La honte de soi : quand c’est la personne entière qui se cache
Il y a la honte d’un instant, celle qui fait rougir après une maladresse et qui s’en va avec le soir. Et il y a une autre honte, plus sourde, qui ne porte sur rien de précis et sur tout à la fois : le sentiment d’être défectueux, de ne pas mériter sa place, d’être de trop. Elle se cache derrière des masques que l’on prend souvent pour des traits de caractère (la discrétion excessive, les colères soudaines, le perfectionnisme). Cette page décrit cette honte chronique, d’où elle vient, comment elle se protège, et ce qui, patiemment, la défait.
Il y a, dans beaucoup de séances, un instant que nous avons appris à reconnaître. La personne parle avec aisance, elle raconte sa semaine, son travail, ses enfants. Puis elle approche quelque chose, un souvenir, un détail, une phrase qu’on lui a dite un jour, et son regard quitte le nôtre pour se poser sur le tapis. La voix baisse ou, au contraire, un petit rire arrive, et le sujet change. Ce qui vient d’affleurer, très souvent, c’est de la honte. Pas la honte d’avoir fait quelque chose : la honte d’être quelqu’un.
La différence n’est pas qu’une affaire de vocabulaire. La culpabilité dit « j’ai mal agi », et elle laisse intacte la personne qui a mal agi ; elle peut donc réparer. La honte de soi dit « je suis mal fait », et il n’y a rien à réparer, puisque c’est l’être entier qui est en cause. On ne peut que se cacher. Ceux qui la portent ne disent presque jamais le mot « honte ». Ils disent : « je ne suis pas intéressant », « je ne suis pas quelqu’un qu’on garde », « si les gens me connaissaient vraiment, ils partiraient ». La page culpabilité ou honte explique comment distinguer les deux ; ici, nous regardons la honte quand elle est devenue une manière d’habiter sa vie.
Toni Morrison a donné à cette honte l’un de ses visages les plus bouleversants. Dans L’Œil le plus bleu (1970), son premier roman, Pecola, une petite fille noire de l’Ohio, est persuadée d’être laide, parce que tout autour d’elle, les regards, les poupées, les affiches, le lui ont appris. Elle prie chaque soir pour avoir les yeux bleus. Pecola n’a rien fait. Elle a seulement absorbé le mépris des autres jusqu’à le prendre pour la vérité sur elle-même. Le roman montre, mieux qu’un traité, comment une honte qui vient du dehors finit par s’installer au-dedans.
Une honte qui éclate, une honte qui s’installe
Jean-Paul Ricœur, dans une conférence intitulée « Honte et culpabilité » (5 mai 2007) et publiée sur psychaanalyse.com, propose une distinction très utile en pratique. Elle décrit deux pôles. D’un côté, la honte-crise : une fulgurance qui sidère, fait monter le rouge et donne envie de rentrer sous terre, une décharge brutale que l’auteur rapproche de la crise d’angoisse. De l’autre, la honte-état : un sentiment durable d’humiliation, d’infériorité ou d’indignité, qui colore la vie entière plutôt qu’un moment.
La honte-crise
Le lapsus en réunion, la chute dans l’escalier du métro, le message envoyé à la mauvaise personne. Le corps réagit avant la pensée : chaleur au visage, regard qui fuit, envie de disparaître. Elle est violente et brève. Ce qui la rend pénible, c’est surtout qu’on la rejoue ensuite, le soir, sous la douche, des années plus tard parfois.
La honte-état
Rien de spectaculaire. Une façon de se tenir un peu en retrait, de s’excuser d’exister, de ne pas demander, de minimiser ce que l’on fait bien. Elle ne déclenche pas de crise, elle fait le décor. C’est elle que nous appelons honte de soi, et c’est elle qui amène le plus souvent à consulter, sans qu’on la nomme.
La même conférence relève un trait qui explique pourquoi cette honte se soigne lentement : on peut avouer une faute et en être soulagé, mais avouer sa honte la redouble. Avoir honte est honteux, dire sa honte fait honte. C’est pour cela qu’elle vient si tard dans une thérapie, souvent après des mois, et qu’elle demande un interlocuteur dont on a éprouvé, d’abord, qu’il ne détournera pas le regard.
Six phrases de fond
La honte de soi s’exprime rarement par des mots dits à voix haute. Elle tient plutôt dans quelques phrases intérieures, presque toujours les mêmes, que l’on ne remarque plus tant elles sont familières. Retournez les cartes pour voir ce que chacune protège, et d’où elle vient souvent.
Ces phrases ressemblent à celles d’une estime de soi blessée, et les deux se recouvrent souvent. La nuance tient à ceci : l’estime basse évalue (« je ne vaux pas grand-chose »), la honte cache (« il ne faut pas que l’on voie »). La première fait baisser la note, la seconde fait baisser les yeux.
Une honte apprise avant les mots
La conférence de Jean-Paul Ricœur fait une remarque qui éclaire beaucoup de situations cliniques. La culpabilité s’apprend avec des paroles : « tu ne dois pas », des interdits énoncés, que l’enfant intériorise. La honte, elle, s’apprend souvent sans un mot. Ce sont les gros yeux d’une mère, un regard qui fusille dans un silence glacé, un soupir d’agacement quand on arrive. L’enfant comprend « ça ne se fait pas », et parfois « tu ne devrais pas être comme ça », sans qu’aucune phrase ait été prononcée. C’est pour cela, peut-être, que la honte est si difficile à raconter : elle s’est inscrite avant qu’il y ait des mots pour la dire.
Plusieurs chemins mènent à une honte qui dure. Aucun n’est une fatalité, et l’on en retrouve souvent plusieurs mêlés.
Être regardé avec mépris. Les moqueries répétées, le surnom humiliant, le parent qui ridiculise devant les autres. L’enfant n’a pas le recul pour se dire que le problème est chez celui qui se moque ; il en tire une conclusion sur lui-même. Voir ce que laisse le harcèlement.
Ne pas être regardé du tout. On pense moins à cette source, et elle est fréquente. Un enfant dont les émotions ne rencontraient personne, dans une famille absorbée par une maladie, un deuil, une dépression, peut conclure que ce qu’il ressent n’a pas d’intérêt, puis que lui-même n’en a pas.
Porter la honte d’un autre. Les secrets de famille, la pauvreté que l’on cachait, l’alcool d’un parent, un père en prison : l’enfant sent qu’il y a quelque chose à cacher et devient, sans le savoir, gardien d’une honte qui n’est pas la sienne. Sur ce point, voir aussi la honte sociale.
Avoir subi des violences. Après une agression, une emprise, des violences sexuelles, la honte s’installe chez la victime avec une régularité qui serait absurde si elle n’était pas si humaine. La page la honte après des violences y est consacrée.
Une culpabilité qui a changé de nature. Sonya Norman, qui travaille sur la culpabilité après un trauma, décrit comment elle peut glisser vers la honte : au lieu de « j’ai mal agi », la personne finit par penser « je suis quelqu’un de mauvais » (Norman, 2022). Cette bascule de l’acte à l’être est l’un des moments les plus importants à repérer.
Il faut ajouter une remarque, que l’on fait souvent en séance : beaucoup de personnes très honteuses ont été des enfants très sensibles au regard d’autrui, attentifs aux visages, prompts à percevoir la moindre ombre de désapprobation. Cette finesse est une qualité. Dans un environnement dur, elle devient une vulnérabilité. La page hypersensibilité en parle.
Les masques : la boussole de la honte
La honte est si pénible qu’on ne la laisse presque jamais à découvert. Le psychiatre américain Donald Nathanson, dans Shame and Pride (1992), a proposé de ranger les façons de s’en protéger sur une « boussole » à quatre directions. Le modèle est simple, et c’est sa force : beaucoup de patients s’y reconnaissent au premier coup d’œil.
D’après la « boussole de la honte » de Donald Nathanson. Chacun a un pôle de prédilection, et l’on passe souvent de l’un à l’autre selon les situations.
Le plus proche de la honte elle-même : on se retire. On ne rappelle pas, on annule le dîner, on ne lève plus la main en réunion. À court terme, le retrait soulage, puisqu’il soustrait au regard. À long terme, il confirme la honte (« la preuve, je suis seul ») et peut glisser vers une dépression. Chez certains, il prend la forme d’une timidité que l’on croyait de naissance, et qui s’est en réalité installée après une humiliation.
On se rabaisse avant que les autres ne le fassent. L’autodérision permanente, le « oh, moi, je n’y connais rien », la soumission aux désirs des autres, et dans les formes plus graves, les reproches violents adressés à soi-même, parfois jusqu’à se faire mal. Ce pôle a une logique cruelle : en se condamnant soi-même, on garde au moins le contrôle de la condamnation. Le perfectionnisme s’y rattache souvent : ne jamais laisser une faille visible.
On ne sent pas la honte, du tout. On la couvre d’autre chose : le travail sans fin, la réussite affichée, l’alcool ou le cannabis, les écrans, la séduction, les achats. La psychanalyste Helen Block Lewis parlait, dès 1971, d’une honte « contournée », passée si vite qu’on ne l’éprouve plus consciemment mais qui continue d’agir. Une grande assurance peut ainsi abriter une honte très ancienne. Le psychanalyste Winnicott aurait parlé d’un « faux self », une façade adaptée qui protège un soi resté caché. Voir à quoi sert une consommation.
On retourne la honte vers l’extérieur. La critique fait exploser, on rabaisse l’autre avant qu’il ne nous rabaisse, on cherche le coupable ailleurs. Tangney et Dearing ont souligné ce lien, surprenant au premier abord, entre la honte et la colère : là où la culpabilité pousse à réparer, la honte peut pousser à contre-attaquer (Tangney et Dearing, 2002). Derrière beaucoup de colères disproportionnées, nous trouvons une humiliation que la personne ne peut pas supporter de ressentir. Voir la colère.
Quiz pédagogique : vers quel pôle ma honte m’entraîne-t-elle ?
Ce quiz pédagogique, rédigé pour cette page à partir du modèle de Nathanson, n’est ni un test validé ni un diagnostic, et rien n’est enregistré. Il vous propose seulement de repérer le masque que vous portez le plus volontiers quand la honte s’approche. Pensez aux dernières semaines.
Le résultat décrit une tendance, pas un caractère. La plupart des gens utilisent plusieurs pôles, et le même peut changer de masque entre le travail et la maison.
Exemple fictif : Bastien, et la remarque du jeudi
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Exemple fictif
Bastien, 41 ans, chef de projet
Brillant, apprécié, toujours impeccable. Ses collègues le trouvent sûr de lui, un peu sec. Un jeudi, en réunion, sa directrice dit en souriant : « Bastien, le tableau est faux, mais ce n’est pas grave, on corrigera. » Il ne répond rien. Le soir, il envoie un long courriel de justification, très argumenté, en copie à trois personnes. Puis il dort mal pendant quatre nuits. Ce qu’il raconte en séance, des semaines plus tard, c’est une scène de ses neuf ans : son père, devant toute la famille réunie pour un anniversaire, qui lit à voix haute son bulletin trimestriel en imitant sa voix.
Suite de l’exemple fictif
Le lundi suivant, Bastien croise sa directrice dans le couloir. Il sent la même chaleur lui monter au visage.
Qu’est-ce qui l’aiderait le plus, à ce moment-là ?
Ce qui frappe, dans des histoires comme celle de Bastien, c’est l’écart entre l’intensité de la réaction et la banalité de la remarque. Cet écart est un indice précieux. Il signale que la scène présente touche un souvenir ancien, encore vif, que le cerveau traite comme s’il se reproduisait. C’est précisément le genre de souvenir sur lequel l’EMDR peut travailler.
Ce qui défait la honte
On ne se débarrasse pas d’une honte ancienne par un raisonnement, ni en se répétant que l’on vaut quelque chose. Ce qui la défait, c’est une suite d’expériences où l’on se montre un peu plus et où le regard attendu ne vient pas. La fiche de travail proposée par TherapistAssist, inspirée des travaux de Tangney et Dearing, offre un chemin très concret, que nous adaptons ici. Prenez une scène précise, de préférence récente, et suivez les étapes.
Distinguer la scène et la sentence. Notez d’abord les faits, en termes neutres, comme une caméra l’aurait filmé (« j’ai bafouillé pendant ma présentation »). Puis ce que vous vous êtes dit que vous ÊTES à cause de cela (« je suis ridicule, incompétent »). Le premier est un fait ; le second, une conclusion.
Chercher la voix. La phrase « je suis ridicule », dans la voix de qui l’entendez-vous ? La vôtre, ou celle d’un parent, d’un professeur, d’un camarade de collège ? Beaucoup de gens sont surpris de reconnaître, très précisément, une intonation.
Retrouver la première fois. Quand avez-vous entendu cette phrase pour la première fois, ou senti ce que vous sentez maintenant ? Il n’est pas nécessaire de trouver la « bonne » scène. Ce qui compte, c’est de s’apercevoir que le verdict a une histoire, donc qu’il n’est pas une vérité intemporelle.
Changer de place. Que diriez-vous à un ami qui vous raconterait exactement la même scène ? Écrivez-le, avec ses mots à lui. Puis relisez-le en le lisant pour vous.
Mesurer. Notez votre honte de 0 à 10 au début de l’exercice et à la fin. L’écart est souvent modeste, un ou deux points. C’est beaucoup : c’est la preuve qu’elle peut bouger.
Un geste pour vous. Pour la semaine, la fiche propose un geste de bienveillance envers soi, petit et réel : s’offrir une pause, se parler avec douceur après une erreur, garder un compliment au lieu de le corriger.
Deux autres alliés méritent d’être cités. Le premier est l’humour. La conférence de Jean-Paul Ricœur rappelle que le psychiatre Serge Tisseron le comptait parmi les défenses contre la honte, et y voit une première façon de mettre des mots, donc un peu de distance, dans un effondrement qui en manque. Rire de soi avec quelqu’un, ce n’est pas se rabaisser : c’est partager la scène au lieu de la cacher. Le second allié est la bienveillance envers soi, que le psychologue britannique Paul Gilbert a placée au centre d’une thérapie conçue pour les personnes envahies par la honte et l’autocritique. Elle ne consiste pas à se trouver formidable, mais à se traiter, dans un moment difficile, comme on traiterait quelqu’un qu’on aime.
Ce qu’il faut garder en tête
La honte de soi porte sur l’être, pas sur un acte : c’est pourquoi les excuses et les réussites ne l’apaisent pas.
Elle se protège derrière quatre grands masques : se cacher, se rabaisser, ne rien sentir, riposter.
Elle s’est souvent apprise sans mots, par des regards ; elle se défait aussi par des regards, ceux qui ne détournent pas les yeux.
Un verdict qui a une histoire n’est pas une vérité : retrouver la voix et la première fois l’affaiblit déjà.
Ce que disent les études
La recherche sur la honte s’est beaucoup développée ces dernières années, notamment autour du trauma. Trois travaux, que nous citons en bas de page, nous paraissent particulièrement utiles pour comprendre ce qui se joue.
Ces travaux portent surtout sur des personnes ayant vécu des traumatismes, et c’est une limite à garder en tête : toute honte de soi ne vient pas d’un trauma. Mais ils confirment une intuition clinique ancienne. La honte ne disparaît pas d’elle-même quand on traite le reste ; il faut la regarder en face, la nommer, et souvent revenir aux scènes où elle s’est installée. La page EMDR et TCC face à la honte détaille comment ces deux approches se complètent.
Si vous allez très mal
En cas de danger immédiat, faites le 15 (SAMU). Prenez un rendez-vous au cabinet en téléconsultation le plus rapidement possible. Si Doctolib ne permet pas un rendez-vous immédiat, envoyez des textos WhatsApp ou/et SMS aux cliniciens du cabinet.
Nous plaçons ce message ici parce qu’une honte très intense peut faire naître l’idée de disparaître, au sens propre. Si c’est votre cas, ce n’est pas une faiblesse de plus à cacher : c’est une raison de parler maintenant. Voir aussi les idées suicidaires.
Vrai ou faux : la honte de soi
Affirmation 1
« Les gens qui ont honte d’eux-mêmes sont forcément timides. »
Seulement ceux qui ont choisi le retrait. D’autres sont brillants, sûrs d’eux en apparence, ou prompts à la colère. La honte se cache souvent là où on l’attend le moins.
Affirmation 2
« On peut avoir honte sans avoir rien fait de mal. »
C’est même le cas le plus fréquent dans la honte de soi. Elle porte sur ce que l’on croit être, et elle s’installe souvent chez ceux qui ont subi le mépris, pas chez ceux qui l’ont exercé.
Affirmation 3
« Réussir finit par guérir la honte. »
Les réussites rassurent un temps, puis la honte s’adapte : « ils ne savent pas qui je suis vraiment ». C’est l’expérience d’être vu tel que l’on est, et accepté, qui l’apaise, pas l’accumulation des succès.
Affirmation 4
« Il faut retrouver l’origine exacte de sa honte pour s’en libérer. »
C’est plus nuancé. Retrouver des scènes aide souvent beaucoup, surtout pour un travail en EMDR. Mais on peut aussi avancer sans souvenir précis, en travaillant la voix intérieure et les masques d’aujourd’hui.
Affirmation 5
« Une colère disproportionnée peut cacher une honte. »
Très souvent. Quand une remarque modeste déclenche une fureur, il vaut la peine de chercher l’humiliation qu’elle a touchée. La colère protège de la honte ; elle ne la fait pas disparaître.
En séance, à votre rythme
Nous savons que la honte ne se dit pas au premier rendez-vous, et nous ne la pressons pas. Il arrive que des personnes viennent pendant des mois pour un motif très raisonnable (un conflit au travail, une fatigue, un couple en difficulté) avant de dire, presque en passant, ce qui les fait souffrir depuis l’enfance. Ce délai n’est pas du temps perdu : c’est le temps qu’il faut pour éprouver que le regard du thérapeute ne se détournera pas. Rien ne vous engage après une première rencontre, vous pouvez venir accompagné, et tout peut se faire en téléconsultation, au cabinet ou chez vous.
Ce qui entretient la honte
Ce que nous proposons
Des scènes d’humiliation encore vives, qui reviennent en images ou dans le corps
L’EMDR, en séances de 80 minutes, pour retraiter ces souvenirs. Avant d’y venir, un bilan psycho-traumatique est fréquemment proposé ; le trauma est la spécialité du psychothérapeute.
Un regard intérieur sévère, hérité d’autres regards
L’écoute analytique, nourrie de plusieurs grands repères de la psychanalyse, pour entendre de qui vient ce regard et ce qu’il a protégé, et pour que la honte puisse enfin se dire à quelqu’un.
Des phrases automatiques et des masques devenus des habitudes
Les outils des TCC : repérer les pensées, les assouplir, faire de petites expériences où l’on se montre un peu plus, s’entraîner à la bienveillance envers soi.
Des émotions qui débordent, des gestes contre soi
La TCD complète du cabinet, avec des séances individuelles, des groupes et un soutien entre les séances, pour apprendre à traverser les vagues sans se faire mal.
Quand on ne sait pas encore très bien de quoi l’on souffre, un bilan psychologique, réalisé par le psychothérapeute, permet de faire le point, y compris en téléconsultation, et donne lieu à un compte rendu écrit. De temps en temps, nous regardons ensemble le chemin parcouru. La page consacrée à notre accompagnement donne une vue d’ensemble.
Questions sur la honte de soi
Pourquoi j’ai honte de moi sans raison ?
Parce que la honte de soi ne porte pas sur un acte précis, mais sur ce que l’on croit être. Elle s’installe souvent tôt, à la suite de regards méprisants, de moqueries, d’indifférence ou de violences, et elle continue d’agir longtemps après, comme une conviction de fond. Le fait qu’elle semble sans raison est justement l’un de ses traits.
Quelle différence entre honte de soi et manque d’estime de soi ?
Les deux se recouvrent souvent. L’estime de soi basse évalue (« je ne vaux pas grand-chose »), la honte cache (« il ne faut pas que l’on voie qui je suis »). La première fait douter de sa valeur, la seconde pousse à se soustraire au regard des autres, à se rabaisser ou à riposter.
Comment savoir si ma colère cache de la honte ?
Un indice fréquent : une réaction très forte à une remarque modeste, surtout quand elle touche à votre compétence, à votre image ou à votre place. Si la colère arrive en une seconde, juste après un instant où vous vous êtes senti petit, il y a de bonnes chances qu’elle protège d’une humiliation.
Comment se débarrasser de la honte de soi ?
Pas d’un coup, et pas par le raisonnement seul. Ce qui aide : séparer le fait du verdict, chercher de qui vient la voix qui vous juge, retrouver quand elle a commencé, vous parler comme à un ami, et surtout vivre des expériences où l’on se montre sans être rejeté. Une thérapie offre ce lieu ; l’EMDR peut retraiter les souvenirs où la honte s’est installée.
L’EMDR peut-elle aider la honte ?
Oui, en particulier quand la honte est liée à des souvenirs précis d’humiliation ou de violence. Un essai randomisé chez des adultes ayant subi des traumatismes dans l’enfance a vu reculer culpabilité et honte, que les patients aient reçu l’EMDR ou la réécriture en imagination. Les séances d’EMDR, chez nous, sont des séances longues de 80 minutes.
Pourquoi est-il si difficile de parler de sa honte ?
Parce que dire sa honte réveille la honte : on a honte d’avoir honte. Elle s’est souvent apprise sans mots, par des regards, ce qui rend aussi difficile de la raconter. C’est pourquoi elle se confie en général tard, une fois que l’on a éprouvé que la personne en face ne détournera pas les yeux.
Nos sources pour cette page
Les auteurs littéraires et psychanalytiques (Toni Morrison, Nathanson, Helen Block Lewis, Winnicott, Paul Gilbert) sont cités dans le texte. Les articles et fiches de travail :
Norman, S. (2022). Trauma-Informed Guilt Reduction Therapy: Overview of the Treatment and Research. Current Treatment Options in Psychiatry, 9(3), 115–125. doi.org/10.1007/s40501-022-00261-7 ; texte intégral : PMC9068861.
Wells, S. Y., Davis, B. C., Wachen, J. S., Silva, M. E., et Norman, S. B. (2026). Optimizing Trauma-Focused Treatments to Address Guilt and Shame: Clinical Considerations and Strategies. Journal of Traumatic Stress. doi.org/10.1002/jts.70081 ; texte intégral : PMC13483309.
Boterhoven de Haan, K. L., Lee, C. W., Fassbinder, E., et al. (2020). Imagery rescripting and eye movement desensitisation and reprocessing as treatment for adults with post-traumatic stress disorder from childhood trauma: randomised clinical trial. The British Journal of Psychiatry, 217(5), 609–615. doi.org/10.1192/bjp.2020.158.
Tangney, J. P., et Dearing, R. L. (2002). Shame and Guilt. New York : Guilford Press. Sur les liens entre la honte, le retrait et la colère.
TherapistAssist. Shame vs Guilt Worksheet, fiche de travail. therapistassist.app. Étapes de l’exercice proposé plus haut, adaptées en français.
Ricœur, J.-P. « Honte et culpabilité », conférence du 5 mai 2007, publiée sur psychaanalyse.com. psychaanalyse.com (PDF). Honte-crise et honte-état, honte apprise par le regard, aveu qui redouble la honte, humour.
La honte s’est apprise dans des regards ; c’est aussi dans un regard qu’elle commence à se défaire. Que ce soit dans l’un de nos trois lieux ou par écran, rien ne sera brusqué.
La « loi de l’instrument », formulée par Abraham Kaplan en 1964 puis reprise par Abraham Maslow dans The Psychology of Science: A Reconnaissance (1966), rappelle qu’« il est tentant, si le seul outil dont on dispose est un marteau, de traiter tout comme si c’était un clou ».
En psychologie, une méthode ne peut pas répondre à toutes les situations. Forts de plusieurs décennies de pratique et de formations complémentaires, nous mobilisons de nombreux outils, choisis avec discernement, afin d’identifier rapidement les leviers les plus efficaces. Nous proposons ainsi un accompagnement aussi bref qu’efficace, tout en sachant accompagner aussi bien les suivis prolongés que le besoin d’un espace de parole régulier.