Maltraitance des personnes âgées : violences, négligence, abus financiers, aidants épuisés
Elle a quatre-vingt-trois ans, un bleu sur l’avant-bras qu’elle explique par la porte du placard, une carte bancaire qu’elle ne voit plus, un fils qui répond au téléphone à sa place et des amies qui ne l’appellent plus. Elle dit que tout va bien. La maltraitance des personnes âgées est l’une des violences les plus répandues et les moins visibles, parce qu’elle se passe le plus souvent à la maison, entre proches, et que la personne qui la subit dépend de celui qui la commet pour se lever, manger, sortir. Cette page s’adresse aux personnes âgées elles-mêmes, à leurs enfants et petits-enfants qui devinent quelque chose, et aux aidants qui sentent qu’ils dérapent. Elle explique comment repérer, comment protéger sans brutaliser, et ce que le cabinet propose, y compris les évaluations cognitives après soixante ans et le soutien de ceux qui aident.
L’Organisation mondiale de la santé définit la maltraitance des personnes âgées comme un acte unique ou répété, ou l’absence d’une intervention appropriée, dans le cadre d’une relation censée être de confiance, qui entraîne des blessures ou une détresse pour la personne âgée. Trois mots comptent dans cette définition. « Unique » : un seul acte suffit, il n’a pas besoin de se répéter pour être grave. « Absence » : ne pas faire ce qu’il faudrait, laisser sans soins, sans nourriture, sans lunettes, sans visite, est une maltraitance au même titre qu’un geste brutal. « Confiance » : l’auteur est presque toujours quelqu’un dont la personne attendait de l’aide, un enfant, un conjoint, un petit-enfant, un aidant professionnel, un voisin qui rend service.
Selon l’OMS, environ une personne de plus de soixante ans sur six a subi une forme de maltraitance au cours de l’année écoulée, dans son lieu de vie ordinaire. Cet ordre de grandeur surprend toujours, parce que la maltraitance des personnes âgées est l’une des violences dont on parle le moins. Elle se passe derrière des portes fermées, entre des gens qui s’aiment ou se sont aimés, et la personne qui la subit a toutes les raisons de la taire. Elle est aussi la moins reconnue par les victimes elles-mêmes : une femme de quatre-vingts ans dont le fils prend l’argent, crie et interdit les visites dira volontiers qu’il « a ses soucis », et un homme de soixante-quinze ans brusqué chaque matin par son épouse épuisée dira qu’il « lui en fait voir ».
Nous recevons régulièrement des personnes âgées, leurs enfants inquiets et des aidants à bout, et nous les recevons sans exiger que quelqu’un soit désigné coupable à l’avance. Décrire ce qui se passe, la peur, la privation, la contrainte, l’isolement, et ses effets sur la personne, est la méthode de tout ce dossier, et elle est particulièrement utile ici, où les familles arrivent souvent déchirées entre la colère et la loyauté. La page les formes de violence présente les catégories générales ; celle-ci les applique à ce que l’âge change.
Les formes : gestes, mots, argent, négligence, corps
La maltraitance d’une personne âgée prend cinq grandes formes, qui se mêlent souvent. Parcourez les onglets : chacun décrit ce que les personnes et leurs proches nous rapportent le plus souvent, et le détail qui doit faire réfléchir.
La violence physique. Elle est rarement faite de coups francs. Ce sont des brusqueries : un bras tiré trop fort pour lever, une cuillère enfoncée, une toilette faite comme on nettoie un meuble, une personne poussée dans son fauteuil, attachée au lit « pour qu’elle ne tombe pas », enfermée dans sa chambre « pour qu’elle ne sorte pas ». Il y a aussi les médicaments donnés en trop pour obtenir le calme, ou retirés par punition. La peau âgée marque vite et cicatrise lentement : des bleus aux avant-bras, là où l’on saisit, sont un signe que les médecins connaissent.
Des bleus de forme ou d’âge différents, des marques aux poignets ou aux bras.
Une personne qui sursaute ou se protège quand on approche la main.
Une somnolence inhabituelle, un traitement qui semble « faire plus d’effet » qu’avant.
La violence psychologique. Les cris, les menaces, « si tu continues, c’est la maison de retraite », les humiliations sur l’incontinence ou la lenteur, le chantage à la visite, l’isolement organisé, le téléphone « rangé », les amis découragés. Et une forme propre à l’âge, l’infantilisation : parler comme à un bébé, décider des vêtements, du menu, de l’heure du coucher, répondre à sa place, l’appeler « mamie » quand elle ne l’a pas demandé. L’infantilisation est souvent faite avec tendresse, et c’est pour cela qu’elle passe ; elle retire pourtant, jour après jour, ce qui fait qu’une personne reste une adulte.
Une personne qui se tait quand son proche entre dans la pièce, ou qui le regarde avant de répondre.
Des amis et des voisins qui n’ont « plus de nouvelles ».
Des phrases comme « je ne veux pas l’embêter », « il fait déjà tellement ».
Les abus financiers. C’est la forme que les familles découvrent le plus souvent après coup. La carte bancaire « gardée pour plus de sûreté », la procuration signée sans explication, les retraits réguliers, les cadeaux arrachés, le logement vendu ou donné sous pression, les papiers confisqués, l’héritage anticipé par un enfant au détriment des autres, le voisin serviable qui finit sur le testament. La personne âgée dépend souvent de l’auteur pour ses courses et ses démarches, ce qui rend la mainmise facile et la plainte presque impensable. La page violence économique décrit ce piège de la dépendance, et la page violence administrative la confiscation des papiers.
Une personne qui ne sait plus ce qu’elle a sur son compte ni où sont ses papiers.
Des factures impayées alors que les ressources existent.
Un proche qui s’oppose à ce que quelqu’un d’autre regarde les comptes.
La négligence. Laisser sans réponse les besoins essentiels : nourriture, boisson, hygiène, chauffage, soins, lunettes, appareil auditif, dentier, médicaments, changes, visites médicales, compagnie. Elle peut être active, quand on retire volontairement, ou passive, quand on n’a plus la force, le temps ou les moyens de faire. L’évaluation tient compte des moyens dont dispose l’aidant : une fille seule, épuisée, qui n’arrive plus à tout faire n’est pas dans la même situation qu’un fils qui laisse sa mère dans ses draps pour la punir. Mais pour la personne âgée, la faim, la soif et la solitude sont les mêmes. La page négligence et privation de soins détaille cette violence par défaut.
Un amaigrissement, une déshydratation, des escarres, des vêtements sales ou inadaptés à la saison.
Des lunettes cassées, un appareil auditif sans pile, des médicaments périmés ou en trop.
Un logement froid, encombré, sans nourriture fraîche.
Les violences sexuelles. Elles existent aussi après soixante-dix ou quatre-vingts ans, et elles sont les moins dites de toutes, parce que la honte s’y ajoute au sentiment qu’« à mon âge, personne ne me croira ». Attouchements pendant la toilette, gestes imposés par un conjoint, un aidant ou un autre résident, exhibition, propos obscènes. Une personne qui ne peut plus se défendre physiquement, qui a des troubles cognitifs ou qui dépend de l’auteur pour ses soins intimes est particulièrement exposée. Ne pas avoir résisté ne signifie jamais avoir consenti. La page violence sexuelle décrit la sidération et la honte, et elles n’ont pas d’âge.
Un refus soudain de la toilette ou d’un soignant précis, une terreur à l’approche de certaines personnes.
Des douleurs, des saignements, des infections inexpliqués.
Un changement brutal de comportement, un repli, des cauchemars.
Le thermomètre des signes
Ce thermomètre s’adresse aux proches qui s’inquiètent pour un parent, un grand-parent, un voisin, et aux personnes âgées qui lisent pour elles-mêmes. Cochez ce que vous observez depuis quelques semaines : le niveau monte et le commentaire s’ajuste. Aucun de ces signes, isolé, ne prouve une maltraitance ; c’est leur réunion qui doit faire réfléchir, et chacun peut aussi avoir une cause médicale, que le médecin recherche.
Pourquoi la personne âgée se tait
La question que posent les enfants et les petits-enfants est presque toujours la même : « pourquoi ne nous a-t-elle rien dit ? ». Les raisons sont nombreuses, et elles s’additionnent avec l’âge d’une manière qui rend le silence presque inévitable.
La première est la dépendance : celui qui maltraite est aussi celui qui fait les courses, donne les médicaments, conduit chez le médecin, aide à se lever. Le dénoncer, c’est risquer de tout perdre, et la personne âgée fait ce calcul très lucidement. La deuxième est la peur du placement : beaucoup de personnes âgées préfèrent une maison où l’on crie à un établissement qu’elles imaginent comme une fin, et les auteurs le savent, qui en agitent la menace. La troisième est la protection de l’auteur, surtout quand c’est un enfant : une mère ne dénonce pas son fils, elle l’excuse, elle a honte pour lui, elle se demande ce qu’elle a raté dans son éducation. La quatrième est la honte pour soi : être devenu quelqu’un que l’on peut brusquer, voler, laisser sans soins, est vécu comme une déchéance qu’on ne veut pas montrer.
À cela s’ajoutent des raisons propres à l’âge. Les troubles cognitifs, quand ils existent, brouillent le récit : la personne mélange les dates, oublie un épisode, en confond deux, et son entourage en conclut qu’elle invente, alors que des troubles de la mémoire ne disent rien de la réalité de ce qu’elle a vécu. L’isolement, enfin : quand les amis sont morts ou éloignés et que les visites ont été découragées, à qui parler ? Et il y a cette conviction, que nous entendons souvent en consultation : « à mon âge, qui va me croire ? ». La page sur les réactions face à la violence décrit la minimisation et le maintien des apparences ; chez la personne âgée, ils sont la règle plutôt que l’exception, et ils ne signifient pas que tout va bien.
Certaines personnes parlent pourtant, mais de biais. Elles disent qu’elles sont fatiguées, qu’elles ne dorment plus, qu’elles aimeraient bien « partir », qu’elles ne servent plus à rien. Ces phrases méritent d’être entendues pour ce qu’elles sont peut-être : la seule manière qu’elles ont trouvée de dire que quelque chose ne va pas. La page dépression de la personne âgée aide à distinguer une tristesse de fond d’un désespoir qui a une cause.
L’aidant épuisé qui dérape : comprendre sans excuser
Une part importante des maltraitances à domicile n’est pas le fait de personnes malveillantes, mais d’aidants à bout. Une fille qui travaille, élève ses enfants et s’occupe de sa mère tous les soirs. Un mari de quatre-vingt-deux ans qui lave, habille, nourrit et surveille jour et nuit une épouse qui ne le reconnaît plus. Un fils revenu vivre chez son père malade et qui n’en sort plus. Ces personnes n’ont pas dormi une nuit complète depuis des mois, n’ont plus de vie à elles, et se sentent coupables de tout. Un jour, elles crient. Un autre jour, elles tirent trop fort sur un bras. Puis elles laissent passer une toilette parce qu’elles n’en peuvent plus. Puis elles donnent un comprimé de plus pour avoir la paix.
Comprendre ce mécanisme n’excuse rien : pour la personne âgée qui reçoit le cri ou le geste, la violence est la même, et la peur aussi. Mais le comprendre change ce que l’on peut faire. Quand la maltraitance vient de l’épuisement, aider l’aidant est souvent la manière la plus efficace de protéger la personne âgée. Le psychanalyste Donald Winnicott, dans un article de 1947 sur la haine dans le contre-transfert, a eu le courage d’écrire que la mère éprouve par moments de la haine pour son nourrisson, et que c’est en reconnaissant ce sentiment, plutôt qu’en le niant, qu’elle évite de le mettre en acte. Ce qu’il disait de la mère vaut pour quiconque s’occupe sans relâche d’un être totalement dépendant : l’exaspération, le ressentiment, parfois l’envie que cela s’arrête, sont des sentiments humains, et c’est leur déni qui est dangereux, pas leur existence.
Nous recevons des aidants qui viennent avec cette honte-là, celle d’avoir crié sur leur mère, d’avoir eu des pensées terribles, d’avoir « failli ». Leur donner un lieu où le dire sans être jugé est souvent ce qui empêche la suite. Nous travaillons avec eux la culpabilité, l’épuisement, la façon de demander de l’aide et de poser des limites, et ce que cette relation inversée, soigner le parent qui nous a élevés, réveille de l’histoire familiale. La page aidants d’un proche : épuisement, culpabilité, répit leur est consacrée, et le dossier vieillissement aborde ce que le grand âge d’un parent fait vivre à ses enfants. Quand l’aidant refuse toute aide, s’isole avec la personne et nie l’évidence, en revanche, on quitte le registre de l’épuisement, et c’est la personne âgée qu’il faut protéger d’abord.
Mettre un nom sur ce que l’on observe
Les proches hésitent souvent à nommer ce qu’ils voient, parce que les gestes sont petits et les intentions ambiguës. Associez chaque situation à ce qu’elle est : le nom aide à décider de la suite.
Elle a signé une procuration qu’elle n’a pas comprise, et la carte bancaire est « gardée pour plus de sûreté »
On lui parle comme à un bébé, on choisit ses vêtements et son menu, on répond à sa place
Ses lunettes sont cassées depuis deux mois et son appareil auditif n’a plus de pile
Quand elle proteste, on la menace de la « mettre en maison »
On l’attache la nuit dans son lit pour qu’elle ne se lève pas, sans avis médical
Son téléphone a été « rangé », et ses amies n’arrivent plus à la joindre
En établissement : ce que les familles décrivent
La plupart des maltraitances de personnes âgées ont lieu à domicile, mais les établissements n’en sont pas exempts, et les familles qui nous consultent en décrivent des formes reconnaissables : des toilettes expédiées, des repas servis puis repris froids parce que personne n’a eu le temps d’aider à manger, des changes espacés, des sonnettes qui restent sans réponse, un tutoiement généralisé, des résidents couchés à dix-huit heures, une contention au fauteuil « pour éviter les chutes », des médicaments pour le calme. Elles décrivent aussi, et il faut le dire, des équipes dévouées qui tiennent à bout de bras des services en manque de personnel, et une culpabilité immense d’avoir « placé » leur parent.
Ce qui rend la situation difficile pour les familles, c’est qu’elles sont prises dans la même asymétrie que leur parent : protester, c’est risquer que l’on s’occupe moins bien de lui, et elles n’ont souvent pas d’autre solution d’hébergement. Elles oscillent entre la colère et la reconnaissance, et finissent parfois par ne plus rien dire, comme leur parent. Notre page sur les violences institutionnelles et dans les soins décrit cette asymétrie et la parole disqualifiée qui l’accompagne ; elle vaut pour les maisons de retraite comme pour les hôpitaux.
Un repère utile pour les familles : observer la personne plutôt que l’établissement. Est-elle propre, hydratée, habillée à sa façon, levée dans la journée ? Reconnaît-elle les soignants avec plaisir ou avec crainte ? Peut-on la voir seule ? Ces questions concrètes disent plus que les brochures. Et quand une famille est déchirée sur la conduite à tenir, l’un voulant retirer le parent, l’autre craignant de tout aggraver, une ou deux séances familiales au cabinet, en 80 minutes, permettent de se mettre d’accord sur ce que l’on observe et sur ce que l’on veut, avant de parler à l’établissement.
Vrai ou faux sur la maltraitance des personnes âgées
Six affirmations, celles que nous entendons le plus souvent de la part des familles, des aidants et des personnes âgées elles-mêmes. Répondez, l’explication s’affiche.
Affirmation 1
« La maltraitance des personnes âgées se passe surtout en établissement. »
Faux. Elle a lieu le plus souvent à domicile, dans la famille ou l’entourage proche, et elle y est d’autant moins visible qu’il n’y a pas de témoin extérieur. Les établissements en connaissent aussi, mais l’idée que la maison protège toujours est l’une des raisons pour lesquelles on ne regarde pas ce qui s’y passe.
Affirmation 2
« Une personne âgée qui a des troubles de mémoire ne peut pas être crue. »
Faux. Des troubles de la mémoire brouillent les dates et les détails, pas la réalité de ce qui a été vécu, et surtout pas la peur, qui, elle, se voit. Une personne qui se protège quand une main s’approche ou qui refuse un soignant précis dit quelque chose de vrai, même si son récit est confus. C’est à l’adulte qui écoute de recouper, pas à elle de prouver.
Affirmation 3
« Un aidant épuisé qui crie ou qui brusque commet une violence. »
Vrai. Pour la personne qui reçoit le cri ou le geste, l’épuisement de l’auteur ne change rien à la peur. Mais comprendre que la violence vient de l’épuisement change ce qu’il faut faire : aider l’aidant, lui donner du répit et un lieu où déposer sa colère et sa honte, est souvent la protection la plus efficace pour la personne âgée. Comprendre n’est pas excuser, et aider n’est pas fermer les yeux.
Affirmation 4
« Gérer l’argent d’un parent âgé à sa place est forcément un abus. »
C’est plus nuancé. Aider un parent à gérer ses comptes est souvent nécessaire et légitime, quand il l’a demandé ou accepté, qu’il reste informé, que les autres proches peuvent regarder et que l’argent sert ses besoins à lui. L’abus commence quand la personne ne sait plus rien, quand un proche s’oppose à toute transparence, et quand l’argent sert à d’autres qu’à elle.
Affirmation 5
« Les professionnels ne peuvent rien dire sans l’accord de la personne âgée. »
Faux. La loi prévoit une exception au secret professionnel pour les personnes que leur âge ou une incapacité empêche de se protéger : un professionnel peut alors informer les autorités de violences qu’il constate, sans l’accord de la personne. Pour une personne âgée capable de se protéger, en revanche, c’est elle qui décide. Le texte exact est présenté plus bas.
Affirmation 6
« Après quatre-vingts ans, une psychothérapie ne sert plus à grand-chose. »
Faux. Nous recevons des personnes très âgées, au cabinet ou en téléconsultation, et elles se saisissent souvent de l’espace avec une liberté que les plus jeunes n’ont pas. Être écoutée, crue, retrouver la parole sur ce qui a été subi, apaiser la peur, parfois retraiter en EMDR une scène qui revient la nuit, tout cela est possible quel que soit l’âge. Le grand âge n’est pas une contre-indication, c’est un contexte.
Être cru après quatre-vingts ans, et ce que la loi permet
« À mon âge, qui va me croire ? » Cette phrase résume l’obstacle principal. La parole d’une personne âgée est disqualifiée par avance de plusieurs manières : par ses troubles de mémoire quand elle en a, par l’idée qu’elle « radote » ou « fait des histoires », par la version de l’aidant qui parle à sa place et qui, lui, est écouté. Beaucoup de personnes âgées que nous recevons n’ont jamais raconté ce qu’elles vivent parce qu’elles ont fait, une fois, l’expérience de ne pas être crues.
C’est là qu’un psy a un rôle précis. Il reçoit la personne seule, sans l’aidant, et il l’écoute sans corriger. Il évalue ce qu’elle décrit, en recoupant avec ce qu’il observe : la peur, les sursauts, le sommeil, la façon dont elle parle de son proche, ce que son corps dit quand elle en parle. Quand une évaluation cognitive est utile, notre neuropsychologue la réalise, et elle permet de dire précisément ce que la mémoire et l’attention peuvent ou non, ce qui évite qu’un trouble réel mais limité serve à écarter toute sa parole. Un compte rendu écrit est remis après chaque bilan, et il appartient à la personne ou, selon les cas, à la famille qui l’accompagne : il peut être lu par les proches, par un établissement, et par la justice si une procédure est engagée. Entendre « je vous crois » de la bouche de quelqu’un dont le métier est d’écouter puis de conclure, et le lire ensuite noir sur blanc, remet debout une personne qui avait cessé de compter sur sa propre parole.
La loi, de son côté, a prévu la situation des personnes qui ne peuvent pas se protéger seules. L’article 226-13 du code pénal sanctionne la révélation d’une information confidentielle par ceux qui y sont tenus du fait de leur profession, et l’article 226-14 y apporte des exceptions limitées. Lorsque la victime est majeure, le médecin ou le professionnel de santé qui voudrait saisir le procureur de la République a besoin de son accord. Mais pour une personne que son âge ou une incapacité physique ou psychique empêche de se protéger, la loi autorise à informer les autorités de violences, y compris sexuelles, sans cet accord. Texte vérifié le 30 octobre 2026. Autrement dit, une personne âgée lucide reste maîtresse de ce qui est porté à la justice, et nous ne ferons rien à sa place ; une personne qui ne peut plus se protéger n’est pas laissée seule avec ce qu’elle subit. Les démarches elles-mêmes ne relèvent pas du cabinet ; nous accompagnons la personne et sa famille avant, pendant et après, et la page violence et plainte rassemble les textes cités dans ce dossier.
Au cabinet : évaluations cognitives, psychothérapie, soutien des aidants
Nous recevons les personnes âgées, leurs enfants et leurs aidants, séparément ou ensemble, au cabinet ou en téléconsultation, ce qui compte pour quelqu’un qui ne se déplace plus facilement ou que l’on ne laisse pas sortir seul. Le premier rendez-vous est sans engagement, et l’on peut y venir accompagné. Ce que nous proposons s’organise autour de quatre axes, dont le dosage dépend de la situation.
Les évaluations cognitives après soixante ans, réalisées par notre neuropsychologue après un rendez-vous préliminaire, servent à distinguer ce qui relève d’un trouble de la mémoire ou de l’attention et ce qui relève de la peur, de la dépression ou de l’isolement, dont les effets sur la cognition sont réels et souvent sous-estimés. Elles permettent aussi de dire ce que la personne peut encore décider seule, ce qui est utile quand une famille se dispute sur ce qu’elle « comprend ». Un compte rendu écrit est remis. La page vieillissement et mémoire décrit ce que ces évaluations explorent.
La psychothérapie de la personne âgée est menée par notre psychothérapeute. Elle commence par l’écoute et par le fait d’être crue, puis travaille la peur, la honte d’avoir été traitée ainsi, le deuil d’une relation avec un enfant ou un conjoint que l’on pensait différente, et parfois des scènes précises qui reviennent la nuit, que l’EMDR peut retraiter quel que soit l’âge, après un bilan psycho-traumatique si besoin. Le soutien des aidants est le troisième axe : un lieu où dire l’épuisement, la colère, les pensées que l’on n’ose avouer, et où apprendre à demander de l’aide et à poser des limites avant de déraper. Les séances familiales, en 80 minutes, en co-thérapie si notre psychothérapeute le juge utile, permettent enfin à une fratrie déchirée de se mettre d’accord sur ce qu’elle observe et ce qu’elle veut, et parfois de parler avec l’aidant de ce qui lui arrive sans le mettre au banc des accusés. Nous travaillons en lien avec le médecin traitant, avec l’accord de la personne, parce que les signes du corps, bleus, amaigrissement, somnolence, demandent toujours un regard médical. La page vieillissement, famille et transmission complète cette approche pour ce qui se rejoue entre générations.
À retenir
La maltraitance d’une personne âgée est un acte ou une absence d’acte, unique ou répété, dans une relation de confiance ; elle a lieu le plus souvent à domicile, par un proche.
Cinq formes qui se mêlent : brusqueries, mots et infantilisation, mainmise sur l’argent, négligence, atteintes au corps intime.
La personne se tait par dépendance, par peur du placement, pour protéger l’auteur et par honte ; des troubles de mémoire ne rendent pas sa parole fausse.
L’aidant épuisé qui dérape commet une violence, et l’aider est souvent la meilleure protection : comprendre n’est pas excuser.
Au cabinet : évaluations cognitives après soixante ans, psychothérapie à tout âge, soutien des aidants, séances familiales, compte rendu écrit, lien avec le médecin.
Si la personne âgée est blessée, privée de soins ou en danger
Des blessures, une déshydratation, un malaise, une privation de médicaments ou de nourriture, ou une menace précise ne peuvent pas attendre. En cas de danger immédiat, faites le 15 (SAMU). Prenez un rendez-vous au cabinet en téléconsultation le plus rapidement possible. Si Doctolib ne permet pas un rendez-vous immédiat, envoyez des textos WhatsApp ou/et SMS aux cliniciens du cabinet.
Exemple fictif : Madeleine, 83 ans, « mon fils fait de son mieux »
Madeleine et sa famille sont des personnages imaginés pour cette page. Leur situation assemble des éléments que nous rencontrons souvent.
Situation
Veuve, Madeleine vit depuis deux ans avec son fils Patrice, cinquante-quatre ans, revenu chez elle après un divorce et une perte d’emploi. Sa fille Hélène, qui habite à six cents kilomètres, remarque lors d’une visite que sa mère a maigri, porte un bleu au bras, n’a plus ses lunettes et ne sait plus où est sa carte bancaire. Patrice répond à toutes les questions, reste dans la pièce, et explique que sa mère « perd la tête ». Seule un instant avec sa fille, Madeleine murmure qu’il crie beaucoup, puis se reprend : « il fait de son mieux, il a eu tellement de malheurs ». Hélène, partagée entre la colère et la peur de briser la famille, demande un rendez-vous au cabinet.
Quelle approche vous semble la plus juste ?
Dans la suite que nous imaginons, Patrice accepte une aide à domicile le matin et reprend un suivi pour lui-même. La carte bancaire revient dans le sac de Madeleine, avec un accord écrit entre les trois sur qui regarde les comptes. Les cris ne disparaissent pas d’un coup, mais Madeleine dit désormais à sa fille quand ils reviennent, parce qu’elle sait qu’elle sera crue.
Questions fréquentes sur la maltraitance des personnes âgées
Quels sont les signes de maltraitance chez une personne âgée ?
Sur le corps : des bleus aux bras ou aux poignets, un amaigrissement, une déshydratation, des lunettes ou un appareil auditif hors d’usage depuis longtemps, une somnolence nouvelle. Dans le comportement : une personne qui se tait ou regarde son proche avant de répondre, qui sursaute, qui refuse un soignant précis, qui dit qu’elle ne veut pas « embêter ». Dans l’argent : des comptes qu’elle ne connaît plus, des factures impayées, un proche qui refuse toute transparence. Autour d’elle : des amis sans nouvelles, un aidant toujours présent et épuisé. C’est la réunion de plusieurs signes qui compte.
Mon père dit que tout va bien alors que je vois des bleus : que faire ?
Croyez ce que vous voyez autant que ce qu’il dit. Une personne âgée minimise par dépendance, par peur du placement, pour protéger l’auteur, surtout si c’est un enfant, et par honte. Notez ce que vous observez avec les dates, voyez-le seul, à des heures différentes, et parlez-lui sans accuser personne : « je te trouve fatigué, je m’inquiète, je suis là ». Un rendez-vous avec son médecin permet de chercher la cause des bleus. Et un rendez-vous au cabinet, pour lui ou pour vous, aide à comprendre ce qui se passe et à décider des étapes sans briser ce qui peut être préservé.
Comment distinguer une perte de mémoire d’un effet de la peur ou de la dépression ?
C’est précisément l’objet d’une évaluation cognitive, que notre neuropsychologue réalise après soixante ans, après un rendez-vous préliminaire. La peur, l’isolement et la dépression altèrent réellement l’attention et la mémoire, et une personne maltraitée peut paraître confuse sans avoir de maladie de la mémoire. À l’inverse, un trouble cognitif réel ne rend pas fausse la peur qu’elle exprime. L’évaluation dit ce que la mémoire et la compréhension peuvent ou non, et un compte rendu écrit est remis : il évite qu’un trouble limité serve à écarter toute sa parole.
Je m’occupe de ma mère et je perds patience, parfois je crie : suis-je maltraitant ?
Crier sur une personne dépendante lui fait peur, et c’est une violence, même quand elle vient de l’épuisement. Mais le fait que vous vous posiez la question est exactement ce qui protège votre mère : les dérapages deviennent dangereux quand ils sont niés. L’exaspération, le ressentiment, l’envie que cela s’arrête sont des sentiments humains chez quiconque s’occupe sans relâche d’un proche. Venir en parler, demander du répit, apprendre à poser des limites et déposer la culpabilité sont des gestes de protection, pour elle et pour vous. Nous recevons les aidants pour cela.
Mon frère gère l’argent de nos parents et refuse d’en parler : est-ce un abus ?
Aider des parents âgés à gérer leurs comptes est souvent légitime et nécessaire. Ce qui doit alerter, ce n’est pas qu’un enfant s’en charge, c’est le refus de toute transparence : les parents ne savent plus ce qu’ils ont, les autres enfants ne peuvent rien regarder, des mouvements ne s’expliquent pas, l’argent ne sert plus visiblement aux besoins des parents. Avant d’accuser, une séance familiale au cabinet permet souvent de poser la question calmement et d’obtenir un accord sur qui regarde quoi. Si le refus persiste et que les parents sont privés, le nom de la situation est l’abus financier.
Une psychothérapie est-elle possible à quatre-vingts ans ?
Oui, et nous en menons. Les personnes très âgées se saisissent souvent de l’espace de parole avec une liberté que les plus jeunes n’ont pas, parce qu’elles n’ont plus rien à prouver. Être écoutée et crue, retrouver des mots sur ce qui a été subi, apaiser une peur, faire le deuil d’une relation que l’on espérait autre, parfois retraiter en EMDR une scène qui revient la nuit : tout cela est possible, au cabinet ou en téléconsultation pour celles qui ne se déplacent plus. Le rythme des séances s’adapte à la fatigue, et l’on peut venir accompagné.
Les professionnels peuvent-ils signaler une maltraitance sans l’accord de la personne âgée ?
Cela dépend de ce qu’elle peut faire pour se protéger. Le code pénal pose le secret professionnel à l’article 226-13 et ses exceptions à l’article 226-14 : pour une victime majeure, un professionnel de santé ne s’adresse au procureur qu’avec son accord ; pour une personne que son âge ou une incapacité physique ou psychique empêche de se protéger, il peut informer les autorités sans cet accord. Texte vérifié le 30 octobre 2026. Une personne âgée lucide reste donc maîtresse de ce qui est porté à la justice, et nous ne faisons rien à sa place.
Références
Livres, articles et liensQuelques références de cette page…
Les sources et travaux sur lesquels cette page s’appuie.
Organisation mondiale de la santé, aide-mémoire « Maltraitance des personnes âgées » (définition et ordres de grandeur) : who.int, maltraitance des personnes âgées.
Yongjie Yon, Christopher R. Mikton, Zachary D. Gassoumis et Kathleen H. Wilber, « Elder abuse prevalence in community settings: a systematic review and meta-analysis », The Lancet Global Health, 2017.
Donald W. Winnicott, « La haine dans le contre-transfert », 1947, dans De la pédiatrie à la psychanalyse, Payot.
Judith Lewis Herman, Trauma and Recovery, Basic Books, 1992.
Erving Goffman, Asiles, 1961 (traduction française, Minuit, 1968), pour ce qui concerne la vie en établissement.
Santé publique France, travaux sur la santé et les violences aux âges avancés : santepubliquefrance.fr.
Code pénal, articles 226-13 et 226-14, textes vérifiés le 30 octobre 2026.
Qu’il s’agisse d’un parent que vous voyez changer, d’une situation que vous subissez vous-même, ou d’un épuisement qui vous fait peur, un premier rendez-vous permet de faire le point avec quelqu’un qui croit ce qu’on lui dit et qui n’accuse personne d’avance. Au cabinet ou en téléconsultation, on peut venir accompagné.
La « loi de l’instrument », formulée par Abraham Kaplan en 1964 puis reprise par Abraham Maslow dans The Psychology of Science: A Reconnaissance (1966), rappelle qu’« il est tentant, si le seul outil dont on dispose est un marteau, de traiter tout comme si c’était un clou ».
En psychologie, une méthode ne peut pas répondre à toutes les situations. Forts de plusieurs décennies de pratique et de formations complémentaires, nous mobilisons de nombreux outils, choisis avec discernement, afin d’identifier rapidement les leviers les plus efficaces. Nous proposons ainsi un accompagnement aussi bref qu’efficace, tout en sachant accompagner aussi bien les suivis prolongés que le besoin d’un espace de parole régulier.