Maltraitance de l’enfant : coups, humiliations, négligence — la repérer, protéger, réparer
Un garçon de six ans qui lève le bras devant son visage quand un adulte fait un geste brusque pour attraper le sel. Une fille de neuf ans qui dit « je suis tombée » pour la troisième fois ce trimestre et qui s’applique à être parfaite. Un bébé qui ne pleure presque plus. Les enfants maltraités ne se ressemblent pas, et presque aucun ne dit ce qui lui arrive : il le montre, par son corps, ses jeux, ses silences et ses phrases de travers, à des adultes qui ne savent pas toujours lire. Cette page est écrite pour ces adultes, le parent qui protège, le grand-parent qui s’inquiète, l’enseignant, et pour l’adulte qui a été cet enfant. Elle décrit ce que la maltraitance fait, ce qu’un enfant en laisse voir selon son âge, et comment notre pédopsychothérapeute travaille avec lui et avec la famille qui le protège.
L’Organisation mondiale de la santé définit la maltraitance de l’enfant comme l’ensemble des violences physiques, sexuelles, psychologiques ou affectives et des négligences commises envers une personne de moins de dix-huit ans, dans le cadre d’une relation de responsabilité, de confiance ou de pouvoir, et qui portent ou risquent de porter atteinte à sa santé, à sa survie, à son développement ou à sa dignité. Quatre familles, donc : les coups et les gestes sur le corps ; les actes sexuels, dont l’inceste ; les humiliations, les menaces, le rejet, l’isolement, la terreur entretenue ; et la négligence, c’est-à-dire les besoins essentiels laissés sans réponse alors que les moyens d’y répondre existent.
Trois précisions nous paraissent indispensables, parce que les parents qui nous consultent butent dessus. La maltraitance ne suppose pas la volonté de nuire : un parent débordé, malade, pris dans ses propres violences passées, peut maltraiter en croyant éduquer. La maltraitance ne suppose pas la répétition : un seul geste peut suffire à blesser gravement un corps d’enfant et à installer pour longtemps la peur de l’adulte. Et elle ne se limite pas à ce qui laisse des marques : un enfant à qui l’on répète qu’il est une erreur, que l’on enferme, que l’on ignore pendant des jours, que l’on menace d’abandon, est un enfant maltraité au même titre que celui qui reçoit des coups.
Il faut aussi dire ce que la maltraitance n’est pas, pour ne pas affoler ni banaliser. Une punition proportionnée, une colère de parent suivie d’une réparation, une exigence scolaire élevée, un cadre strict ne sont pas des maltraitances. Ce qui fait la différence, c’est la peur installée, l’atteinte au corps ou à la dignité, la répétition ou la gravité, et l’absence de réparation : un enfant à qui l’on a crié dessus et à qui l’on dit ensuite « j’ai eu tort » apprend quelque chose d’utile ; un enfant à qui l’on fait comprendre qu’il a mérité les coups apprend qu’il est mauvais. Les critères généraux de la violence sont détaillés sur la page est-ce de la violence ?, et les enfants exposés aux violences entre leurs parents, qui sont eux aussi des victimes, ont leur propre page.
Ce qu’un enfant montre, ce qu’il cache, selon l’âge
Un enfant ne dit pas « on me maltraite ». À chaque âge, il le montre autrement, et il le cache autrement aussi. Choisissez l’âge de l’enfant qui vous préoccupe.
Le bébé et le tout-petit n’ont que leur corps pour parler. Ce qui alerte, c’est d’abord ce qui ne va pas dans le sens attendu : un bébé qui pleure très peu et ne cherche pas le regard, ou au contraire inconsolable ; un tout-petit qui se raidit quand on le prend, qui ne sourit pas, qui se balance seul, qui mange avec avidité ou refuse de manger ; un retard de langage ou de motricité qui ne s’explique pas ; des marques sur un enfant qui ne marche pas encore. Un très jeune enfant maltraité peut aussi paraître « trop sage », étrangement immobile, en veille permanente : les cliniciens parlent de vigilance gelée. À cet âge, il ne cache rien volontairement, mais tout dépend de ce que les adultes autour de lui acceptent de voir, et l’examen par un médecin est la première étape quand le corps inquiète. La page les émotions des bébés décrit ce qu’un nourrisson exprime.
Entre trois et six ans, l’enfant rejoue plus qu’il ne raconte. Il met en scène dans ses jeux des poupées que l’on frappe, que l’on enferme, des bébés que l’on jette, ou des gestes sexuels qu’un enfant de cet âge n’a pas à connaître. Il peut avoir peur d’un adulte précis, refuser d’aller chez quelqu’un sans pouvoir dire pourquoi, se figer ou lever le bras quand on fait un mouvement brusque, régresser, pipi au lit, langage de bébé, pouce, s’accrocher ou au contraire se laisser emmener par n’importe qui. Il dit parfois des phrases qui détonnent, « je suis méchant », « c’est ma faute si papa crie », et il arrive qu’il raconte un fait de façon détournée, à la troisième personne ou à propos d’un copain. Un enfant de cet âge peut aussi se taire parce qu’on lui a dit que c’était un secret, ou qu’il arriverait quelque chose à sa mère s’il parlait.
À l’école primaire, l’enfant a appris à cacher, et il cache bien. Il invente des chutes pour les bleus, porte des manches longues en juin, refuse la piscine. Il peut devenir hypervigilant, sursauter au moindre bruit, surveiller les visages, ou s’absenter en plein cours, le regard vide. Deux profils opposés se rencontrent : l’enfant parfait, qui ne dérange jamais, qui anticipe tout, qui arrive le premier et repart le dernier parce que l’école est le seul endroit sûr ; et l’enfant explosif, qui frappe, ment, vole, détruit, et que l’on punit pour les symptômes de ce qu’il subit. Les apprentissages fléchissent souvent, parce qu’un cerveau en alerte ne retient pas, et c’est parfois par une plainte d’attention que l’histoire arrive jusqu’à nous. Les maux de ventre et de tête, les troubles du sommeil, la tristesse de fond complètent le tableau : voir le trauma chez l’enfant.
À l’adolescence, la maltraitance se déguise en crise d’adolescence. Fugues, consommations, scarifications, troubles alimentaires, décrochage, conduites à risque, colères, mutisme : tout cela peut être lu comme « l’âge », et la souffrance passe à côté. L’adolescent maltraité a souvent intégré qu’il était le problème ; il protège ses parents, minimise, ou retourne la violence contre lui-même. Il peut aussi la retourner contre les autres, et se retrouver désigné comme violent sans que personne ne demande ce qu’il reçoit chez lui. Les idées noires sont fréquentes à cet âge quand la maison n’est pas sûre, et elles doivent être prises au sérieux : la page idées noires et risque suicidaire en parle. La téléconsultation est parfois la seule porte pour un adolescent qui ne peut pas justifier un rendez-vous.
Les signes qui méritent attention
Nous avons hésité à proposer une liste, parce que les listes affolent et qu’aucun signe, pris seul, ne prouve quoi que ce soit : un enfant peut avoir des bleus parce qu’il grimpe aux arbres, faire pipi au lit parce qu’un petit frère est né, et se dire nul parce qu’il a raté une dictée. Ce qui compte, c’est le faisceau, le changement par rapport à avant, et l’explication qui ne tient pas. Ce thermomètre sert à poser côte à côte ce que vous avez observé chez un enfant, pour en parler ensuite avec quelqu’un dont c’est le métier.
Ce que l’enfant dit, et comment répondre
Quand un enfant commence à parler, tout se joue dans les secondes qui suivent. Une question trop précise, une promesse de secret, un visage qui s’effondre, et il se referme pour des années. Ce que nous apprenons aux parents et aux adultes qui nous consultent tient en quelques principes : accueillir sans interroger, ne rien promettre que l’on ne pourra pas tenir, dire à l’enfant qu’il a bien fait et que ce n’est pas sa faute, ne pas suggérer de réponse, et laisser le travail d’exploration à ceux dont c’est le métier. Pour chaque phrase ou situation, choisissez la réponse qui nous paraît la plus juste.
« Je suis tombé dans l’escalier », pour la troisième fois ce mois-ci, avec des bleus sur les bras
« Si je te le dis, tu promets de ne le répéter à personne ? »
« C’est de ma faute, j’avais pas été sage »
« Je veux pas aller chez mamie dimanche », chez un enfant qui adorait y aller
« Papa m’a tapé avec la ceinture parce que j’ai renversé le verre »
Il ne dit rien, mais dessine sa famille sans lui, et une grande silhouette noire dans un coin
En mots d’adulte, cela donne par exemple : « je vois ces bleus et je m’inquiète pour toi, tu peux m’en parler quand tu veux » ; « je ne peux pas te promettre de garder un secret qui te fait du mal, mais je te promets de te dire tout ce que je fais » ; « rien de ce qu’un enfant fait ne mérite ça, c’est l’adulte qui n’a pas le droit » ; « qu’est-ce qui se passe chez mamie ? », puis on se tait ; « tu as bien fait de me le dire, je te crois, maintenant c’est à moi de m’en occuper » ; « raconte-moi ton dessin ». Le ton compte plus que les mots : calme, sans panique visible, et sans faire répéter.
Pourquoi l’enfant se tait, et pourquoi il se croit coupable
La question revient dans presque toutes les consultations de parents protecteurs : « pourquoi ne m’a-t-il rien dit ? » La réponse n’est pas un manque de confiance en eux. Un enfant maltraité se tait d’abord parce qu’il dépend de l’adulte qui le maltraite, et qu’un enfant ne peut pas se permettre de perdre l’adulte dont il dépend. Il se tait parce qu’on lui a dit que c’était un secret, que personne ne le croirait, que sa mère en mourrait, qu’il serait placé, que ce serait pire. Il se tait parce qu’il croit que c’est normal, puisqu’il n’a rien connu d’autre. Il se tait parce qu’il a honte, et la honte, chez un enfant, se traduit par la certitude d’être mauvais.
Il se tait enfin pour une raison plus profonde, que Sándor Ferenczi a décrite en 1932 dans un texte resté célèbre, « Confusion de langue entre les adultes et l’enfant ». Face à un adulte qui le terrifie, l’enfant n’a pas la force de se révolter : il s’identifie à l’agresseur, il devine ses désirs, s’y soumet, et il prend sur lui la culpabilité que l’adulte ne porte pas. C’est ainsi qu’un enfant frappé en vient à penser qu’il a mérité les coups, et qu’un adulte maltraité dans l’enfance peut passer sa vie à s’excuser d’exister. Comprendre ce mécanisme change la façon dont on écoute un enfant : quand il dit « c’est ma faute », il ne décrit pas un fait, il décrit la seule façon qu’il a trouvée de survivre au lien.
Cela explique aussi pourquoi la parole d’un enfant arrive souvent de travers, par morceaux, à propos d’un autre, dans un jeu, un dessin, une phrase lâchée en voiture, et pourquoi elle peut être retirée le lendemain quand l’enfant mesure ce qu’elle a déclenché. Une rétractation n’est pas un mensonge : c’est, très souvent, la peur qui reprend le dessus. C’est l’une des raisons pour lesquelles l’exploration de ce qui s’est passé demande une formation, un cadre et du temps, et ne doit pas être menée par le parent, aussi aimant soit-il. La page culpabilité et honte chez l’enfant prolonge ce point.
Le jeu, le dessin, les histoires : comment le pédopsychothérapeute écoute un enfant
Un enfant ne s’assoit pas en face d’un adulte pour raconter sa vie. Il joue, et c’est en jouant qu’il dit. Dans le cabinet de notre pédopsychothérapeute, il y a des figurines, des animaux, une maison de poupée, des feutres, des marionnettes, des livres. L’enfant choisit. Il fait dormir tous les personnages sauf un qui monte la garde, il enferme le loup puis le libère puis l’enferme encore, il dessine une maison sans porte, il demande qu’on lui lise dix fois l’histoire de l’ourson qui se cache. Rien de tout cela n’est interprété devant lui ni traduit en accusation : le jeu est le lieu où il met à distance ce qu’il ne peut pas dire, et où il reprend un peu de pouvoir sur ce qui lui a été imposé.
Le pédopsychothérapeute ne cherche pas à faire avouer, et il ne pose pas de questions fermées qui mettraient des mots dans la bouche de l’enfant. Il accompagne le jeu, nomme ce qu’il voit quand c’est utile, « ce petit-là a l’air d’avoir très peur », propose des histoires où un enfant est protégé, et laisse l’enfant venir à son rythme, parfois en plusieurs séances, parfois en quelques minutes. Avec les plus grands, le dessin, l’écriture, les cartes d’émotions et la parole directe prennent plus de place. L’enfant est reçu avec ses parents, seul, ou les deux dans la même séance, selon ce qui le met le plus à l’aise, et ce qu’il dit seul lui appartient, sauf ce qui engage sa sécurité, et il le sait dès le début.
Quand une scène précise est restée à vif, l’EMDR adapté à l’enfant permet de la retraiter, avec des histoires, des dessins, des tapotements alternés plutôt qu’un protocole d’adulte : la page l’EMDR chez l’enfant et l’adolescent explique comment, et EMDR et émotions de l’enfant décrit les outils. Cette étape ne vient qu’une fois l’enfant en sécurité : on ne retraite pas un souvenir chez un enfant qui va retourner le soir même dans la maison où il a été frappé.
Le parent protecteur : croire, protéger, tenir
Il y a presque toujours, autour d’un enfant maltraité, un adulte qui le protège ou qui pourrait le protéger : l’autre parent, un grand-parent, une tante, un beau-parent. C’est à cet adulte que cette section s’adresse, parce que la trajectoire de l’enfant dépend énormément de lui. Ce qu’un enfant maltraité a besoin d’entendre tient en trois mots, et il les attend de la personne qu’il aime : « je te crois ». Pas « tu es sûr ? », pas « il ne ferait jamais ça », pas « qu’est-ce que tu as fait pour qu’il s’énerve ? ». Le « je te crois » d’un parent est le premier refuge, et quand il manque, la blessure de n’être pas cru s’ajoute à la première et dure souvent plus longtemps.
Il y a une deuxième voix qui compte, et on en parle moins : celle du psy. Quand un pédopsychothérapeute, dont le métier est d’écouter, d’évaluer puis de conclure, dit à un enfant qu’il le croit, ce n’est pas une opinion de plus, c’est la vérité clinique qui parle, et cela remet debout un enfant qui doutait de sa propre parole. Écrit dans le compte rendu d’un bilan, appuyé sur des entretiens et des évaluations psychométriques et non sur une impression, ce « je te crois » change d’échelle : un parent qui hésitait se met à croire, l’école peut le lire, et si une procédure est engagée, la justice peut en tenir compte. L’enfant n’a plus à prouver seul qu’il ne ment pas. C’est l’une des raisons pour lesquelles nous attachons une si grande importance au bilan psychologique de l’enfant et à son compte rendu écrit, que la page violence et plainte explique plus en détail.
Le parent protecteur a aussi besoin d’être soutenu pour lui-même. Il se sent souvent coupable de n’avoir pas vu, ou d’avoir vu trop tard ; il doit tenir face à l’auteur, parfois son propre conjoint ou son propre parent ; il doit traverser des démarches qui le dépassent ; il doit continuer à faire les courses et les devoirs. Nous le recevons à part, et la culpabilité des parents fait partie de ce que nous travaillons avec lui, parce qu’un parent qui s’effondre protège moins bien. Protéger, concrètement, c’est d’abord mettre l’enfant hors de portée de l’adulte qui lui fait peur, faire examiner son corps par un médecin quand c’est nécessaire, et ne pas lui demander de porter la décision de ce qui va suivre.
L’adulte qui a été un enfant maltraité
Beaucoup des adultes que nous recevons n’ont jamais appelé maltraitance ce qu’ils ont vécu. Ils disent « une éducation stricte », « un père dur », « une mère qui ne supportait pas le bruit », et il faut parfois des mois pour qu’ils entendent, en se racontant, qu’un enfant enfermé dans une cave ou frappé jusqu’au sang n’a pas reçu une éducation. Ce qu’ils portent ressemble souvent à ce que Judith Herman a décrit en 1992 sous le nom de trauma complexe : une difficulté à réguler les émotions, une image de soi abîmée par la honte, des relations où ils rejouent la soumission ou la fuite, une méfiance de fond, parfois des moments d’absence ou de coupure qui relèvent de la dissociation. La page trauma complexe détaille ce tableau.
Deux prudences s’imposent, et nous les disons clairement. Des troubles de mémoire, des trous dans l’enfance, un malaise devant certaines personnes ne permettent pas à eux seuls de conclure à des violences oubliées : la mémoire d’enfance est lacunaire chez tout le monde, et ce que l’on reconstruit à partir d’une impression peut être faux. Ce que nous faisons, c’est écouter ce qui vient, sans le forcer ni le suggérer, et travailler avec ce qui est là. Et avoir été maltraité ne condamne pas à maltraiter : la peur de reproduire est l’une des raisons les plus fréquentes de consultation chez les jeunes parents qui ont été des enfants frappés, et cette peur est précisément ce qui les en protège, pour peu qu’ils puissent la déposer quelque part. La page observation et imitation de la violence explique ce que la recherche dit, et ne dit pas, de la répétition.
Pour l’adulte, le travail associe l’écoute analytique, qui permet de relire l’histoire et de desserrer la loyauté et la culpabilité prises sur soi dès l’enfance, l’EMDR en séances de quatre-vingts minutes pour les scènes qui restent présentes, après un bilan psycho-traumatique, voire dissociatif, qui pose le terrain, et les outils des TCC pour ce qui, aujourd’hui, rejoue la peur. Il n’y a pas d’âge pour commencer, et il n’est jamais trop tard pour qu’un adulte entende, de quelqu’un dont c’est le métier, que l’enfant qu’il était n’avait rien fait pour mériter cela.
Exemple fictif : Lina, 7 ans, « je suis tombée »
Lina est inventée pour cette page ; sa situation rassemble des éléments fréquents.
Situation
La mère de Lina, séparée du père depuis deux ans, consulte après un appel de l’enseignante : des bleus sur les bras, pour lesquels Lina a dit être tombée, et un changement net depuis la rentrée. Lina revient des week-ends chez son père silencieuse, fait de nouveau pipi au lit, et a dessiné en classe une famille où elle ne figure pas. Un soir, en voiture, elle a dit : « papa dit que je suis nulle et que c’est pour ça qu’il crie », puis elle a refusé d’en reparler. Sa mère se demande si elle n’imagine pas des choses à cause de la séparation, et elle a peur d’« accuser à tort ».
Que proposerions-nous ?
Qui peut parler : ce que la loi prévoit pour un enfant
Les adultes qui s’inquiètent pour un enfant se posent tous la même question : ai-je le droit, ai-je le devoir de dire ce que je sais ? Deux textes y répondent, et nous les citons pour ce qu’ils disent, sans en faire un mode d’emploi. L’article 226-14 du code pénal prévoit que le secret professionnel n’empêche pas d’informer les autorités judiciaires, médicales ou administratives de violences, y compris sexuelles, subies par un mineur, sans que son accord soit nécessaire, et qu’un signalement fait de bonne foi n’engage pas la responsabilité de son auteur. L’article 434-3 du même code fait de l’absence d’information des autorités une infraction pour toute personne qui a connaissance de violences ou d’atteintes sexuelles infligées à un mineur, punie de trois ans d’emprisonnement, et de cinq ans lorsque l’enfant a moins de quinze ans ; les personnes tenues au secret professionnel en sont exceptées, sauf disposition contraire de la loi. Texte vérifié le 30 octobre 2026.
Ce que ces textes disent, au fond, c’est qu’un enfant n’est pas laissé seul avec ce qu’il vit, et que l’adulte qui sait n’est pas censé se taire. La façon dont un signalement se fait, à qui et comment, relève de règles que nous ne détaillons pas ici parce qu’elles évoluent ; ce que nous faisons, c’est accompagner le parent protecteur avant, pendant et après, et remettre un compte rendu écrit du bilan de l’enfant, dont la famille fait l’usage qu’elle juge utile. L’ensemble des textes vérifiés du dossier est réuni sur la page violence et plainte.
Ce que nous faisons au cabinet pour un enfant maltraité et sa famille protectrice
Les enfants qui ont subi des violences, et les adultes qui ont été ces enfants, forment une part importante de notre pratique. Le premier rendez-vous se décide avec le parent protecteur : l’enfant avec lui, seul, ou les deux formules dans la même séance, au cabinet ou en téléconsultation pour les plus grands. Notre pédopsychothérapeute reçoit l’enfant par le jeu, le dessin et les histoires, sans jamais chercher à le faire avouer, et le parent est reçu à part, pour lui-même. Quand c’est le parent qui hésite à venir avec l’enfant, nous le recevons d’abord seul : beaucoup de choses se clarifient déjà dans cet entretien entre adultes.
Le bilan psychologique de l’enfant, réalisé par le pédopsychothérapeute dès la petite enfance, après un rendez-vous préliminaire, s’appuie sur des entretiens cliniques et des évaluations psychométriques ; son compte rendu écrit est remis à la famille, qui en fait l’usage qu’elle juge utile. C’est dans ce compte rendu que le « je te crois » du psy peut s’écrire noir sur blanc. Quand des plaintes d’attention, de mémoire ou d’apprentissage s’ajoutent au tableau, oublis, lenteur, résultats qui chutent, notre psychologue clinicienne spécialisée en neuropsychologie peut proposer un bilan neuropsychologique : il permet de savoir si ces difficultés sont la conséquence d’un cerveau en alerte ou si un TDAH, un trouble des apprentissages ou autre chose s’y mêle, et il arrive que les deux cliniciens travaillent ensemble. Voir les bilans et les enfants et adolescents au cabinet.
Le soin, ensuite, suit un ordre. La sécurité d’abord : tant que l’enfant retourne là où il a peur, le travail consiste à le stabiliser, à soutenir le parent protecteur, et à faire en sorte que l’école, avec l’accord de la famille, sache ce qu’elle peut faire de ce qu’elle voit ; nous pouvons prendre part à ces échanges. Puis la réparation : l’EMDR adapté à l’enfant pour les scènes restées à vif, l’écoute de ce que le jeu continue de dire, les outils des TCC adaptés à l’âge pour la peur, le sommeil, les colères. Le travail avec le médecin, avec l’accord de la famille, fait partie de l’ensemble quand le corps a été atteint. La page la résilience de l’enfant après une violence décrit ce qui protège, et notre approche des violences l’ensemble de notre façon de travailler.
Quand un enfant est en danger ce soir
Un enfant qui refuse de rentrer en pleurant, qui porte des marques fraîches, qui parle de mourir, qui révèle un geste sexuel, ou un adulte qui menace de s’en prendre à lui : la protection ne peut pas attendre le prochain rendez-vous. En cas de danger immédiat, faites le 15 (SAMU). Prenez un rendez-vous au cabinet en téléconsultation le plus rapidement possible. Si Doctolib ne permet pas un rendez-vous immédiat, envoyez des textos WhatsApp ou/et SMS aux cliniciens du cabinet.
À retenir
La maltraitance comprend les coups, les actes sexuels, les humiliations et le rejet, et la négligence ; elle ne suppose ni la volonté de nuire, ni la répétition, ni des marques visibles.
Un enfant ne dit pas, il montre : par le corps, le jeu, les régressions, l’hypervigilance, la sagesse excessive ou l’explosion. Ce qui compte, c’est le faisceau et le changement.
Il se tait par dépendance, par peur, par honte et parce qu’il prend sur lui la culpabilité de l’adulte ; quand il parle, accueillir sans interroger ni promettre le secret.
Le « je te crois » du parent vient en premier ; celui du psy, écrit dans un compte rendu, fait croire les autres. L’enfant est reçu par le jeu, le parent protecteur à part, et l’EMDR vient quand il est en sécurité.
Vrai ou faux sur la maltraitance de l’enfant
Des idées que nous entendons chez les parents, dans les familles et parfois à l’école. Répondez, l’explication s’affiche.
Affirmation 1
« Un enfant maltraité le dirait à sa mère ou à sa maîtresse. »
Faux. La plupart des enfants maltraités ne disent rien, ou le disent de travers, par morceaux, dans un jeu ou une phrase lâchée en voiture. Ils se taisent parce qu’ils dépendent de l’adulte qui les maltraite, parce qu’on leur a dit que c’était un secret, parce qu’ils ont honte et parce qu’ils croient que c’est leur faute. Le silence d’un enfant ne dit rien de ce qu’il vit.
Affirmation 2
« Quand un enfant se rétracte, c’est qu’il avait inventé. »
Faux. Une rétractation est très souvent la peur qui reprend le dessus, quand l’enfant mesure ce que sa parole a déclenché : la colère de l’adulte, l’effondrement du parent, la perspective d’un bouleversement. C’est l’une des raisons pour lesquelles l’exploration de ce qui s’est passé demande des professionnels formés et un cadre qui protège la parole de l’enfant.
Affirmation 3
« Humilier et rejeter un enfant sans jamais le frapper est une maltraitance. »
Vrai. La maltraitance psychologique, répéter à un enfant qu’il est une erreur, l’ignorer pendant des jours, le menacer d’abandon, l’enfermer, le terroriser, fait partie de la définition même de la maltraitance, et ses effets sur l’estime de soi et la confiance dans les adultes sont aussi durables que ceux des coups, parfois plus.
Affirmation 4
« Un enfant maltraité deviendra un parent maltraitant. »
Faux. Le risque est plus élevé, mais la plupart des adultes qui ont été maltraités ne maltraitent pas leurs enfants, et la peur de reproduire est justement ce qui les en protège quand ils peuvent la déposer quelque part. Avoir subi n’est ni un destin ni une excuse ; ce qui compte, c’est ce qui vient ensuite, la protection, la parole, le soin.
Affirmation 5
« Des trous de mémoire dans l’enfance sont le signe d’une maltraitance oubliée. »
C’est plus nuancé, et il faut être prudent. La mémoire d’enfance est lacunaire chez tout le monde, et des troubles de mémoire ne permettent pas à eux seuls de conclure à des violences oubliées. Des souvenirs peuvent revenir, de façon fragmentaire, et nous les écoutons sans les forcer ni les suggérer ; mais reconstruire une histoire à partir d’une impression peut conduire à des erreurs. Nous travaillons avec ce qui est là.
Affirmation 6
« Le parent qui protège a lui aussi besoin d’être aidé. »
Vrai. Il porte la culpabilité de n’avoir pas vu, la confrontation avec l’auteur, qui est parfois son conjoint ou son propre parent, des démarches qui le dépassent et la vie quotidienne à maintenir. Un parent qui s’effondre protège moins bien : nous le recevons à part, pour lui-même, et c’est une partie essentielle de la protection de l’enfant.
Questions fréquentes sur la maltraitance de l’enfant
Quels sont les signes d’un enfant maltraité ?
Aucun signe isolé ne prouve une maltraitance ; c’est le faisceau et le changement qui alertent. Des marques dont l’explication varie, un enfant qui se fige ou lève le bras devant un geste brusque, une sagesse excessive ou des explosions inexpliquées, des régressions, des cauchemars, une peur d’un adulte précis, des phrases comme « je suis méchant », des jeux ou des dessins qui mettent en scène des coups ou des gestes sexuels, des résultats qui chutent. Un médecin examine le corps ; un pédopsychothérapeute écoute le reste.
Comment réagir quand un enfant révèle une maltraitance ?
Rester calme, l’écouter sans l’interroger en détail, lui dire qu’il a bien fait de parler, que vous le croyez et que ce n’est pas sa faute. Ne pas lui promettre le secret, mais lui promettre de lui dire ce que vous faites. Ne pas suggérer de réponse ni lui faire répéter devant d’autres. Le mettre hors de portée de l’adulte qui lui fait peur, faire examiner son corps si nécessaire, et confier l’exploration de ce qui s’est passé à des professionnels formés. Puis prendre rendez-vous, pour lui et pour vous.
Pourquoi un enfant maltraité ne dit-il rien ?
Parce qu’il dépend de l’adulte qui le maltraite et qu’il ne peut pas se permettre de le perdre ; parce qu’on lui a dit que c’était un secret, que personne ne le croirait ou qu’il arriverait malheur à quelqu’un s’il parlait ; parce qu’il croit que c’est normal ; parce qu’il a honte ; et parce que, comme Ferenczi l’a décrit, il prend sur lui la culpabilité de l’adulte pour préserver le lien. Quand il dit « c’est ma faute », il décrit sa façon de survivre, pas un fait.
Comment un pédopsychothérapeute travaille-t-il avec un enfant maltraité ?
Par le jeu, le dessin et les histoires, qui sont la langue dans laquelle un enfant dit ce qu’il ne peut pas raconter, sans jamais chercher à le faire avouer ni lui poser de questions qui suggèrent la réponse. L’enfant est reçu avec son parent protecteur, seul, ou les deux, et ce qu’il dit seul lui appartient, sauf ce qui engage sa sécurité. Un bilan psychologique pose par écrit ce qui est observé. L’EMDR adapté à l’enfant vient plus tard, quand il est en sécurité, pour les scènes restées à vif.
Un adulte maltraité dans l’enfance peut-il encore se soigner ?
Oui, à tout âge. Beaucoup d’adultes n’ont jamais nommé maltraitance ce qu’ils ont vécu, et c’est en se racontant qu’ils l’entendent. Le travail associe l’écoute analytique, pour relire l’histoire et desserrer la culpabilité prise sur soi dès l’enfance, l’EMDR en séances de quatre-vingts minutes pour les scènes qui restent présentes, après un bilan psycho-traumatique, voire dissociatif, et les outils des TCC pour ce qui rejoue la peur aujourd’hui. La peur de reproduire est fréquente, et elle protège.
Suis-je obligé de signaler une maltraitance dont j’ai connaissance ?
Le code pénal fait de l’absence d’information des autorités une infraction pour toute personne qui a connaissance de violences ou d’atteintes sexuelles sur un mineur, avec une exception pour les professionnels tenus au secret, et il permet aux professionnels d’informer les autorités sans l’accord du mineur, un signalement de bonne foi n’engageant pas leur responsabilité. La façon de faire relève de règles que nous ne détaillons pas ; nous accompagnons le parent protecteur avant, pendant et après.
Faut-il faire un bilan pour un enfant qui a été maltraité ?
Le bilan psychologique de l’enfant, réalisé par le pédopsychothérapeute après un rendez-vous préliminaire, est souvent utile : il s’appuie sur des entretiens et des évaluations psychométriques, et son compte rendu écrit, remis à la famille, permet au « je te crois » du psy d’être lu par les parents, par l’école et, s’il y a procédure, par la justice. Un bilan neuropsychologique s’y ajoute quand des plaintes d’attention, de mémoire ou d’apprentissage persistent, pour savoir ce qui relève de l’alerte et ce qui relève d’autre chose.
Références
Livres, articles et liensQuelques références de cette page…
Définitions, travaux cliniques et recherches auxquels cette page sur l’enfant maltraité se réfère.
Organisation mondiale de la santé, fiche Maltraitance des enfants, pour la définition et les quatre formes : who.int.
Organisation mondiale de la santé, fiche Violence à l’encontre des enfants, sur les conséquences à long terme : who.int.
Sándor Ferenczi, « Confusion de langue entre les adultes et l’enfant », communication de 1932 publiée en 1933 : l’identification à l’agresseur et l’introjection de la culpabilité.
Judith Lewis Herman, Trauma and Recovery, 1992, pour la description du trauma complexe chez les adultes maltraités dans l’enfance.
Bessel van der Kolk, Le Corps n’oublie rien, 2014, sur les traces corporelles de la maltraitance précoce.
Boris Cyrulnik, Un merveilleux malheur, 1999, et Les Vilains Petits Canards, 2001, sur la reprise du développement après la maltraitance.
Emmy Werner et Ruth Smith, étude longitudinale de Kauai (1982, 1992) : les facteurs de protection chez les enfants exposés à l’adversité.
Un enfant qui est cru est un enfant qui peut guérir
Que vous soyez le parent qui protège, un proche qui s’inquiète, ou l’adulte qui a été cet enfant, un premier rendez-vous permet de poser ce que vous avez vu ou vécu avec quelqu’un dont c’est le métier de l’entendre. Entre adultes d’abord si vous le préférez, au cabinet ou en téléconsultation.
La « loi de l’instrument », formulée par Abraham Kaplan en 1964 puis reprise par Abraham Maslow dans The Psychology of Science: A Reconnaissance (1966), rappelle qu’« il est tentant, si le seul outil dont on dispose est un marteau, de traiter tout comme si c’était un clou ».
En psychologie, une méthode ne peut pas répondre à toutes les situations. Forts de plusieurs décennies de pratique et de formations complémentaires, nous mobilisons de nombreux outils, choisis avec discernement, afin d’identifier rapidement les leviers les plus efficaces. Nous proposons ainsi un accompagnement aussi bref qu’efficace, tout en sachant accompagner aussi bien les suivis prolongés que le besoin d’un espace de parole régulier.