Affirmation 1
« Sans tristesse, ce n’est pas une dépression. »
Une perte d’intérêt ou de plaisir suffit à remplir le critère central, avec d’autres signes. Et chez les jeunes, l’humeur peut être irritable plutôt que triste.
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Épisode dépressif, dépression récurrente, trouble dépressif persistant, saisonnalité, dépression autour de la naissance, dépression bipolaire, deuil : derrière le mot « dépression » se cachent plusieurs formes, que les deux grandes classifications internationales décrivent avec précision. Cette page les traduit en langage simple, montre ce qui rapproche et distingue le DSM-5-TR et la CIM-11, et explique pourquoi ces repères comptent pour choisir les bons soins. Ils servent aux professionnels : ils ne sont pas faits pour se juger soi-même.
Deux ouvrages servent de référence dans le monde. Le DSM-5-TR, publié en 2022 par l’Association américaine de psychiatrie, est très utilisé dans la recherche et l’enseignement. La CIM-11, la Classification internationale des maladies de l’Organisation mondiale de la santé, est entrée en vigueur en 2022 : c’est la classification officielle des systèmes de santé, en France comme ailleurs, même si la transition depuis la CIM-10 prend du temps.
Elles permettent aux professionnels de parler le même langage, aux chercheurs de comparer leurs études, et aux patients d’accéder à des soins et à des droits. Elles ne disent pas tout d’une personne. Deux personnes qui reçoivent le même diagnostic d’épisode dépressif peuvent avoir des histoires, des symptômes et des besoins très différents : l’une dort douze heures et mange sans faim, l’autre ne dort plus et a perdu huit kilos.
Pour la façon dont la psychanalyse dialogue avec ces classifications, voir psychanalyse, DSM-5-TR et CIM-11 : classer sans réduire.
Le cœur des deux classifications est l’épisode dépressif, que le DSM appelle « épisode dépressif caractérisé » dans sa traduction française (en anglais, major depressive episode) et que la CIM-11 appelle simplement « épisode dépressif ».
Au moins cinq signes sur neuf, présents pendant la même période de deux semaines, presque tous les jours, dont obligatoirement l’un des deux premiers :
Ces signes doivent entraîner une souffrance importante ou une gêne dans la vie sociale, professionnelle ou familiale, ne pas s’expliquer par une substance ou une maladie, et la personne ne doit jamais avoir présenté d’épisode maniaque ou hypomaniaque (sinon, on parle de trouble bipolaire).
La CIM-11 décrit dix signes, regroupés en trois familles, et en demande au moins cinq, dont au moins un signe « affectif », sur au moins deux semaines :
L’humeur et le plaisir. Humeur dépressive (tristesse, vide, irritabilité chez les jeunes) et intérêt ou plaisir nettement diminués. Au moins l’un des deux est indispensable.
La pensée et l’action. Difficultés de concentration ou d’attention, sentiment de dévalorisation ou culpabilité excessive, désespoir quant à l’avenir, pensées récurrentes de mort ou idées suicidaires. Le désespoir est une nouveauté de la CIM-11 par rapport au DSM.
Le corps. Troubles du sommeil, changements d’appétit ou de poids, ralentissement ou agitation psychomotrice, baisse d’énergie ou fatigue.
La logique est la même ; la présentation change. La CIM-11 se veut plus souple, avec des « descriptions cliniques » plutôt que des seuils rigides, et laisse plus de place au jugement du clinicien.
| Repère | DSM-5-TR | CIM-11 |
|---|---|---|
| Épisode dépressif | 5 signes sur 9, dont humeur ou plaisir, 2 semaines | 5 signes sur 10, dont un affectif, 2 semaines |
| Épisode unique ou répété | Trouble dépressif caractérisé, épisode isolé ou récurrent | Trouble dépressif à épisode unique, trouble dépressif récurrent |
| Forme chronique | Trouble dépressif persistant : 2 ans (1 an chez l’enfant), regroupe dysthymie et dépression chronique | Dysthymie : 2 ans, sans épisode complet les deux premières années ; « épisode actuel persistant » pour une dépression qui dure |
| Saisonnalité | Précision « caractère saisonnier » | Précision « caractère saisonnier » |
| Autour de la naissance | Début pendant la grossesse ou dans les 4 semaines après l’accouchement | Début dans les semaines suivant l’accouchement (environ 6 semaines) |
| Anxiété et dépression mêlées | Précision « avec détresse anxieuse » | Précision « symptômes anxieux marqués » ; trouble mixte anxieux et dépressif |
| Deuil prolongé | 12 mois après le décès chez l’adulte, 6 mois chez l’enfant | 6 mois après le décès |
| Irritabilité chronique de l’enfant | Trouble disruptif avec dysrégulation émotionnelle (6 à 18 ans) | Précision « irritabilité-colère chronique » du trouble oppositionnel |
Tableau simplifié à visée pédagogique. Les critères complets comportent des précisions et des exclusions que seul un professionnel peut appliquer.
Les deux classifications précisent l’intensité de l’épisode : léger, moyen (ou modéré) ou sévère, selon le nombre de signes, leur force et leur retentissement. Une dépression légère permet souvent de continuer à travailler, au prix d’efforts importants ; une dépression sévère empêche les gestes les plus simples. Dans les formes moyennes et sévères, des symptômes psychotiques peuvent survenir (idées de ruine, de culpabilité ou de maladie vécues comme des certitudes) : la CIM-11 le précise explicitement.
Cette intensité oriente les soins. En France, la Haute Autorité de santé recommande une psychothérapie dans tous les cas ; dans les formes légères, elle est proposée en première intention, sans médicament ; dans les formes moyennes, psychothérapie et antidépresseur peuvent être proposés, seuls ou associés ; dans les formes sévères, l’association est recommandée, avec un avis psychiatrique.
On distingue aussi l’épisode unique de la dépression récurrente, qui revient après des périodes de rétablissement. Le risque de récidive augmente avec le nombre d’épisodes déjà vécus, ce qui explique l’importance de la prévention des rechutes : poursuivre le traitement le temps conseillé, repérer ses signes d’alerte, et, pour les dépressions récurrentes, des approches comme la thérapie cognitive basée sur la pleine conscience, conçue précisément pour cela. On parle enfin de rémission partielle ou complète.
On parle habituellement de dépression résistante quand au moins deux traitements antidépresseurs bien conduits, à dose et durée suffisantes, n’ont pas apporté d’amélioration satisfaisante. Ce n’est pas un diagnostic des classifications, mais une notion de soin. Elle conduit à réévaluer le diagnostic (bipolarité, trauma, cause médicale, alcool, TDAH ou autre trouble associé), à renforcer la psychothérapie et à envisager des traitements spécialisés.
Certaines personnes ne décrivent pas un épisode, mais une manière d’être : « j’ai toujours été comme ça, un peu éteint, un peu sombre ». Les classifications parlent alors de dysthymie ou de trouble dépressif persistant.
Le DSM-5-TR regroupe sous le nom de « trouble dépressif persistant » l’ancienne dysthymie et la dépression chronique : une humeur dépressive la plupart du temps, plus d’un jour sur deux, pendant au moins deux ans (un an chez l’enfant et l’adolescent, où l’humeur peut être irritable), avec au moins deux autres signes parmi l’appétit, le sommeil, l’énergie, l’estime de soi, la concentration et le sentiment de désespoir, sans période de répit de plus de deux mois.
La CIM-11 garde le mot dysthymie pour une humeur dépressive persistante de deux ans ou plus, qui n’a pas atteint l’intensité d’un épisode dépressif complet pendant les deux premières années. Quand un vrai épisode dépressif dure plus de deux ans, elle préfère le signaler par la précision « épisode actuel persistant ».
Ce qui rend la dysthymie difficile à repérer, c’est justement sa durée : elle se confond avec le caractère. Les proches disent « il est comme ça », la personne aussi. Un épisode dépressif peut s’y ajouter ; on parle parfois de « double dépression ». Les psychothérapies ont toute leur place, souvent sur un temps plus long, et l’écoute analytique s’intéresse à ce qui, dans l’histoire, a installé cette tonalité.
Les classifications permettent d’ajouter des précisions qui décrivent la couleur de l’épisode. Elles ont un intérêt pratique : elles orientent la recherche de causes, les traitements et la surveillance. Retournez les cartes.
Beaucoup de gens se sentent un peu ralentis quand les jours raccourcissent. Ce n’est pas une dépression. On parle de caractère saisonnier quand des épisodes dépressifs complets reviennent régulièrement à la même période de l’année, le plus souvent en automne et en hiver, et disparaissent à une autre saison, de façon répétée sur plusieurs années, les épisodes saisonniers étant nettement plus nombreux que les autres.
Ces dépressions ont souvent une couleur atypique : besoin de dormir, envie de sucres, prise de poids, lourdeur. Le manque de lumière et le dérèglement de l’horloge biologique jouent un rôle. La luminothérapie, l’exposition quotidienne à une lumière intense le matin, a fait la preuve de son intérêt dans ces formes ; elle se discute avec le médecin, car elle a des précautions (yeux, bipolarité). Sortir à la lumière du jour le matin, bouger dehors, garder des horaires réguliers aident aussi. Ces conseils rejoignent ceux de la page retrouver de l’élan.
Oui, plus rarement. Elles s’accompagnent plutôt d’insomnie, de perte d’appétit et d’agitation. Comme pour les formes hivernales, c’est la répétition sur plusieurs années qui permet d’évoquer un caractère saisonnier. Un changement d’humeur lié aux saisons doit aussi faire rechercher une bipolarité, car les épisodes « hauts » peuvent eux aussi suivre les saisons.
Le DSM-5-TR parle d’épisode « avec début lors du péripartum » quand il commence pendant la grossesse ou dans les quatre semaines qui suivent l’accouchement. La CIM-11 prévoit de signaler les troubles qui commencent dans les semaines suivant l’accouchement, environ six semaines. En pratique, les professionnels de la périnatalité restent attentifs pendant toute la première année, car beaucoup de dépressions du post-partum se déclarent plus tard.
Ces repères distinguent la dépression du baby blues, très fréquent et passager dans les premiers jours, et de la psychose du post-partum, rare mais urgente. Ils rappellent aussi que la dépression pendant la grossesse existe et qu’elle est aussi fréquente que celle qui suit la naissance. Tout est détaillé dans la page grossesse, post-partum : la dépression périnatale.
Un épisode dépressif peut survenir seul, ou dans le cadre d’un trouble bipolaire, où il alterne avec des phases d’énergie, d’euphorie ou d’irritabilité inhabituelles (manie ou hypomanie). Au moment de la dépression, les deux se ressemblent beaucoup. Pourtant, la distinction est essentielle : les traitements diffèrent, et un antidépresseur seul peut, chez une personne bipolaire, déclencher un virage vers une phase haute.
C’est pourquoi la HAS recommande, devant toute dépression, de rechercher des arguments en faveur d’une bipolarité : épisodes passés d’énergie inhabituelle (même s’ils ont été vécus comme « de bonnes périodes »), parents bipolaires, dépression commencée tôt, dépressions nombreuses, dépression du post-partum, forme atypique ou avec caractéristiques mixtes, réaction inhabituelle à un antidépresseur. Ces questions ne sont pas de la méfiance : elles protègent.
Le dossier bipolarité du site consacre deux pages à ce sujet : la dépression bipolaire et bipolarité ou TDAH, borderline, dépression, trauma ?
Perdre quelqu’un fait mal, et ce chagrin n’est pas une maladie. Pendant longtemps, le DSM excluait le diagnostic de dépression dans les mois qui suivent un décès. Depuis 2013, cette exclusion a été retirée : un deuil peut s’accompagner d’une véritable dépression, qui mérite d’être reconnue et soignée. Le DSM aide alors à faire la différence :
Les deux classifications décrivent aussi désormais le trouble du deuil prolongé : un désir intense de la personne disparue ou une préoccupation envahissante à son sujet, avec une douleur émotionnelle intense, une difficulté à accepter la mort, un sentiment que la vie n’a plus de sens, qui persiste au-delà de ce qu’attend l’entourage culturel, et gêne nettement la vie. La CIM-11 retient au moins six mois après le décès ; le DSM-5-TR douze mois chez l’adulte et six mois chez l’enfant. Ce trouble est classé parmi les troubles liés au stress, pas parmi les troubles dépressifs.
Pour aller plus loin : deuil et émotions, et EMDR, phobies, deuil et douleur, qui fait le point sur ce que l’EMDR peut apporter dans un deuil traumatique.
Affirmation 1
Une perte d’intérêt ou de plaisir suffit à remplir le critère central, avec d’autres signes. Et chez les jeunes, l’humeur peut être irritable plutôt que triste.
Affirmation 2
Depuis 2013, le DSM ne demande plus d’attendre la fin du deuil pour reconnaître une dépression. Les deux peuvent coexister et se soigner.
Affirmation 3
Sa longueur la rend très usante. Elle répond aux psychothérapies et, selon les cas, aux traitements. Elle mérite d’être prise au sérieux.
Affirmation 4
C’est même recommandé : une bipolarité méconnue change les traitements. Les phases hautes passées sont souvent vécues comme de « bonnes périodes ».
Affirmation 5
La CIM-11 le décrit comme un phénomène lié au travail, pas comme une maladie. Mais un burn-out peut évoluer en dépression, qui se diagnostique alors comme telle.
Affirmation 6
C’est la définition stricte du DSM (quatre semaines), mais en pratique on reste attentif pendant toute la première année, et la dépression peut commencer pendant la grossesse.
Au cabinet, les classifications sont un outil précieux, pas une grille dans laquelle on fait entrer les gens. Elles nous aident à ne pas passer à côté d’une bipolarité, d’une forme sévère, d’une cause médicale ou d’un trouble associé, à parler le même langage que le médecin et à orienter vers les soins dont l’efficacité est démontrée.
Mais une dépression est toujours la dépression de quelqu’un. L’écoute analytique s’intéresse à ce que les listes ne disent pas : ce qui a été perdu, réellement ou symboliquement ; la culpabilité qui ne correspond à aucune faute ; la colère qui se retourne contre soi ; ce qui se répète d’une génération à l’autre. Freud, dans « Deuil et mélancolie » (1917), notait déjà que dans le deuil c’est le monde qui devient pauvre et vide, alors que dans la mélancolie, c’est le moi lui-même. Cette intuition éclaire encore notre clinique. Voir psychanalyse et notre approche de la dépression.
Le diagnostic médical relève du médecin et du psychiatre. Le psychothérapeute et la neuropsychologue s’appuient sur les classifications pour décrire ce qu’ils observent, et le bilan psychologique peut aider à préciser une forme, une intensité ou un trouble associé, en lien avec le médecin.
Quiz pédagogique, ce n’est ni un test validé ni un diagnostic. Sept questions pour vérifier que les grandes notions de cette page sont claires. Une seule réponse est la bonne à chaque fois.
Elles décrivent l’épisode dépressif de façon très proche : au moins deux semaines, l’humeur dépressive ou la perte de plaisir, et plusieurs autres signes. La CIM-11 compte dix signes au lieu de neuf, en ajoutant le désespoir, et distingue autrement la dysthymie de la dépression chronique. La CIM-11 est la classification officielle de l’OMS ; le DSM-5-TR est très utilisé en recherche.
C’est le nom français de l’épisode dépressif du DSM : au moins cinq signes sur neuf pendant deux semaines, dont l’humeur dépressive ou la perte d’intérêt, avec une souffrance ou une gêne importante, sans cause médicale ou toxique et sans antécédent de manie ou d’hypomanie.
Une humeur dépressive présente la plupart du temps depuis au moins deux ans (un an chez l’enfant et l’adolescent), souvent moins intense qu’un épisode dépressif mais très usante par sa durée. Le DSM-5-TR la regroupe avec la dépression chronique sous le nom de trouble dépressif persistant.
Oui. Un deuil peut s’accompagner d’une dépression, qui se reconnaît à une humeur sombre permanente, à la perte du plaisir pour tout et à la dévalorisation. Il peut aussi devenir un trouble du deuil prolongé, quand le désir du disparu et la douleur restent envahissants au-delà de six mois selon la CIM-11, douze mois chez l’adulte selon le DSM-5-TR.
Non. Les critères aident à comprendre et à décider de consulter, mais leur application demande un entretien : il faut vérifier la durée, l’intensité, le retentissement, et écarter d’autres explications comme une bipolarité, une cause médicale ou un deuil. Un questionnaire de repérage validé comme le PHQ-9 peut aider à savoir s’il est utile d’en parler.
Un premier rendez-vous permet de comprendre de quelle forme de dépression il s’agit, de vérifier ce qui doit l’être avec votre médecin, et de construire un accompagnement à votre mesure. Au cabinet, à Colombes, aux Pavillons-sous-Bois, en Ardèche, ou en téléconsultation.
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La « loi de l’instrument », formulée par Abraham Kaplan en 1964 puis reprise par Abraham Maslow dans The Psychology of Science: A Reconnaissance (1966), rappelle qu’« il est tentant, si le seul outil dont on dispose est un marteau, de traiter tout comme si c’était un clou ».
En psychologie, une méthode ne peut pas répondre à toutes les situations. Forts de plusieurs décennies de pratique et de formations complémentaires, nous mobilisons de nombreux outils, choisis avec discernement, afin d’identifier rapidement les leviers les plus efficaces. Nous proposons ainsi un accompagnement aussi bref qu’efficace, tout en sachant accompagner aussi bien les suivis prolongés que le besoin d’un espace de parole régulier.