Culpabilité et honte : ce que la psychanalyse en a compris, de Freud à Lacan
La culpabilité remplit les dictionnaires de psychanalyse ; la honte y tient en quelques lignes, quand elle y figure. Ce déséquilibre dit déjà quelque chose : la faute se parle, se confesse, se raisonne, alors que la honte se tait. Freud, Melanie Klein, Winnicott, Lacan, mais aussi Sartre, l’anthropologue Ruth Benedict et l’helléniste E. R. Dodds ont chacun éclairé un côté de ces deux émotions. Nous les reprenons ici, non comme une leçon d’histoire, mais pour ce qu’ils nous apprennent encore, en séance, sur ceux qui se reprochent tout ou qui voudraient rentrer sous terre.
Culpabilité, sentiment de culpabilité, sentiment inconscient de culpabilité : trois choses différentes
Dans sa conférence « Honte et culpabilité » du 5 mai 2007, publiée sur psychaanalyse.com, Jean-Paul Ricœur commence par un tri que nous trouvons très utile en consultation. Dans la langue de tous les jours, on dit « culpabilité » pour aller vite. Mais il faut distinguer trois réalités.
| Ce que l’on nomme | Ce qui le caractérise | Ce qu’on entend en séance |
|---|---|---|
| La culpabilité | Elle suppose une faute réelle, que l’on peut nommer. | « J’ai menti à mon associé, et il l’a appris. » |
| Le sentiment de culpabilité | On se sent coupable sans pouvoir dire de quoi : la faute est introuvable. | « Je me sens toujours en faute, même quand je n’ai rien fait. » |
| Le sentiment inconscient de culpabilité | Il n’est pas ressenti comme tel. Freud le déduit de ses effets : échecs répétés, maladies, conduites qui attirent la punition. | « Je ne comprends pas, chaque fois que tout va bien, je casse quelque chose. » |
L’expression « sentiment inconscient » a quelque chose de paradoxal, puisqu’un sentiment est, par définition, quelque chose que l’on éprouve. C’est pourtant là que réside la découverte de Freud : une culpabilité peut gouverner une vie sans jamais être sentie, en se signalant seulement par les coups qu’elle porte. Il rappelle aussi que la honte, elle, n’a presque pas de statut dans la théorie : Freud en dit quelques mots, Lacan y fait deux allusions dans son enseignement, en 1954 et en 1970, sans compter son jeu de mots sur la « hontologie ».
Une frise des idées, de la lettre à Fliess à la « hontologie »
- 1897Dans une lettre à son ami Wilhelm Fliess, datée du 3 octobre, Freud raconte avoir accueilli la naissance de son petit frère Julius avec de méchants souhaits et une vraie jalousie d’enfant ; la mort du bébé, quelques mois plus tard, a laissé en lui, écrit-il, le germe d’une culpabilité. La psychanalyse de la faute commence par une confidence.Freud, Lettres à Wilhelm Fliess.
- 1909L’analyse de « l’Homme aux rats », un jeune juriste tourmenté par des obsessions et des scrupules, montre le lien entre la névrose obsessionnelle, la culpabilité et la dette : tout le drame du patient tourne autour d’une petite somme à rembourser.Voir aussi le dossier TOC.
- 1913Totem et tabou imagine un meurtre originel du père, à la racine de la culpabilité collective et de la loi.
- 1916« Quelques types de caractère dégagés par le travail psychanalytique » : Freud décrit ceux qui échouent devant le succès et les criminels par sentiment de culpabilité.
- 1923Le moi et le ça installe le surmoi parmi les instances psychiques et décrit la « réaction thérapeutique négative ».
- 1924« Le problème économique du masochisme » : le masochisme moral, ou besoin de punition.
- 1930Malaise dans la civilisation : Freud y annonce vouloir faire du sentiment de culpabilité le problème le plus important du développement de la civilisation.
- 1937Melanie Klein et Joan Riviere publient L’amour et la haine, où Klein expose son idée de la réparation.
- 1943Sartre, L’être et le néant : la honte comme honte devant quelqu’un.
- 1946 et 1951Ruth Benedict, Le chrysanthème et le sabre ; E. R. Dodds, Les Grecs et l’irrationnel : cultures de la honte et cultures de la culpabilité.
- 1953Les psychanalystes Gerhart Piers et Milton Singer rattachent la culpabilité au surmoi et la honte à l’idéal du moi : la faute, c’est l’interdit franchi ; la honte, c’est l’écart entre soi et l’image qu’on rêvait d’atteindre.
- 1960Lacan, au terme de son séminaire sur L’éthique de la psychanalyse, formule que l’on ne peut être coupable que d’avoir cédé sur son désir.
- 1970Lacan, à la dernière séance de L’envers de la psychanalyse (17 juin), joue sur « hontologie ».
Le besoin de punition : quatre figures freudiennes que l’on rencontre encore
Ce qui reste le plus étonnant chez Freud, et le plus utile aujourd’hui, c’est l’idée qu’une culpabilité inconsciente puisse chercher sa punition. On ne souffre pas seulement parce qu’on est coupable ; on se débrouille parfois, sans le savoir, pour souffrir afin d’apaiser une faute que l’on ignore. Retournez les cartes.
Ces figures ne sont pas des curiosités de musée. Nous les retrouvons chez la femme brillante qui « oublie » de rendre le dossier décisif, chez l’homme qui provoque la rupture la semaine où il emménage avec celle qu’il aime, chez la patiente qui annule la séance qui suit son premier vrai mieux. Les nommer n’a rien d’une accusation ; c’est souvent le premier soulagement : « il y a une logique à ce que je vis, et elle peut se défaire ».
Le surmoi : un juge intérieur qui en demande toujours plus
Avec Le moi et le ça, en 1923, Freud donne un nom à l’instance qui juge, interdit et punit de l’intérieur : le surmoi, héritier des interdits parentaux. Il en fait un portrait inquiétant : « Le ça est tout à fait amoral, le moi s’efforce d’être moral et le surmoi peut devenir hyper moral et, en même temps, aussi cruel que le ça. » La conscience morale n’est donc pas forcément du côté de la douceur ; elle peut se montrer féroce.
Sept ans plus tard, dans Malaise dans la civilisation, Freud relève un paradoxe que tous les scrupuleux connaissent : plus on renonce, plus le surmoi devient sévère. Les personnes les plus vertueuses sont souvent celles qui se reprochent le plus. Freud décrit aussi le moment où l’enfant fait passer la menace de l’extérieur à l’intérieur : il échange, écrit-il, « un malheur extérieur menaçant » (perdre l’amour de l’autorité, être puni par elle) « contre un malheur intérieur continuel », la tension propre au sentiment de culpabilité.
Le surmoi ne se rassasie pas de sacrifices : chaque renoncement lui donne faim.
Concrètement, cela change la manière de travailler avec quelqu’un qui se sent coupable de tout. Le rassurer (« mais non, vous n’avez rien fait de mal ») ne sert presque à rien, car le juge intérieur n’écoute pas les arguments. Ce qui aide, c’est de faire entendre la voix du juge, de reconnaître à qui elle ressemble, et de mesurer la disproportion entre la peine et la faute. La page culpabilité excessive et scrupules en montre les formes quotidiennes.
Melanie Klein et Winnicott : la culpabilité qui persécute et celle qui répare
Melanie Klein, qui analysait de très jeunes enfants à travers leurs jeux, a découvert un surmoi bien plus précoce et bien plus cruel que celui de Freud. Elle a surtout montré qu’il existe deux manières de se sentir coupable. Le psychanalyste argentin León Grinberg a plus tard nommé cette distinction : culpabilité persécutive et culpabilité dépressive.
La culpabilité qui persécute
- Elle est vécue comme une menace : on va être puni, rejeté, détruit.
- Elle tourne autour de soi et de sa peur.
- Elle pousse à se justifier, à accuser, à fuir, ou à s’effondrer.
- Elle ne répare rien, elle tourmente.
La culpabilité qui répare
- Elle naît du souci de l’autre que l’on a pu blesser.
- Elle tolère d’aimer et de haïr la même personne.
- Elle pousse à réparer, à prendre soin, à faire autrement.
- Elle apaise une fois la réparation faite.
Pour Klein, la seconde apparaît avec ce qu’elle appelle la position dépressive : le moment où le petit enfant comprend que la mère qu’il aime et celle qu’il attaque dans ses colères sont une seule et même personne. De cette découverte naît le désir de réparer, que Klein place au fondement de la créativité, de l’amour et de la gratitude. Winnicott, qui avait été formé dans son sillage, a prolongé l’idée sous un nom plus doux : la « capacité de sollicitude ». Un enfant qui peut abîmer, s’en soucier et réparer, et dont la réparation est accueillie, apprend que sa destructivité n’est pas toute-puissante.
À quoi cela sert-il aujourd’hui ? À ne pas chercher à supprimer la culpabilité, mais à la faire passer d’un registre à l’autre : de la terreur d’être puni au souci de réparer. C’est exactement ce que nous appelons la culpabilité utile. Pour aller plus loin sur l’œuvre de Klein, voir la page Melanie Klein ; sur Winnicott, Winnicott.
Lacan : céder sur son désir, la dette, le surmoi « féroce »
Au terme de son séminaire sur l’éthique de la psychanalyse, Jacques Lacan propose une formule qui a fait couler beaucoup d’encre : « la seule chose dont on puisse être coupable, au moins dans la perspective analytique, c’est d’avoir cédé sur son désir ». Elle renverse le sens commun. La culpabilité la plus profonde ne viendrait pas d’avoir trop désiré, mais d’avoir renoncé à son désir propre pour se conformer à ce qu’on attendait de soi. Nous l’entendons chez celui qui a fait médecine pour son père et se sent obscurément fautif sans avoir rien fait de mal.
Lacan reprend aussi la question de la dette. En allemand, un même mot, Schuld, désigne la faute et la dette ; schuldig veut dire à la fois coupable et débiteur. Selon la lecture qu’en propose Jean-Paul Ricœur, la dette au sens lacanien est symbolique : elle ne se paie pas, elle se transmet. Le névrosé, lui, en fait une dette imaginaire qu’il s’épuise à rembourser, en vain. On reconnaît là ces personnes qui « doivent » toujours quelque chose à leurs parents, à leur conjoint, au monde, et qui ne sont jamais quittes.
Lacan qualifie enfin le surmoi de « féroce » et d’« obscène », pour souligner son exigence sans fin. Et il parle de la honte à partir du regard et du stade du miroir : l’enfant reçoit son image d’un autre qui la confirme, ce qui laisse une faille par où la honte peut passer, le jour où ce regard se retourne. La page perte d’élan et désir développe la question du désir chez Lacan.
Sartre : « la honte dans sa structure première est honte devant quelqu’un »
Faute de théorie analytique solide de la honte, c’est souvent chez un philosophe que les psychanalystes vont la chercher. Dans L’être et le néant, en 1943, Sartre en donne une description restée célèbre : « Je viens de faire un geste maladroit ou vulgaire : ce geste colle à moi, je ne le juge ni le blâme, je le vis simplement […]. Mais voilà tout à coup que je lève la tête : quelqu’un était là et m’a vu. Je réalise tout à coup toute la vulgarité de mon geste et j’ai honte. »
Tout est là : la honte naît du regard d’autrui, qui fait de moi un objet. On objectera qu’on peut avoir honte seul, dans sa salle de bains, à trois heures du matin. Mais le regard reste présent : dans le passé, sous la forme de ces yeux qui nous ont un jour cloués sur place ; au futur, par l’anticipation de celui qui nous verrait. La culpabilité, elle, a aussi son œil, celui de la conscience, ce regard intérieur qui poursuit Caïn jusque dans la tombe chez Victor Hugo. Mais il s’agit d’un regard fait de mots, d’interdits entendus. La honte se rattache au regard réel des autres, à commencer par ce que Ricœur appelle joliment « les gros yeux de maman ».
Le psychanalyste Octave Mannoni, dans un texte intitulé « La férule », proposait de voir dans la honte une brutale rupture d’identification, qui jette le sujet dans le ridicule. Il avançait aussi, non sans malice, que Freud avait manqué la honte parce qu’elle touchait l’un de ses points aveugles, une humiliation d’enfance liée au lit de ses parents. On n’est jamais obligé d’adhérer à ces hypothèses ; elles ont le mérite de rappeler que les théoriciens aussi ont leurs hontes.
Honte-crise, honte-état : deux pôles d’une même émotion
Jean-Paul Ricœur distingue deux pôles. La honte-crise est une fulgurance qui fait monter le rouge au front et donne envie de rentrer sous terre, proche, dans sa forme, de la crise d’angoisse. La honte-état, elle, est un fond permanent : se sentir humilié, inférieur, indigne, au point que toute une existence en prend la teinte. Entre les deux, toute une gamme. Faites glisser le curseur.
La différence a des conséquences pratiques. Une honte-crise qui s’est figée dans un souvenir précis se travaille souvent très bien sur ce souvenir lui-même. Une honte-état, plus diffuse, demande davantage de temps et de parole, parce qu’elle s’est tissée dans l’histoire, souvent dans ces regards premiers dont parlent les analystes. Beaucoup de personnes ont les deux.
Cultures de la honte et cultures de la culpabilité : Benedict, Dodds, Œdipe
Pendant la Seconde Guerre mondiale, l’administration américaine demande à l’anthropologue Ruth Benedict une étude sur la société japonaise. Elle en tire Le chrysanthème et le sabre, publié en 1946, où elle oppose une culture de la culpabilité, fondée sur une conscience intérieure du mal, à une culture de la honte, fondée sur le regard du groupe et la crainte de perdre la face. Fait étonnant, rappelle Ricœur : Benedict n’était jamais allée au Japon et n’en parlait pas la langue. Son opposition a été depuis beaucoup discutée, et personne ne la tient plus pour une description fidèle d’un peuple ; elle reste une idée féconde pour penser deux façons de régler les conduites.
L’helléniste E. R. Dodds s’en est servi dans Les Grecs et l’irrationnel pour décrire le passage de l’homme homérique, régi par l’estime publique, à une Grèce où apparaît peu à peu la culpabilité intérieure. Chez Homère, le plus grand bien n’est pas une conscience tranquille, mais l’estime des autres ; perdre la face est intolérable. La faute y est une souillure, presque une contagion, qu’il faut laver par des rites.
Œdipe, à cet égard, est un personnage-charnière. Le vieil Œdipe de Sophocle, que commente Jean-Pierre Vernant, se dit innocent : « Mes actes, je les ai subis et non commis ». Humainement, il est pur ; religieusement, il est souillé. Et c’est une honte, l’insulte d’un ivrogne qui le traite d’enfant supposé, qui l’a mis en route vers Delphes et vers son destin. Ce détail parle à beaucoup de nos patients : on peut se sentir souillé sans avoir rien voulu, ce que connaissent bien les personnes qui ont subi des violences.
Pourquoi la honte se dit en dernier
La culpabilité peut se dire. Elle a même ses rituels : l’aveu, la confession, le « faute avouée est à demi pardonnée » de nos grands-mères. La honte, elle, résiste à la parole. Elle rend muet quand elle frappe, et la dire la redouble : avoir honte est honteux, avouer sa honte fait honte. C’est sans doute pourquoi, dans une analyse, des mois passent parfois avant qu’un patient ose raconter la scène qui l’habite depuis toujours, et souvent il la lâche en riant, debout, son manteau sur le bras, au moment de partir.
Ce rire n’est pas un hasard. Le psychanalyste Serge Tisseron, qui a beaucoup écrit sur la honte, comptait l’humour parmi les défenses contre elle, et Ricœur en fait un premier moyen d’introduire du symbolique, donc du lien, là où la honte n’en laisse aucun, en s’appuyant sur ce que Freud a écrit du mot d’esprit et du tiers qui en rit. Le même texte s’arrête sur une curiosité de la langue : « j’ai la honte », « c’est la honte ». Une honte avec article, impersonnelle, qui tombe dessus comme une averse, comme si elle n’appartenait à personne. Elle est souvent la première forme sous laquelle un adolescent l’évoque en séance.
Il en découle une règle simple, que nous appliquons sans la formuler : ne jamais forcer l’aveu d’une honte, mais lui laisser assez de place, et de temps, pour qu’elle trouve elle-même le moment de se dire.
Exemple fictif : Claire, 42 ans, qui « rate tout au dernier moment »
Exemple fictif
Claire consulte après un troisième « accident » de carrière. Chaque fois qu’un poste important lui est proposé, elle tombe malade, se dispute avec un supérieur ou oublie un rendez-vous décisif. Elle dit n’avoir aucune culpabilité, « au contraire, je suis furieuse contre moi ». En séance, elle évoque une mère qui a renoncé à ses études pour élever ses enfants, et qui répétait en riant : « toi, au moins, tu iras plus loin que moi ».
Quelle lecture psychanalytique éclaire le mieux cette répétition ?
Dans un cas comme celui-ci, l’écoute analytique ouvre la piste ; d’autres outils peuvent ensuite aider Claire à traverser les situations où l’échec se déclenche. La page sur le perfectionnisme et le syndrome de l’imposteur décrit des mécanismes voisins.
Jeu : qui a dit quoi ?
Quiz pédagogique, ni test validé ni diagnostic : rien n’est enregistré. Associez chaque idée à son auteur, puis vérifiez.
Au cabinet : une écoute nourrie de plusieurs grands repères de la psychanalyse, et d’autres outils à côté
Notre psychothérapeute est aussi psychanalyste ; son écoute puise chez plusieurs maîtres de la psychanalyse. De Jung, nous retenons en particulier la notion d’ombre : ces parts de soi que l’on refuse de voir, souvent parce qu’elles font honte, et qui se rappellent à nous dans les rêves, les colères ou les jugements que l’on porte sur les autres. Reconnaître son ombre, disait Jung en substance, est une condition pour devenir soi.
Concrètement, cette écoute consiste à laisser venir ce qui se répète, ce qui s’oublie, ce qui fait rougir, les rêves, les lapsus, les phrases de famille, sans les juger ni les ranger trop vite. Elle s’associe volontiers à d’autres outils. Quand une honte est accrochée à des souvenirs précis, l’EMDR permet de les retraiter ; quand une voix critique tourne en boucle, des outils des TCC aident à l’examiner. Les deux voies sont décrites dans l’EMDR et les TCC face à la honte. La page psychanalyse et EMDR explique comment ces approches se répondent.
- Une première rencontre qui n’engage à rien : vous exposez votre demande, nous voyons ensemble ce qui conviendrait.
- Un bilan psychologique si l’on a besoin d’y voir plus clair, réalisable aussi en téléconsultation, avec un compte rendu écrit.
- Une fréquence de séances ajustée à vous, et de temps à autre un bilan de ce qui a bougé.
- Trois cabinets (Colombes, Ardèche, Pavillons-sous-Bois) et la possibilité de consulter par écran.
- L’idée qu’une culpabilité peut agir sans être ressentie, et se signaler par des échecs répétés.
- La distinction entre une culpabilité qui persécute et une culpabilité qui répare.
- Le lien entre la honte et le regard, et la patience nécessaire pour qu’elle se dise.
Questions sur la psychanalyse, la culpabilité et la honte
Qu’est-ce que le sentiment inconscient de culpabilité chez Freud ?
C’est une culpabilité qui n’est pas ressentie comme telle. La personne ne se sent pas coupable, mais elle se comporte comme si elle devait être punie : échecs au moment de réussir, maladies, aggravation après chaque progrès. Freud en déduit l’existence à partir de ces effets.
Quelle différence la psychanalyse fait-elle entre honte et culpabilité ?
La culpabilité se rattache au surmoi et à l’interdit : on se sent coupable d’avoir fait ou désiré ce qui est défendu. La honte se rattache au regard et à l’idéal : on a honte d’être surpris en défaut, loin de l’idéal que l’on s’était fixé. La culpabilité se dit et se répare ; la honte se tait plus volontiers.
Que veut dire Lacan par « céder sur son désir » ?
Renoncer à ce que l’on désire vraiment pour se conformer à ce que l’on croit attendu de soi. Pour Lacan, c’est là la source d’une culpabilité profonde, plus que le fait d’avoir trop désiré. La formule se trouve dans son séminaire sur l’éthique de la psychanalyse.
Qu’est-ce que la réparation chez Melanie Klein ?
C’est le mouvement par lequel l’enfant, puis l’adulte, cherche à réparer ce qu’il a abîmé, en réalité ou en pensée, chez une personne qu’il aime. Elle naît d’une culpabilité tournée vers l’autre, et Klein y voit une source de l’amour, de la gratitude et de la créativité.
Une psychanalyse peut-elle aider quand on a honte de soi ?
Oui. L’écoute analytique permet de retrouver les regards et les scènes qui ont installé la honte et de lui laisser le temps de se dire. Au cabinet, elle peut s’associer à l’EMDR, quand la honte est attachée à des souvenirs précis, et à des outils des TCC.
Textes et ouvrages cités
- Ricœur, J.-P. « Honte et culpabilité », conférence du 5 mai 2007, publiée sur psychaanalyse.com : texte en PDF.
- Freud, S. (1916). « Quelques types de caractère dégagés par le travail psychanalytique ». (1923). Le moi et le ça. (1924). « Le problème économique du masochisme ». (1930). Malaise dans la civilisation.
- Klein, M., et Riviere, J. (1937). L’amour et la haine (titre original : Love, Hate and Reparation).
- Winnicott, D. W. (1963). « Élaboration de la capacité de sollicitude ».
- Lacan, J. Le Séminaire, livre VII : L’éthique de la psychanalyse (1959-1960) ; Le Séminaire, livre XVII : L’envers de la psychanalyse (1969-1970).
- Sartre, J.-P. (1943). L’être et le néant. Paris : Gallimard.
- Benedict, R. (1946). The Chrysanthemum and the Sword. Traduction française : Le chrysanthème et le sabre.
- Dodds, E. R. (1951). The Greeks and the Irrational. Traduction française : Les Grecs et l’irrationnel.
- Piers, G., et Singer, M. B. (1953). Shame and Guilt: A Psychoanalytic and a Cultural Study.
- Tangney, J. P., et Dearing, R. L. (2002). Shame and Guilt. New York : Guilford Press.
Prolonger la lecture
Donner une place à ce qui se tait
Une faute qui ne vous lâche pas, des échecs qui se répètent au mauvais moment, une honte que vous n’avez jamais racontée : venez en déposer quelques mots lors d’un premier rendez-vous, sans obligation d’aller plus loin.