaitez. Nous écoutons d’abord, nous évaluons ensuite.
La « loi de l’instrument », formulée par Abraham Kaplan en 1964 puis reprise par Abraham Maslow dans The Psychology of Science: A Reconnaissance (1966), rappelle qu’« il est tentant, si le seul outil dont on dispose est un marteau, de traiter tout comme si c’était un clou ».
En psychologie, une méthode ne peut pas répondre à toutes les situations. Forts de plusieurs décennies de pratique et de formations complémentaires, nous mobilisons de nombreux outils, choisis avec discernement, afin d’identifier rapidement les leviers les plus efficaces. Nous proposons ainsi un accompagnement aussi bref qu’efficace, tout en sachant accompagner aussi bien les suivis prolongés que le besoin d’un espace de parole régulier.