La résilience de l’enfant après une violence : ce qui protège, ce que les parents peuvent faire
Un enfant qui a été frappé, humilié, ou qui a vu son père lever la main sur sa mère, n’est pas condamné. C’est la première chose que nous disons aux parents qui arrivent au cabinet avec cette peur dans les yeux : « est-ce qu’il est abîmé pour toujours ? » Les recherches sur la résilience, de l’étude de Kauai aux travaux de Michael Rutter, répondent non, à une condition qui tient en trois verbes : protéger, expliquer, jouer. Un enfant reprend son développement quand la violence cesse, quand un adulte stable lui dit ce qui s’est passé avec des mots de son âge, et quand il retrouve le droit de jouer, de dessiner, de raconter. Cette page décrit les facteurs qui protègent, le rôle de l’école et des adultes, et le travail du pédopsychothérapeute.
Reprendre un développement : ce que veut dire la résilience chez l’enfant
Le mot résilience vient de la physique des matériaux : il désigne la capacité d’un métal à reprendre sa forme après un choc. Appliqué à l’enfant, il a changé de sens, et c’est Boris Cyrulnik qui lui a donné en France sa définition la plus utile : reprendre un développement après un traumatisme. Pas revenir à l’état d’avant, ce qui n’existe pas, mais recommencer à grandir, à apprendre, à jouer, à aimer, en portant la trace de ce qui s’est passé. Un enfant résilient n’est pas un enfant qui n’a rien senti. C’est un enfant dont la croissance a repris.
Il faut insister sur ce point, parce qu’il corrige deux erreurs fréquentes. La première consiste à croire qu’un enfant qui ne montre rien va bien. Certains enfants exposés à la violence deviennent très sages, très performants, très attentifs aux adultes ; ils ont appris que leurs besoins passaient après la survie, et leur calme est une alarme silencieuse. La seconde erreur consiste à croire que l’enfant qui souffre visiblement, qui tape, qui mouille son lit, qui régresse, est en train de s’abîmer irrémédiablement. Ces signes sont au contraire le langage par lequel il dit ce qu’il ne peut pas encore raconter, et un enfant qui parle, même ainsi, est un enfant que l’on peut aider.
La résilience n’est pas non plus un trait que l’enfant aurait ou n’aurait pas. Le psychiatre Michael Rutter, dont les travaux font référence depuis les années quatre-vingt, l’a décrite comme un processus, qui dépend des rencontres, des circonstances et des moments, et non comme une qualité innée. Un même enfant peut rebondir après une violence et s’effondrer après une autre, selon ce qui l’entoure à ce moment-là. C’est une nouvelle rassurante pour les parents : la résilience de leur enfant dépend en grande partie de ce qu’ils vont faire maintenant. La page sur la résilience après une violence situe ces notions pour l’adulte ; celle-ci les applique à l’enfant.
Les facteurs de protection selon la recherche
En 1955, les psychologues Emmy Werner et Ruth Smith ont commencé à suivre tous les enfants nés cette année-là sur l’île de Kauai, à Hawaï, près de sept cents. Un tiers d’entre eux grandissaient dans des conditions très difficiles : pauvreté, violence familiale, alcoolisme d’un parent, maladie mentale. Quarante ans plus tard, les chercheuses ont constaté qu’environ un tiers de ces enfants à haut risque étaient devenus des adultes compétents, stables et attentifs aux autres. Elles ont cherché ce qui les distinguait. La réponse tenait moins à l’enfant lui-même qu’à ce qu’il avait trouvé autour de lui.
Trois familles de facteurs ressortaient. Du côté de l’enfant : un tempérament qui attire la sympathie des adultes, une capacité à demander de l’aide, un domaine où il réussit, lecture, sport, musique, bricolage. Du côté de la famille : au moins une personne, parent, grand-parent, frère ou sœur aîné, qui l’aimait sans condition et lui donnait des repères stables. Du côté de l’environnement : un enseignant, un voisin, un entraîneur, une communauté qui s’intéressait à lui et lui proposait des règles et des occasions de se rendre utile. Michael Rutter a ajouté des mécanismes : la réduction de l’exposition au danger, la rupture des cercles vicieux, l’estime de soi qui vient d’une réussite ou d’une relation sûre, et les « points tournants », ces moments où une rencontre ou un changement ouvrent une autre trajectoire.
La psychologue Ann Masten a résumé l’ensemble de ces recherches d’une formule devenue célèbre : la résilience est une « magie ordinaire ». Elle ne repose pas sur des qualités exceptionnelles mais sur des ressources banales, un adulte fiable, une école qui fonctionne, un cerveau qui se développe dans des conditions à peu près sûres. C’est pourquoi l’essentiel du travail, après une violence, consiste à remettre en place ces ressources ordinaires, et c’est ce que les sections suivantes détaillent. Pour comprendre ce que l’enfant exposé aux violences entre ses parents a vu et porté, la page enfants exposés aux violences dans le couple est le point de départ ; pour l’enfant directement maltraité, la page sur la maltraitance.
Ce que vous observez chez votre enfant, ces dernières semaines
Ce thermomètre ne mesure pas la résilience de votre enfant, qui ne se mesure pas. Il rassemble les signes par lesquels un enfant dit qu’il porte quelque chose de lourd. Cochez ce que vous avez remarqué depuis trois ou quatre semaines ; le verdict, écrit par notre pédopsychothérapeute, dit ce que nous ferions.
Si votre enfant a dit vouloir mourir, s’est blessé volontairement ou parle de disparaître, ne vous contentez pas du thermomètre : lisez l’encadré d’urgence plus bas et prenez rendez-vous le plus rapidement possible.
Selon son âge : ce qu’il perçoit, ce qui le protège, ce que nous faisons
Un enfant de deux ans et un adolescent de quinze ans ne vivent pas la même violence, même s’ils ont assisté à la même scène. Les onglets ci-dessous décrivent, pour chaque âge, ce que l’enfant perçoit, ce qui le protège le mieux, et comment notre pédopsychothérapeute travaille avec lui.
Avant 3 ans : il ne comprend pas, mais il enregistre tout. Le tout-petit ne saisit pas le sens des cris ni des coups, mais il perçoit la peur de l’adulte qui le porte, les variations de voix, la tension des bras, les ruptures de rythme. Il réagit par le corps : sommeil haché, pleurs inconsolables, refus de manger, retard dans le langage ou la marche, ou au contraire une passivité inquiétante. Ce qui le protège le plus, c’est la régularité : des horaires, des gestes, une voix qui redevient calme, et un adulte qui peut le consoler sans être lui-même submergé. À cet âge, notre pédopsychothérapeute travaille surtout avec le parent protecteur : l’aider à retrouver sa disponibilité, à comprendre ce que le bébé exprime, à rétablir des routines. L’enfant est présent, souvent dans les bras, et c’est la relation que l’on soigne.
De 3 à 6 ans : il pense que c’est à cause de lui. L’enfant d’âge préscolaire croit que le monde tourne autour de ses pensées et de ses actes. Si papa a crié, c’est parce qu’il a renversé son verre ; si maman pleure, c’est qu’il n’a pas été sage. Cette culpabilité magique est la grande vulnérabilité de cet âge, et la grande urgence : lui dire, et redire, que ce n’est pas sa faute, avec des mots simples. Il exprime ce qu’il porte par des régressions, pipi au lit, langage de bébé, par des peurs nouvelles, du noir, des monstres, de la séparation, et par le jeu, où il rejoue la scène avec des figurines. Notre pédopsychothérapeute travaille avec lui par le jeu, le dessin et les histoires : c’est sa langue. Une poupée qui a peur, un dessin de la maison, un conte où un petit animal trouve un refuge. L’EMDR existe aussi pour les petits, sous une forme adaptée, décrite dans EMDR et émotions de l’enfant.
De 6 à 11 ans : il comprend, il a honte, et il se tait. L’enfant d’âge scolaire sait que ce qui se passe chez lui n’est pas normal. Il compare avec les autres familles, il a honte, et il garde le secret, parfois parce qu’on le lui a demandé, parfois pour protéger le parent. Il peut prendre un rôle d’adulte, surveiller, consoler, s’interposer, ce que l’on appelle la parentification. À l’école, l’attention lâche, les résultats chutent ou, à l’inverse, il devient un élève parfait pour que tout tienne. Ce qui le protège : un adulte qui lève le secret et lui dit qu’il n’a pas à porter cela, une école qui comprend, une activité où il réussit, des amis. Notre pédopsychothérapeute le reçoit avec ses parents puis seul, et il travaille par le dessin, les histoires, les jeux à règles, puis, si une scène reste coincée, par l’EMDR. Quand les plaintes d’attention et de mémoire persistent, notre neuropsychologue peut proposer un bilan, pour distinguer l’effet de la violence d’autre chose.
À l’adolescence : il juge, il prend parti, il part ou il explose. L’adolescent comprend tout, et il a un avis. Il peut prendre le parti d’un parent contre l’autre, s’interposer physiquement, ou au contraire quitter la maison le plus possible. La violence vue ou subie se mêle aux questions de son âge : qui suis-je, quel homme ou quelle femme vais-je devenir, est-ce que je vais reproduire. Les signes sont ceux de l’adolescence en plus fort : isolement, colères, conduites à risque, chute scolaire, parfois des idées noires ou des gestes contre soi. Ce qui le protège : un adulte qui ne lui demande pas de choisir, un espace à lui, des pairs, et la possibilité de parler sans que cela retombe sur la famille. Notre pédopsychothérapeute le reçoit seul, et voit ses parents à d’autres moments. Quand l’adolescent ne sort plus, la téléconsultation est souvent la première étape qui rend la rencontre possible. La page sur le trauma chez l’enfant et l’adolescent détaille les signes propres à cet âge.
Un adulte stable : le facteur qui compte le plus
S’il fallait ne retenir qu’un seul résultat de soixante ans de recherches sur la résilience des enfants, ce serait celui-là : la présence d’au moins un adulte stable, fiable, qui croit l’enfant et le protège. Pas un adulte parfait. Un adulte qui est là demain comme aujourd’hui, qui dit ce qu’il va faire et le fait, qui ne change pas d’humeur sans prévenir, et qui, quand l’enfant raconte, ne s’effondre pas et ne doute pas. Ce peut être le parent protecteur, une grand-mère, un oncle, une enseignante, un éducateur. Ce que Boris Cyrulnik appelle un tuteur de résilience, et dont la page consacrée aux tuteurs décrit les formes.
Trois qualités de cet adulte comptent plus que les autres. La prévisibilité, d’abord : un enfant qui a vécu dans l’imprévisible a besoin de savoir ce qui va se passer, à quelle heure, avec qui. Les routines ne sont pas des contraintes, ce sont des murs porteurs. La capacité à entendre, ensuite : quand l’enfant parle, l’adulte écoute jusqu’au bout, ne pose pas vingt questions, ne corrige pas, ne pleure pas plus fort que lui. Le « je te crois », enfin : dit sans réserve, il remet debout un enfant qui doutait de sa propre perception, parce qu’on lui a répété que ce n’était rien, ou que c’était lui.
Ce « je te crois » a un second étage, dont on parle moins. Celui des parents vient en premier et reste le plus important. Celui du psy a une autre portée : parce qu’il vient de quelqu’un dont le métier est d’écouter, d’évaluer et de conclure, il ne vaut pas comme une opinion de plus, mais comme une lecture clinique. Écrit dans le compte rendu d’un bilan, appuyé sur des entretiens et des évaluations psychométriques, il peut être lu par l’autre parent qui hésitait, par l’école, et, si une procédure est engagée, par la justice, qui peut en tenir compte. L’enfant cesse alors d’avoir à prouver qu’il ne ment pas. C’est l’une des raisons pour lesquelles nous attachons une grande importance au bilan psychologique de l’enfant, et à son compte rendu écrit.
Parler à l’enfant : quoi dire, quoi ne pas dire
Les parents nous demandent presque toujours s’il faut parler à l’enfant de ce qui s’est passé, et la réponse est oui, à une condition : avec des mots de son âge, et sans en dire plus qu’il n’en demande. Françoise Dolto répétait que l’enfant sait toujours, même quand il ne comprend pas, et que ce qui le blesse n’est pas la vérité mais le silence qui l’entoure. Un enfant à qui l’on ne dit rien se raconte sa propre version, et cette version est presque toujours pire que la réalité, ou pire encore, elle le met au centre comme coupable.
Ce qu’il faut dire tient en quelques phrases. Nommer le fait simplement : « papa a frappé maman, et ce n’est pas permis. » Dire que ce n’est pas sa faute, autant de fois qu’il le faudra, parce qu’il ne le croira pas la première fois. Dire ce qui va se passer maintenant : où il va dormir, qui va le chercher à l’école, ce qui change et ce qui ne change pas. Dire qu’il a le droit d’avoir peur, d’être en colère, de continuer à aimer la personne qui a fait du mal, parce que les enfants aiment leurs parents même quand ils sont dangereux, et qu’on ne peut pas leur demander de choisir.
Ce qu’il ne faut pas dire est tout aussi important. Ne pas faire de l’enfant un confident : il n’a pas à connaître les détails, les procédures, la colère du parent protecteur contre l’autre. Ne pas lui demander de choisir un camp, ni de témoigner contre un parent auprès de la famille. Ne pas lui demander le secret, ce qui le replacerait dans la position d’avant. Ne pas lui dire que tout va bien quand il voit que non : cela lui apprend à ne plus croire ce qu’il perçoit. Et ne pas l’interroger sans fin sur ce qu’il a vu : s’il doit raconter, c’est à quelqu’un dont c’est le métier, dans un lieu fait pour cela. La page sur aider un proche victime de violence donne aux adultes de l’entourage les mots qui aident et ceux qui blessent.
Le pédiatre et psychanalyste Donald Winnicott a écrit, dans Jeu et réalité (1971), que le jeu est le lieu où l’enfant est le plus lui-même, et que la psychothérapie de l’enfant se passe là où deux aires de jeu se chevauchent, celle de l’enfant et celle du thérapeute. Ce n’est pas une image. Un enfant ne raconte pas ce qu’il a vécu comme un adulte, en phrases et en dates ; il le rejoue. Les figurines qui se battent, la maison en Lego dont le toit s’effondre, le dessin où une personne est toute petite et l’autre immense, l’histoire du lapin qui se cache : c’est ainsi qu’il dit, et c’est ainsi qu’il commence à ranger.
Les parents s’inquiètent souvent de ces jeux répétitifs. Un enfant qui fait s’écraser sa voiture trente fois de suite, ou qui fait crier la poupée père sur la poupée mère chaque soir, les effraie. Il faut au contraire y voir un travail : l’enfant reprend la scène dans un cadre où il la contrôle, il en change parfois la fin, il la rend supportable à force de la répéter. Le jeu devient inquiétant quand il se fige, quand la fin ne change jamais, quand l’enfant n’y prend aucun plaisir et ne peut pas en sortir ; c’est alors que le pédopsychothérapeute intervient, en entrant dans le jeu pour y introduire du mouvement. Les histoires font le même travail à distance : Bruno Bettelheim a montré, dans Psychanalyse des contes de fées (1976), que les contes permettent à l’enfant de traverser des peurs immenses sous une forme qu’il peut supporter, parce que c’est le Petit Poucet qui est abandonné, pas lui.
En séance, notre pédopsychothérapeute utilise ces trois langages, le jeu, le dessin et les histoires, selon l’âge et le tempérament de l’enfant. L’EMDR, adapté aux enfants, s’y intègre : la scène est souvent dessinée plutôt que racontée, les stimulations se font par des tapotements alternés, le « papillon », ou avec des objets qui vibrent, et l’enfant invente lui-même le lieu sûr où il se réfugie entre deux séries. Les séances sont plus courtes que celles des adultes, et les parents sont associés au rythme qui convient à l’enfant. La page EMDR chez l’enfant et l’adolescent décrit ces adaptations.
L’école : refuge, révélateur, partenaire
Pour beaucoup d’enfants qui vivent la violence à la maison, l’école est le seul endroit prévisible de leur vie. Les horaires sont fixes, les règles sont connues, les adultes sont calmes, et personne ne crie sans raison. Les chercheurs de Kauai l’avaient noté : les enfants résilients citaient souvent un enseignant parmi les personnes qui avaient compté. L’école protège par sa seule régularité, et elle protège encore plus quand un adulte y remarque l’enfant, lui confie une responsabilité, le félicite pour ce qu’il réussit, lui donne un endroit où être autre chose que l’enfant de la maison où l’on crie.
L’école est aussi le lieu où les signes apparaissent. Un enfant qui ne tient plus en place, qui ne retient plus les consignes, qui s’endort en classe, qui se bagarre ou s’isole, qui dessine toujours la même chose, qui ne veut pas rentrer le soir : les enseignants voient ces changements, souvent avant les parents, et ils ne savent pas toujours quoi en faire. Quand l’attention et la mémoire sont durablement touchées, la question se pose de savoir si c’est l’effet de l’état d’alerte ou autre chose, un trouble de l’attention, un trouble des apprentissages. Un bilan neuropsychologique, réalisé par notre neuropsychologue après un rendez-vous préliminaire et avec un compte rendu écrit, permet de faire cette part, et d’éviter qu’un enfant traumatisé soit traité comme un enfant inattentif, ou l’inverse. Le dossier difficultés d’apprentissage détaille ces bilans.
L’école peut enfin devenir un partenaire. Avec l’accord des parents, notre pédopsychothérapeute peut participer à une réunion avec l’équipe éducative, pour expliquer ce dont l’enfant a besoin sans trahir ce qu’il a confié : de la prévisibilité, un adulte référent, de la tolérance pour les jours difficiles, et qu’on ne lui demande pas de raconter. Le compte rendu du bilan peut être lu par l’école, si les parents le souhaitent, et il change souvent le regard porté sur l’enfant. Quand une rentrée s’annonce difficile, une séance avant la reprise permet de la préparer. Et quand la violence se produit à l’école elle-même, entre élèves, c’est le dossier harcèlement scolaire qui prend le relais.
Le parent protecteur qui culpabilise
« J’aurais dû partir avant. » « Je ne l’ai pas protégé. » « C’est moi qui ai choisi cet homme. » Le parent qui vient consulter pour son enfant arrive presque toujours avec cette culpabilité, et elle est si lourde qu’elle l’empêche parfois d’être ce dont l’enfant a besoin : un adulte disponible. Il faut d’abord dire une chose nette : se sentir coupable n’est pas être responsable. La responsabilité de la violence appartient à celui qui l’a exercée. Le parent qui est resté l’a fait pour des raisons que la page sur les violences conjugales détaille, peur, dépendance, espoir, emprise, absence de solution, et aucune de ces raisons n’est une faute envers l’enfant.
La culpabilité du parent a des effets concrets sur l’enfant, et c’est pour cela que nous la travaillons. Un parent qui culpabilise peut devenir trop permissif, incapable de poser une limite à un enfant qui a déjà tant souffert, alors que les limites sont précisément ce qui le rassure. Il peut aussi faire de l’enfant son confident, lui demander pardon à répétition, lui raconter ses propres souffrances, ce qui inverse les rôles. Ou bien il s’effondre quand l’enfant raconte, et l’enfant apprend qu’il ne faut plus rien dire pour protéger son parent. Aider le parent, c’est donc aider l’enfant, et nous recevons volontiers les parents seuls, à d’autres moments que l’enfant.
Il y a enfin ce que le parent protecteur a fait de bien, et qu’il ne voit plus : il est parti, ou il a appelé, ou il a consulté, ou il a simplement continué à préparer le petit-déjeuner et à lire l’histoire du soir au milieu du chaos. Ces gestes ordinaires sont ceux qui ont tenu l’enfant debout, et nous passons du temps, en séance, à les nommer. La page sur la culpabilité des parents approfondit ce sentiment de ne jamais en faire assez ; celle sur la culpabilité et la honte après une violence s’adresse au parent qui a lui-même été victime.
Ce que vous pouvez faire dès cette semaine
Dix gestes à la portée de tout parent protecteur, de tout grand-parent, de tout adulte qui compte pour l’enfant. Aucun ne demande de compétence particulière ; ensemble, ils remettent en place les ressources ordinaires dont la résilience est faite. Cochez ceux qui sont déjà là, et choisissez-en un ou deux à ajouter.
À retenir
Un enfant qui a subi ou vu la violence reprend son développement quand on le protège, qu’on lui explique et qu’on le laisse jouer.
Le facteur qui compte le plus est un adulte stable, prévisible, qui le croit ; le « je te crois » écrit du psy fait croire les autres.
L’enfant trop sage n’est pas forcément celui qui va bien ; l’enfant qui tape ou régresse est en train de dire quelque chose.
Le jeu répétitif est un travail, pas un symptôme, tant que la fin peut changer.
La culpabilité du parent protecteur n’est pas une responsabilité, et la soigner aide l’enfant.
Si l’enfant est en danger, ou s’il parle de mourir
En cas de danger immédiat, faites le 15 (SAMU). Prenez un rendez-vous au cabinet en téléconsultation le plus rapidement possible. Si Doctolib ne permet pas un rendez-vous immédiat, envoyez des textos WhatsApp ou/et SMS aux cliniciens du cabinet.
Exemple fictif : Nour, 7 ans, « elle était si sage avant »
Nour est un personnage composé à partir de situations que nous rencontrons ; aucun détail ne désigne un enfant réel. Son histoire montre comment nous articulons l’enfant, le parent et l’école.
Situation
Nour a sept ans. Pendant trois ans, elle a entendu son père crier sur sa mère presque chaque soir, et elle l’a vu la pousser contre le mur deux fois. Ses parents sont séparés depuis quatre mois ; elle vit avec sa mère et voit son père un week-end sur deux. Depuis la séparation, elle mouille son lit, frappe les autres enfants à la récréation, et dessine toujours la même maison avec une fenêtre noire. Sa maîtresse a alerté. Sa mère, épuisée, dit qu’elle « était si sage avant » et se demande si elle n’a pas eu tort de partir, « puisque ça va plus mal ».
Comment aborderions-nous la situation ?
Vrai ou faux : huit idées sur la résilience de l’enfant
Ces affirmations, nous les entendons de parents, de grands-parents, parfois d’enseignants. Choisissez vrai ou faux ; l’explication qui s’affiche vient de la recherche et de notre pratique.
Affirmation 1
« Les enfants oublient vite, surtout les petits. »
Faux. Les tout-petits ne gardent pas de souvenir en mots, mais ils gardent une mémoire du corps et des émotions : la peur dans les bras de l’adulte, les ruptures de rythme, les voix qui montent. Ce que l’enfant n’a pas de mots pour dire, il le montre par le sommeil, l’appétit, le développement. Ce n’est pas l’oubli qui protège, c’est la sécurité retrouvée et l’explication.
Affirmation 2
« Un enfant qui ne montre rien va bien. »
Faux, souvent. L’enfant très sage, très performant, attentif à l’humeur des adultes, a parfois appris que ses besoins passaient après la survie de la famille. Son calme est une alarme silencieuse, et il s’effondre parfois des années plus tard, à l’adolescence ou à l’âge adulte. Les enfants qui tapent ou régressent sont souvent plus faciles à aider, parce qu’ils parlent.
Affirmation 3
« Il vaut mieux ne pas en parler pour ne pas le traumatiser davantage. »
Faux. Le silence laisse l’enfant seul avec sa propre version, qui est presque toujours pire que les faits et qui le met souvent au centre comme coupable. Parler, avec des mots de son âge et sans détails inutiles, le soulage. Ce qui le traumatise, c’est de raconter sans fin à des adultes qui ne savent pas écouter, pas d’entendre une vérité simple de la bouche d’un adulte qui le protège.
Affirmation 4
« Un seul adulte stable peut changer la trajectoire d’un enfant. »
Vrai. C’est le résultat le plus robuste de la recherche, de Kauai aux travaux de Rutter et de Masten : un adulte fiable, prévisible, qui croit l’enfant, suffit souvent à relancer son développement. Ce peut être un parent, un grand-parent, un enseignant, un entraîneur. Il n’a pas besoin d’être parfait, il a besoin d’être là.
Affirmation 5
« Un enfant qui a vu la violence deviendra violent. »
Faux. L’exposition à la violence augmente certains risques, et les travaux d’Albert Bandura ont montré que les enfants imitent ce qu’ils voient. Mais la très grande majorité des enfants exposés ne deviennent pas violents, surtout quand un adulte leur a dit que ce qu’ils ont vu n’est pas permis et leur a montré d’autres façons de faire. Subir n’est ni un destin ni une excuse.
Affirmation 6
« Le jeu où il rejoue la scène tout le temps est mauvais signe. »
C’est plus nuancé. Le jeu répétitif est d’abord un travail : l’enfant reprend la scène dans un cadre où il la contrôle et la rend supportable. Il devient inquiétant quand il se fige, quand la fin ne change jamais, quand l’enfant n’y prend aucun plaisir et ne peut pas en sortir. C’est alors que le pédopsychothérapeute entre dans le jeu pour y remettre du mouvement.
Affirmation 7
« Soigner la culpabilité du parent protecteur aide l’enfant. »
Vrai. Un parent écrasé de culpabilité devient trop permissif, fait de l’enfant son confident ou s’effondre quand il raconte, ce qui lui apprend à se taire. Un parent qui a retrouvé sa disponibilité redevient l’adulte stable dont l’enfant a besoin. C’est pourquoi nous recevons les parents seuls, à d’autres moments que l’enfant.
Affirmation 8
« La résilience, c’est inné : certains enfants l’ont, d’autres non. »
Faux. La résilience est un processus, pas un trait. Elle dépend de ce que l’enfant trouve autour de lui au moment où il en a besoin : un adulte, une école, une activité, une explication. Un même enfant peut rebondir après une épreuve et s’effondrer après une autre. C’est précisément pour cela que ce que font les adultes maintenant compte autant.
Le travail du pédopsychothérapeute
Le cabinet reçoit beaucoup d’enfants et d’adolescents qui ont subi ou vu des violences, le plus souvent dans leur famille, parfois à l’école ou ailleurs. Le premier rendez-vous réunit en général l’enfant et ses parents, ou le parent protecteur ; ensuite, l’enfant est reçu avec eux, seul, ou les deux selon ce qui lui convient, et les parents sont reçus seuls à d’autres moments. Quand l’enfant refuse de venir, nous recevons les parents sans lui : beaucoup de choses changent déjà ainsi. Les séances passent par le jeu, le dessin et les histoires avec les plus jeunes, par la parole avec les plus grands, et par l’EMDR adapté à l’âge quand une scène reste coincée. Il arrive que notre pédopsychothérapeute demande à notre neuropsychologue de participer, en co-thérapie.
Un bilan psychologique de l’enfant, possible dès la petite enfance, est souvent proposé : il repose sur des entretiens cliniques et des évaluations psychométriques, et son compte rendu écrit est remis aux parents. C’est dans ce compte rendu que le « je te crois » du psy prend sa portée, pour la famille, pour l’école et, le cas échéant, pour la justice, qui peut en tenir compte. Quand des plaintes d’attention ou de mémoire persistent, notre neuropsychologue réalise un bilan neuropsychologique, après un rendez-vous préliminaire, pour distinguer l’effet de l’état d’alerte d’un trouble des apprentissages ou de l’attention. Aucun bilan n’est fait sans ce rendez-vous préalable, et il suffit d’une séance pour que le compte rendu soit expliqué.
Avec l’accord des parents, nous participons aux réunions avec l’école, nous échangeons avec les autres professionnels qui suivent l’enfant, et nous travaillons en lien avec le médecin pour les troubles du sommeil, de l’alimentation ou les plaintes du corps. Tout cela est possible à Colombes, aux Pavillons-sous-Bois, en Ardèche, et en téléconsultation, qui est souvent la première étape pour un adolescent qui ne sort plus. Les démarches judiciaires, si elles existent, ne passent pas par nous ; nous accompagnons l’enfant et sa famille avant, pendant et après. Notre façon de travailler avec les enfants est décrite dans la page de pédopsychologie, et avec les personnes victimes de violences, dans notre approche des violences.
Questions fréquentes sur la résilience de l’enfant après une violence
Mon enfant a vu des violences entre ses parents : va-t-il s’en remettre ?
Dans la grande majorité des cas, oui, à trois conditions que la recherche met en avant depuis l’étude de Kauai : que la violence cesse ou qu’il en soit protégé, qu’un adulte stable lui explique avec des mots de son âge ce qui s’est passé et que ce n’est pas sa faute, et qu’il retrouve le droit de jouer, d’apprendre et d’avoir des amis. La résilience n’est pas un trait inné : elle dépend de ce que les adultes font maintenant. Quand les signes durent, un accompagnement accélère la reprise.
Faut-il parler à un enfant de la violence qu’il a vue ou subie ?
Oui, avec des mots simples et sans en dire plus qu’il n’en demande. Nommer le fait, dire que ce n’est pas permis et que ce n’est pas sa faute, dire ce qui va se passer maintenant, et lui laisser le droit d’aimer encore la personne qui a fait du mal. Ne pas en faire un confident, ne pas lui demander de choisir un camp ni de garder le secret, ne pas l’interroger sans fin. Le silence le laisse seul avec une version souvent pire que les faits.
Quels sont les signes qu’un enfant ne va pas bien après une violence ?
Un sommeil perturbé, des régressions, pipi au lit, langage de bébé, des plaintes du corps, des sursauts, des colères ou des bagarres, un isolement, une chute scolaire, un jeu qui rejoue toujours la même scène, et aussi une sagesse excessive, une attention inquiète à l’humeur des adultes. Aucun de ces signes n’est spécifique ; c’est leur accumulation et leur apparition après les faits qui comptent. S’ils durent plus de quelques semaines, un premier rendez-vous permet de comprendre ce que l’enfant porte.
Comment se passe une séance avec un pédopsychothérapeute pour un enfant qui a vécu la violence ?
Le premier rendez-vous réunit l’enfant et ses parents, ou le parent protecteur. Ensuite, l’enfant est reçu avec eux, seul, ou les deux, et les parents sont vus à d’autres moments. Avec les plus jeunes, la séance passe par le jeu, le dessin et les histoires ; avec les plus grands, par la parole. L’EMDR, adapté à l’âge, intervient quand une scène reste coincée. Un bilan psychologique, avec compte rendu écrit, peut être proposé. Tout cela est possible au cabinet ou en téléconsultation.
Un enfant exposé à la violence deviendra-t-il violent à son tour ?
Non, dans la très grande majorité des cas. L’exposition augmente certains risques, et les enfants imitent ce qu’ils voient, comme l’ont montré les travaux de Bandura. Mais la répétition n’est ni un destin ni une excuse : elle recule quand un adulte dit à l’enfant que ce qu’il a vu n’est pas permis, lui montre d’autres façons de régler un désaccord, et quand l’enfant trouve des lieux où il réussit et des adultes qui le croient. Le travail thérapeutique vise précisément cela.
Que peut faire l’école pour un enfant qui a vécu des violences ?
Beaucoup, par sa seule régularité, et plus encore si un adulte y veille sur lui : un enseignant référent, de la tolérance pour les jours difficiles, une responsabilité qui le valorise, et qu’on ne lui demande pas de raconter. Avec l’accord des parents, notre pédopsychothérapeute peut participer à une réunion avec l’équipe éducative, et le compte rendu du bilan peut être lu par l’école. Quand l’attention et la mémoire sont durablement touchées, un bilan neuropsychologique aide à faire la part des choses.
Références
Livres, articles et liensQuelques références de cette page…
Les recherches sur la résilience de l’enfant et les œuvres citées dans cette page.
Werner, E. E., & Smith, R. S. (1982). Vulnerable but Invincible. A Longitudinal Study of Resilient Children and Youth. McGraw-Hill. Et (1992) Overcoming the Odds. High Risk Children from Birth to Adulthood. Cornell University Press.
Rutter, M. (1985). « Resilience in the face of adversity. Protective factors and resistance to psychiatric disorder ». British Journal of Psychiatry, 147, 598-611. Et (2006) « Implications of resilience concepts for scientific understanding ». Annals of the New York Academy of Sciences, 1094, 1-12.
Masten, A. S. (2001). « Ordinary magic. Resilience processes in development ». American Psychologist, 56(3), 227-238.
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Si votre enfant a subi ou vu une violence et que son sommeil, son comportement, son école ou son jeu ont changé, un premier rendez-vous avec notre pédopsychothérapeute, avec vous, permet de comprendre ce qu’il porte et de décider ensemble par où l’aider. Au cabinet ou en téléconsultation, sans engagement ; les parents peuvent aussi venir seuls d’abord.
La « loi de l’instrument », formulée par Abraham Kaplan en 1964 puis reprise par Abraham Maslow dans The Psychology of Science: A Reconnaissance (1966), rappelle qu’« il est tentant, si le seul outil dont on dispose est un marteau, de traiter tout comme si c’était un clou ».
En psychologie, une méthode ne peut pas répondre à toutes les situations. Forts de plusieurs décennies de pratique et de formations complémentaires, nous mobilisons de nombreux outils, choisis avec discernement, afin d’identifier rapidement les leviers les plus efficaces. Nous proposons ainsi un accompagnement aussi bref qu’efficace, tout en sachant accompagner aussi bien les suivis prolongés que le besoin d’un espace de parole régulier.