La culpabilité des parents : ne jamais avoir le sentiment d’en faire assez
Il est 22 heures, la maison dort, et le procès commence : la voix trop forte au moment du bain, le dessin animé de trop, la réunion qui a fait rater le spectacle de fin d’année. Presque tous les parents que nous recevons connaissent ce tribunal intérieur, qui siège sans avocat. Cette page passe en revue ses terrains favoris (le travail, les écrans, les colères, la séparation, l’enfant qui va mal), aide à démêler ce qui mérite d’être réparé de ce qui mérite d’être déposé, et montre comment s’alléger sans pour autant baisser les bras.
Quand un parent nous dit « je culpabilise tout le temps », nous lui demandons parfois de raconter une journée précise, presque minute par minute. Ce n’est pas une curiosité de clinicien : c’est en suivant le fil des heures que l’on voit où le reproche s’allume, sur quoi il porte, et surtout combien il pèse peu de chose quand on le pose à côté de tout ce qui a été fait. Voici une journée inventée, assemblée à partir de ce que les parents décrivent le plus souvent.
6 h 52Le réveil sonne pour la troisième fois. On secoue le petit qui dormait si bien, on lui enfile ses chaussettes à moitié endormi.Premier chef d’accusation : « je le bouscule dès le matin ».
7 h 20Céréales devant la tablette, pour avoir dix minutes de calme et finir de se préparer.Deuxième : « il passe trop de temps sur les écrans, et c’est moi qui les allume ».
8 h 05À la grille de l’école, il s’accroche à la manche. On se dégage doucement, on est en retard.Troisième : « je l’abandonne ».
11 h 30La maîtresse appelle : il a de la fièvre. On ne peut pas partir avant 15 heures.Quatrième : « une bonne mère serait déjà partie ». Cinquième, aussitôt : « et au travail, ils vont penser que je ne suis pas fiable ».
16 h 10On récupère un enfant chaud et grognon, on lui donne un sirop, on répond à trois courriels sur le canapé pendant qu’il somnole.Sixième : « je ne suis même pas vraiment avec lui ».
18 h 40Les devoirs. Il ne retient pas la table de sept. La voix monte.Septième : « j’ai crié pour une table de multiplication ».
19 h 30Des pâtes, encore. Pas de légumes.Huitième, avec en fond la photo du gratin de courge d’une connaissance sur un réseau social.
20 h 45On lit une histoire en sautant deux pages, il s’en aperçoit.Neuvième : « même ça, je le bâcle ».
21 h 30On pense à sa grande, qui a seize ans, et à qui l’on n’a presque pas parlé de la journée.Dixième : « je la néglige parce qu’elle va bien ».
22 h 15Seule sur le canapé, on fait défiler la journée à l’envers.Onzième, qui résume les autres : « je ne suis pas à la hauteur ».
Relisez maintenant la même journée en changeant de lunettes. Un enfant réveillé, habillé, nourri, conduit à l’école, soigné, aidé dans ses devoirs, couché avec une histoire, et une adolescente à qui l’on a pensé. Les dix premiers reproches portent sur des actes minuscules, la plupart sans conséquence. Le onzième change de nature : il ne juge plus un geste, il juge la personne entière. C’est souvent à ce moment-là, quand l’addition des petites fautes se transforme en verdict sur soi, que la culpabilité parentale commence à faire mal.
Travail, écrans, colères, séparation, enfant en difficulté : cinq terrains
La culpabilité parentale a ses lieux de prédilection. Chacun a sa logique, et chacun appelle une réponse un peu différente. Choisissez le terrain qui vous parle.
Ce que dit la culpabilité : « Je ne suis pas assez là. » Elle frappe surtout les mères, qui la reçoivent souvent en héritage avec leur premier congé de maternité, mais de plus en plus de pères nous en parlent aussi, avec une gêne particulière, comme s’ils n’y avaient pas droit.
Ce qui est vrai : un enfant a besoin de présence, mais d’une présence suffisamment fiable, pas d’une présence continue. Ce qui compte pour lui, c’est de savoir à quelle heure on revient, et que l’on revient. Une heure vraiment disponible le soir pèse plus lourd qu’un après-midi entier passé ensemble, l’esprit ailleurs.
La question à se poser : mon absence est-elle prévisible et expliquée à l’enfant, ou imprévisible et silencieuse ? La seconde inquiète un enfant ; la première beaucoup moins.
Ce que dit la culpabilité : « Je le gave d’écrans pour avoir la paix. » C’est sans doute le terrain où les parents se sentent le plus jugés, parce que les recommandations circulent partout et que chacun croit que les autres les appliquent.
Ce qui est vrai : les écrans ont des effets réels sur le sommeil, l’attention et le temps passé à jouer autrement, surtout chez les plus jeunes, et il est juste de s’en préoccuper. Mais un dessin animé pendant que l’on prépare le dîner n’est pas une faute morale ; c’est un arbitrage, que tous les foyers font. La culpabilité utile, ici, est celle qui pousse à aménager (pas d’écran dans la chambre, des moments sans écran pour toute la famille, parents compris), pas celle qui fait ruminer chaque épisode de dessin animé.
Ce que dit la culpabilité : « J’ai crié, je suis devenu le parent que je m’étais juré de ne jamais être. » Celle-là fait particulièrement mal, parce qu’elle touche à l’histoire de chacun : la colère qui sort de notre bouche a souvent la voix d’un de nos propres parents.
Ce qui est vrai : les enfants n’ont pas besoin de parents qui ne se fâchent jamais, ils ont besoin de parents qui reviennent après. Une colère suivie d’un retour (« je me suis énervé, ce n’était pas ta faute, j’étais fatigué ») apprend même quelque chose de précieux : qu’un lien peut se tendre et se réparer. La page parents débordés détaille cette réparation. Ce qui doit, en revanche, alerter et amener à consulter : des colères qui font peur à l’enfant, qui passent aux gestes, aux humiliations, ou qui reviennent chaque jour sans que l’on parvienne à les arrêter.
Ce que dit la culpabilité : « Je lui ai imposé notre divorce. » Elle se double souvent d’une culpabilité envers l’autre parent, ou envers soi-même d’avoir « échoué ».
Ce qui est vrai : ce qui abîme le plus les enfants, ce n’est pas la séparation elle-même, ce sont les conflits qui durent, ceux dont ils sont témoins, otages ou messagers. Un enfant peut grandir très bien entre deux maisons. Il a besoin d’entendre que la décision appartient aux adultes, qu’il n’y est pour rien, et qu’aimer sa mère ne trahit pas son père, ni l’inverse.
Un piège fréquent : compenser la culpabilité par l’absence de règles (« il a déjà assez souffert »). L’enfant y perd des repères dont il a justement besoin. Voir la séparation et le couple et les enfants.
Ce que dit la culpabilité : « Si mon enfant souffre, c’est que j’ai raté quelque chose. » Un diagnostic de TDAH, d’autisme, de trouble dys, une phobie scolaire, un harcèlement, une anxiété : à chaque annonce, beaucoup de parents fouillent le passé à la recherche de la faute, la grossesse, l’allaitement, le déménagement, la nounou.
Ce qui est vrai : les difficultés d’un enfant ont presque toujours plusieurs causes mêlées, dont beaucoup échappent entièrement aux parents. Le TDAH, par exemple, est en grande partie héréditaire (voir TDAH et hérédité) ; l’autisme est un fonctionnement présent dès le développement précoce, qui ne vient pas de la façon dont on a élevé l’enfant. Ce qui dépend des parents, en revanche, c’est ce qu’ils font une fois la difficulté repérée : chercher à comprendre, demander un bilan, s’ajuster. Cela, ils le font déjà en se posant la question.
Et la fratrie : la culpabilité de « délaisser » les frères et sœurs de l’enfant qui accapare l’attention est fréquente et très légitime. La page la famille et la fratrie en parle.
À qui appartient la norme ?
Se sentir coupable suppose une règle que l’on aurait enfreinte. Toute la question est de savoir d’où vient cette règle. La fiche consacrée aux différentes formes de culpabilité publiée par FD Consultants le dit avec netteté : une partie des exigences auxquelles nous nous soumettons ne sont pas les nôtres. Elles viennent de la société, ou de gens qui ont intérêt à nous faire agir ou ressentir d’une certaine façon, et qui nous « culpabilisent » pour y parvenir (FD Consultants, 2026). Chez les parents, les candidats sont nombreux : une grand-mère qui « ne dit rien » avec beaucoup d’éloquence, des conseils éducatifs contradictoires d’une saison à l’autre, des fils de photos où les enfants mangent du chou kale en souriant, un enfant de dix ans qui a très bien compris que « les autres ont le droit, eux ».
L’histoire aide à prendre un peu de recul. Dans L’Amour en plus (1980), Élisabeth Badinter a montré combien les attentes envers les mères ont changé au fil des siècles : dans la France du XVIIIe siècle, beaucoup d’enfants des villes étaient envoyés en nourrice, loin de leurs parents, sans que cela fasse scandale. Une norme qui a tant varié n’est pas une loi de la nature. Ce qui est demandé aujourd’hui à un « bon parent » (disponible, patient, attentif au développement, à l’alimentation, aux émotions, aux écrans, et en même temps épanoui au travail) n’avait jamais été demandé à personne.
Winnicott parlait de la mère « suffisamment bonne », et il ne voulait pas dire « presque parfaite ».
Dans son texte sur les objets transitionnels, Winnicott décrit une adaptation très active de la mère dans les premières semaines, qui se relâche ensuite peu à peu, au rythme où le bébé devient capable de tolérer qu’on ne lui réponde pas sur-le-champ. Dans sa pensée, les petits ratés ne sont pas un mal nécessaire : ils font partie de ce qui permet à l’enfant de grandir, de patienter, d’inventer. Un parent qui ne manquerait jamais priverait l’enfant de cette expérience. La formule a été tellement citée qu’on en oublie la portée. Elle mérite d’être relue un soir de tribunal intérieur. Voir aussi Winnicott.
Un autre texte éclaire la culpabilité parentale par l’autre bout, celui de l’enfant devenu adulte. Dans sa Lettre au père, écrite en 1919 et jamais remise à son destinataire, Kafka détaille tout ce qui l’a écrasé dans son enfance. Et pourtant, il écrit qu’il croit son père entièrement innocent de leur éloignement, et lui-même tout aussi innocent. Ce que montre cette lettre extraordinaire, c’est qu’une relation peut faire souffrir sans qu’il y ait un coupable à désigner ; et que ce qui a pesé sur l’enfant n’est presque jamais ce que le parent se reprochait.
Ce que la phrase confond
Les reproches que les parents s’adressent ont souvent une structure commune : ils mélangent deux choses qui devraient rester séparées. Associez chaque phrase à ce qu’elle confond. Ce petit jeu pédagogique ne mesure rien et n’enregistre rien ; il sert à entraîner l’oreille.
« J’ai crié, je suis une mauvaise mère. »
« S’il a du mal à l’école, c’est que je ne l’ai pas assez aidé. »
« Un vrai père ne perd jamais patience. »
« Je me sens coupable, c’est bien que j’ai mal fait. »
« J’aurais dû voir qu’elle se faisait harceler. »
La dernière confusion, celle qui consiste à juger hier avec les informations d’aujourd’hui, est si répandue après un événement difficile qu’elle a une page entière dans ce dossier : avant de me blâmer. Quant à la première, qui fait passer d’un acte à la personne, elle est au cœur de la différence entre culpabilité et honte.
Quand la culpabilité a raison
Il serait faux, et un peu méprisant, de dire aux parents que leur culpabilité est toujours injustifiée. Elle est parfois parfaitement juste. On a oublié de venir chercher l’enfant. On a dit devant lui des choses terribles sur son autre parent. On a laissé une adolescente seule avec un chagrin qu’on n’a pas voulu voir. Dans ces cas-là, la culpabilité fait exactement ce pour quoi elle existe : elle signale un tort réel, et elle pousse à le réparer. La page la culpabilité utile décrit ce mécanisme en général ; chez les parents, il a une particularité précieuse. L’enfant, contrairement à un adulte, attend la réparation et la reçoit presque toujours.
June Tangney et Ronda Dearing, qui ont consacré un livre entier à la honte et à la culpabilité, insistent sur la différence de direction entre les deux : la culpabilité regarde l’acte et tourne la personne vers l’autre, pour réparer ; la honte vise le soi dans son ensemble et incite au repli, à la dissimulation, parfois à la riposte (Tangney et Dearing, 2002). Chez un parent, la nuance a des conséquences très concrètes. « J’ai été injuste ce soir » donne envie de retourner dans la chambre. « Je suis un père lamentable » donne envie de fuir dans son téléphone, ou de se justifier en accusant l’enfant de l’avoir « cherché ».
Une culpabilité qui aide
Elle porte sur un fait précis, que l’on peut nommer. Elle est proportionnée à ce qui s’est passé. Elle débouche sur un geste : des excuses, une explication, un changement d’organisation. Une fois le geste fait, elle retombe.
Une culpabilité qui ronge
Elle porte sur tout et sur rien. Elle ne diminue pas après la réparation, elle cherche un autre motif. Elle finit par dire quelque chose de vous (« je ne suis pas fait pour être parent ») plutôt que de ce que vous avez fait. À ce stade, c’est déjà de la honte de soi.
Si vous ne deviez garder que ceci
La culpabilité parentale est juste quand elle signale un tort précis et réparable ; elle se dérègle quand elle devient un verdict sur la personne.
Une partie des règles que l’on croit enfreindre ne viennent pas de soi : il est légitime de se demander à qui elles appartiennent.
Les enfants n’ont pas besoin de parents infaillibles, mais de parents qui reviennent après une erreur.
Exemple fictif : Inès, et le diagnostic de son fils
Exemple fictif
Inès, 38 ans, sort de la restitution du bilan de son fils Malo, 9 ans : un TDAH. La neuropsychologue a été claire, chaleureuse, précise. Dans la voiture, Inès ne pense qu’à une chose : les deux verres de champagne au mariage de sa sœur, au troisième mois de grossesse, puis les années où elle rentrait à 20 heures, et ces soirs où elle laissait Malo seul avec ses devoirs. « C’est moi. J’ai fait ça. » Le soir, Malo lui demande : « Ça veut dire que je suis bête ? »
Que peut-elle répondre, à lui, et à elle-même ?
Ce qui s’est passé dans la voiture d’Inès est très fréquent. Une annonce, même attendue, déclenche une recherche de cause, et la cause la plus disponible, c’est soi. Cette culpabilité a d’ailleurs une fonction que l’on comprend mieux en séance : il est parfois moins insupportable de se croire responsable que de se sentir impuissant. Si c’est ma faute, j’avais un pouvoir, donc je peux encore agir. Reconnaître que l’on n’y est pour rien, c’est aussi accepter que l’on ne maîtrisait pas tout. C’est pour cela que les bonnes nouvelles scientifiques (« ce n’est pas votre faute ») soulagent souvent moins qu’on ne l’espérerait.
Ce qui alourdit, ce qui allège
La culpabilité des parents ne dépend pas seulement de ce qu’ils font. Elle dépend aussi de leur situation, de leur histoire et de l’entourage. Cochez ce qui correspond à votre vie en ce moment. Les poids sont symboliques : la balance ne mesure rien, elle aide à voir d’où vient la charge.
Ce qui alourdit
Ce qui allège
S’alléger sans démissionner : cinq gestes
La crainte la plus fréquente, quand on propose à un parent de lâcher un peu sa culpabilité, c’est qu’il devienne négligent. « Si je ne m’en veux plus, je vais tout laisser filer. » L’expérience montre le contraire. Les parents rongés par la culpabilité sont souvent moins disponibles, parce qu’ils sont occupés à se juger, et plus inconstants, parce qu’ils oscillent entre la sévérité et la compensation. S’alléger ne veut pas dire renoncer à bien faire ; c’est se donner les moyens de le faire.
Rendre au reproche son objet. Plutôt que « je suis nul avec lui », chercher l’acte ou l’oubli précis qui vous pèse. La fiche de FD Consultants commence par là : repérer exactement ce dont on se sent coupable, et voir si c’est un acte que l’on peut réparer (FD Consultants, 2026). Souvent, l’objet est plus petit que le sentiment.
Faire les parts. Sur une feuille, tracez quatre colonnes : ma part à moi, la part des circonstances (le travail, la fatigue, l’argent), ce qui appartient à l’enfant (son tempérament, son âge, sa façon d’être), et ce qui relève du hasard. La part qui vous revient existe peut-être. Elle est rarement la seule.
Une réparation, une seule, concrète. La fiche de TherapistAssist propose, pour une culpabilité, une réparation précise à faire dans la semaine. Un mot glissé dans le cartable, dix minutes de jeu sans téléphone, une explication donnée calmement le lendemain. Une réparation suffit ; dix réparations pour une même faute disent surtout que l’on cherche à apaiser autre chose.
Rendre la norme à son propriétaire. Quand la phrase intérieure a la voix de votre mère, de votre belle-sœur ou d’un compte vu sur un réseau social, dites-le-vous, à voix basse s’il le faut : « ça, c’est sa règle, pas forcément la mienne ». Puis demandez-vous quelle est la vôtre. Elle est souvent plus raisonnable.
Un geste envers vous. La même fiche de TherapistAssist associe à la honte un geste de bienveillance envers soi. Pour un parent, ce peut être aussi simple que de finir son café chaud, ou de se coucher sans avoir rangé la cuisine. Ce n’est pas de l’égoïsme : c’est l’entretien de l’outil principal de l’éducation, à savoir vous.
FD Consultants suggère aussi, quand on a choisi de se défaire d’un reproche devenu inutile, de marquer ce moment par un geste symbolique, par exemple écrire le reproche sur un papier et le jeter. Certains parents trouvent l’idée enfantine ; d’autres, l’ayant essayée, nous disent que le papier froissé dans la poubelle leur a fait plus d’effet que des semaines de bonnes résolutions. Le même document rappelle une évidence qu’il fait bon relire : presque toujours, on agit au mieux de ce que l’on sait et de ce dont on dispose à l’instant où l’on agit.
Quand la culpabilité cache l’épuisement
Il arrive que la culpabilité ne soit pas le problème, mais le symptôme. Un parent à bout de forces, qui ne ressent plus de plaisir avec ses enfants, qui a l’impression de fonctionner en pilote automatique et qui se le reproche amèrement, ne souffre pas d’un excès de scrupules : il est épuisé. Le dossier burn-out commence d’ailleurs par cette question, professionnel, privé ou parental, parce que l’épuisement lié au rôle de parent existe et ne se traite pas comme les autres. Voir aussi le couple parental face au TDAH et, après une naissance, la dépression périnatale.
Quelques signes doivent faire consulter sans attendre : l’impression d’être un danger pour son enfant, des pensées de disparaître, une colère que l’on ne contrôle plus, ou le sentiment que les enfants seraient mieux sans soi. Ce sont des pensées que beaucoup de parents épuisés ont eues, qu’ils n’osent jamais dire, et qui se soignent.
Si vous allez très mal
En cas de danger immédiat, faites le 15 (SAMU). Prenez un rendez-vous au cabinet en téléconsultation le plus rapidement possible. Si Doctolib ne permet pas un rendez-vous immédiat, envoyez des textos WhatsApp ou/et SMS aux cliniciens du cabinet.
Cinq idées à trier
Idée 1
« Un parent qui culpabilise beaucoup est un parent plus attentif. »
La culpabilité modérée rend attentif. Au-delà, elle accapare l’esprit, fatigue et rend les réactions moins prévisibles : on alterne la sévérité et la compensation. Les enfants sentent surtout ce flottement.
Idée 2
« S’excuser auprès d’un enfant ne fait pas perdre son autorité. »
Une excuse simple, suivie d’un retour au cadre (« je n’aurais pas dû crier ; les devoirs, on les fait quand même »), renforce plutôt la confiance. L’enfant apprend qu’un adulte peut se tromper et rester solide.
Idée 3
« Si mon enfant a un trouble, c’est forcément que j’ai mal fait quelque chose. »
Les troubles de l’enfant ont presque toujours des causes multiples, souvent biologiques ou héréditaires, qui ne dépendent pas de l’éducation. Ce qui dépend des parents, c’est surtout la manière d’accompagner une fois la difficulté repérée.
Idée 4
« Il faut tout faire pour que les enfants ne voient jamais leurs parents tristes ou en colère. »
C’est plus nuancé. Les protéger des conflits violents et des confidences d’adultes est essentiel. Mais voir un parent triste, qui dit qu’il est triste et qui fait face, apprend à l’enfant que les émotions se traversent.
Idée 5
« La culpabilité d’un parent vient souvent en partie de sa propre enfance. »
Très souvent. On se reproche d’être comme son père, ou au contraire de ne pas offrir ce que l’on a reçu. Démêler ce qui appartient à son histoire de ce qui appartient à son enfant est l’un des apports majeurs d’une thérapie.
Ce que nous faisons avec les parents qui s’en veulent
Les parents arrivent rarement en disant « je viens pour ma culpabilité ». Ils viennent pour leur enfant, pour un diagnostic, pour une séparation, et c’est au fil des premiers rendez-vous que la culpabilité apparaît, souvent avec une phrase dite très vite, en regardant ailleurs. Nous l’accueillons sans la balayer d’un « mais non, vous êtes un très bon parent », qui ne convainc personne, et sans la confirmer non plus. Nous la regardons de près.
Les parents seuls
Un temps pour vous
Nous recevons les parents seuls quand ils le souhaitent, et aussi quand l’enfant refuse de venir. Le premier rendez-vous n’engage à rien, et vous pouvez venir accompagné, par l’autre parent ou par une personne de confiance.
La scène précise
Raconter une soirée
Il nous arrive de demander de raconter une scène, minute par minute : la colère du mardi, le coup de fil de l’école. On y voit ce qui a déclenché le reproche, ce qu’il réveille de votre propre histoire, et ce qui aurait pu se passer autrement.
En famille
Des séances longues
Quand le problème se joue entre tous, nous proposons des séances familiales de 80 minutes. Selon les moments, l’enfant vient avec vous, sans vous, ou l’un puis l’autre. Le psychothérapeute peut participer à une réunion avec l’école.
Bilans
Comprendre l’enfant
Dès la petite enfance, le psychothérapeute peut réaliser un bilan psychologique, toujours après un rendez-vous préliminaire. Les bilans TDAH et TSA sont réalisés par la neuropsychologue. Un compte rendu écrit suit chaque bilan, et une séance permet de le faire expliquer.
Pour le parent lui-même, plusieurs voies se combinent. L’écoute analytique fait apparaître ce que la culpabilité rejoue : le parent que l’on a eu, celui que l’on s’est juré d’être, l’enfant que l’on a été. Quand le reproche est accroché à une scène qui revient en images (un accouchement qui a mal tourné, une chute dans l’escalier, le jour où l’on n’a pas cru son enfant), l’EMDR permet de retraiter ce souvenir, en séances de 80 minutes, après un bilan psycho-traumatique quand il est utile. Les outils des TCC aident à repérer et assouplir les phrases automatiques du tribunal du soir. Et quand les émotions débordent jusqu’aux cris que l’on regrette, la TCD complète, telle que nous la proposons (du travail seul à seul, des groupes, et un appui possible d’une séance à l’autre), apporte des compétences très concrètes. Tout peut se faire en téléconsultation, séances de famille comprises. Tout notre accompagnement est décrit sur une page à part.
Vos questions de parents
Comment arrêter de culpabiliser en tant que maman ?
Rarement d’un coup. Commencez par nommer le reproche précis au lieu du sentiment global, faites la part de ce qui dépendait de vous et de ce qui n’en dépendait pas, réparez une fois si c’est utile, puis demandez-vous à qui appartient la règle que vous croyez avoir enfreinte. Si la culpabilité revient malgré tout, chaque jour, elle vient sans doute de plus loin, et un travail thérapeutique aide beaucoup.
Est-ce normal de culpabiliser de travailler et de laisser son enfant ?
C’est très fréquent, chez les mères comme chez les pères. Un enfant a besoin d’une présence fiable et prévisible, pas d’une présence continue. Lui expliquer vos absences et tenir vos heures de retour compte davantage que le nombre d’heures passées ensemble.
Je crie sur mes enfants et je m’en veux : que faire ?
Revenir vers l’enfant après la colère, dire simplement que vous n’auriez pas dû crier et que ce n’était pas sa faute, puis maintenir la règle en jeu. Ce retour répare beaucoup. Si les colères vous font peur, passent aux gestes ou reviennent chaque jour, il est important de consulter : cela se travaille, en particulier avec les outils de régulation des émotions.
Mon enfant a été diagnostiqué TDAH ou autiste : est-ce ma faute ?
Non. Le TDAH est en grande partie héréditaire et l’autisme est un fonctionnement présent dès le développement précoce : ni l’un ni l’autre ne viennent de la façon dont vous avez élevé votre enfant. Ce qui dépend de vous, c’est l’accompagnement, et le fait de vous poser la question montre que vous êtes déjà dans ce mouvement.
Divorce : comment ne pas culpabiliser vis-à-vis des enfants ?
En se rappelant que ce qui fait le plus souffrir les enfants, ce sont les conflits qui durent et le fait d’être pris à partie, plus que la séparation elle-même. Dites-leur qu’ils n’y sont pour rien, qu’ils ont le droit d’aimer leurs deux parents, et gardez des règles stables dans chaque maison plutôt que de compenser.
Peut-on consulter pour sa culpabilité de parent sans amener l’enfant ?
Oui. Au cabinet, les parents peuvent être reçus seuls, y compris quand l’enfant refuse de venir. Ce travail sur soi aide souvent l’enfant indirectement, parce qu’un parent moins écrasé par le reproche est plus disponible et plus constant.
Les travaux cités dans cette page
Les livres et textes littéraires ou psychanalytiques sont cités dans le texte. Voici les références des travaux et des fiches de travail sur lesquels nous nous sommes appuyés.
Tangney, J. P., et Dearing, R. L. (2002). Shame and Guilt. New York : Guilford Press. Ouvrage de référence sur la distinction entre une émotion centrée sur l’acte, tournée vers la réparation, et une émotion centrée sur le soi, tournée vers le retrait ou la contre-attaque.
FD Consultants (2026). Different Types of Guilt, fiche d’information. fdconsultants.net (PDF). Repérer l’objet de la culpabilité, évaluer sa part de responsabilité, examiner les standards empruntés aux autres, geste symbolique pour lâcher une culpabilité inutile.
TherapistAssist. Shame vs Guilt Worksheet, fiche de travail. therapistassist.app. Pour la semaine : une réparation concrète pour la culpabilité, un geste de bienveillance envers soi pour la honte.
La « loi de l’instrument », formulée par Abraham Kaplan en 1964 puis reprise par Abraham Maslow dans The Psychology of Science: A Reconnaissance (1966), rappelle qu’« il est tentant, si le seul outil dont on dispose est un marteau, de traiter tout comme si c’était un clou ».
En psychologie, une méthode ne peut pas répondre à toutes les situations. Forts de plusieurs décennies de pratique et de formations complémentaires, nous mobilisons de nombreux outils, choisis avec discernement, afin d’identifier rapidement les leviers les plus efficaces. Nous proposons ainsi un accompagnement aussi bref qu’efficace, tout en sachant accompagner aussi bien les suivis prolongés que le besoin d’un espace de parole régulier.