Violences conjugales : les reconnaître, comprendre pourquoi on reste, se protéger
Une femme qui vérifie l’heure sur le quai du RER parce qu’un retard de dix minutes lui vaudra une soirée de reproches. Un homme qui a cessé d’inviter ses amis à la maison, sans savoir dire à quel moment il a renoncé. Une mère qui garde une main sur le téléphone en faisant la vaisselle, pour que les enfants n’entendent pas ce qui se dira plus tard dans la chambre. Les violences conjugales ne commencent presque jamais par un coup : elles s’installent dans des détails qui se ressemblent tous, et c’est pour cela qu’on les voit si tard. Cette page les décrit telles que nous les entendons en consultation, explique pourquoi partir est si difficile, et dit ce que le cabinet fait, concrètement, pour la personne qui les subit.
Ce qui se passe derrière la porte : les formes de la violence dans le couple
On appelle violences conjugales l’ensemble des actes par lesquels un partenaire, actuel ou ancien, s’assure le pouvoir sur l’autre par la peur, la contrainte ou l’humiliation. Le pluriel n’est pas une coquetterie : dans un même couple, les formes se superposent presque toujours. Les coups, quand il y en a, ne sont que la partie visible d’un édifice qui comprend les paroles, l’argent, le corps, le téléphone, les amis, les enfants. Une personne qui consulte pour « une gifle, une seule » décrit presque toujours, quand on l’écoute une heure, dix autres façons dont sa liberté a rétréci.
La violence physique va de la bousculade « pour passer » à l’étranglement, en passant par la porte bloquée, le bras serré, l’objet lancé à côté de la tête, le téléphone cassé. La violence psychologique comprend la dévalorisation quotidienne, les insultes dites à voix basse pour que les enfants ne les entendent pas, la jalousie présentée comme une preuve d’amour, les silences punitifs de plusieurs jours, la remise en cause de ce que l’autre a vu ou entendu. La violence sexuelle existe dans le couple comme ailleurs : rapport cédé pour avoir la paix, geste imposé pendant le sommeil, chantage à la fidélité, moquerie du corps. La violence économique confisque la carte bancaire, exige les tickets de caisse, interdit de travailler ou oblige à travailler pour rendre le salaire. Le contrôle, enfin, recouvre tout : la géolocalisation partagée « pour la sécurité », les mots de passe exigés, les amitiés qui s’éteignent une à une parce qu’elles « posent problème ».
Il faut dire d’emblée deux choses que nous répétons à chaque personne qui s’assoit en face de nous. Une violence n’a pas besoin de se répéter pour être grave : une main sur la gorge, une seule fois, change le couple pour toujours, parce que la peur, elle, ne s’arrête plus. Et une relation très conflictuelle, pénible, pleine de cris des deux côtés, n’est pas forcément une relation violente : ce qui fait la différence, c’est l’asymétrie, c’est que l’un a peur et que l’autre n’a pas peur. Le dossier détaille chaque forme sur ses propres pages, la violence physique, la violence psychologique, la violence sexuelle, la violence économique et l’emprise et le contrôle coercitif ; ici, nous regardons comment elles s’assemblent dans un couple.
Ce que vous reconnaissez chez vous
Les personnes qui nous consultent n’arrivent presque jamais avec le mot « violence ». Elles arrivent avec de la fatigue, des insomnies, des maux de ventre, le sentiment d’être « devenue folle » ou « trop sensible ». Le thermomètre ci-dessous ne pose pas de diagnostic : il met côte à côte des faits que l’on vit séparément et qu’on n’a jamais regardés ensemble. Prenez les six derniers mois, et cochez ce qui est arrivé, même une fois.
Dispute ou violence conjugale : la différence que fait la peur
Tous les couples se disputent, certains très fort. Il arrive que des portes claquent, que l’on dise des choses regrettées, que l’on dorme chacun de son côté. Ce n’est pas agréable, et cela peut justifier une thérapie de couple, mais ce n’est pas la même chose. Dans une dispute, même violente dans le ton, les deux personnes restent à peu près de la même taille : chacune peut dire ce qu’elle pense, partir de la pièce, revenir, s’excuser ou pas. Le lendemain, on peut en reparler. Personne n’a eu peur pour son intégrité, et personne ne modifie sa vie des semaines suivantes pour que cela ne se reproduise pas.
Dans la violence conjugale, l’un des deux a peur et l’autre pas. C’est le critère le plus fiable que nous connaissions, et c’est celui que nous proposons aux personnes qui doutent. Avez-vous déjà renoncé à dire quelque chose parce que vous saviez ce que cela coûterait ? Avez-vous déjà pensé à l’endroit où vous iriez si cela tournait mal ? Rangez-vous les couteaux, débranchez-vous le fer à repasser, éloignez-vous les enfants avant une conversation ? Ces gestes-là ne font pas partie d’une dispute. Ils font partie de la survie.
Un deuxième critère aide : la réversibilité. Après une dispute, les positions peuvent bouger, l’un ou l’autre reconnaît sa part. Dans la violence, la version de l’auteur finit toujours par l’emporter, et la personne qui a subi finit par s’excuser d’avoir provoqué ce qu’elle a reçu. Le troisième critère est le rétrécissement : au fil des mois, la vie de la personne victime devient plus petite, moins d’amis, moins de sorties, moins de paroles, tandis que celle de l’autre ne change pas. Ce rétrécissement progressif, Evan Stark l’a décrit en 2007 sous le nom de contrôle coercitif : une privation de liberté qui ne demande pas toujours de coups, et dont la page reconnaître la violence quand le doute s’installe détaille les critères un à un.
Nous le disons aussi parce que l’inverse arrive : des couples très conflictuels nous consultent persuadés qu’il y a de la violence, parce que l’un des deux crie et que l’autre pleure. Quand il n’y a ni peur, ni contrainte, ni asymétrie, nous le disons également, et nous travaillons alors sur la communication du couple. Ce qui compte, c’est de regarder les actes et leurs effets, pas d’apposer une étiquette sur la personnalité de l’un ou de l’autre.
Pourquoi on reste : les raisons que nous entendons en consultation
« Mais pourquoi elle ne part pas ? » est la question que posent les proches, les collègues, parfois les soignants, et que la personne elle-même se pose la nuit. Elle est mal posée. Partir d’un couple violent n’est pas une décision que l’on prend un soir, c’est un processus qui prend des mois ou des années, avec des allers et retours, et il a des raisons que nous entendons chaque semaine. Les voici, sans jugement, sous la forme de cartes à retourner. Vous reconnaîtrez probablement plusieurs d’entre elles.
Extrait de séanceSe taire pour ne pas le perdre
Aucune de ces raisons n’est un défaut de caractère. Elles sont l’effet de la violence elle-même, et c’est précisément pour cela qu’un accompagnement est utile avant même d’avoir pris une décision : on ne demande à personne, au cabinet, de choisir entre partir et rester pour avoir le droit d’être aidé.
Hommes victimes, couples de même sexe, tous les âges, tous les milieux
Les grandes enquêtes de population montrent que les femmes sont, de loin, les plus touchées par les violences conjugales, surtout par les plus graves. Cela ne veut pas dire que les hommes en soient épargnés. Nous recevons des hommes frappés, humiliés, surveillés, privés de leurs enfants par la menace, et ce qu’ils décrivent de plus douloureux, après la violence elle-même, c’est l’impossibilité d’en parler. Un homme qui dit « ma femme me frappe » s’attend à ce que l’on rie, ou à ce que l’on lui demande ce qu’il a fait pour cela. Alors il ne le dit pas. Il consulte pour une dépression, des insomnies, une irritabilité au travail, et c’est au troisième rendez-vous que la scène apparaît. Nous le disons ici pour qu’il sache qu’il ne sera ni moqué ni soupçonné.
Dans les couples de femmes et dans les couples d’hommes, la violence prend les mêmes formes, avec quelques leviers propres. La menace de révéler l’orientation sexuelle à une famille ou à un employeur qui l’ignore est une arme redoutable. L’isolement est parfois déjà là, quand la famille d’origine a pris ses distances : la personne victime n’a plus que son couple, et son couple lui fait peur. Et il faut compter avec le doute des autres, qui peinent à imaginer qu’« entre deux femmes » il puisse y avoir des coups. Nous l’imaginons très bien, parce que nous l’entendons.
Il n’y a pas non plus d’âge ni de milieu qui protège. Nous voyons des couples de vingt ans où le contrôle passe par le téléphone et les réseaux, des couples de quarante ans où il passe par l’argent et les enfants, des couples de soixante-dix ans où la violence dure depuis un demi-siècle et où la personne victime se demande s’il est raisonnable de « tout casser maintenant ». Les diplômes, la profession, la religion ou la culture d’origine changent la façon dont la violence se raconte et se cache, pas son existence. Une magistrate, une infirmière, une cheffe d’entreprise peuvent être frappées chez elles ; un professeur, un pompier, un chirurgien peuvent l’être aussi. La maltraitance des personnes âgées et la violence envers les personnes handicapées croisent souvent la violence du couple, quand la dépendance physique s’ajoute au reste.
Le moment de la séparation : pourquoi il faut le préparer
Ce que nous savons de la clinique et de la recherche converge sur un point : la période où la personne victime annonce ou met en œuvre la séparation est celle où le danger est le plus élevé. L’auteur perd ce qu’il contrôlait, et c’est à ce moment que surviennent le plus souvent les gestes les plus graves. Dire cela ne vise pas à décourager de partir : cela vise à ce que le départ soit préparé plutôt qu’improvisé, avec des personnes sûres autour, et si possible sans que l’auteur soit prévenu du jour et de l’heure.
Si la situation bascule
Une menace de mort, une arme montrée ou évoquée, un étranglement, une violence devant les enfants, un « je préfère te tuer que te laisser partir » : ces signes marquent une aggravation qui ne doit pas attendre. En cas de danger immédiat, faites le 15 (SAMU). Prenez un rendez-vous au cabinet en téléconsultation le plus rapidement possible. Si Doctolib ne permet pas un rendez-vous immédiat, envoyez des textos WhatsApp ou/et SMS aux cliniciens du cabinet.
Voici les repères que nous travaillons avec les personnes qui envisagent de partir. Ils ne constituent ni une procédure ni une liste de démarches : ce sont des précautions de bon sens, que nous adaptons à chaque situation, et qu’il vaut mieux poser avant que la décision ne soit prise à chaud.
Une personne qui saitChoisissez une personne de confiance, amie, sœur, collègue, à qui vous dites ce qui se passe, même partiellement. Convenez d’un mot ou d’un message qui signifiera « viens » ou « appelle à l’aide » sans que vous ayez à l’expliquer.
Un endroit où allerSachez où vous iriez ce soir si vous deviez partir en dix minutes : chez qui, par quel moyen, avec quel argent. Ce n’est pas s’engager à partir, c’est se rendre la sortie possible.
Vos papiers et les leursCarte d’identité, carte vitale, documents des enfants, carnet de santé, quelques relevés, en original ou en copie, chez la personne de confiance ou dans un endroit accessible qui n’est pas la maison.
Le médecinAprès chaque violence physique, un médecin peut vous examiner et établir un certificat médical qui décrit ce qu’il constate. Vous n’avez rien à décider ce jour-là : le certificat existe, et vous en ferez l’usage que vous voudrez, plus tard ou jamais.
Le téléphoneVérifiez qu’il n’est pas localisé ou lu par l’autre, changez les mots de passe depuis un appareil qu’il ne touche pas, gardez-le chargé. Un vieux téléphone laissé chez une amie peut servir de secours.
Les enfantsUn enfant assez grand peut apprendre un lieu où se mettre à l’abri dans la maison et une personne à appeler, sans qu’on lui demande de protéger son parent. Nous en parlons avec vous à la section suivante.
Un rendez-vous pour vousPartir ou rester, ce que vous vivez mérite d’être posé avec quelqu’un qui ne vous presse pas. Au cabinet ou en téléconsultation, la première séance sert souvent à cela : regarder la carte avant de choisir la route.
Les violences ne s’arrêtent pas toujours avec le départ : messages, menaces, pressions par les enfants, procédures à répétition prennent parfois le relais. La page violences après la séparation est écrite pour cette période.
Les enfants dans la maison
« Ils dormaient », « on ne se dispute jamais devant eux », « il n’a jamais levé la main sur eux » : les parents que nous recevons voudraient que leurs enfants aient été épargnés, et c’est un vœu que nous comprenons. L’expérience nous oblige à dire autre chose. Les enfants entendent à travers les murs, lisent le visage de leur mère au petit-déjeuner, comptent les verres, repèrent le silence qui précède. Un enfant de quatre ans sait quel jour de la semaine il faut faire attention. Un enfant de dix ans a déjà choisi entre intervenir et se cacher, et il se le reproche quoi qu’il ait fait.
Ce qu’ils en gardent dépend de leur âge, de leur tempérament, de la durée et de ce qui les protège. Chez les plus petits, cela passe par le sommeil, l’alimentation, les régressions, l’agrippement. Chez les plus grands, par l’hypervigilance, les maux de ventre, la chute scolaire, les colères ou, à l’inverse, une sagesse inquiétante, celle de l’enfant qui ne veut surtout pas ajouter de problème. Certains prennent soin du parent victime comme s’ils étaient l’adulte : nous appelons cela la parentification, et c’est une charge trop lourde pour des épaules d’enfant. La page enfants exposés aux violences dans le couple décrit ces signes âge par âge et ce que notre pédopsychothérapeute fait avec eux.
Un mot encore, parce que c’est souvent la question qui fait le plus mal : un enfant qui a vu la violence n’est pas condamné à la reproduire. Il court un risque plus élevé, c’est vrai, mais ce risque dépend énormément de ce qui vient ensuite, d’un parent qui le protège, d’adultes qui lui expliquent, d’un lieu où en parler. Protéger l’enfant, c’est déjà changer son avenir.
Exemple fictif : Inès, 41 ans, « ce n’est pas un homme violent »
Inès n’existe pas ; sa situation est composée à partir de ce que nous entendons souvent.
Situation
Inès consulte pour des insomnies et « une boule au ventre permanente ». Elle vit depuis douze ans avec Fabien, deux enfants de neuf et six ans. Elle précise d’emblée que Fabien n’est pas violent : il ne l’a « jamais vraiment frappée ». En écoutant, on apprend qu’il a cassé deux téléphones, qu’il l’a plaquée contre le mur en janvier parce qu’elle rentrait d’un dîner avec des collègues, qu’il consulte ses messages et qu’il lui a demandé de quitter son poste à temps plein « pour les enfants ». Il s’excuse après chaque crise, pleure, dit qu’il ne se reconnaît pas. Inès ne voit plus sa meilleure amie, que Fabien trouve « toxique ». Elle se demande si elle n’est pas trop exigeante.
Quelle lecture nous paraît la plus juste ?
Vrai ou faux sur les violences conjugales
Quelques idées qui circulent, chez les proches comme chez les personnes concernées. Répondez, l’explication s’affiche tout de suite.
Affirmation 1
« S’il n’y a pas de coups, ce n’est pas de la violence conjugale. »
Faux. Les humiliations, les menaces, le contrôle de l’argent et des relations, la surveillance, les violences sexuelles sont des violences conjugales, et la loi elle-même précise que les violences sont réprimées quelle que soit leur nature, psychologiques comprises. Beaucoup de personnes que nous recevons n’ont jamais reçu de coup et sont pourtant détruites.
Affirmation 2
« Une personne qui reste, c’est qu’elle y trouve son compte. »
Faux. On reste par peur, par manque d’argent ou de logement, pour les enfants, par espoir que les promesses soient tenues, parce que l’emprise a brouillé la perception, par épuisement. Rester est souvent une stratégie de survie, et ceux qui jugent de l’extérieur ne mesurent pas le danger que la personne, elle, connaît.
Affirmation 3
« Le moment de la séparation est le plus dangereux. »
Vrai. C’est quand il perd le contrôle que l’auteur est le plus susceptible de passer à des gestes graves. C’est pourquoi un départ se prépare, avec des personnes sûres, sans annoncer le jour, et pourquoi les violences peuvent continuer après la rupture sous d’autres formes.
Affirmation 4
« L’alcool est la cause des violences conjugales. »
Faux. L’alcool abaisse les freins et aggrave souvent la violence, mais il ne l’explique pas : beaucoup d’auteurs ne boivent pas, et beaucoup de personnes qui boivent ne frappent personne. Attribuer la violence à l’alcool revient à la déplacer sur une bouteille, et à attendre un sevrage qui ne changerait pas la question du pouvoir.
Affirmation 5
« Une thérapie de couple peut aider un couple où il y a de la violence. »
C’est plus nuancé. Quand il s’agit d’un couple très conflictuel sans peur ni contrainte, oui, et nous le faisons. Quand l’un des deux a peur de l’autre, la séance à deux devient un lieu où la personne victime ne peut pas parler et paie ensuite ce qu’elle a dit. Nous commençons alors par recevoir chaque personne séparément, et la sécurité passe avant tout travail commun.
Affirmation 6
« Un homme peut être victime de violences conjugales. »
Vrai. Moins souvent que les femmes dans les enquêtes, et surtout pour les violences les plus graves, mais cela existe, et la honte d’en parler est redoutable. Nous recevons des hommes frappés, humiliés ou contrôlés, et nous les écoutons exactement comme nous écoutons une femme.
Ce que la loi dit, sans en faire un mode d’emploi
Nous ne sommes pas juristes, et déposer plainte est une démarche judiciaire que le cabinet n’organise pas. Mais les personnes que nous recevons découvrent souvent, avec un soulagement visible, que le droit a des mots pour ce qu’elles vivent et qu’il n’attend pas des coups pour les reconnaître. Voici quatre textes, cités pour ce qu’ils disent, pas pour ce qu’il faudrait en faire.
L’article 222-14-3 du code pénal précise que les violences sont réprimées quelle que soit leur nature, y compris lorsqu’elles sont psychologiques. L’article 222-33-2-1 du même code sanctionne le harcèlement d’un conjoint, d’un concubin ou d’un partenaire de PACS, actuel ou ancien, par des propos ou des comportements répétés qui dégradent ses conditions de vie et altèrent sa santé physique ou mentale. L’article 515-9 du code civil permet au juge aux affaires familiales de délivrer en urgence une ordonnance de protection lorsque des violences exercées au sein du couple, ou par un ancien partenaire, mettent en danger la personne ou ses enfants. Enfin, les articles 226-13 et 226-14 du code pénal règlent le secret professionnel : pour une victime majeure, un médecin ou un autre professionnel de santé ne peut s’adresser au procureur de la République qu’avec son accord, la seule dérogation visant le danger immédiat pour la vie d’une personne qui, sous l’emprise de son conjoint, ne peut pas se protéger. Autrement dit, c’est vous qui décidez de ce qu’un soignant porte à la justice, sauf si votre vie est en jeu. Texte vérifié le 30 octobre 2026.
Si vous engagez une procédure, elle se fera avec d’autres que nous ; notre place est avant, pendant et après, pour tenir pendant les mois qu’elle dure. La page violence et plainte réunit l’ensemble des textes vérifiés du dossier et explique ce que change le « je te crois » écrit du psy.
Ce que nous faisons au cabinet pour une personne victime de violences conjugales
Une grande part de notre pratique est consacrée aux personnes victimes de violences, et les violences conjugales en forment le cœur. Notre psychothérapeute est formé au trauma, à la dissociation et à l’addictologie, et c’est avec ce regard que nous recevons la personne, seule, sans son partenaire, au cabinet ou en téléconsultation. La téléconsultation est d’ailleurs souvent la seule porte possible pour quelqu’un qui ne peut pas justifier une absence : tout peut se faire à distance, y compris l’EMDR.
L’ordre des choses compte. La sécurité vient d’abord : tant que la personne vit sous la menace, nous travaillons à ce qu’elle dorme, qu’elle mange, qu’elle retrouve un peu de prise, qu’elle sache quoi faire si la situation bascule, et nous nommons ce qu’elle vit sans lui imposer de décision. Ensuite vient l’écoute, celle qui croit. Entendre « je vous crois » de quelqu’un dont le métier est d’écouter, d’évaluer puis de conclure, remet debout une personne à qui l’on a répété qu’elle inventait. Un bilan psycho-traumatique, parfois dissociatif, réalisé par le psychothérapeute après un rendez-vous préliminaire, mesure ce que les années de peur ont laissé ; son compte rendu écrit appartient à la personne, qui en fait l’usage qu’elle juge utile, auprès de ses proches, d’un médecin ou, si elle le décide, de la justice.
L’EMDR intervient quand la personne est à l’abri, ou suffisamment stabilisée : en séances longues de quatre-vingts minutes, elle permet de retraiter les scènes qui reviennent, la main sur la gorge, le regard des enfants, la phrase qui tourne en boucle. Les outils des TCC servent à reconstruire ce que la violence a démonté, la confiance en sa perception, la capacité à dire non, le repérage des signes dans une relation future. L’écoute analytique accueille ce qui, dans l’histoire de la personne, a pu rendre l’emprise plus facile à installer, sans jamais en faire une responsabilité : comprendre pourquoi on est resté n’a rien à voir avec être coupable d’être resté. Le lien avec le médecin, avec l’accord de la personne, fait partie du travail quand le corps a été atteint. La page sur notre approche des violences détaille cette façon de travailler, et se mettre en sécurité et à distance décrit l’étape de la stabilisation.
À retenir
Les violences conjugales s’assemblent : coups, mots, argent, corps, contrôle. Ce qui les distingue d’une dispute, c’est que l’un a peur et l’autre pas.
Rester a des raisons, qui sont l’effet de la violence elle-même : peur, espoir, enfants, argent, emprise, honte, attachement, épuisement.
La séparation est le moment le plus dangereux : elle se prépare, avec des personnes sûres.
Au cabinet, la sécurité passe d’abord, puis l’écoute qui croit, le bilan, l’EMDR quand on est à l’abri. Partir ou rester, vous pouvez consulter dès maintenant.
Questions fréquentes sur les violences conjugales
Comment savoir si je suis victime de violence conjugale ?
Posez-vous la question de la peur : avez-vous déjà renoncé à dire ou à faire quelque chose parce que vous saviez ce que cela coûterait ? Surveillez-vous l’heure, votre ton, votre façon de ranger pour éviter une crise ? Votre vie s’est-elle rétrécie, moins d’amis, moins de sorties, moins d’argent à vous ? Quand la réponse est oui, il ne s’agit plus d’un couple difficile mais d’une relation où l’un contraint l’autre. Le thermomètre de cette page et la page sur le doute aident à le poser.
Pourquoi les victimes de violences conjugales ne partent-elles pas ?
Parce que partir est dangereux, parce que l’argent, le logement et les papiers manquent, parce que les enfants sont là, parce que les excuses et les promesses redonnent espoir, parce que l’emprise a brouillé la perception, parce que la honte isole, et parce que la violence a épuisé la force qu’il faudrait pour partir. Ces raisons sont l’effet de la violence, pas une faiblesse de caractère, et c’est pour cela que l’on ne part pas seul.
La violence psychologique est-elle une violence conjugale ?
Oui. Humiliations, insultes, menaces, silences punitifs, surveillance, isolement, remise en cause de ce que vous percevez sont des violences, et le code pénal précise que les violences sont réprimées quelle que soit leur nature, psychologiques comprises. Elles laissent des traces aussi profondes que les coups, parfois plus durables, parce qu’elles atteignent la confiance en soi et en sa propre perception. Elles se soignent, notamment par l’EMDR et un travail sur l’estime de soi.
Que faire si mon conjoint est violent mais que je ne veux pas partir ?
Vous pouvez consulter sans avoir décidé quoi que ce soit. Nous recevons des personnes qui restent, qui hésitent, qui sont parties et revenues : le travail commence par votre sécurité, votre sommeil et une compréhension claire de ce qui se passe, pas par une injonction à partir. Savoir où vous iriez si cela tournait mal, avoir une personne qui sait, garder vos papiers accessibles sont des précautions qui ne vous engagent à rien et qui protègent.
Les hommes peuvent-ils être victimes de violences conjugales ?
Oui. Les enquêtes montrent que les femmes sont les plus touchées, surtout par les violences graves, mais des hommes sont frappés, humiliés, surveillés, privés de leurs enfants par la menace. Ce qu’ils décrivent de plus lourd, c’est la peur de ne pas être crus ou d’être moqués. Au cabinet, un homme victime est reçu exactement comme une femme, sans soupçon ni ironie, et le travail est le même : sécurité, écoute, bilan, EMDR.
Comment le cabinet aide-t-il une victime de violences conjugales ?
Nous recevons la personne seule, au cabinet ou en téléconsultation, et nous travaillons d’abord sa sécurité et sa stabilité. Un bilan psycho-traumatique, voire dissociatif, mesure ce que la peur a laissé ; son compte rendu écrit lui appartient. L’EMDR, en séances de quatre-vingts minutes, retraite les scènes qui reviennent quand la personne est à l’abri. Les outils des TCC et l’écoute analytique reconstruisent la confiance et éclairent l’histoire. Nous accompagnons avant, pendant et après une éventuelle plainte, sans l’organiser.
Les enfants sont-ils touchés s’ils ne voient pas les violences ?
Oui. Les enfants entendent à travers les murs, lisent les visages, repèrent la tension qui précède la crise, et beaucoup en gardent des troubles du sommeil, des maux de ventre, une hypervigilance, une chute scolaire ou une sagesse excessive. Un enfant exposé aux violences entre ses parents est considéré comme une victime, même sans coup reçu. Il n’est pas condamné à reproduire ce qu’il a vu, surtout s’il est protégé et s’il peut en parler.
Références
Livres, articles et liensQuelques références de cette page…
Les ouvrages et documents qui ont nourri cette page sur les violences dans le couple.
Lenore E. Walker, The Battered Woman, 1979 : la description du cycle de la violence (tension, explosion, réconciliation).
Evan Stark, Coercive Control. How Men Entrap Women in Personal Life, 2007 : le contrôle coercitif comme privation de liberté, au-delà des coups.
Marie-France Hirigoyen, Femmes sous emprise (2005), sous-titré « les ressorts de la violence dans le couple », sur l’installation de l’emprise conjugale.
Judith Lewis Herman, Trauma and Recovery, 1992 : la sécurité comme première étape du soin, avant la remémoration.
Ministère de la Justice, Guide des violences conjugales, 2023, pour les repères institutionnels cités sur cette page : justice.gouv.fr.
Organisation mondiale de la santé, fiche Injuries and violence, pour les ordres de grandeur sur la violence entre partenaires : who.int.
Que vous envisagiez de partir, que vous ayez choisi de rester ou que vous ne sachiez plus, un premier rendez-vous vous est ouvert, seul ou seule, au cabinet ou en téléconsultation. Nous vous croirons, nous regarderons avec vous ce qui vous protège, et le reste viendra à votre rythme.
La « loi de l’instrument », formulée par Abraham Kaplan en 1964 puis reprise par Abraham Maslow dans The Psychology of Science: A Reconnaissance (1966), rappelle qu’« il est tentant, si le seul outil dont on dispose est un marteau, de traiter tout comme si c’était un clou ».
En psychologie, une méthode ne peut pas répondre à toutes les situations. Forts de plusieurs décennies de pratique et de formations complémentaires, nous mobilisons de nombreux outils, choisis avec discernement, afin d’identifier rapidement les leviers les plus efficaces. Nous proposons ainsi un accompagnement aussi bref qu’efficace, tout en sachant accompagner aussi bien les suivis prolongés que le besoin d’un espace de parole régulier.