Agression dans la rue, vol avec violence, braquage : quand le monde cesse d’être sûr
Un téléphone arraché avec un coup dans le dos, un inconnu qui frappe sur un quai de gare, une arme pointée derrière un comptoir, une bousculade qui finit au sol : l’agression dans l’espace public dure rarement plus d’une minute, et elle change pourtant quelque chose de fondamental. La ville que l’on traversait sans y penser devient un terrain à surveiller. Cette page décrit les réactions des premiers jours, les évitements qui s’installent sans bruit, l’hypervigilance qui épuise, la culpabilité du « j’aurais dû », et comment nous aidons, par la TCC et l’EMDR, à retrouver sa liberté de mouvement.
Ce qu’une agression change : la fin d’une évidence
Pour marcher dans une rue sans y penser, il faut une croyance que l’on ne formule jamais : celle que, sauf exception, les gens que l’on croise ne nous veulent pas de mal. Cette croyance n’est pas naïve, elle est nécessaire ; sans elle, aucune vie en ville n’est possible. Une agression la casse en quelques secondes. Et ce qui frappe les personnes que nous recevons, c’est moins le coup ou le vol que cette cassure : « je ne regarde plus les gens de la même façon », « je ne savais pas que ça pouvait m’arriver à moi », « je me croyais protégé ». Judith Herman a écrit, dans Trauma and Recovery (1992), que le traumatisme détruit les suppositions fondamentales sur la sécurité du monde, la valeur de soi et le sens des choses. L’agression de rue est l’illustration la plus courante de cette destruction.
Notre cabinet reçoit beaucoup de personnes qui ont subi une agression dans l’espace public : un vol à l’arraché qui a mal tourné, des coups reçus pour un regard, une agression sur un quai, un braquage derrière le comptoir d’un commerce, une attaque à la sortie d’un distributeur, une violence dans un parking. La plupart n’ont pas de blessure grave. Beaucoup ont déposé plainte, certaines non. Presque toutes disent, au premier rendez-vous, une phrase qui les gêne : « il ne m’est rien arrivé de si grave, je ne comprends pas pourquoi je n’arrive pas à passer à autre chose. » Cette page est écrite pour répondre à cette phrase.
Ce qui est arrivé est grave, non pas à cause des dégâts, mais à cause de ce que le corps a vécu : en une seconde, il a reçu l’information qu’il pouvait mourir ou être gravement atteint, sans prévenir, en plein jour, dans un lieu familier. Walter Cannon a décrit, dès 1915, la réaction de lutte ou de fuite que cette information déclenche : décharge d’adrénaline, cœur qui s’emballe, sang qui quitte les mains et le visage pour aller vers les muscles. Cette réaction a été conçue pour un danger bref. Quand elle ne redescend pas, ou quand elle se redéclenche à chaque silhouette qui approche trop vite, elle devient la source de presque tout ce que cette page décrit.
La rue, les transports, le comptoir, le domicile : quatre lieux, quatre empreintes
Toutes les agressions dans l’espace public ne laissent pas la même trace. Le lieu compte, parce qu’il détermine ce qu’il faudra réapprivoiser, et parce que certains lieux ne peuvent pas être évités. Choisissez celui qui vous concerne : chaque onglet décrit ce que nous observons le plus souvent.
Agressé dans la rue. Un vol à l’arraché avec chute, des coups pour un téléphone ou pour rien, une agression nocturne au retour d’une soirée. Ce que la rue a de particulier, c’est que l’on y revient forcément : on ne peut pas éviter d’être dehors. L’évitement se fait alors par détails, un trottoir, une heure, un quartier, les écouteurs que l’on ne met plus, le regard rivé au sol ou au contraire tournant sans cesse. Beaucoup décrivent la honte d’avoir eu peur devant des passants qui n’ont pas bougé, et une méfiance nouvelle envers tout inconnu qui marche derrière eux.
Agressé dans le métro, le train, le bus. Le lieu est fermé, en mouvement, impossible à quitter avant la station suivante, et l’on y est entouré de gens qui regardent ailleurs. L’empreinte est souvent celle du piège : ne pas pouvoir partir. Ensuite, le simple fait d’entendre les portes se fermer, de sentir la rame s’arrêter entre deux stations, de voir quelqu’un monter en courant, fait monter le cœur. Pour les personnes dont le trajet quotidien passe par là, l’agression est revécue deux fois par jour, et c’est souvent cela qui les amène au cabinet : elles ne peuvent plus aller travailler.
Braqué derrière un comptoir. Buralistes, bijoutiers, pharmaciens, caissiers, agents de guichet, chauffeurs, livreurs : le braquage a ceci de particulier qu’il arrive sur le lieu de travail, où il faut revenir le lendemain, parfois à la même place, face à la même porte. L’arme, réelle ou supposée, a produit une certitude de mort qui ne se discute pas. S’y ajoutent souvent la pression du métier, « il faut rouvrir », le sentiment d’avoir mal géré, la peur que les auteurs reviennent, et la culpabilité envers les collègues ou les clients présents. La page sur les violences au travail complète ce point.
Agressé chez soi. Un cambriolage où l’on était présent, une attaque sur le pas de la porte, une personne qui s’introduit de force. Le domicile n’est pas tout à fait l’espace public, mais l’empreinte est la pire des quatre, parce que l’endroit même où l’on devait pouvoir baisser la garde est devenu le lieu du danger. Il n’y a plus de refuge. Les personnes décrivent des nuits à écouter les bruits, des vérifications sans fin des portes, parfois un déménagement qui ne suffit pas, parce que la peur a déménagé avec elles. Ici, le travail commence presque toujours par retrouver un lieu sûr, réel ou intérieur.
Les réactions des premiers jours : normales, même quand elles effraient
Dans les heures qui suivent une agression, le corps continue de fonctionner en mode d’alerte. Certaines personnes tremblent, claquent des dents, pleurent sans pouvoir s’arrêter ; d’autres sont étrangement calmes, portent plainte avec précision, rassurent les proches, et s’effondrent trois jours plus tard. Beaucoup ne dorment pas la première nuit, ou dorment d’un sommeil léger traversé par la scène. La plupart repassent les secondes en boucle, cherchant ce qu’elles auraient pu faire autrement. Toutes ces réactions sont attendues : elles sont la façon dont l’organisme digère une décharge qu’il n’a pas pu utiliser. Nous le disons parce que la peur de ses propres réactions ajoute souvent une seconde couche à la première.
Deux moments particuliers méritent d’être décrits. Le premier est la sidération, pendant l’agression elle-même : beaucoup de personnes n’ont pas crié, pas couru, pas rendu les coups, et s’en veulent. Elles ont donné leur téléphone, leur sac, la caisse, sans discuter. Pierre Janet, puis les chercheurs qui l’ont suivi, ont montré que ce figement est une réponse de survie déclenchée sans décision quand lutter ou fuir paraissent impossibles ou trop dangereux. Il n’a rien à voir avec le courage, et il a probablement évité pire. La page sur la sidération et la dissociation face à la violence détaille ce mécanisme. Le second moment est le retour chez soi : la porte fermée, le corps lâche, et la personne découvre parfois qu’elle ne sait plus comment elle est rentrée. Ce trou n’est pas un oubli inquiétant, c’est la trace d’une mémoire qui a enregistré autrement.
Ce que nous observons ensuite, c’est que les réactions des premiers jours ne prédisent pas la suite. Une personne très secouée peut aller bien au bout de trois semaines ; une personne qui a « très bien géré » peut développer, un mois plus tard, un stress post-traumatique que personne n’avait vu venir. Ce qui compte, ce n’est pas l’intensité des premiers jours, mais ce qui se passe après : les réactions s’estompent-elles, ou s’organisent-elles en évitements et en alerte permanente ? Les deux sections suivantes décrivent ces deux cercles.
Les premières heures, et les jours qui suivent
Si vous avez été blessé, même sans marque apparente, surtout à la tête ou au cou, un médecin doit vous examiner ; il peut aussi décrire les lésions dans un certificat qui vous appartient. Et si, dans les jours qui suivent, la peur ou la honte deviennent une envie de ne plus être là, cette pensée se dit et se traite. En cas de danger immédiat, faites le 15 (SAMU). Prenez un rendez-vous au cabinet en téléconsultation le plus rapidement possible. Si Doctolib ne permet pas un rendez-vous immédiat, envoyez des textos WhatsApp ou/et SMS aux cliniciens du cabinet.
L’évitement : le cercle qui rétrécit la ville
L’évitement commence toujours raisonnablement. On ne repasse pas par la rue de l’agression, c’est compréhensible. On rentre un peu plus tôt. On prend le bus plutôt que le métro. On demande à quelqu’un de venir nous chercher. Chaque évitement soulage immédiatement, et c’est exactement là qu’est le piège : le soulagement apprend au cerveau que le lieu évité était bien dangereux, et que c’est l’évitement qui a sauvé. La fois suivante, la peur est un peu plus forte, l’évitement un peu plus large. Au bout de quelques mois, certaines personnes ne sortent plus seules, ne prennent plus les transports, ont changé de travail, et vivent dans un périmètre de quelques rues. Leur ville a rétréci sans qu’elles l’aient décidé.
C’est ce que la TCC appelle le cercle de l’évitement, et il est au cœur de ce qui transforme une peur normale en trouble durable. Le dossier anxiété lui consacre une page, phobies et évitement : le cercle qui nourrit la peur, et le mécanisme est le même ici, avec une différence importante : la peur n’est pas irrationnelle. Quelqu’un a bien frappé dans cette rue. C’est pourquoi nous ne disons jamais à une personne agressée que sa peur est exagérée. Nous lui disons que sa peur a raison sur le passé et tort sur le présent, et que le travail consiste à réapprendre au corps la différence entre les deux.
Les évitements les plus coûteux ne sont pas toujours les plus visibles. Ne plus mettre d’écouteurs, ne plus lire dans le train, ne plus regarder son téléphone en marchant, ne plus porter certains vêtements ou certains bijoux, ne plus sortir d’argent au distributeur, changer de trottoir dès qu’un groupe approche : autant de petits renoncements qui, additionnés, font que la personne n’habite plus la ville, elle la traverse en apnée. Les commerçants braqués décrivent une variante : ils rouvrent, parce qu’il le faut, mais ils ne tournent plus le dos à la porte, ils ont changé la disposition de la caisse, ils sursautent à chaque client qui entre vite. L’évitement est là, à l’intérieur du lieu que l’on ne peut pas quitter.
L’hypervigilance : un radar qui ne s’éteint plus
La seconde chose que l’agression installe est un radar. En marchant, la personne scanne : qui est derrière, qui approche, qui a les mains dans les poches, qui a la même silhouette, la même capuche, la même démarche que l’auteur. Dans le métro, elle repère les issues, se place dos au mur, ne s’assoit plus. Au comptoir, elle surveille la porte. Ce radar fonctionne sans arrêt, il consomme une énergie énorme, et il produit de fausses alertes en série : un adolescent qui court pour attraper son bus, un homme qui change de trottoir pour acheter du pain, un client pressé. À chaque fausse alerte, le cœur s’emballe, les mains deviennent moites, et le corps revit une fraction de seconde de l’agression.
Cette hypervigilance est épuisante, et elle est mal comprise par l’entourage, qui voit une personne « à cran », irritable, qui sursaute quand on lui touche l’épaule, qui ne supporte plus les terrasses bruyantes. Elle abîme le sommeil, parce que le radar ne s’éteint pas la nuit : la personne écoute les bruits, se relève pour vérifier la porte, se réveille en sursaut. Elle abîme la concentration, parce qu’une partie de l’attention est toujours mobilisée à surveiller. Et elle abîme les relations, parce qu’il est difficile d’écouter quelqu’un quand on surveille la rue derrière lui. Bessel van der Kolk, dans Le Corps n’oublie rien (2014), décrit ce corps qui reste en guerre alors que la paix est revenue : c’est exactement cela.
L’hypervigilance a aussi un effet plus subtil, dont les personnes parlent peu : elle change la façon de voir les autres. Les inconnus deviennent des menaces potentielles, et certaines personnes découvrent avec gêne qu’elles ont peur d’une catégorie de gens, un âge, une allure, une origine, qui ressemble à l’auteur. Ce n’est pas une opinion, c’est un réflexe de la mémoire traumatique, qui généralise à partir d’un seul événement pour protéger. Il se travaille, et il disparaît quand la scène d’origine est retraitée. Nous en parlons sans jugement, parce que la personne en a souvent honte et que la honte empêche d’en parler. La page sur les symptômes du stress post-traumatique décrit ce mécanisme parmi les autres.
Ce que vous reconnaissez depuis l’agression
Cochez les signes présents depuis les faits. Le thermomètre ne mesure pas la gravité de l’agression, mais le nombre de domaines de votre vie qu’elle a touchés. Rien n’est enregistré ; cet outil est pédagogique et ne pose aucun diagnostic.
« J’aurais dû » : la culpabilité après coup
J’aurais dû ne pas prendre cette rue. J’aurais dû ne pas sortir mon téléphone. J’aurais dû courir, crier, me défendre, ne pas me défendre. J’aurais dû voir qu’il me suivait. J’aurais dû fermer la boutique plus tôt. Les personnes agressées passent des heures à refaire la scène avec une version d’elles-mêmes qui aurait su, et chaque version se termine par un verdict : c’est de ma faute. Cette culpabilité est si fréquente qu’elle fait partie du tableau, et elle est si douloureuse qu’elle retarde souvent la consultation : on ne va pas demander de l’aide pour quelque chose qu’on croit avoir provoqué.
Elle repose sur une erreur de raisonnement que la TCC a bien décrite : le contrôle rétrospectif. Après coup, on connaît la fin de l’histoire, et on juge les choix du passé à la lumière de cette fin. Mais au moment de prendre cette rue, rien ne distinguait ce jour des mille autres où l’on l’avait prise sans incident. Au moment de donner le téléphone plutôt que de résister, le corps a évalué en une fraction de seconde qu’un téléphone valait moins qu’un coup de couteau, et il a eu raison. Se reprocher de ne pas avoir prévu, c’est exiger de soi d’avoir été voyant. Le dossier culpabilité et honte consacre une page à ces pièges de la pensée après un trauma, et nous les travaillons un par un.
Il faut ajouter que cette culpabilité a une fonction, et c’est pour cela qu’elle résiste aux arguments. Se croire responsable, c’est croire que l’on avait le contrôle, et donc qu’on pourra l’avoir la prochaine fois en faisant autrement. C’est moins effrayant que d’admettre que l’on n’y pouvait rien, et qu’on n’y pourra rien non plus demain. La culpabilité protège du hasard. La reconnaître ainsi, en séance, change beaucoup de choses : on cesse de se battre contre elle pour comprendre ce qu’elle protège, et l’on peut alors chercher une autre façon de supporter l’idée que le monde n’est pas entièrement maîtrisable. C’est l’un des endroits où l’écoute analytique et la TCC se complètent le mieux, et où l’EMDR, en retraitant la scène, retire à la question « qu’est-ce que j’aurais dû faire ? » sa charge émotionnelle : elle devient une question comme une autre, à laquelle on peut répondre « rien » sans que le ventre se serre.
Faire redescendre le corps avant de ressortir
Quand le radar s’allume, dans la rue, sur un quai, devant la porte de la boutique, le premier outil est le souffle. Non pas pour se raisonner, le raisonnement arrive trop tard quand le cœur bat à cent quarante, mais pour envoyer au corps un signal que la pensée ne peut pas envoyer : une expiration longue dit au système nerveux que le danger est passé, parce qu’on n’expire pas lentement quand on court. C’est un geste que nous apprenons aux personnes dès les premières séances, et que beaucoup utilisent ensuite avant de franchir le seuil d’un lieu évité. Essayez-le ici, assis, pour que le geste soit disponible le jour où il servira dehors.
Si l’exercice vous donne la tête qui tourne, respirez moins profondément : le souffle doit rester doux. D’autres exercices guidés, ancrage et cohérence cardiaque, sont réunis sur la page outils pour apaiser l’anxiété, et des séances complètes sur la page relaxation.
Retrouver le trajet, pas à pas
Reprendre la rue, la ligne de métro ou la place derrière le comptoir ne se fait pas en une fois, et pas en se forçant. Cela se fait par étapes, construites avec notre psychothérapeute à partir de votre situation : c’est ce que la TCC appelle l’exposition graduée, et c’est l’un des traitements les mieux établis de l’évitement. Voici à quoi ressemble, dans les grandes lignes, le chemin que nous parcourons avec les personnes agressées. Il s’adapte à chacune, et il s’appuie sur l’EMDR pour que la scène d’origine ait d’abord perdu sa charge.
Dresser la carteFaire ensemble la liste de ce que vous évitez, du plus facile au plus difficile : la rue voisine, la station d’avant, sortir le téléphone, mettre un écouteur, ouvrir la boutique seul le matin. On note pour chaque situation le niveau de peur attendu. Cette carte est souvent la première surprise : on ne mesurait pas à quel point la ville avait rétréci.
Installer les appuisAvant la première étape, le souffle, un lieu sûr intérieur, une phrase que l’on se dit, un geste d’ancrage, les pieds sur le sol, les mains sur un objet. Et, si une scène précise revient trop fort, une ou plusieurs séances d’EMDR pour la retraiter : on ne s’expose pas à la rue en portant encore toute la charge du coup.
Première étape, choisieLa situation la plus facile de la liste, à un moment calme, parfois accompagné. On y reste assez longtemps pour que la peur monte, puis redescende d’elle-même : c’est cette redescente, vécue sur place, qui apprend au corps que le lieu n’est plus le danger. Repartir au pic de la peur renforcerait l’évitement.
Répéter, puis monter d’un cranLa même étape plusieurs fois, jusqu’à ce qu’elle devienne banale, puis la suivante. Le rythme est le vôtre : certaines personnes montent une marche par semaine, d’autres une par mois. Les mauvais jours existent et ne sont pas des retours à zéro.
Faire face aux fausses alertesQuand le radar s’allume en route, un passant qui court, une porte qui claque, on utilise le souffle et l’on reste : on laisse l’alerte passer et l’on constate qu’il ne s’est rien passé. Chaque fausse alerte traversée affaiblit le radar.
Reprendre la liberté, pas seulement le trajetLe but n’est pas de refaire le trajet en serrant les dents, c’est de pouvoir à nouveau lire dans le métro, mettre ses écouteurs, flâner. On sait que c’est gagné quand on s’aperçoit, un soir, qu’on a traversé la rue des faits sans y penser.
Les commerçants et salariés braqués suivent une version adaptée de ce chemin : ils ne peuvent pas éviter le lieu, alors on travaille les évitements à l’intérieur du lieu, le dos tourné à la porte, la caisse ouverte, le client qui entre vite, et l’on prépare par le scénario du futur de l’EMDR les situations qui font encore peur. La page sur le scénario du futur en EMDR décrit cette préparation.
Comment nous accompagnons au cabinet après une agression
Notre psychothérapeute est formé au trauma et à la dissociation, et les personnes agressées dans l’espace public forment une part importante de celles que nous recevons pour des violences. Le premier rendez-vous sert à comprendre ce qui a changé depuis les faits : les lieux évités, le radar, le sommeil, la scène qui revient, la culpabilité, et ce que la personne portait déjà avant, parce qu’une agression réveille souvent des peurs plus anciennes. On peut venir accompagné, et tout peut se faire en téléconsultation, ce qui compte pour quelqu’un qui ne prend plus les transports : la téléconsultation est alors la première marche, et reprendre le trajet jusqu’au cabinet devient parfois un objectif du travail.
Pour les suites d’une agression, nous associons trois approches de poids égal, et leur association amplifie les résultats. La TCC est souvent le premier outil : comprendre le cercle de l’évitement et le radar, apprendre à faire redescendre le corps, dresser la carte, puis reprendre le terrain par étapes. L’EMDR, en séances longues de quatre-vingts minutes, retraite la scène elle-même, l’arme, le coup, la chute, le visage, les secondes de sidération, jusqu’à ce qu’elle devienne un souvenir passé plutôt qu’un présent qui se rejoue ; elle travaille aussi les déclencheurs d’aujourd’hui et prépare les situations à venir. Et l’écoute analytique entend ce que l’agression a réveillé : une insécurité ancienne, une histoire familiale de violence, une place de « celui qui gère » que le braquage a fait voler en éclats. La page EMDR ou TCC : différences et complémentarité explique comment ces deux approches se répondent.
Quand la personne décrit des moments d’absence, l’impression d’avoir vu la scène de l’extérieur, des trous dans le récit qui l’inquiètent, un bilan psycho-traumatique, voire dissociatif, réalisé par notre psychothérapeute après un rendez-vous préliminaire, précise la situation avant l’EMDR, et donne lieu à un compte rendu écrit que la personne garde et dont elle fait l’usage qu’elle juge utile. Nous travaillons en lien avec le médecin, avec l’accord de la personne, pour les blessures, le sommeil et un éventuel traitement, que nous ne prescrivons pas. Et si une plainte a été déposée, nous accompagnons avant, pendant et après les convocations, sans organiser la démarche, qui relève de la justice. La page notre approche des violences au cabinet décrit l’ensemble de cette façon de travailler.
À retenir
Une agression casse la croyance qui permet de marcher dans la rue sans y penser : c’est cette cassure, plus que le vol ou le coup, qui marque.
Les réactions des premiers jours sont normales et ne prédisent pas la suite ; ce qui compte, c’est si elles s’estompent ou s’organisent en évitements et en radar.
Chaque évitement soulage et renforce la peur ; la ville rétrécit sans qu’on l’ait décidé.
La culpabilité du « j’aurais dû » est un contrôle rétrospectif qui protège du hasard : elle se travaille.
Au cabinet : TCC (souffle, carte, exposition graduée), EMDR sur la scène en séances de quatre-vingts minutes, écoute analytique, bilan si besoin, au cabinet ou en téléconsultation.
Exemple fictif : Samuel, 46 ans, braqué dans son tabac
Samuel n’existe pas. Son histoire rassemble ce que nous entendons souvent chez les commerçants et salariés braqués.
Situation
Il y a cinq mois, deux hommes sont entrés dans le tabac de Samuel à l’heure de la fermeture. L’un a pointé une arme sur lui, l’autre a vidé la caisse. Cela a duré moins d’une minute. Samuel a rouvert le surlendemain, « parce qu’on ne peut pas se permettre de fermer ». Depuis, il ne tourne plus le dos à la porte, il a installé un miroir, il sursaute quand un client entre vite, il ferme une heure plus tôt en prétextant la fatigue, et il dort trois ou quatre heures en écoutant les bruits de la rue. Il a crié sur sa fille qui avait fait claquer la porte du garage. Il n’a jamais revu la scène « en vrai », dit-il, mais il sent l’arme dans son dos chaque fois qu’il se penche pour prendre un paquet sur l’étagère basse. Sa femme lui a proposé de consulter ; il a répondu qu’il n’avait pas été blessé et qu’un psy ne lui rendrait pas la caisse.
Que pensez-vous de sa situation ?
Vrai ou faux : six idées sur les suites d’une agression
Affirmation 1
« Pour éviter d’avoir peur, il vaut mieux ne plus repasser par le lieu de l’agression. »
Faux, passé les premiers jours. L’évitement soulage sur le moment et apprend au cerveau que le lieu est dangereux ; la peur grandit et s’étend à d’autres lieux. Reprendre le terrain par étapes, avec des appuis, est au contraire ce qui l’éteint. C’est l’un des traitements les mieux établis de l’évitement.
Affirmation 2
« On peut développer un stress post-traumatique après un vol à l’arraché sans blessure. »
Vrai. Ce qui compte n’est pas la lésion mais ce que le corps a vécu : une attaque soudaine, par surprise, dans un lieu familier, suffit à installer évitements, radar et scène qui revient. Les personnes « à qui il n’est rien arrivé de grave » forment une part importante de celles que nous recevons.
Affirmation 3
« Avoir donné son sac ou la caisse sans résister est un manque de courage. »
Faux. Le corps a évalué en une fraction de seconde qu’un objet valait moins qu’une blessure grave, et il a eu raison. Ne pas résister est une réponse de survie, pas une décision lâche. Se le reprocher après coup, c’est juger avec une information que l’on n’avait pas.
Affirmation 4
« Sursauter quand quelqu’un approche vite, des mois après, est un signe de mémoire traumatique. »
Vrai. Le radar prend un passant pressé pour l’auteur et déclenche l’alarme avant que la pensée ait reconnu l’erreur. C’est le fonctionnement d’une mémoire mal datée, pas une faiblesse ; il diminue à mesure que la scène d’origine est retraitée.
Affirmation 5
« Si la peur n’est pas passée après un mois, c’est qu’elle ne passera plus. »
Faux. Un mois est à peu près le délai à partir duquel on parle de stress post-traumatique installé, et c’est justement un trouble qui se traite bien, par la TCC et l’EMDR, même des années après. Ce qui ne passe pas seul passe avec un travail.
Affirmation 6
« Un commerçant braqué peut travailler sur sa peur sans fermer sa boutique. »
Vrai. Quand le lieu ne peut pas être évité, on travaille les évitements à l’intérieur du lieu, le dos tourné, la caisse, le client pressé, et l’on prépare les situations redoutées. Les séances peuvent se faire en téléconsultation, hors des heures d’ouverture.
Questions fréquentes après une agression dans la rue ou un braquage
Est-ce normal d’avoir encore peur de sortir des semaines après une agression ?
C’est fréquent, et cela ne veut pas dire que c’est sans importance. Dans les premiers jours, la peur est la suite attendue d’une alarme que le corps n’a pas pu utiliser. Quand elle dure au-delà de quelques semaines et qu’elle organise les sorties, les trajets et le sommeil, elle décrit un stress post-traumatique qui ne passera probablement pas seul, mais qui se traite bien : la TCC pour reprendre le terrain par étapes, l’EMDR pour retraiter la scène. Le bon moment pour consulter est celui où l’on s’aperçoit que la ville a rétréci.
Pourquoi est-ce que je sursaute et surveille tout le monde depuis mon agression ?
Parce que votre mémoire a appris, en une seconde, qu’une silhouette qui approche peut frapper, et qu’elle applique cette leçon à toutes les silhouettes pour vous protéger. C’est l’hypervigilance : un radar qui produit des fausses alertes en série, épuise, abîme le sommeil et la concentration, et fait parfois peur d’une catégorie de personnes qui ressemble à l’auteur. Ce n’est pas une opinion ni une faiblesse, c’est un réflexe de mémoire traumatique, qui s’éteint quand la scène d’origine est retraitée.
Je m’en veux de ne pas m’être défendu : est-ce que j’aurais dû ?
Non. Au moment des faits, votre corps a évalué en une fraction de seconde qu’un objet, un sac, une caisse, valait moins qu’une blessure grave, et il a probablement évité pire. Se figer ou céder sont des réponses de survie, pas des décisions lâches. Le « j’aurais dû » est un contrôle rétrospectif : on juge le passé avec la fin de l’histoire, que l’on ne connaissait pas. Cette culpabilité protège de l’idée que le hasard existe ; elle se comprend et se travaille, et l’EMDR lui retire sa charge.
Comment reprendre le métro ou le trajet où j’ai été agressé ?
Par étapes, construites avec notre psychothérapeute : dresser la carte de ce que vous évitez, du plus facile au plus difficile ; installer des appuis, le souffle, un ancrage, et retraiter en EMDR la scène si elle revient trop fort ; puis reprendre la situation la plus facile, y rester jusqu’à ce que la peur redescende d’elle-même, répéter, et monter d’un cran. Les fausses alertes en route se traversent avec le souffle. Le but n’est pas de refaire le trajet en serrant les dents, mais de pouvoir à nouveau y lire ou y rêver.
J’ai été braqué sur mon lieu de travail et je dois y retourner : que faire ?
Travailler les évitements à l’intérieur du lieu, puisque le lieu ne peut pas être évité : tourner le dos à la porte, ouvrir la caisse, accueillir un client qui entre vite, se pencher vers l’étagère basse. L’EMDR retraite la minute du braquage, puis prépare, par le scénario du futur, chaque situation redoutée. Le souffle sert derrière le comptoir quand le radar s’allume. Les séances peuvent avoir lieu en téléconsultation hors des heures d’ouverture, et le travail n’oblige pas à fermer la boutique.
Faut-il un bilan psychologique après une agression ?
Pas toujours. Il devient utile quand la personne décrit des moments d’absence, l’impression d’avoir vu la scène de l’extérieur, des trous dans le récit qui l’inquiètent, ou quand l’agression a réveillé des violences plus anciennes. Le bilan psycho-traumatique, voire dissociatif, réalisé par notre psychothérapeute après un rendez-vous préliminaire, précise alors la situation avant l’EMDR et donne lieu à un compte rendu écrit, que vous gardez et dont vous faites l’usage que vous jugez utile, auprès de votre médecin ou dans une éventuelle démarche.
Comment aider un proche qui a été agressé dans la rue ?
En ne minimisant pas, « tu as eu de la chance, ce n’était qu’un téléphone » annule ce qu’il a vécu, et en ne forçant pas le récit. En acceptant les évitements des premiers jours sans les organiser durablement à sa place : faire les trajets ensemble aide, les faire à sa place entretient la peur. En repérant l’irritabilité et les sursauts comme des signes d’alerte, pas comme du caractère. En proposant un rendez-vous au cabinet, éventuellement en l’accompagnant au premier. La page sur aider un proche victime de violence détaille ces points.
Références
Livres, articles et liensQuelques références de cette page…
Les travaux sur lesquels s’appuie cette page.
Pierre Janet, L’Automatisme psychologique (1889) : le figement et la dissociation devant une émotion trop forte.
Walter Cannon, Bodily Changes in Pain, Hunger, Fear and Rage (1915) : la réaction de lutte ou de fuite.
Sigmund Freud, Au-delà du principe de plaisir (1920) : l’effroi, surprise sans préparation, à l’origine du traumatisme.
Judith Herman, Trauma and Recovery (1992) : la destruction des suppositions fondamentales sur la sécurité du monde.
Bessel van der Kolk, Le Corps n’oublie rien (2014) : le corps qui reste en guerre après le danger.
Richard Tedeschi et Lawrence Calhoun, travaux sur la croissance post-traumatique (1996, 2004).
Boris Cyrulnik, Un merveilleux malheur (1999) : la reprise d’un développement après le traumatisme.
La rue, le quai, le comptoir : ce qui vous a été pris n’est pas seulement un objet, c’est la liberté d’aller sans y penser. Elle se reprend, par étapes, avec des appuis. Un premier rendez-vous, au cabinet ou en téléconsultation, permet de dresser la carte et de choisir la première marche.
La « loi de l’instrument », formulée par Abraham Kaplan en 1964 puis reprise par Abraham Maslow dans The Psychology of Science: A Reconnaissance (1966), rappelle qu’« il est tentant, si le seul outil dont on dispose est un marteau, de traiter tout comme si c’était un clou ».
En psychologie, une méthode ne peut pas répondre à toutes les situations. Forts de plusieurs décennies de pratique et de formations complémentaires, nous mobilisons de nombreux outils, choisis avec discernement, afin d’identifier rapidement les leviers les plus efficaces. Nous proposons ainsi un accompagnement aussi bref qu’efficace, tout en sachant accompagner aussi bien les suivis prolongés que le besoin d’un espace de parole régulier.