Violence physique : coups, bousculades, contrainte — la reconnaître, même sans trace
Une main qui serre le bras jusqu’à laisser une empreinte, un dos plaqué contre le mur du couloir, un téléphone qui vole à travers la pièce, une porte bloquée pour empêcher de sortir, une gifle « partie toute seule ». La violence physique commence bien avant le coup de poing, et elle n’a pas besoin de laisser une marque pour être grave. Cette page décrit ses gestes, explique pourquoi la peur qu’elle installe compte autant que les blessures, s’arrête sur les gestes qui demandent une attention médicale immédiate, et raconte comment nous accompagnons, au cabinet comme en téléconsultation, les personnes qui l’ont subie, hier ou il y a vingt ans.
La violence physique est toute atteinte au corps d’une personne, ou toute contrainte exercée sur ce corps, contre sa volonté. La définition paraît simple ; dans la réalité des consultations, elle ne l’est pas, parce que la plupart des personnes qui la subissent n’emploient pas ce mot. Elles disent « il s’est énervé », « elle m’a un peu poussé », « ça a dégénéré ». Nommer les gestes, un par un, est souvent la première chose que nous faisons ensemble.
Il y a les gestes que tout le monde reconnaît : les coups de poing, les coups de pied, les gifles, les objets utilisés pour frapper. Il y a ceux que l’on minimise : être bousculé, secoué par les épaules, attrapé par le bras ou par les cheveux, pincé, mordu, plaqué contre un mur, maintenu au sol, empêché de bouger. Il y a ceux que l’on ne classe nulle part : un objet lancé « à côté », un poing dans la cloison à dix centimètres du visage, une conduite volontairement dangereuse avec vous dans la voiture, la nourriture ou les médicaments que l’on force à prendre ou que l’on retire, le sommeil interrompu toute la nuit, la porte fermée à clé qui vous retient chez vous. Et il y a les gestes les plus graves, dont nous parlons plus bas : les mains autour du cou, l’oreiller sur le visage, les brûlures, l’usage d’une arme ou d’un objet qui en tient lieu.
Un point que nous tenons à poser d’emblée, parce qu’il libère beaucoup de personnes qui doutaient : la violence physique n’a pas besoin d’être répétée pour être grave. Une seule scène suffit à installer la peur. À l’inverse, toute relation où l’on crie ou l’on claque les portes n’est pas une relation violente : ce qui tranche, c’est le passage au corps de l’autre, et l’effet que ce passage produit. Pour situer ce que vous vivez parmi les autres formes, la page les huit formes de violence donne des repères, et la page est-ce de la violence ? aide quand le doute s’installe.
La gravité ne se mesure pas aux bleus
Nous entendons très souvent cette phrase : « je n’avais même pas de marque, alors je me suis dit que ce n’était rien ». Le raisonnement est compréhensible, et il est faux. Un bleu dit quelque chose de la force du geste, pas de sa gravité pour la personne. Beaucoup de gestes très violents ne laissent rien de visible : secouer quelqu’un, le bloquer contre un mur, le serrer à la gorge quelques secondes, le pousser sur un lit, l’empêcher de sortir d’une pièce. D’autres laissent des traces là où personne ne regarde, sous les vêtements, dans le cuir chevelu, et la personne apprend à les cacher.
Extrait de séanceNommer ce qui a été subi
Ce qui fait la gravité d’une violence physique, c’est d’abord ce qu’elle installe : la certitude que l’autre peut passer au corps, et qu’il le fera peut-être encore. À partir de cette première fois, la relation change de nature. On surveille la voix, les silences, la manière de poser un verre. On règle sa conduite sur l’humeur de l’autre. On apprend à se faire petit. Cette peur anticipée, nous la retrouvons chez des personnes qui n’ont été frappées qu’une fois, il y a des années, et chez d’autres qui l’ont été chaque semaine : elle ne se proportionne pas au nombre de coups.
La première fois mérite qu’on s’y arrête. Elle est presque toujours suivie d’une explication : la fatigue, l’alcool, la provocation, « tu m’as poussé à bout ». Elle est souvent suivie d’excuses, parfois de larmes, et d’une période de calme que décrit le cycle de la violence. La personne qui l’a subie se trouve alors devant un choix impossible : croire que c’était un accident, ou admettre que celui qu’elle aime est capable de cela. Beaucoup choisissent la première option, longtemps. Ce n’est ni de la naïveté ni de la faiblesse : c’est la façon dont l’esprit protège un lien dont il dépend. Nous le disons sans jugement, et nous ajoutons ce que l’expérience nous a appris : un geste qui a été possible une fois est, en règle générale, redevenu possible.
Faire le point : les gestes et la peur
Ce thermomètre n’est pas un test validé et il ne pose aucun diagnostic. Il sert à mettre côte à côte ce que vous avez subi et ce que cela vous fait, parce que c’est la réunion des deux qui compte. Cochez ce qui s’est produit au moins une fois, de la part d’un conjoint, d’un parent, d’un enfant devenu adulte, d’un collègue ou de quelqu’un d’autre. Rien n’est enregistré ni envoyé.
Pour un repère plus large sur l’ensemble de ce que vous vivez, le dossier propose un test en douze questions, pédagogique lui aussi.
Étranglement, étouffement : les gestes à prendre très au sérieux
Parmi tous les gestes de la violence physique, il y en a un dont nous parlons toujours, même quand la personne l’évoque en passant : les mains autour du cou. « Il m’a juste tenue à la gorge, pas longtemps, j’ai pu respirer après. » Ce geste a deux particularités. La première est médicale : la compression du cou peut blesser sans laisser de marque, et ses effets peuvent apparaître à distance. Une voix rauque, une gêne pour avaler, des maux de tête, des vertiges, une perte d’urine au moment des faits, un trou de mémoire, de petits points rouges dans les yeux ou sur la peau sont autant de signes qui méritent un examen médical, même plusieurs jours après. Le médecin examine, décrit et date ce qu’il constate ; nous travaillons en lien avec lui quand la personne le souhaite.
La seconde particularité est clinique. Les travaux de Nancy Glass et de Jacquelyn Campbell, aux États-Unis, ont montré qu’un étranglement non mortel dans le couple est l’un des facteurs les plus fortement associés au risque d’homicide ultérieur. Nous ne citons pas ce résultat pour effrayer, mais parce qu’il renverse une idée courante : ce geste n’est pas « moins grave qu’un coup » parce qu’il ne laisse pas de bleu. C’est l’un des plus graves. L’oreiller ou la main sur le visage pour empêcher de respirer relève de la même catégorie, comme les menaces avec un objet pouvant servir d’arme, les coups portés pendant une grossesse, et toute violence qui s’intensifie au moment où la personne parle de partir : la page violences après la séparation décrit ce moment particulier.
Si la violence est en cours ou peut recommencer
En cas de danger immédiat, faites le 15 (SAMU). Prenez un rendez-vous au cabinet en téléconsultation le plus rapidement possible. Si Doctolib ne permet pas un rendez-vous immédiat, envoyez des textos WhatsApp ou/et SMS aux cliniciens du cabinet.
La peur qui reste quand le geste est passé
Un coup dure une seconde. La peur qu’il laisse peut durer des années, et c’est elle que nous travaillons le plus en consultation. Elle a plusieurs visages. Il y a la peur anticipée, celle qui fait régler chaque geste de la journée sur l’humeur de l’autre : on écoute le pas dans l’escalier, on devine à la façon dont la clé tourne si la soirée sera calme. Il y a la peur dans le corps, qui ne demande pas l’avis de la pensée : le sursaut quand quelqu’un lève la main pour se recoiffer, le cœur qui s’emballe à une voix forte dans la rue, le recul instinctif quand un collègue s’approche trop vite. Il y a enfin la peur qui revient longtemps après, parfois chez une personne en sécurité depuis des années, réveillée par une odeur, une scène de film, la colère d’un inconnu dans un bus.
Pourquoi la peur dure-t-elle alors que le danger est passé ? Parce que la violence physique est enregistrée par le cerveau comme un danger de mort, même quand la personne ne s’est pas dit « je vais mourir ». Le psychologue et médecin Pierre Janet, dès 1889, décrivait ces souvenirs restés en dehors du récit ordinaire, qui reviennent sous forme de sensations et d’actes plutôt que de mots. Un siècle plus tard, Bessel van der Kolk a repris cette idée dans un titre devenu célèbre : le corps n’oublie rien. La page ce que la violence fait au cerveau détaille ces mécanismes ; celle sur la sidération et la dissociation explique pourquoi tant de personnes « n’ont pas bougé » pendant les faits, et pourquoi cela ne dit rien de leur consentement ni de leur courage.
Il faut dire aussi un mot de la peur qui s’est transformée en autre chose. Chez certaines personnes, elle est devenue une vigilance de tous les instants, épuisante, qui ressemble à de l’anxiété et se soigne autrement. Chez d’autres, une colère sourde, avec la crainte de devenir à son tour quelqu’un qui frappe : la page la colère après la violence en parle, et nous y rappelons qu’avoir été frappé n’est ni un destin ni une excuse. Chez d’autres encore, un engourdissement général, comme si plus rien ne pouvait atteindre ; c’est souvent le signe que le corps a baissé le volume pour tenir, et cela se travaille avec douceur.
Couple, famille, rue, travail : six scènes de violence physique
La violence physique ne se joue pas toujours entre un homme et une femme dans un appartement. Nous la rencontrons dans le couple, bien sûr, mais aussi entre un parent et un enfant, entre frères et sœurs devenus adultes, d’un fils envers une mère âgée, d’un patient envers une soignante, d’un inconnu dans la rue, d’un policier envers un manifestant. Retournez les cartes : chacune décrit une scène et ce qu’elle a de particulier.
Exemple fictif : Léa, 34 ans, « il ne m’a jamais vraiment frappée »
Un cas inventé pour cette page, composé à partir de ce que nous entendons souvent, et qui ne correspond à aucune personne réelle.
Situation
Léa vient pour des insomnies et des « crises d’angoisse ». Elle vit depuis quatre ans avec un homme qu’elle décrit comme passionné et jaloux. En racontant la semaine, elle mentionne, comme un détail, qu’il lui a arraché son téléphone des mains et l’a jeté contre le mur, qu’il la retient par le bras quand elle veut quitter une pièce pendant une dispute, qu’il l’a une fois poussée si fort qu’elle est tombée sur la table basse. Elle précise aussitôt : « mais il ne m’a jamais vraiment frappée, il n’est pas comme ça ». Elle sursaute quand une porte claque dans le couloir du cabinet.
Quelle lecture nous paraît la plus juste ?
Ce que le corps garde, et un souffle pour redescendre
Après des violences physiques, le corps reste longtemps en garde. Les épaules montent, la mâchoire serre, la nuque se raidit, le souffle se raccourcit et reste en haut de la poitrine. Des douleurs s’installent, parfois là où les coups ont porté, parfois ailleurs : le dos, le ventre, la tête. Le sommeil devient léger, interrompu par des réveils en sursaut ou des cauchemars dans lesquels on ne peut pas bouger. Chez certaines personnes, la sexualité s’éteint, parce que le corps qui a été frappé ne se laisse plus toucher sans alarme. Tous ces symptômes sont réels ; aucun n’est « dans la tête ». Ils méritent une évaluation médicale, pour ne pas laisser passer une séquelle des coups, et nous travaillons volontiers en lien avec le médecin. La page le corps après la violence les passe en revue.
L’exercice ci-dessous ne soigne rien à lui seul, mais il apprend quelque chose d’utile : une expiration plus longue que l’inspiration fait redescendre un corps en alerte, parce qu’elle sollicite le frein naturel du système nerveux. Après une violence, beaucoup de personnes ont perdu l’accès à ce frein ; le retrouver, deux minutes par jour, est une première reconquête. Si l’exercice vous met mal à l’aise, si fermer les yeux ou sentir votre souffle réveille la peur, arrêtez : c’est une information précieuse pour la suite, pas un échec.
D’autres exercices guidés, dont des séances de relaxation complètes, sont réunis sur la page relaxation. Pour les personnes qui ont vécu des violences, nous conseillons de commencer court et les yeux ouverts.
Le certificat médical et ce que la loi reconnaît
Après une violence physique, un médecin peut établir un certificat : il y décrit ce qu’il constate, les lésions comme les plaintes, et il date ce constat. C’est un fait médical, pas une démarche judiciaire, et il n’engage à rien : il garde une trace que la personne pourra utiliser plus tard si elle le décide, y compris des années après. Nous l’évoquons parce que beaucoup de personnes regrettent de ne pas l’avoir fait, et parce que les marques disparaissent vite. Ce que le médecin écrit lui appartient à elle : les articles 226-13 et 226-14 du code pénal posent que, pour une victime majeure, un professionnel de santé ne peut s’adresser au procureur de la République qu’avec son accord ; la seule dérogation vise le danger immédiat pour la vie d’une personne qui, sous l’emprise de son conjoint, ne peut pas se protéger. Pour un mineur, ou pour une personne que son âge ou une incapacité empêche de se protéger, la loi autorise à informer les autorités sans cet accord.
Deux autres textes méritent d’être connus, non pour ce qu’ils obligent à faire, mais pour ce qu’ils disent de ce que vous avez vécu. L’article 222-14-3 du code pénal précise que les violences sont réprimées quelle que soit leur nature : la loi n’attend pas une blessure visible pour parler de violence. Et l’article 515-9 du code civil permet au juge aux affaires familiales de délivrer en urgence une ordonnance de protection lorsque des violences dans le couple, ou d’un ancien partenaire, mettent en danger la personne ou ses enfants. Textes vérifiés le 30 octobre 2026.
Déposer plainte est une démarche judiciaire que nous n’organisons pas et que nous ne conseillons ni ne déconseillons. Ce qui nous revient, c’est d’être là avant, pendant et après, si vous la faites ; et d’être là tout autant si vous ne la faites jamais. Le travail psychique n’en dépend pas. La page violence et plainte réunit les textes vérifiés et décrit ce que change le compte rendu écrit d’un psy quand une procédure est engagée.
Vrai ou faux sur la violence physique
Sept affirmations que nous entendons régulièrement, de la bouche des personnes victimes comme de leur entourage. Répondez, puis lisez ce que la clinique en dit.
Affirmation 1
« Sans bleu ni certificat, ce n’était pas vraiment de la violence physique. »
Faux. Secouer, bloquer, retenir, serrer à la gorge, pousser sur un lit laissent rarement des marques. La violence se définit par le geste sur le corps et par la contrainte, pas par la couleur de la peau le lendemain.
Affirmation 2
« Une seule gifle, si elle ne se reproduit pas, n’a pas de conséquences. »
Faux. Une seule gifle apprend au corps que l’autre peut frapper. La peur anticipée qui en découle peut organiser une relation pendant des années, même si le geste ne revient jamais. Une violence n’a pas besoin d’être répétée pour être grave.
Affirmation 3
« Un étranglement, même bref et sans marque, est un geste grave. »
Vrai. La compression du cou peut blesser sans trace visible et ses effets peuvent apparaître à distance ; elle est aussi l’un des gestes les plus associés au risque d’homicide dans le couple. Un examen médical est utile, même tardif.
Affirmation 4
« Si je n’ai pas riposté, c’est que ce n’était pas si grave, ou que j’étais d’accord. »
Faux. Devant un danger, le corps choisit en une fraction de seconde entre fuir, lutter et se figer, et il se fige d’autant plus que l’agresseur est proche et que la menace semble écrasante. Ne pas résister ne signifie pas consentir.
Affirmation 5
« Sursauter des mois après, quand une porte claque, est une réaction fréquente. »
Vrai. Le cerveau a enregistré la scène comme un danger vital et garde l’alarme réglée très sensible. Le sursaut n’est pas de la fragilité : c’est la trace normale d’une violence, et elle se traite, notamment par l’EMDR.
Affirmation 6
« Avoir été frappé enfant condamne à frapper à son tour. »
Faux. L’exposition à la violence augmente un risque, elle ne fixe aucun destin, et la majorité des enfants frappés ne deviennent pas des adultes violents. Comprendre ce que l’on a subi est d’ailleurs l’une des meilleures protections contre la répétition.
Affirmation 7
« Le souvenir d’une agression peut revenir en sensations plutôt qu’en images. »
Vrai. Une pression sur le bras, une odeur, un bruit sourd peuvent ramener la scène sous forme de sensation corporelle, sans image ni mots. Ces retours ne prouvent ni n’infirment un souvenir oublié ; ils disent qu’une scène n’a pas fini d’être traitée.
Comment nous accompagnons après une violence physique
Une grande part de notre pratique est consacrée aux personnes victimes de violences, conjugales, familiales, dans la rue, au travail, en manifestation ou en garde à vue. Notre psychothérapeute est formé au trauma et à la dissociation ; cela change la façon dont nous recevons un récit de coups : nous ne demandons pas de preuve, nous ne cherchons pas la part de responsabilité de la personne, et nous ne lui disons pas ce qu’elle doit faire de sa relation. Nous commençons par la sécurité. Si la violence est en cours, le premier travail consiste à regarder ensemble, concrètement, comment être moins exposé : la page se mettre en sécurité décrit ce que cela veut dire. Tant que le corps est en danger, il ne peut pas se réparer.
Vient ensuite le temps de comprendre ce que la violence a laissé. Un bilan psycho-traumatique, voire dissociatif, est souvent utile avant d’engager l’EMDR : il mesure la place qu’ont prise les reviviscences, les évitements, l’hypervigilance, et il repère une dissociation qui demanderait de stabiliser d’abord. Il donne lieu à un compte rendu écrit, remis à la personne, qu’elle utilise comme elle l’entend. Ce compte rendu porte aussi une chose que nous considérons comme essentielle : le « je te crois » d’un psy, écrit noir sur blanc après des entretiens cliniques et des évaluations, qui pèse pour les proches qui doutaient et peut être lu par la justice si une procédure a lieu.
L’EMDR, en séances de 80 minutes, cible ensuite les scènes qui restent à vif : la première gifle, la chute, les mains sur le cou, la rue où l’on a été frappé. Il nous arrive de demander de raconter une scène précise minute par minute, quand c’est le moment et pas avant. Les outils de la TCC servent à reprendre pied dans le quotidien, à retrouver un trajet évité, à dormir. L’écoute analytique accueille ce que la violence réveille de plus ancien : une enfance où l’on frappait déjà, une loyauté qui empêche de partir, une culpabilité qui n’est pas la sienne, que la page la honte après des violences décrit. Tout cela peut se faire au cabinet, à Colombes, aux Pavillons-sous-Bois ou en Ardèche, et tout peut se faire en téléconsultation, y compris l’EMDR. Notre façon de travailler est détaillée sur la page notre approche des violences.
À retenir
La violence physique commence avec le premier geste sur le corps ou la première contrainte, pas avec le premier coup de poing ; elle n’a pas besoin de marque ni de répétition pour être grave.
Les mains autour du cou, l’étouffement, les menaces avec un objet et la violence qui monte au moment de partir sont les gestes les plus graves : un examen médical s’impose, même sans trace.
La peur qui reste, les sursauts, les douleurs et le sommeil fragile sont la trace normale de la violence, et ils se soignent, notamment par l’EMDR après un bilan.
Le certificat médical garde une trace ; ce qu’on en fait appartient à la personne. La plainte ne passe pas par nous ; l’accompagnement, oui, avant, pendant et après.
Questions fréquentes sur la violence physique
Est-ce de la violence physique si je n’ai pas de marque ?
Oui, cela peut l’être. La violence physique se définit par le geste porté sur le corps ou par la contrainte exercée sur lui, pas par la trace qu’il laisse. Secouer, pousser, retenir par le bras, bloquer contre un mur, serrer à la gorge, empêcher de sortir d’une pièce sont des violences physiques, et la plupart ne laissent aucun bleu. Ce qui en dit la gravité, c’est la peur qu’elles installent et la liberté qu’elles retirent. Si vous réglez vos gestes sur l’humeur de quelqu’un pour éviter que « ça parte », la question est déjà répondue.
Une seule gifle, est-ce grave ?
Une seule gifle change une relation, parce qu’elle apprend au corps que l’autre peut frapper. Beaucoup de personnes que nous recevons n’ont été frappées qu’une fois, parfois des années plus tôt, et vivent depuis dans une vigilance qui ne retombe pas. La gravité ne se mesure donc pas au nombre de coups. Ce qui compte ensuite, c’est ce qui a suivi : la reconnaissance du geste par son auteur, ou au contraire sa minimisation, et le retour éventuel de la menace. Dans tous les cas, en parler à quelqu’un qui sait écouter sans juger aide à sortir du doute.
Que faire après un étranglement, même bref ?
Consulter un médecin, même si vous respirez normalement et qu’il n’y a aucune marque. La compression du cou peut provoquer des lésions dont les signes apparaissent à distance : voix rauque, gêne pour avaler, maux de tête, vertiges, trou de mémoire, perte d’urine au moment des faits, petits points rouges dans les yeux. Le médecin examine, décrit et date ce qu’il constate. Sur le plan de la sécurité, un étranglement dans le couple est l’un des gestes les plus sérieux qui existent ; si le danger est immédiat, faites le 15, et prenez un rendez-vous au cabinet le plus vite possible.
Pourquoi je sursaute encore des mois après les coups ?
Parce que le cerveau a enregistré la violence comme un danger vital et qu’il a laissé l’alarme réglée très sensible. Un bruit sec, un geste brusque, une voix forte déclenchent la réaction prévue pour sauver la vie, alors que la pensée sait que rien ne menace. Ce décalage est la marque d’un souvenir traumatique, resté en dehors du récit ordinaire, qui revient en sensations plutôt qu’en mots. Il n’est pas un signe de fragilité et il ne s’efface pas par la volonté ; il se traite, en particulier par l’EMDR après un bilan psycho-traumatique.
Le certificat médical sert-il à quelque chose si je ne veux pas porter plainte ?
Oui. Le certificat garde une trace datée de ce que le médecin a constaté, lésions et plaintes, alors que les marques disparaissent en quelques jours. Il n’engage à rien : il vous appartient, et c’est vous qui décidez de ce qu’il devient, maintenant ou dans dix ans. Pour une victime majeure, la loi réserve d’ailleurs à la personne la décision de ce qu’un soignant transmet à la justice, hors danger immédiat pour la vie. Beaucoup de personnes regrettent de ne pas avoir fait établir ce document ; aucune, à notre connaissance, ne regrette de l’avoir fait.
Peut-on faire de l’EMDR pour des coups reçus dans l’enfance ?
Oui, et c’est l’une de ses indications les plus fréquentes. Les scènes de coups reçus enfant restent souvent à vif à l’âge adulte, sous forme de sursauts, de peur de l’autorité, de conviction d’avoir mérité ce qui arrive. Nous commençons par un bilan psycho-traumatique, voire dissociatif, pour mesurer ce que ces scènes occupent et vérifier que la personne est assez stable pour les retraiter. Les séances d’EMDR durent 80 minutes et ciblent les souvenirs un par un ; l’écoute analytique accueille ce que ce travail réveille sur l’histoire familiale. Tout peut se faire en téléconsultation.
Les hommes sont-ils aussi victimes de violence physique dans le couple ?
Oui. Nous recevons des hommes bousculés, griffés, frappés, menacés avec des objets par leur compagne ou leur compagnon, et ils mettent en général encore plus longtemps à le dire, parce que la honte est double : celle d’être frappé, et celle de ne pas correspondre à l’image d’un homme qui « se défend ». Les mécanismes sont les mêmes : la peur anticipée, la minimisation, l’espoir que cela cesse. Les couples de même sexe sont concernés aussi. Personne n’est reçu différemment au cabinet selon qui frappe et qui est frappé.
Références
Livres, articles et liensQuelques références de cette page…
Les travaux et documents sur lesquels s’appuie cette page.
Glass, N., Laughon, K., Campbell, J., et al. (2008). « Non-fatal strangulation is an important risk factor for homicide of women ». The Journal of Emergency Medicine, 35(3).
Campbell, J. C., Webster, D., Koziol-McLain, J., et al. (2003). « Risk factors for femicide in abusive relationships: results from a multisite case control study ». American Journal of Public Health, 93(7).
Walker, L. E. (1979). The Battered Woman. New York : Harper & Row.
Herman, J. L. (1992). Trauma and Recovery. New York : Basic Books.
Janet, P. (1889). L’Automatisme psychologique. Paris : Félix Alcan.
van der Kolk, B. (2014). The Body Keeps the Score ; traduction française Le Corps n’oublie rien, Paris : Albin Michel, 2018.
Shapiro, F. (2018). Eye Movement Desensitization and Reprocessing (EMDR) Therapy: Basic Principles, Protocols, and Procedures, 3e édition. New York : Guilford Press.
Bergeret, J. (1984). La Violence fondamentale. Paris : Dunod.
Mettre des mots sur des gestes, et retrouver un corps qui ne guette plus
Que les coups datent d’hier ou de l’enfance, qu’ils aient laissé des marques ou non, un premier rendez-vous permet de les nommer, de parler de sécurité et de choisir par où commencer. Au cabinet ou en téléconsultation, sans engagement, et accompagné si vous le souhaitez.
La « loi de l’instrument », formulée par Abraham Kaplan en 1964 puis reprise par Abraham Maslow dans The Psychology of Science: A Reconnaissance (1966), rappelle qu’« il est tentant, si le seul outil dont on dispose est un marteau, de traiter tout comme si c’était un clou ».
En psychologie, une méthode ne peut pas répondre à toutes les situations. Forts de plusieurs décennies de pratique et de formations complémentaires, nous mobilisons de nombreux outils, choisis avec discernement, afin d’identifier rapidement les leviers les plus efficaces. Nous proposons ainsi un accompagnement aussi bref qu’efficace, tout en sachant accompagner aussi bien les suivis prolongés que le besoin d’un espace de parole régulier.