Violence économique : contrôle de l’argent, interdiction de travailler, dettes imposées
Demander la permission pour acheter des collants. Présenter les tickets de caisse le soir. Ne pas connaître le montant du loyer, ni le solde du compte sur lequel tombe son propre salaire. Avoir signé un crédit « pour la famille » dont on découvre les mensualités des années plus tard. Avoir renoncé à un emploi parce que « ce n’est pas la peine, je gagne assez pour deux ». La violence économique ne laisse aucune trace sur la peau, et c’est l’une des plus efficaces pour enfermer, parce qu’elle ferme la porte de sortie avant même que l’on pense à l’ouvrir. Cette page la décrit, mesure la dépendance qu’elle crée, et décrit comment l’autonomie se reconstruit, pas à pas, et comment nous accompagnons ce chemin.
L’argent comme instrument de contrôle : définir la violence économique
La violence économique consiste à utiliser l’argent, les ressources et le travail pour contrôler une personne, la rendre dépendante et l’empêcher de partir. Elle prend trois grandes formes, que la chercheuse Adrienne Adams et ses collègues ont distinguées en 2008 en construisant la première échelle de mesure de ce qu’ils appelaient l’abus économique. Le contrôle, d’abord : décider seul de toutes les dépenses, exiger des justificatifs, allouer une somme fixe comme à un enfant, confisquer la carte bancaire, faire verser le salaire de l’autre sur son propre compte, garder pour soi les mots de passe et les relevés. L’exploitation, ensuite : dépenser l’argent du ménage pour soi, contracter des dettes, des crédits, des abonnements au nom de l’autre ou en le poussant à signer, ne pas payer sa part des charges tout en imposant un train de vie, vendre ou détruire ce qui appartient à l’autre. Le sabotage de l’emploi, enfin : interdire de travailler, de se former, de passer un permis, empêcher d’aller à un entretien, provoquer des scènes la veille d’une journée importante, harceler sur le lieu de travail jusqu’au licenciement, ou au contraire exiger un emploi dont tout le revenu est confisqué.
À ces trois formes s’ajoute la privation, qui touche directement le corps : rationner la nourriture, refuser les soins ou les lunettes, les vêtements, les produits d’hygiène, le chauffage, les transports, les sorties, tout en disposant soi-même de l’argent nécessaire. La privation concerne particulièrement les personnes qui ne peuvent pas se procurer elles-mêmes ce dont elles ont besoin : les enfants, les personnes âgées, les personnes handicapées, celles qui ne parlent pas la langue ou n’ont pas de titre de séjour.
Deux repères encadrent cette définition. Le premier : toute inégalité de revenus ou toute organisation financière inhabituelle n’est pas une violence. Des couples choisissent librement qu’un seul travaille, ou qu’un seul gère les comptes, et il n’y a pas de violence tant que l’autre sait, a accès, et peut changer d’avis. La violence commence quand l’information, l’accès et la liberté de décider sont retirés à l’un des deux, et quand la peur s’installe autour de l’argent. Le second repère : la violence économique est rarement seule. Elle accompagne la violence psychologique, dont elle est l’un des leviers les plus puissants, et elle est l’une des pièces du contrôle coercitif. Pour la situer parmi les autres formes, voir les huit formes de violence.
Pourquoi elle précède ou accompagne les autres formes
Le sociologue Evan Stark, dans son livre de 2007 sur le contrôle coercitif, a décrit la violence dans le couple non comme une suite de coups mais comme une stratégie : réduire pas à pas la liberté de l’autre jusqu’à ce que partir devienne impensable. L’argent est la pièce maîtresse de cette stratégie, pour une raison simple : on peut survivre à des humiliations, on ne peut pas survivre sans logement ni nourriture. Celui qui tient l’argent tient la porte. C’est pourquoi, dans beaucoup de récits que nous recevons, le contrôle économique est arrivé en premier, bien avant les insultes et longtemps avant les gestes : la proposition de « simplifier » avec un compte unique, le conseil de ne pas reprendre le travail après la naissance, la main qui prend les relevés « pour s’en occuper ». Rien de tout cela ne ressemblait à de la violence. Rétrospectivement, c’était la construction de la cage.
La violence économique a un autre avantage pour celui qui l’exerce : elle se présente comme une compétence, parfois comme une générosité. « Je suis meilleur en gestion. » « Tu dépenses n’importe comment. » « Je t’entretiens, tu pourrais être reconnaissante. » « Reste à la maison, je gagne assez pour deux. » La personne contrôlée finit par croire qu’elle est incapable de gérer un budget, qu’elle devrait être reconnaissante, qu’elle a de la chance. La psychiatre Marie-France Hirigoyen, dans Femmes sous emprise, décrit cette inversion où la dépendance imposée est présentée comme une faveur, et où la victime se sent coupable de vouloir un compte à elle.
Enfin, la violence économique est celle que l’entourage voit le moins. Une femme qui ne travaille pas, un homme qui « laisse sa femme gérer », un parent âgé dont le fils « s’occupe des papiers » ne suscitent aucune inquiétude : tout cela a l’air d’une organisation ordinaire. La personne elle-même met des années à employer le mot « violence », parce qu’elle a appris à associer ce mot aux coups. C’est pourquoi nous lui consacrons une page entière, et pourquoi la question de l’argent est l’une des premières que nous posons, avec tact, quand une personne nous décrit une relation qui l’étouffe. La page est-ce de la violence ? donne les critères généraux ; celle sur les violences conjugales montre comment l’argent s’y insère.
Les six axes de la dépendance
La dépendance économique n’est pas un bloc : elle se compose de plusieurs dimensions, et l’on peut être très contraint sur l’une et libre sur une autre. Ce radar vous propose de régler six curseurs, de 0 (aucune contrainte) à 10 (contrainte totale), pour la relation qui vous préoccupe, qu’il s’agisse d’un conjoint, d’un parent, d’un enfant adulte ou de quelqu’un d’autre. Il ne s’agit pas d’un test validé ; rien n’est enregistré. Le dessin qui se forme dit où la cage est la plus serrée, et donc par où l’on peut commencer à l’ouvrir.
Ce radar est un repère pédagogique pour vous situer.
Le piège de la dépendance
La dépendance économique est l’une des toutes premières raisons pour lesquelles les personnes victimes de violences ne partent pas, et l’une des plus mal comprises par l’entourage. « Mais pourquoi tu ne t’en vas pas ? » suppose que partir soit une décision ; quand on n’a ni revenu, ni compte, ni emploi, ni logement possible, ni connaissance de ses droits, et parfois des enfants à nourrir ce soir, partir n’est pas une décision, c’est un saut dans le vide. La personne le sait mieux que quiconque. Elle reste, non parce qu’elle accepte la violence, mais parce qu’elle a fait le calcul, et que le calcul est juste.
Extrait de séance« C’est mon argent »
Le piège a aussi une dimension psychique, et c’est elle que nous travaillons. Au fil des années de contrôle, une perte de compétence réelle s’installe : on ne sait plus faire un virement, remplir un formulaire, lire un relevé, parce qu’on ne l’a pas fait depuis quinze ans. Cette incompétence acquise est ensuite retournée contre la personne, « tu vois bien que tu ne sais pas », et elle la croit. Le psychologue Martin Seligman a décrit dans les années 1970, sous le nom d’impuissance apprise, ce qui arrive à un organisme soumis longtemps à des situations qu’il ne peut pas contrôler : il cesse d’essayer, même quand une issue apparaît. Lenore Walker a appliqué ce modèle aux femmes battues dès 1979. Le modèle a ses limites, et nous ne l’utilisons pas pour décrire les victimes comme passives : la plupart déploient une énergie considérable, chaque jour, pour protéger leurs enfants et éviter le pire. Mais il éclaire une chose : après des années sans prise sur l’argent, l’idée même d’en reprendre paraît hors de portée, et il faut parfois quelqu’un d’extérieur pour dire que ce n’est pas le cas.
S’ajoutent la honte, particulière à l’argent : la honte d’être un adulte « entretenu », de ne pas pouvoir offrir un café à une amie, de ne pas savoir ce que l’on gagne à la maison, de devoir mentir à sa famille sur le train de vie. La honte d’avoir signé. Et la peur de la pauvreté, réelle, qui n’est pas une faiblesse psychologique mais une évaluation lucide du risque. Ces trois éléments, l’incompétence acquise, la honte et la peur, forment le verrou intérieur de la cage. La page culpabilité et honte après une violence en décrit les ressorts, et celle sur l’estime de soi blessée ce que des années de « tu ne sais pas » font à la confiance en soi.
Six scènes de violence économique
La violence économique change de visage selon les liens. Retournez les cartes pour découvrir six situations que nous rencontrons régulièrement et ce qu’elles ont de particulier.
Personnes âgées, personnes handicapées, et les proches
L’Organisation mondiale de la santé range les abus financiers parmi les formes de maltraitance des personnes âgées, aux côtés des violences physiques, psychologiques, sexuelles et de la négligence. Ils sont, dans toutes les enquêtes, parmi les plus fréquents, et ils viennent le plus souvent de l’entourage proche : un enfant, un petit-enfant, un conjoint, un aidant, un voisin devenu indispensable. Les formes sont connues : utilisation de la carte bancaire pour des dépenses personnelles, retraits inexpliqués, procuration obtenue sans que la personne mesure sa portée, pression pour une donation, un testament, une vente, factures et courriers détournés, et parfois la privation pure : une personne qui dispose d’une retraite correcte et qui manque de chauffage, de nourriture ou de soins parce que l’argent part ailleurs.
Pourquoi la personne âgée se tait-elle ? Pour les mêmes raisons qu’une personne plus jeune, et pour quelques autres. La dépendance est double : elle dépend de celui qui la vole pour les courses, les rendez-vous, la compagnie. La honte est particulière : accuser son propre enfant revient à reconnaître un échec d’une vie entière. La peur est précise : celle d’être placée, abandonnée, privée de ses petits-enfants. Et il arrive que la personne ne mesure plus tout à fait ce qui se passe, parce que sa mémoire ou son jugement ont commencé à décliner, ce qui rend la question délicate : où s’arrête l’aide, où commence l’abus ? Cette question se pose aussi pour les personnes en situation de handicap, dont les ressources transitent souvent par un proche, et dont la parole est facilement disqualifiée quand elles se plaignent. La page violences envers les personnes handicapées en traite.
Notre neuropsychologue réalise des évaluations cognitives après soixante ans. Elles ne servent pas à trancher une affaire d’argent, ce qui ne relève pas de nous, mais elles permettent de distinguer ce qui relève de la mémoire et du jugement de ce qui relève d’une influence, d’une peur ou d’une dépression : une personne qui « ne sait plus où passe son argent » peut avoir un trouble de la mémoire, ou avoir quelqu’un qui le fait disparaître, ou les deux. Le compte rendu écrit lui est remis. Et nous recevons les aidants, épuisés, qui se surprennent à puiser dans le compte d’un parent et qui en ont honte : en parler est le premier geste de protection, pour le parent comme pour eux. La page aidants d’un proche et la page maltraitance des personnes âgées prolongent ces repères.
Exemple fictif : Myriam, 44 ans, « je dois demander pour acheter des collants »
Un cas inventé pour cette page, construit à partir de nombreux récits ; il ne décrit aucune personne réelle.
Situation
Myriam consulte pour une « déprime » et des troubles du sommeil. Elle a arrêté de travailler à la naissance de son deuxième enfant, il y a onze ans, « d’un commun accord ». Son mari gère tout : elle ne connaît ni le montant du loyer, ni celui de son salaire à lui, ni le solde du compte. Elle reçoit une somme chaque semaine pour les courses, présente les tickets, et doit demander pour tout achat personnel, y compris des collants. Quand elle a parlé de reprendre une formation, il a répondu qu’elle n’y arriverait pas et que les enfants en souffriraient. Elle dit qu’il n’est « pas méchant », qu’il a « toujours été comme ça avec l’argent », et qu’elle a honte de se plaindre alors qu’elle « ne manque de rien ».
Quelle lecture nous paraît la plus juste ?
Ce qui enferme, ce qui ouvre
Dans toute situation de dépendance économique, des éléments ferment la cage et d’autres, parfois minuscules, maintiennent une ouverture. Cochez ce qui correspond à votre situation dans les deux colonnes : la balance penche, et un commentaire s’affiche. L’exercice ne mesure pas la gravité de ce que vous vivez ; il sert à repérer les appuis qui existent déjà, parce que c’est sur eux que l’on construit.
Ce qui enferme
Ce qui ouvre
Retrouver de l’autonomie par étapes
L’autonomie économique ne se retrouve pas d’un coup, et vouloir tout reconquérir en une fois est le meilleur moyen de ne rien commencer. Ce que nous observons chez les personnes qui s’en sortent, c’est une suite de petits pas, dont chacun paraissait dérisoire et dont l’ensemble a tout changé. Le premier pas est presque toujours le même : savoir. Connaître ce que gagne le ménage, ce que coûte le logement, où sont les papiers, ce qui a été signé. L’information est le contraire de la dépendance, et c’est pourquoi elle est si soigneusement retenue. Le deuxième pas est de parler : à une personne de confiance, à un psy, à quelqu’un qui ne minimisera pas et qui ne décidera pas à votre place. Sortir de l’isolement fait tomber la honte, et la honte est le verrou.
Viennent ensuite les pas concrets, qui dépendent de chaque situation et que nous ne détaillons pas ici, parce que les démarches changent et ne relèvent pas de nous : disposer d’un compte à son nom, remettre à jour un diplôme ou une compétence, retrouver un revenu même modeste, reprendre une activité qui redonne un réseau. Ce qui relève de nous, c’est ce qui se passe à l’intérieur pendant ce temps : la croyance « je ne sais pas », installée par des années de contrôle, que les outils de la TCC permettent de mettre à l’épreuve ; la peur de la réaction de l’autre à chaque pas, que l’on prépare ensemble ; la culpabilité de « cacher » quelque chose, alors qu’il s’agit de se protéger ; l’affirmation de soi, qui se réapprend par paliers, et que décrit la page retrouver des choix et poser des limites. Il nous arrive de demander de raconter minute par minute une scène autour de l’argent, la demande refusée, le ticket vérifié, pour en défaire la charge.
Quelques textes de loi méritent d’être connus, sans mode d’emploi. L’article 515-9 du code civil permet au juge aux affaires familiales de délivrer en urgence une ordonnance de protection lorsque des violences dans le couple, ou d’un ancien partenaire, mettent en danger la personne ou ses enfants. L’article 222-33-2-1 du code pénal sanctionne le harcèlement d’un conjoint, d’un concubin ou d’un partenaire de PACS, actuel ou ancien, par des propos ou des comportements répétés qui dégradent ses conditions de vie et altèrent sa santé ; et l’article 222-14-3 précise que les violences sont réprimées quelle que soit leur nature. Textes vérifiés le 30 octobre 2026. Toute démarche judiciaire relève de la justice et non du cabinet, qui accompagne avant, pendant et après. La page violence et plainte réunit les textes vérifiés.
Vrai ou faux sur la violence économique
Sept affirmations que l’on entend dans l’entourage, et parfois chez la personne concernée. Répondez, puis lisez ce que nous en pensons.
Affirmation 1
« Celui qui gagne l’argent est en droit de décider seul de son usage. »
Faux. Dans un couple ou une famille, l’argent sert à vivre ensemble, et l’organisation choisie suppose que chacun sache, ait accès et puisse changer d’avis. Décider seul, retenir l’information et exiger des justificatifs n’est pas une compétence de gestion, c’est un contrôle.
Affirmation 2
« La violence économique précède ou accompagne souvent les autres formes de violence. »
Vrai. Elle est souvent le premier maillon, sous l’apparence d’une simplification ou d’une générosité, et elle rend les autres formes plus efficaces en fermant la porte de sortie. C’est l’une des pièces maîtresses du contrôle coercitif décrit par Evan Stark.
Affirmation 3
« Si l’on a accès à un compte joint, on ne peut pas subir de violence économique. »
Faux. L’accès formel ne suffit pas quand chaque dépense doit être justifiée, quand les relevés sont épluchés et commentés, quand une sortie d’argent déclenche une scène. Le contrôle passe autant par la surveillance et la peur que par le refus d’accès.
Affirmation 4
« Signer un crédit pour l’autre, c’est un choix libre : on n’avait qu’à refuser. »
Faux. Une signature obtenue par la pression, la menace, l’usure ou la confiance trahie n’est pas un choix libre. La honte d’avoir signé est l’un des sentiments les plus fréquents que nous rencontrons, et elle retarde longtemps la parole ; elle n’est pas une responsabilité.
Affirmation 5
« Les personnes âgées sont surtout exploitées financièrement par des inconnus. »
Faux. Les arnaques existent, mais les abus financiers viennent le plus souvent de l’entourage proche : un enfant, un petit-enfant, un conjoint, un aidant. C’est ce qui rend la parole si difficile : accuser son propre enfant paraît impossible.
Affirmation 6
« Retrouver de l’autonomie économique se fait par étapes, rarement d’un coup. »
Vrai. Savoir, parler, puis des pas concrets adaptés à chaque situation : les personnes qui s’en sortent décrivent une suite de petites étapes dont chacune paraissait dérisoire. Vouloir tout reconquérir en une fois est le meilleur moyen de ne rien commencer.
Affirmation 7
« La dépendance économique est l’une des premières raisons pour lesquelles on ne part pas. »
Vrai. Sans revenu, sans compte, sans emploi, sans logement possible, partir n’est pas une décision mais un saut dans le vide, et la personne le sait mieux que quiconque. Rester n’est pas accepter la violence : c’est un calcul, et il est souvent juste tant que l’autonomie n’est pas reconstruite.
Ce que nous faisons, et ce que nous ne faisons pas
Commençons par ce que nous ne faisons pas, pour être clairs : nous ne gérons pas d’argent, nous ne faisons pas de démarches administratives ou bancaires à la place de la personne, nous ne donnons pas de conseil juridique, et nous n’organisons aucune plainte. Ce que nous faisons, c’est travailler ce qui, à l’intérieur, maintient la cage fermée et ce qui, une fois ouverte, reste à réparer. Les personnes victimes de violences, dans le couple, la famille, au travail, forment une grande part de notre pratique, et l’argent est presque toujours l’un des fils de leur histoire, même quand elles viennent pour autre chose : une déprime, un sommeil détruit, une anxiété.
Le premier rendez-vous sert à poser les faits, et nous posons la question de l’argent avec tact mais sans détour, parce qu’elle est rarement posée ailleurs. Vous pouvez venir accompagné, et tout peut se faire en téléconsultation, ce qui compte quand chaque déplacement doit être justifié. Trois approches se combinent ensuite. La TCC, pour mettre à l’épreuve les croyances installées, « je ne sais pas gérer », « je n’y arriverai pas », « je devrais être reconnaissante », préparer les pas concrets et réapprendre à refuser. L’écoute analytique, nourrie de plusieurs grands repères de la psychanalyse, pour comprendre ce que l’argent est venu rejouer : une mère qui tendait la main vers un père, une dette d’enfant envers des parents, l’idée ancienne qu’être aimé se paie par la soumission. L’EMDR, en séances de 80 minutes, pour les scènes qui restent à vif, la demande humiliante devant les enfants, la découverte des dettes, le ticket vérifié ligne par ligne, et plus largement pour le trauma que laisse une emprise longue, après un bilan psycho-traumatique, voire dissociatif, avec son compte rendu écrit. Notre neuropsychologue intervient pour les évaluations cognitives après soixante ans, quand la question se pose de distinguer un déclin d’une influence. Et pour les couples où l’argent est un sujet de conflit sans violence, la thérapie de couple, en séances de 80 minutes, reste possible. La page notre approche des violences décrit l’ensemble de cette façon de faire.
À retenir
La violence économique prend trois formes, le contrôle, l’exploitation et le sabotage du travail, auxquelles s’ajoute la privation ; elle commence quand l’information, l’accès et la liberté de décider sont retirés, et que la peur s’installe autour de l’argent.
Elle précède ou accompagne presque toujours les autres formes, parce que celui qui tient l’argent tient la porte ; elle se présente souvent comme une compétence ou une générosité.
La dépendance économique est l’une des premières raisons de ne pas partir : rester est un calcul, pas une acceptation. Le verrou intérieur est fait d’incompétence acquise, de honte et de peur.
L’autonomie se reconstruit par étapes : savoir, parler, puis des pas concrets. Nous travaillons ce qui se passe à l’intérieur pendant ce chemin, sans gérer d’argent ni faire de démarches à votre place.
Si le contrôle s’accompagne de menaces ou de gestes
En cas de danger immédiat, faites le 15 (SAMU). Prenez un rendez-vous au cabinet en téléconsultation le plus rapidement possible. Si Doctolib ne permet pas un rendez-vous immédiat, envoyez des textos WhatsApp ou/et SMS aux cliniciens du cabinet.
Questions fréquentes sur la violence économique
Qu’est-ce que la violence économique dans le couple ?
C’est l’usage de l’argent, des ressources et du travail pour contrôler l’autre et le rendre dépendant. Elle prend trois formes : le contrôle (décider seul des dépenses, exiger des justificatifs, confisquer la carte, retenir l’information), l’exploitation (dettes et crédits au nom de l’autre, dépenses personnelles sur l’argent commun, refus de contribuer) et le sabotage du travail (interdire un emploi, une formation, un permis, provoquer des scènes avant un entretien). S’y ajoute la privation : nourriture, soins, vêtements refusés alors que l’argent existe. Elle commence quand l’un des deux ne sait plus, n’a plus accès et ne peut plus décider, et qu’il a peur autour de l’argent.
Est-ce de la violence si c’est moi qui ai accepté d’arrêter de travailler ?
Un choix fait librement, à un moment donné, n’engage pas pour toujours, et il n’autorise pas l’autre à retenir l’information ni à décourager tout retour. Beaucoup de personnes ont « accepté » d’arrêter sur un conseil affectueux, qui est devenu une interdiction puis une impossibilité. La question n’est pas ce que vous avez accepté il y a dix ans, mais ce qui se passe aujourd’hui si vous voulez reprendre : si la réponse est une dévalorisation, des scènes, une menace sur les enfants, le choix initial a cessé d’être un choix. C’est cela que nous regardons avec vous, sans jugement sur la décision d’alors.
Pourquoi est-ce si difficile de partir quand on dépend financièrement de l’autre ?
Parce que partir, dans ces conditions, n’est pas une décision mais un saut dans le vide : sans revenu, sans compte, sans emploi récent, sans logement possible, parfois avec des enfants à nourrir ce soir. La personne fait un calcul, et il est juste. S’y ajoute un verrou intérieur, installé par les années de contrôle : une perte réelle de compétence (« je ne sais plus faire »), la honte d’être un adulte entretenu, et la peur de la pauvreté. Ce verrou se travaille, et l’autonomie se reconstruit par étapes ; c’est quand elle progresse que partir redevient une possibilité, pas avant.
Mon mari me demande des justificatifs pour chaque dépense : est-ce normal ?
Non, si c’est à sens unique, si vous ne pouvez pas en faire autant, et si une dépense non justifiée déclenche une scène. Un couple peut organiser son budget comme il l’entend, à condition que chacun sache, ait accès et puisse discuter d’égal à égal. Exiger les tickets, commenter les relevés, allouer une somme hebdomadaire et faire peur autour de l’argent, c’est un contrôle, même sur un compte joint, et c’est l’une des formes de la violence économique. La page du dossier couple sur l’argent aide à distinguer une mésentente d’un contrôle.
Comment reconnaître un abus financier chez un parent âgé ?
Des retraits ou des virements inexpliqués, une carte bancaire ou une procuration dont la personne ne mesure pas la portée, une pression pour une donation ou un testament, des factures impayées malgré des ressources suffisantes, un parent qui manque de chauffage, de nourriture ou de soins, un proche devenu indispensable qui écarte les autres. La personne âgée se tait souvent par dépendance, par honte d’accuser son enfant, par peur d’être placée. Si sa mémoire ou son jugement semblent fléchir, une évaluation cognitive, réalisée au cabinet par notre neuropsychologue après soixante ans, aide à distinguer un déclin d’une influence. La suite éventuelle ne relève pas de nous.
J’ai signé des crédits pour lui et je me sens coupable : que faire ?
D’abord, cesser de porter seul ce sentiment. Une signature obtenue par la pression, la menace, l’usure ou la confiance trahie n’est pas un choix libre, et la honte d’avoir signé est l’un des sentiments les plus fréquents que nous rencontrons. Se sentir coupable n’est pas être responsable. Ce qu’il advient des dettes relève de démarches que nous ne faisons pas et sur lesquelles nous ne donnons pas de conseil. Ce que nous travaillons, c’est la honte qui empêche d’en parler, la scène de la signature si elle revient en boucle, et la confiance en votre jugement, que ces années ont abîmée.
Le psy peut-il m’aider à reprendre le contrôle de mon argent ?
Pas en gérant votre argent ni en faisant des démarches à votre place : cela ne relève pas de nous. En revanche, oui, pour tout ce qui se passe à l’intérieur et qui empêche d’agir : la croyance « je ne sais pas », la peur de la réaction de l’autre à chaque pas, la culpabilité de se protéger, l’affirmation de soi à réapprendre, les scènes humiliantes qui reviennent. La TCC, l’écoute analytique et l’EMDR se combinent pour cela, au cabinet ou en téléconsultation. Les personnes qui retrouvent leur autonomie décrivent une suite de petits pas ; nous les préparons et nous les accompagnons, à votre rythme.
Références
Livres, articles et liensQuelques références de cette page…
Les recherches et les documents dont cette page est tirée.
Adams, A. E., Sullivan, C. M., Bybee, D., et Greeson, M. R. (2008). « Development of the Scale of Economic Abuse ». Violence Against Women, 14(5).
Postmus, J. L., Plummer, S.-B., McMahon, S., Murshid, N. S., et Kim, M. S. (2012). « Understanding economic abuse in the lives of survivors ». Journal of Interpersonal Violence, 27(3).
Stark, E. (2007). Coercive Control: How Men Entrap Women in Personal Life. New York : Oxford University Press.
Hirigoyen, M.-F. (2005). Femmes sous emprise : les ressorts de la violence dans le couple. Paris : Oh ! Éditions.
Walker, L. E. (1979). The Battered Woman. New York : Harper & Row.
Seligman, M. E. P. (1975). Helplessness: On Depression, Development, and Death. San Francisco : W. H. Freeman.
Si vous dépendez de quelqu’un pour vivre et que cette dépendance vous fait peur, un premier rendez-vous permet de poser les faits, de mesurer la situation axe par axe et de choisir la première étape, la plus petite. Au cabinet ou en téléconsultation, sans engagement.
La « loi de l’instrument », formulée par Abraham Kaplan en 1964 puis reprise par Abraham Maslow dans The Psychology of Science: A Reconnaissance (1966), rappelle qu’« il est tentant, si le seul outil dont on dispose est un marteau, de traiter tout comme si c’était un clou ».
En psychologie, une méthode ne peut pas répondre à toutes les situations. Forts de plusieurs décennies de pratique et de formations complémentaires, nous mobilisons de nombreux outils, choisis avec discernement, afin d’identifier rapidement les leviers les plus efficaces. Nous proposons ainsi un accompagnement aussi bref qu’efficace, tout en sachant accompagner aussi bien les suivis prolongés que le besoin d’un espace de parole régulier.