Violences au travail : humiliations, harcèlement, menaces, agressions
On passe au travail la moitié de ses journées éveillées. Quand il devient le lieu où l’on est rabaissé devant les autres, surveillé, menacé, touché sans l’avoir voulu, ou frappé par la personne que l’on était en train d’aider, ce n’est plus de la pression : c’est une violence, et elle a des effets précis sur la santé, le sommeil, la confiance et la façon de se regarder. Les salariés, les soignants, les enseignants, les agents d’accueil, les cadres et les indépendants que nous recevons arrivent souvent avec la même phrase : « je devrais savoir gérer ». Cette page explique pourquoi ils n’ont rien à savoir gérer, ce qui distingue une violence d’un management rude, pourquoi l’on se tait, et comment le cabinet accompagne, sans organiser les démarches qui relèvent de l’entreprise ou de la justice.
Les violences au travail recouvrent des situations très différentes, qui ont en commun de transformer un lieu où l’on vient produire, soigner, enseigner, servir, en un lieu où l’on a peur. Un supérieur qui humilie en réunion, des collègues qui organisent la mise à l’écart, des avances sexuelles répétées malgré le refus, des menaces à peine voilées sur l’avenir du poste, un patient qui frappe, un client qui insulte, un usager qui attend à la sortie. Certaines sont le fait de la hiérarchie, d’autres des pairs, d’autres encore du public que l’on sert. Certaines se répètent chaque jour, d’autres n’arrivent qu’une fois et suffisent.
Il faut d’abord les distinguer de ce qu’elles ne sont pas. Un travail exigeant, un chef sec, une réorganisation mal menée, des objectifs trop hauts produisent de la pression et de l’usure, et notre page sur le stress au travail leur est consacrée. La violence est autre chose : elle vise la personne et non la tâche, elle installe une peur et non une fatigue, elle crée une asymétrie où l’un peut et l’autre subit. Un désaccord même vif entre collègues reste un désaccord ; une humiliation calculée devant l’équipe n’en est pas un. Toute relation professionnelle difficile n’est pas violente, et une violence n’a pas besoin d’être quotidienne pour être grave : une agression unique au guichet peut marquer une vie de travail.
Une grande part de notre pratique concerne des personnes victimes de violences, et le travail y occupe une place importante, parce qu’il cumule deux difficultés : on ne peut pas s’en aller comme on quitte une soirée, et la violence y est souvent exercée par quelqu’un qui a un pouvoir réel sur votre avenir. C’est ce qui rend la parole si difficile, et ce qui explique que beaucoup consultent tard, quand le corps a déjà commencé à dire ce que la bouche refusait.
La jauge : ce que votre travail vous fait
Six curseurs pour le dernier mois. Il ne s’agit pas de mesurer votre charge de travail mais ce que les relations au travail font à votre sécurité intérieure. L’aiguille donne une image d’ensemble, et le commentaire sous la jauge vous oriente. Ce repère pédagogique n’est ni un questionnaire validé ni un diagnostic.
Quatre scènes : supérieur, collègues, harcèlement sexuel, usager
La violence au travail ne se vit pas de la même façon selon qui l’exerce. Choisissez l’onglet qui ressemble le plus à votre situation : chacun décrit ce qui se passe, ce que cela fait, et par où l’on commence.
Le pouvoir qui rabaisse. Le tableau de bord tourné en ridicule devant l’équipe, le mail collectif qui pointe une erreur, le soupir théâtral quand vous prenez la parole, les objectifs changés la veille pour pouvoir dire que vous avez échoué. Ce qui blesse n’est pas la critique, qui fait partie du travail, mais sa fonction : montrer qui tient l’autre. Beaucoup de personnes décrivent une alternance déroutante de compliments et d’attaques, qui les empêche de savoir où elles en sont et les fait redoubler d’efforts pour retrouver la faveur perdue.
Noter les faits, pas les impressions : date, lieu, mots exacts, témoins.
Cesser de chercher ce que vous auriez dû faire mieux : la règle change à chaque fois, ce n’est pas un problème de compétence.
Ne plus rester seul avec un supérieur qui vous humilie quand vous pouvez l’éviter ; répondre par écrit quand c’est possible.
Repérer le moment où vous commencez à penser comme lui à votre sujet : c’est là que le travail thérapeutique commence.
Le groupe qui expulse. Les conversations qui s’arrêtent quand vous entrez, les informations qui ne vous parviennent plus, les blagues dont vous êtes le sujet, la rumeur sur votre vie privée, le surnom. Le harcèlement entre pairs a ceci de particulier qu’il n’a souvent pas de chef : chacun n’a fait « qu’une petite chose », et la victime se retrouve seule face à un ensemble sans visage. Ce qui s’abîme en premier, c’est l’appartenance : on ne fait plus partie de l’équipe, et le corps le sait à chaque pause café.
Garder un allié, même un seul, à l’intérieur ou à l’extérieur du service.
Ne pas essayer de reconquérir le groupe par des efforts redoublés : c’est une stratégie qui épuise sans rien changer.
Distinguer ce qui relève de l’ambiance et ce qui relève de faits précis, que l’on peut écrire.
Prendre au sérieux l’effet sur l’estime de soi : la page sur les difficultés relationnelles au travail détaille cette frontière entre conflit et harcèlement.
Le corps et le désir imposés. Des remarques sur votre tenue, des messages la nuit, une main sur l’épaule qui descend, une porte fermée pour un entretien, une promotion suggérée contre un dîner, des plaisanteries sexuelles répétées malgré votre silence ou votre refus. Le harcèlement sexuel au travail prospère sur l’ambiguïté entretenue par l’auteur (« on rigole ») et sur la peur de la victime de passer pour prude, coincée, ou de perdre son poste. Hommes et femmes peuvent le subir ; les femmes beaucoup plus souvent, et les plus précaires le plus durement.
Votre gêne est l’indicateur, pas l’intention affichée de l’auteur.
Conserver les messages, noter les dates et les témoins éventuels.
Ne pas rester seul avec la personne quand c’est possible, sans avoir à vous justifier.
La honte et le dégoût qui durent après les faits se travaillent : la page violence sexuelle décrit ces mécanismes, y compris la sidération qui empêche de répondre sur le moment.
Frappé par celui que l’on servait. L’infirmière giflée par un proche de patient, le guichetier insulté puis menacé, le chauffeur de bus pris à la gorge, l’enseignante bousculée par un parent, la caissière braquée, le travailleur social dont on connaît l’adresse. L’agression par le public est une violence à part : elle vient de quelqu’un que l’on ne reverra peut-être jamais, mais le lieu, lui, on y retourne le lendemain, et l’on sait désormais qu’il peut arriver n’importe quoi, n’importe quand.
Faire constater les blessures, même légères, par un médecin : le certificat est un fait, pas une accusation.
Accepter que le corps mette du temps à redescendre : sursauts, insomnie, irritabilité sont la suite normale d’un danger réel.
Ne pas reprendre seul le poste le lendemain si vous tremblez encore, et le dire.
Une scène unique de ce type est exactement ce que l’EMDR cible le mieux, surtout quand elle est traitée sans trop attendre.
Les agressions par le public : soignants, guichets, enseignants
Les métiers qui mettent en contact avec le public concentrent une part importante des violences au travail. Les soignants des urgences, des services de psychiatrie et des maisons de retraite, les agents d’accueil des administrations, les enseignants, les conducteurs de transport, les commerçants, les travailleurs sociaux, les policiers et les pompiers en sont les premiers exposés. Notre page sur les métiers exposés à la violence détaille ce que chacun de ces métiers rencontre, et l’usure particulière qui vient de la souffrance des autres.
Ce qui frappe, dans ce que racontent ces professionnels, c’est le décalage entre la gravité de ce qu’ils ont vécu et la façon dont ils en parlent. « Ça fait partie du métier. » « On est formés pour ça. » « D’autres ont eu pire. » Cette minimisation est en partie une protection, nécessaire pour retourner au poste le lendemain ; elle devient un piège quand elle empêche de reconnaître que le corps, lui, a enregistré un danger de mort ou une humiliation profonde. Une aide-soignante qui sursaute désormais chaque fois qu’une porte de chambre s’ouvre brusquement n’a pas un problème de nerfs : elle a une mémoire traumatique en activité, et cela se soigne.
Un autre point revient souvent : la solitude après l’agression. L’institution produit un formulaire, parfois un entretien, rarement un lieu où déposer la peur. Les collègues, qui vivent la même exposition, ont besoin de croire que cela n’arrive qu’aux autres. La famille ne comprend pas qu’on y retourne. Nous recevons beaucoup de soignants et d’agents dans cette situation, souvent plusieurs semaines après les faits, quand l’insomnie ou l’évitement d’un service deviennent impossibles à cacher. Une agression unique, grave, se travaille bien en EMDR, et d’autant mieux qu’elle est prise sans trop attendre. Lorsque le danger venait d’une personne menaçante dans la rue ou lors d’un braquage, la page sur les agressions dans l’espace public complète celle-ci.
La honte professionnelle : « je devrais savoir gérer »
La honte est le sentiment le plus fréquent et le moins avoué chez les personnes qui subissent une violence au travail. Elle prend une forme particulière, que nous appelons la honte professionnelle : la conviction qu’un adulte compétent devrait être capable de se défendre, de remettre un supérieur à sa place, de calmer un patient agressif, de ne pas se laisser atteindre par des collègues. Ne pas y arriver est vécu comme une faute de métier, en plus de la blessure.
Cette honte s’explique. Le travail est l’un des lieux où l’adulte construit sa valeur, et la violence au travail attaque précisément cette valeur-là : on n’est plus seulement une personne humiliée, on est un professionnel qui a échoué à se protéger. Elle s’explique aussi par la sidération, cette réaction du corps devant une menace qui coupe la parole et fige les gestes ; la personne se revoit muette devant l’humiliation ou l’agression et se reproche ce silence, alors que c’est une réaction automatique, que personne ne choisit. Ne pas avoir réagi ne signifie ni faiblesse ni consentement. La page sur les réactions face à la violence détaille pourquoi la sidération protège sur le moment et déroute ensuite.
La honte a un effet concret : elle isole. On ne raconte pas à ses amis que son chef nous fait pleurer, on ne dit pas à son conjoint qu’un collègue nous touche, on n’avoue pas à ses collègues qu’on a eu peur d’un patient. On encaisse et on se tait, ce qui laisse le champ libre à l’auteur et prive la personne de ce qui l’aiderait le plus : un regard extérieur qui dise que ce n’est pas normal. Le travail sur la honte, décrit sur la page la honte après des violences, consiste d’abord à la remettre à sa place : elle appartient à celui qui humilie, pas à celui qui est humilié.
Pourquoi l’on se tait : la peur pour l’emploi
À la honte s’ajoute une peur très rationnelle : celle de perdre son travail, son contrat, sa titularisation, sa promotion, sa mutation, ou simplement la paix. L’auteur des violences a souvent un pouvoir réel sur ces choses-là, ou donne l’impression de l’avoir. Beaucoup de personnes calculent, à juste titre, que parler coûtera plus cher que subir, au moins à court terme. Celles qui ont des enfants, un prêt, un titre de séjour lié au contrat, une santé fragile ou un âge qui rend l’embauche difficile le calculent encore plus serré.
La loyauté joue aussi. On aime son métier, son service, ses patients, ses élèves. Dénoncer un collègue ou un chef, c’est, croit-on, trahir l’équipe, « plomber l’ambiance », fragiliser une structure déjà en difficulté. Les auteurs de violences le savent, et ils utilisent volontiers ce ressort : « tu veux vraiment faire ça à l’équipe ? ». Et puis il y a les témoins, ces collègues qui ont vu et qui regardent ailleurs, dont le silence valide celui de la victime : si personne ne dit rien, c’est peut-être que ce n’est pas si grave.
Il n’est pas question, sur cette page, de vous dire de parler ou de vous taire : ce choix vous appartient, et il dépend de votre situation réelle. Ce que nous constatons, en revanche, c’est que le silence tenu seul coûte très cher au corps et à l’estime de soi, et qu’il existe une troisième voie entre dénoncer et subir : en parler à quelqu’un qui n’a aucun pouvoir sur votre emploi, pour sortir de l’isolement, nommer ce qui se passe, et retrouver la liberté de décider. C’est l’une des raisons de consulter, et beaucoup de personnes viennent d’abord pour cela, avant toute autre démarche.
Les phrases qu’on vous répond
Quand une personne ose dire ce qu’elle vit au travail, elle reçoit souvent des réponses qui la renvoient au silence. Ces phrases ne sont pas toujours malveillantes ; elles traduisent la gêne de celui qui les prononce. Retournez les cartes pour voir ce qu’elles font, et ce qu’on pourrait entendre à la place.
Ce que la loi nomme
Le droit a des mots pour une part de ce que vous subissez, et savoir qu’ils existent change la façon d’en parler : on ne décrit plus un ressenti, on décrit des faits qui ont un nom. Voici trois textes, présentés comme des repères et non comme un mode d’emploi ; les démarches auprès de l’employeur ou de la justice ne passent pas par le cabinet.
L’article 222-33-2 du code pénal fait du harcèlement moral au travail un délit : des propos ou des comportements répétés qui ont pour objet ou pour effet une dégradation des conditions de travail susceptible de porter atteinte aux droits et à la dignité de la personne, d’altérer sa santé physique ou mentale ou de compromettre son avenir professionnel. La peine peut aller jusqu’à deux ans d’emprisonnement. Deux mots comptent : « répétés », qui distingue le harcèlement d’un conflit même dur, et « pour objet ou pour effet », qui signifie que l’intention de nuire n’a pas à être prouvée : ce que l’on provoque compte autant que ce que l’on voulait.
L’article 222-33 du même code sanctionne le harcèlement sexuel : des propos ou des comportements à connotation sexuelle ou sexiste, répétés, qui portent atteinte à la dignité de la personne parce qu’ils sont dégradants ou humiliants, ou qui créent à son encontre une situation intimidante, hostile ou offensante. Le texte y assimile aussi le fait d’user d’une pression grave pour obtenir un acte de nature sexuelle, et cela vaut même pour un fait unique. La peine prévue est de deux ans d’emprisonnement, davantage en cas de circonstances aggravantes, par exemple l’abus d’autorité. Enfin, l’article L1132-1 du code du travail interdit d’écarter une personne d’un recrutement, de la sanctionner ou de la licencier pour un motif discriminatoire ; la page sur les violences discriminatoires y revient. Texte vérifié le 30 octobre 2026.
Ces textes disent que ce que vous décrivez a un nom et n’est pas une affaire de susceptibilité. Ils ne disent pas comment on s’en remet, ni comment on tient pendant une procédure si l’on en engage une. L’ensemble des textes que nous citons dans ce dossier, et la façon dont nous accompagnons avant, pendant et après une plainte, sont réunis sur la page violence et plainte.
Le corps, le sommeil, et la frontière avec le burn-out
Le corps réagit à la violence au travail comme à n’importe quel danger, à ceci près que le danger revient chaque matin. Les personnes décrivent des réveils à l’aube avec la scène de la veille en tête, un estomac serré sur le trajet, des mains moites avant une réunion, une fatigue que le week-end ne répare plus, des infections à répétition, des douleurs de dos ou de mâchoire, parfois des crises d’angoisse sur le parking. Ces symptômes sont réels et méritent un regard médical ; nous travaillons en lien avec le médecin quand un arrêt ou un traitement est en cours.
Une question revient souvent : est-ce un burn-out ? Les deux peuvent coexister, mais ils ne se confondent pas. Le burn-out est une usure par la charge et la perte de sens : on s’est donné trop longtemps sans retour, et l’on se vide. La violence au travail est une atteinte par quelqu’un : on a été visé, et l’on a peur. Dans le premier cas, le repos et la reconstruction des frontières sont au centre ; dans le second, c’est la sécurité et le traitement des scènes qui priment, et le repos seul ne suffit pas, parce que les scènes reviennent pendant le repos. Notre page sur le burn-out professionnel décrit la première situation, et la différence entre une pression et une violence est souvent la première chose que nous aidons à démêler en consultation.
Un signe aide à trancher : ce qui se passe quand l’auteur est absent. Si une semaine sans lui vous rend votre sommeil et votre humeur, la violence relationnelle est au centre. Si la fatigue reste la même quel que soit l’interlocuteur, la charge pèse plus que la personne. Et quand une agression unique a eu lieu, le tableau ressemble souvent à un stress post-traumatique : sursauts, évitement du lieu, images qui reviennent, décrits sur la page symptômes du stress post-traumatique.
Vrai ou faux sur les violences au travail
Six affirmations qui circulent dans les bureaux, les services et les salles des professeurs. Répondez, l’explication s’affiche.
Affirmation 1
« Si personne d’autre ne se plaint, c’est que le problème vient de moi. »
Faux. Le silence des autres s’explique par la peur, la loyauté et l’habitude, pas par l’absence de problème. Beaucoup de personnes découvrent, après avoir parlé, que d’autres vivaient la même chose en silence. Et quand une seule personne est visée, c’est le propre du harcèlement de la choisir, pas un signe qu’elle l’a mérité.
Affirmation 2
« Se faire agresser par un patient ou un client fait partie du métier. »
Faux. Être exposé au public fait partie du métier ; être frappé, menacé ou insulté n’en fait pas partie, même si c’est fréquent. Cette phrase sert à tenir le lendemain, et elle devient un piège quand elle empêche de reconnaître que le corps a enregistré un danger réel, qui demande à être traité.
Affirmation 3
« Pour parler de harcèlement, il faut prouver que la personne voulait nuire. »
Faux. Le texte qui définit le harcèlement moral au travail parle de comportements qui ont « pour objet ou pour effet » de dégrader les conditions de travail : l’effet suffit. Cliniquement aussi, ce qui compte est ce que vous avez subi et ce que cela a produit, pas ce que l’auteur avait dans la tête.
Affirmation 4
« Noter les faits avec les dates, c’est devenir paranoïaque. »
Faux. Écrire les faits est au contraire ce qui protège de la confusion dans laquelle la violence plonge : la mémoire sous peur déforme, minimise ou grossit. Un cahier daté permet de voir la répétition, de distinguer les faits des impressions, et de parler calmement si l’on décide un jour de parler.
Affirmation 5
« Un arrêt de travail suffit à se remettre. »
C’est plus nuancé. L’arrêt met à distance et laisse le corps redescendre, ce qui est souvent indispensable. Mais la peur de la reprise, les scènes qui reviennent et la honte ne se dissolvent pas dans le repos ; elles attendent, et elles ressortent à la date du retour. L’arrêt est un temps utile pour travailler, pas un traitement à lui seul.
Affirmation 6
« Les hommes ne subissent pas de harcèlement sexuel au travail. »
Faux. Les femmes le subissent beaucoup plus souvent, mais des hommes en sont aussi victimes, de la part d’hommes ou de femmes, et leur honte est souvent redoublée par l’idée qu’un homme devrait s’en amuser ou s’en défendre. Nous les recevons, et leur parole compte autant.
Exemple fictif : Sonia, 38 ans, infirmière, « je sursaute quand une porte claque »
Sonia est un personnage inventé pour cette page. Son histoire rassemble des éléments que nous rencontrons souvent chez les soignants agressés dans l’exercice de leur métier.
Situation
Infirmière aux urgences depuis douze ans, Sonia a été frappée au visage par le frère d’un patient qui attendait depuis quatre heures. Elle a fini sa garde, a refusé qu’on appelle quelqu’un, et a repris le travail trois jours plus tard parce que l’équipe manquait de bras. Six semaines après, elle dort trois heures par nuit, sursaute quand une porte de box claque, a demandé deux fois à changer de secteur sans l’obtenir, et pleure dans sa voiture avant de rentrer chez elle. Elle n’en a parlé à personne, « parce que les collègues ont eu pire », et consulte parce que son fils de neuf ans lui a demandé pourquoi elle criait tout le temps.
Quelle approche vous semble la plus juste ?
Dans la suite que nous imaginons, Sonia reprend ses gardes après quelques séances, avec un collègue prévenu qui reste à portée de voix les premiers jours. Les sursauts s’espacent. Elle décide, plusieurs semaines plus tard et à tête reposée, de déclarer l’agression ; cette démarche lui appartient, et nous la soutenons pendant qu’elle la mène.
Comment nous accompagnons
Les personnes qui consultent pour une violence au travail n’ont souvent rien demandé à personne depuis des mois. La première séance sert donc à écouter, en entier et sans interruption, ce qui se passe, puis à le nommer avec des mots justes : une humiliation, un harcèlement, une agression, et non un « problème de communication ». Beaucoup disent que c’est la première fois qu’un professionnel leur dit que ce n’est pas normal. Cette parole-là, dite par quelqu’un dont le métier est d’évaluer, a déjà un effet.
Nous travaillons ensuite sur trois plans, dont le dosage dépend de chaque situation. L’EMDR, en séances de 80 minutes, cible les scènes qui restent à vif : le coup reçu, la réunion où l’on a été ridiculisé, la main qui s’est posée, l’entretien d’évaluation vécu comme un procès. Ces scènes maintiennent le corps en alerte à chaque signal qui leur ressemble, et c’est souvent elles qui expliquent qu’un simple mail du supérieur déclenche une tachycardie. Les outils de la TCC servent à retrouver de la prise : préparer un entretien, répéter une réponse, décider ce que l’on ne tolérera plus, revenir dans un lieu évité par étapes, mettre à l’épreuve la pensée « je devrais savoir gérer ». L’écoute analytique s’intéresse à ce que la situation rejoue : pourquoi cette difficulté à se défendre face à ce chef-là, quelle place de bon élève ou de sauveur l’on occupe, ce qui, dans l’histoire, a appris que se plaindre était interdit. Tant que ces questions restent muettes, les mêmes impasses se reproduisent d’un poste à l’autre.
Un bilan psychologique, réalisé par notre psychothérapeute après un rendez-vous préliminaire, est utile quand l’épuisement brouille tout ou quand une agression a laissé des traces traumatiques : un bilan psycho-traumatique permet de poser les choses avant l’EMDR. Un compte rendu écrit vous est remis, et vous en faites l’usage que vous jugez bon, y compris le garder pour vous. Si des plaintes d’attention ou de mémoire persistent, notre neuropsychologue peut compléter par un bilan neuropsychologique. Tout peut se faire au cabinet ou en téléconsultation, le soir ou entre deux services, ce qui compte quand l’agenda et la fatigue ne laissent pas de place. Nous travaillons en lien avec votre médecin si un arrêt ou un traitement est en cours. Et si vous décidez d’engager une démarche auprès de votre employeur ou de la justice, elle ne passe pas par nous ; nous sommes là avant, pendant et après, pour que vous la traversiez debout.
À retenir
La violence au travail vise la personne, installe la peur et crée une asymétrie ; la pression vise la tâche et produit de la fatigue. Ce n’est pas la même chose.
Une agression par un usager n’est pas un aléa du métier : le corps l’enregistre comme un danger réel, et cela se traite, d’autant mieux que c’est tôt.
La honte professionnelle et la peur pour l’emploi font taire ; en parler à quelqu’un qui n’a aucun pouvoir sur votre poste est une troisième voie entre dénoncer et subir.
Le droit nomme le harcèlement moral et sexuel sans exiger une intention de nuire ; les démarches ne passent pas par nous, l’accompagnement si.
EMDR pour les scènes, TCC pour reprendre la main, écoute analytique pour ce que la situation rejoue, bilan avec compte rendu écrit si besoin.
Si la menace est immédiate ou si l’envie de disparaître s’installe
Une menace précise d’un collègue, d’un supérieur ou d’un usager, ou des idées de mort qui reviennent après des mois d’humiliations, ne doivent pas attendre un créneau. En cas de danger immédiat, faites le 15 (SAMU). Prenez un rendez-vous au cabinet en téléconsultation le plus rapidement possible. Si Doctolib ne permet pas un rendez-vous immédiat, envoyez des textos WhatsApp ou/et SMS aux cliniciens du cabinet.
Questions fréquentes sur les violences au travail
Comment faire la différence entre un management dur et une violence au travail ?
Regardez ce qui est visé et ce que cela produit. Un management dur exige beaucoup sur la tâche, critique le travail, fixe des objectifs élevés ; il fatigue, il agace, mais il ne fait pas peur et il ne vous rabaisse pas en tant que personne. Une violence vise votre valeur, votre corps ou votre place : humiliations devant les autres, surveillance, mise à l’écart, menaces, gestes déplacés. Elle installe une peur en arrivant, et elle vous suit à la maison. Un signe simple : quand la personne est absente une semaine, retrouvez-vous votre sommeil ?
Je me suis fait agresser par un usager au travail : pourquoi je n’arrive pas à y retourner ?
Parce que votre corps a enregistré ce lieu comme dangereux, et qu’il fait son travail en vous empêchant d’y revenir. Sursauts, insomnies, images qui reviennent, évitement du secteur sont la suite normale d’une menace réelle, pas une faiblesse. Plus la scène est traitée tôt, plus vite elle cesse de commander. L’EMDR est particulièrement adaptée à une agression unique, et les outils de la TCC permettent de préparer le retour par étapes, avec un collègue à portée de voix les premiers jours si c’est possible.
Pourquoi ai-je honte alors que c’est moi qui ai subi ?
La honte après une violence au travail tient à deux choses. Le travail est un lieu où l’adulte construit sa valeur, et la violence attaque justement cette valeur : on se sent non seulement blessé mais incompétent à se protéger. Et la sidération, cette réaction automatique qui coupe la parole devant une menace, laisse le souvenir d’être resté muet, que l’on se reproche ensuite. Or ne pas avoir réagi ne signifie ni faiblesse ni accord. La honte appartient à celui qui humilie ; la remettre à sa place est l’un des premiers travaux en séance.
Faut-il quitter son emploi quand on subit une violence au travail ?
Ce n’est pas à nous d’en décider, et ce n’est pas une décision à prendre sous la peur. Partir est parfois la bonne issue, et parfois une fuite qui laisse intactes la scène vécue et la difficulté à se défendre, qui réapparaîtront ailleurs. Ce que nous proposons, c’est de retrouver d’abord un sol : dormir, ne plus sursauter, sortir de l’isolement, nommer ce qui se passe. La question de rester, de négocier ou de partir se pose ensuite, avec la tête claire, et la réponse vous appartient.
Violence au travail ou burn-out : est-ce la même chose ?
Non, même si les deux peuvent coexister. Le burn-out est une usure par la charge et la perte de sens : on s’est donné sans retour jusqu’à se vider, et le repos avec la reconstruction des frontières sont au centre. La violence au travail est une atteinte par quelqu’un : on a été visé, et l’on a peur. Le repos seul ne suffit pas, parce que les scènes reviennent pendant le repos. La sécurité, le traitement des scènes et le travail sur la honte priment. Démêler les deux est souvent le premier pas en consultation.
Peut-on consulter sans engager de démarche contre l’employeur ?
Oui, et c’est le cas de la plupart des personnes que nous recevons. Consulter ne vous engage à rien d’autre qu’à prendre soin de vous : ce qui se dit en séance reste en séance, et aucune démarche n’est organisée par le cabinet. Beaucoup viennent précisément pour parler à quelqu’un qui n’a aucun pouvoir sur leur emploi. Si vous décidez un jour d’agir auprès de l’employeur ou de la justice, nous vous accompagnons pendant cette période, et le compte rendu écrit d’un bilan vous appartient, pour l’usage que vous choisirez.
Que change l’EMDR pour une humiliation ou une agression au travail ?
Une scène d’humiliation ou d’agression reste souvent enregistrée « à vif », avec les émotions et les sensations du moment, et elle se rallume à chaque signal qui lui ressemble : un mail, une voix, une porte qui claque. L’EMDR, en séances de 80 minutes, permet de retraiter cette scène pour qu’elle devienne un souvenir ordinaire, désagréable mais inerte. Les personnes décrivent ensuite une baisse des sursauts, un sommeil qui revient et une capacité nouvelle à repenser aux faits sans être submergées. Un bilan psycho-traumatique peut précéder ce travail.
Références
Livres, articles et liensQuelques références de cette page…
Les travaux et sources qui ont nourri cette page.
Marie-France Hirigoyen, Le Harcèlement moral : la violence perverse au quotidien, Syros, 1998.
Heinz Leymann, Mobbing. La persécution au travail, Seuil, 1996.
Christophe Dejours, Souffrance en France. La banalisation de l’injustice sociale, Seuil, 1998.
Judith Lewis Herman, Trauma and Recovery, Basic Books, 1992.
Bessel van der Kolk, Le Corps n’oublie rien, Albin Michel, 2018 (édition originale 2014).
Parler à quelqu’un qui n’a aucun pouvoir sur votre poste
Vous n’avez rien à prouver ni rien à décider pour venir. Raconter ce qui se passe au travail à quelqu’un dont le métier est d’écouter et d’évaluer permet de sortir du silence, de nommer, et de retrouver la liberté de choisir la suite. Les séances se tiennent au cabinet ou en téléconsultation, en soirée si votre service l’exige.
La « loi de l’instrument », formulée par Abraham Kaplan en 1964 puis reprise par Abraham Maslow dans The Psychology of Science: A Reconnaissance (1966), rappelle qu’« il est tentant, si le seul outil dont on dispose est un marteau, de traiter tout comme si c’était un clou ».
En psychologie, une méthode ne peut pas répondre à toutes les situations. Forts de plusieurs décennies de pratique et de formations complémentaires, nous mobilisons de nombreux outils, choisis avec discernement, afin d’identifier rapidement les leviers les plus efficaces. Nous proposons ainsi un accompagnement aussi bref qu’efficace, tout en sachant accompagner aussi bien les suivis prolongés que le besoin d’un espace de parole régulier.