Grossesse, post-partum : la dépression périnatale
On attend d’une future ou d’une jeune mère qu’elle soit comblée. Beaucoup le sont, et beaucoup ne le sont pas, ou pas tout le temps, ou pas tout de suite. La dépression autour de la naissance, pendant la grossesse ou dans l’année qui suit, est fréquente, souvent cachée par la honte, et elle se soigne bien quand elle est repérée. Elle touche aussi des pères et des co-parents. Cette page distingue le baby blues de la dépression et de la psychose du post-partum, décrit les signes particuliers, ce qui fragilise, le lien avec le bébé, et les aides disponibles.
Le mythe de la maternité toujours heureuse
Les photos de naissance sont souriantes. Ce qu’on montre moins : les nuits hachées, le corps qui a changé, la sensation d’avoir perdu sa liberté, l’amour qui ne « tombe » pas toujours d’un coup, l’angoisse de mal faire, la solitude des journées seule avec un nourrisson. Ces vécus ambivalents sont normaux. Mais quand ils s’installent, s’assombrissent et empêchent de vivre, il peut s’agir d’une dépression.
En France, l’enquête nationale périnatale de 2021 a estimé qu’environ une femme sur six présentait des signes de dépression du post-partum deux mois après la naissance. La dépression pendant la grossesse est presque aussi fréquente. Chez les pères, les études internationales retrouvent une dépression chez environ un sur dix dans la période qui entoure la naissance. Ce ne sont pas des cas rares : ce sont des parents ordinaires, dans une période extraordinaire.
- La dépression périnatale n’est ni un manque d’amour ni une faute. Elle peut toucher toutes les mères, et des pères.
- Elle peut commencer pendant la grossesse ou à n’importe quel moment de la première année.
- Elle se soigne, et la soigner protège aussi le bébé et le lien.
Baby blues, dépression, psychose : trois choses différentes
Fréquent et passager. Il touche la majorité des mères, entre la moitié et les quatre cinquièmes selon les études, dans les jours qui suivent l’accouchement, avec un pic vers le troisième jour. Pleurs faciles, émotivité, irritabilité, fatigue, sentiment d’être dépassée, alternant avec des moments de joie. Il disparaît spontanément en quelques jours, au plus en deux semaines. Il demande du repos, de la présence et de la bienveillance, pas un traitement. S’il dure au-delà de deux semaines ou s’aggrave, il faut en parler.
Fréquente, souvent cachée. Elle peut commencer pendant la grossesse ou dans les semaines et mois qui suivent la naissance, parfois après plusieurs mois. Elle ressemble aux autres dépressions, avec des couleurs propres : épuisement, culpabilité d’être « une mauvaise mère », anxiété intense pour le bébé, sentiment de ne rien ressentir pour lui, irritabilité, impossibilité de dormir même quand le bébé dort. Elle dure plus de deux semaines et pèse sur la vie quotidienne. Elle se soigne.
Rare et urgente. Elle touche environ une à deux mères sur mille, le plus souvent dans les deux premières semaines. Le tableau change vite : confusion, agitation ou au contraire prostration, insomnie totale, idées étranges ou délirantes (concernant souvent le bébé), hallucinations, humeur très exaltée ou très sombre. Le risque est plus élevé en cas de trouble bipolaire, personnel ou familial. C’est une urgence médicale : elle se soigne bien quand elle est prise en charge immédiatement. Voir bipolarité, grossesse et post-partum.
En cas de danger immédiat, contactez les services d’urgence ou rendez-vous aux urgences de l’hôpital le plus proche. Idées suicidaires, pour vous ou un proche : parlez-en sans attendre à votre médecin traitant. Pour être accompagné dans la durée, vous pouvez aussi prendre rendez-vous au cabinet.
Une mère qui semble confuse, ne dort plus du tout, tient des propos étranges ou parle de mourir, ou de mettre en danger son bébé, doit être conduite aux urgences sans attendre, et ne pas rester seule avec lui.
Les signes particuliers de la dépression périnatale
Beaucoup de signes de la dépression se confondent avec la vie avec un nourrisson : qui dort bien, mange bien et a de l’énergie avec un bébé de deux mois ? Ce qui alerte, c’est l’intensité, la durée, et certains signes plus spécifiques. Retournez les cartes.
Cette dernière peur est fréquente, et elle retarde l’aide. Disons-le clairement : parler de sa dépression à une sage-femme, à un médecin ou à un psychologue conduit à être aidée, pas à être séparée de son enfant. Les professionnels de la périnatalité connaissent très bien ces situations et savent qu’une mère qui demande de l’aide est une mère qui protège son bébé.
Les pensées qui font peur
Beaucoup de jeunes parents ont, un jour, une image qui les glace : le bébé qui tombe dans l’escalier, l’idée soudaine de le lâcher, une pensée violente qui surgit sans prévenir. Ces pensées intrusives sont très fréquentes après une naissance, chez les mères comme chez les pères. Elles sont vécues avec horreur, on les repousse, on s’en veut, on évite parfois de rester seul avec l’enfant. Elles témoignent d’une angoisse de protection, pas d’un désir de faire du mal.
Quand elles deviennent envahissantes, elles peuvent accompagner une dépression ou un trouble obsessionnel du post-partum, qui se soignent. Il faut en parler à un professionnel : vous serez entendu sans être jugé. En revanche, des idées vécues comme justes, sans horreur, ou associées à une confusion ou à des convictions étranges, relèvent d’une urgence médicale, comme la psychose du post-partum décrite plus haut. Voir le dossier pensées intrusives.
Pendant la grossesse
La dépression prénatale est souvent méconnue, alors qu’elle est presque aussi fréquente que celle qui suit la naissance. Elle est d’autant plus difficile à dire que la grossesse est censée être un temps de bonheur. Fatigue et nausées masquent les signes ; la culpabilité de « ne pas être heureuse » les cache.
Elle mérite d’être soignée pour la future mère elle-même, et parce qu’elle est l’un des principaux facteurs de risque de dépression après la naissance. Certaines situations la favorisent : grossesse non désirée ou très attendue après un long parcours de procréation médicalement assistée, antécédent de fausse couche, de mort fœtale ou d’interruption de grossesse, complications médicales, isolement, conflits de couple, violences, précarité.
En France, l’entretien prénatal précoce, proposé à toutes les femmes enceintes à partir du quatrième mois, avec une sage-femme ou un médecin, est un moment privilégié pour parler de son humeur, de ses inquiétudes, de son histoire. N’hésitez pas à y aborder ce qui vous pèse.
Peut-on prendre un antidépresseur pendant la grossesse ou l’allaitement ?
C’est une décision qui se prend avec le médecin, au cas par cas, en pesant les bénéfices et les risques pour la mère et l’enfant. Une dépression non soignée comporte elle aussi des risques. Certains traitements sont bien connus pendant la grossesse et l’allaitement, et les médecins disposent de centres de référence spécialisés pour les guider. Ne jamais arrêter seule un traitement en découvrant une grossesse : en parler rapidement au médecin.
Ce qui fragilise
- Des antécédents de dépression, d’anxiété ou de dépression périnatale, ou un trouble bipolaire personnel ou familial.
- Un accouchement difficile ou vécu comme traumatique : urgence, césarienne non prévue, sentiment de perte de contrôle, douleur extrême, peur pour sa vie ou celle du bébé. Un stress post-traumatique peut alors s’ajouter.
- Un bébé né prématuré ou malade, une hospitalisation en néonatologie, un deuil périnatal, y compris pour un jumeau.
- L’isolement : loin de sa famille, sans relais, avec un conjoint absent ou peu présent.
- Les difficultés de couple, les violences, la précarité.
- L’histoire personnelle : une enfance difficile, une relation compliquée avec sa propre mère, que la naissance réveille souvent.
- Le manque de sommeil prolongé, un bébé qui pleure beaucoup, des difficultés d’allaitement vécues comme un échec.
- Les bouleversements hormonaux, qui jouent un rôle chez certaines femmes plus sensibles.
Aucun de ces facteurs n’est une fatalité, et une dépression peut survenir sans aucun d’entre eux. Mais les connaître permet de prévoir des appuis dès la grossesse.
Les pères et les co-parents
On en parle peu, mais les pères et les co-parents peuvent aussi déprimer autour de la naissance, souvent un peu plus tard, dans les mois qui suivent. Leur dépression se voit moins par la tristesse que par l’irritabilité, le repli dans le travail, l’alcool, le sentiment d’être exclu de la relation mère-bébé ou de ne pas être à la hauteur. Le risque est plus élevé quand la mère est elle-même déprimée.
Ils n’osent souvent pas en parler, pensant que « ce n’est pas eux qui ont accouché ». Pourtant, leur souffrance compte, pour eux et pour l’enfant. Voir émotions des hommes et couple, famille, proches.
Le lien avec le bébé
« Est-ce que ma dépression va abîmer mon bébé ? » C’est souvent la question qui hante les mères déprimées, et qui ajoute de la culpabilité. Voici ce que l’on sait. Une dépression prolongée et non soignée peut rendre plus difficile la disponibilité aux signaux du bébé, et peser sur son développement émotionnel. Mais le lien n’est pas joué en quelques semaines : il se construit sur des mois et des années, il se répare, et les bébés sont remarquablement sensibles aux progrès de leurs parents.
Soigner la dépression est donc la meilleure chose à faire pour le bébé. Et les autres adultes qui s’en occupent (l’autre parent, les grands-parents, les professionnels de la petite enfance) comptent aussi. Un bébé n’a pas besoin d’une mère parfaite, mais, comme l’écrivait le pédiatre et psychanalyste Donald Winnicott, d’une mère « suffisamment bonne ». Voir émotions du bébé et Winnicott.
Se faire aider
De nombreux professionnels peuvent aider, et il vaut mieux en parler à plusieurs qu’à personne :
- La sage-femme, le médecin traitant, le gynécologue, le pédiatre : tous peuvent entendre et orienter.
- L’entretien postnatal précoce, systématiquement proposé depuis 2022 entre la quatrième et la huitième semaine après la naissance, avec une sage-femme ou un médecin, pour repérer les signes de dépression. Un second entretien peut être proposé vers la dixième à la quatorzième semaine.
- La protection maternelle et infantile (PMI), avec ses puéricultrices, sages-femmes, psychologues, et les visites à domicile.
- Les équipes de psychiatrie périnatale et, pour les situations les plus lourdes, les unités mère-bébé, qui permettent de soigner la mère sans la séparer de son enfant.
- Le psychologue ou le psychothérapeute, pour une psychothérapie, qui est le soin de première intention dans les formes légères à modérées.
Les psychothérapies les plus étudiées dans la dépression périnatale sont les TCC et la thérapie interpersonnelle ; les approches centrées sur la relation parent-bébé ont aussi leur place. Dans le quotidien, ce qui aide est souvent simple : du sommeil protégé (que quelqu’un prenne une partie des nuits), de l’aide concrète (repas, ménage, courses), des sorties à la lumière du jour, et la permission de ne pas être parfaite.
Notre accompagnement
Au cabinet, nous accompagnons les futures et jeunes mères, les pères et les couples, en lien avec la sage-femme, le médecin et les équipes de périnatalité.
- L’EMDR, quand un accouchement vécu comme traumatique, un deuil périnatal, un parcours de procréation difficile ou des souvenirs anciens réveillés par la naissance alimentent la dépression. Le scénario du futur peut aussi préparer une nouvelle naissance après une première expérience douloureuse. Voir l’EMDR.
- L’écoute analytique, pour ce que devenir parent réveille : sa propre enfance, la relation à ses parents, ce qu’on veut transmettre et ce qu’on refuse de répéter, l’idéal de la « bonne mère ».
- Les outils des TCC, pour l’anxiété, les pensées intrusives, la culpabilité, l’organisation du sommeil et des relais.
- Les séances de couple, quand l’arrivée de l’enfant met le couple à l’épreuve. Voir la thérapie de couple.
La téléconsultation est particulièrement utile dans cette période où sortir avec un nouveau-né est une expédition. Vous pouvez venir avec votre bébé aux séances au cabinet. Un antécédent de trouble bipolaire, ou des signes de psychose, demandent un suivi psychiatrique, avec lequel nous travaillons.
Exemple fictif : Camille, 31 ans
Exemple fictif
Camille a accouché il y a trois mois, par césarienne en urgence. Elle s’occupe de sa fille « comme un robot », pleure en cachette, ne dort pas même quand le bébé dort, et revoit sans cesse la salle d’opération. Elle n’en parle à personne : « J’ai peur qu’on pense que je suis une mauvaise mère. »
Que penser de sa situation ?
Quiz pédagogique : baby blues, dépression ou psychose ?
Quiz pédagogique, ce n’est ni un test validé ni un diagnostic. Six questions pour vérifier que les repères de cette page sont clairs. Les sages-femmes et médecins utilisent, eux, des questionnaires validés, comme celui dit d’Édimbourg, lors des entretiens autour de la naissance.
Questions fréquentes
Quelle différence entre baby blues et dépression du post-partum ?
Le baby blues touche la majorité des mères dans les jours qui suivent la naissance et disparaît seul en deux semaines au plus. La dépression du post-partum dure plus de deux semaines, peut commencer plus tard, s’accompagne d’épuisement, de culpabilité, d’anxiété ou de vide, et pèse sur la vie quotidienne. Elle se soigne.
Quand commence la dépression du post-partum ?
Le plus souvent dans les semaines ou les premiers mois qui suivent la naissance, mais elle peut apparaître à tout moment de la première année. Elle peut aussi commencer pendant la grossesse : on parle alors de dépression prénatale, presque aussi fréquente.
Les pères peuvent-ils faire une dépression du post-partum ?
Oui. Les études retrouvent une dépression chez environ un père sur dix autour de la naissance. Elle se manifeste souvent par de l’irritabilité, un repli dans le travail ou une consommation d’alcool, et le risque est plus élevé quand la mère est elle-même déprimée.
Ma dépression va-t-elle nuire à mon bébé ?
Une dépression prolongée et non soignée peut rendre plus difficile la disponibilité aux signaux du bébé. Mais le lien se construit sur la durée, il se répare, et soigner la dépression est la meilleure chose à faire pour lui. Les autres adultes qui s’occupent du bébé comptent aussi.
Qu’est-ce que la psychose du post-partum ?
Une situation rare, environ une à deux naissances sur mille, qui survient le plus souvent dans les deux premières semaines : confusion, insomnie totale, idées étranges ou délirantes, humeur très instable. C’est une urgence médicale, qui se soigne bien quand elle est prise en charge immédiatement aux urgences.
Pour continuer la lecture
Être aidée, pour vous et pour votre bébé
Un premier rendez-vous, au cabinet avec votre bébé ou en téléconsultation, permet de faire le point sur ce que vous traversez et de construire un accompagnement, en lien avec votre sage-femme et votre médecin. Les pères et les couples sont aussi les bienvenus.