Harcèlement, échec, pression
Le harcèlement, y compris en ligne, est l’un des facteurs les plus puissants. L’échec scolaire répété, la pression des examens, l’orientation aussi. Voir relations, harcèlement et isolement.
Cette page n'est pas encore publique. Entrez le mot de passe pour la consulter.
Un enfant peut être déprimé. Un adolescent aussi, et plus souvent qu’on ne le croit. Mais chez les jeunes, la dépression ne ressemble pas toujours à de la tristesse : elle prend la forme d’une irritabilité, d’un repli dans la chambre, de maux de ventre le matin, d’une chute des notes, de nuits sur l’écran. Elle se confond facilement avec la « crise d’adolescence ». Cette page aide les parents à repérer les signes selon l’âge, à distinguer ce qui relève de l’adolescence ordinaire, à trouver les mots, et à savoir quand et vers qui se tourner.
Longtemps, on a pensé qu’un enfant ne pouvait pas être déprimé, faute de « maturité ». On sait aujourd’hui que c’est faux. Avant la puberté, la dépression est rare, de l’ordre d’un à deux enfants sur cent, avec autant de garçons que de filles. Après la puberté, elle devient nettement plus fréquente et touche environ deux fois plus de filles que de garçons. Les enquêtes récentes montrent une augmentation de la détresse psychique chez les adolescents, en particulier chez les filles, ces dernières années.
La dépression du jeune n’est pas une version miniature de celle de l’adulte. L’humeur est souvent irritable plutôt que triste : les classifications l’admettent explicitement. Les plaintes passent par le corps (maux de ventre, de tête) et par le comportement (colères, opposition, refus scolaire). Et le jeune a rarement les mots pour dire ce qu’il ressent : il ne viendra pas vous annoncer qu’il est déprimé.
Avant 6 ans. La dépression est rare mais existe, souvent après une séparation, un deuil, une négligence ou un climat familial très difficile. On observe un enfant qui joue moins ou de façon répétitive, qui s’agrippe ou au contraire se détache, qui pleure facilement, qui dort ou mange mal, qui régresse (propreté, langage), qui semble éteint, ou qui fait des colères inhabituelles. Voir émotions de l’enfant.
De 6 à 11 ans. Maux de ventre ou de tête le matin, peur d’aller à l’école, irritabilité, colères, ennui de tout, phrases comme « je suis nul », « personne ne m’aime », « je voudrais ne pas être né », baisse des résultats, difficultés de concentration, isolement dans la cour, sommeil agité. Un enfant qui ne joue plus avec plaisir doit attirer l’attention.
De 12 à 18 ans. Repli dans la chambre, abandon des activités et des amis, irritabilité et conflits, chute scolaire, absentéisme, nuits sur l’écran et journées au lit, fatigue, changement d’appétit, dévalorisation, consommation d’alcool ou de cannabis, prises de risques, scarifications, pensées de mort. Une partie des adolescents déprimés continue pourtant à « faire bonne figure » devant les adultes. Voir émotions des adolescents.
C’est possible : chez l’enfant et l’adolescent, l’humeur dépressive prend souvent la forme d’une irritabilité. Mais l’irritabilité a d’autres causes : manque de sommeil, anxiété, TDAH, trouble oppositionnel, harcèlement, difficultés familiales. Chez l’enfant de 6 à 18 ans, des colères très fréquentes et intenses avec une irritabilité persistante entre les crises sont décrites par le DSM-5-TR sous le nom de trouble disruptif avec dysrégulation émotionnelle. Une évaluation aide à faire la part des choses. Voir trouble oppositionnel et émotions.
L’adolescence est une période de bouleversements : le corps change, le cerveau se remodèle, l’adolescent prend ses distances avec ses parents, claque des portes, s’enferme pour écouter de la musique. Tout cela est normal, et même nécessaire. Comment savoir si l’on a affaire à autre chose ? Quelques repères :
| Repère | Plutôt l’adolescence ordinaire | Plutôt une dépression |
|---|---|---|
| La durée | Des hauts et des bas, des jours sombres qui alternent avec de bons moments | Un changement qui dure plus de deux semaines, presque tous les jours |
| Les plaisirs | Il s’éloigne de vous, mais garde des passions, des amis, des projets | Il abandonne ce qu’il aimait, même ses amis et ses passions |
| L’étendue | Les tensions se concentrent sur la famille | Tout est touché : famille, école, amis, sommeil, appétit |
| L’image de soi | Des doutes, des complexes, des moments de confiance | Une dévalorisation profonde : « je suis nul », « je ne sers à rien » |
| L’avenir | Des projets, même flous ou changeants | Plus d’avenir imaginable, des pensées de mort |
En cas de doute, faites confiance à votre ressenti de parent : vous connaissez votre enfant. Si vous avez l’impression qu’il n’est « plus lui-même » depuis des semaines, il est légitime de consulter, quitte à être rassuré.
Certains signes justifient de réagir le jour même : des propos sur la mort ou le suicide (« je voudrais disparaître », « vous seriez mieux sans moi »), même sur le ton de la plaisanterie, des messages sombres sur les réseaux sociaux, des scarifications ou d’autres gestes pour se faire du mal, un isolement brutal, des adieux, le don d’objets qui comptent, une consommation qui s’emballe, une fugue.
Face à ces signes, n’ayez pas peur de poser la question directement : « Est-ce qu’il t’arrive de penser à mourir, ou à te suicider ? ». Les études montrent que cela ne donne pas l’idée, et que cela soulage souvent le jeune. Écoutez sans dramatiser ni minimiser, dites que vous allez chercher de l’aide ensemble, ne promettez pas le secret. La page idées suicidaires : en parler, être aidé détaille comment faire.
En cas de danger immédiat, contactez les services d’urgence ou rendez-vous aux urgences de l’hôpital le plus proche. Idées suicidaires, pour vous ou un proche : parlez-en sans attendre à votre médecin traitant. Pour être accompagné dans la durée, vous pouvez aussi prendre rendez-vous au cabinet.
Pas forcément. Les scarifications sont le plus souvent une façon de soulager une tension émotionnelle insupportable, de « transformer » une douleur psychique en douleur physique. Mais elles signalent toujours une souffrance importante, elles sont associées à un risque suicidaire plus élevé, et elles justifient de consulter rapidement. Réagissez avec calme, sans punir ni faire promettre d’arrêter : proposez de soigner les plaies, d’en parler, et d’aller voir le médecin ensemble.
Comme chez l’adulte, la dépression du jeune naît de plusieurs fils qui se nouent. Certains sont propres à cet âge :
Le harcèlement, y compris en ligne, est l’un des facteurs les plus puissants. L’échec scolaire répété, la pression des examens, l’orientation aussi. Voir relations, harcèlement et isolement.
Une séparation conflictuelle, un parent malade ou déprimé, un deuil, un déménagement, des violences. Voir séparation parentale.
Des difficultés jamais comprises épuisent l’estime de soi. Une dépression peut cacher un trouble du neurodéveloppement, ou en découler. Voir le TDAH à l’adolescence et enfant dys : anxiété et estime de soi.
Les écrans ne causent pas à eux seuls la dépression, mais ils amputent le sommeil, exposent à la comparaison et au harcèlement, et servent de refuge. Voir écrans, enfants et adolescents.
Questions sur le corps, la sexualité, l’identité, l’appartenance à un groupe, les ruptures amoureuses : des épreuves ordinaires qui deviennent lourdes quand le jeune se sent seul ou rejeté.
Avoir un parent déprimé augmente le risque, par l’hérédité et par le climat familial. Soigner le parent protège aussi l’enfant. Voir couple, famille, proches.
Il n’y a pas de formule magique, et les adolescents ont le chic pour fuir les conversations « sérieuses ». Quelques principes aident pourtant beaucoup.
Pour un jeune enfant, le jeu, le dessin et les histoires sont souvent des voies plus faciles que les mots. Et pour les parents eux-mêmes, être soutenu compte : un enfant déprimé inquiète, épuise, met le couple à l’épreuve. Voir parents débordés par les émotions et, quand l’épuisement est là, le burn-out parental.
Chez le jeune, la dépression se mêle souvent à d’autres questions : une chute scolaire est-elle due à la dépression, à un TDAH, à un trouble dys, à un haut potentiel qui s’ennuie, à un harcèlement ? Un bilan peut aider à répondre et à orienter.
Il évalue l’humeur, l’anxiété, l’estime de soi, la façon de faire face, les relations, l’impact d’éventuels événements traumatiques, en distinguant ce qui relève des variations normales de l’adolescence d’une souffrance plus organisée. Le cabinet propose un bilan psychologique dédié aux 12 à 16 ans, préalable utile pour orienter la thérapie et les conseils aux parents.
Quand les difficultés d’attention, de mémoire ou d’apprentissage interrogent, la neuropsychologue évalue l’efficience intellectuelle, l’attention, les fonctions exécutives et les apprentissages. Elle aide à distinguer l’effet de la dépression d’un trouble du neurodéveloppement plus ancien. Voir le bilan neuropsychologique.
Les modalités pratiques sont détaillées dans l’onglet Bilans. Un bilan cognitif est idéalement réalisé quand l’humeur s’est un peu stabilisée, ou interprété en tenant compte de la dépression.
Au cabinet, nous recevons les enfants et les adolescents seuls, avec leurs parents, ou en famille, selon ce qui est utile.
La confidentialité de ce que dit l’adolescent est respectée, avec une limite clairement annoncée : si sa sécurité est en jeu, les parents seront informés. Nous travaillons en lien avec le médecin, et avec l’école quand la famille le souhaite. Voir aussi émotions, colères et opposition.
Idée reçue 1
C’est rare avant la puberté, mais cela existe, avec des signes propres à l’âge : jeux qui s’appauvrissent, plaintes du corps, irritabilité, régressions.
Idée reçue 2
L’adolescence a ses tempêtes, mais une humeur sombre ou irritable qui dure, avec abandon des plaisirs et chute scolaire, mérite une évaluation.
Idée reçue 3
Oui : chez l’enfant et l’adolescent, les classifications admettent une humeur irritable à la place de la tristesse.
Idée reçue 4
Les études montrent le contraire : poser la question ne donne pas l’idée, et soulage souvent le jeune.
Idée reçue 5
Protéger le sommeil des écrans aide vraiment, mais une dépression ne se résume pas aux écrans, et une suppression brutale peut couper le jeune de ses derniers liens. Mieux vaut un cadre négocié et un soin.
Exemple fictif
Lucas, en seconde, a arrêté le basket qu’il adorait. Il s’enferme dans sa chambre, se couche à 3 heures, rate le lycée deux matins par semaine, répond par monosyllabes ou s’emporte. Ses notes ont chuté. Sa mère a vu passer sur son téléphone un message : « de toute façon je sers à rien ».
Quelle réaction est la plus aidante ?
Quiz pédagogique, ce n’est ni un test validé ni un diagnostic. Il vous aide à faire le point sur ce que vous observez chez votre enfant ou votre adolescent depuis deux semaines, et à décider s’il est temps de consulter.
Un repli, l’abandon des activités et des amis, une irritabilité, une chute scolaire, des troubles du sommeil et de l’appétit, une fatigue, une dévalorisation, parfois des scarifications, une consommation d’alcool ou de cannabis, des propos sur la mort. Ce qui alerte, c’est un changement qui dure plus de deux semaines et touche plusieurs domaines.
L’adolescence ordinaire alterne hauts et bas, et l’adolescent garde des passions, des amis, des projets, même s’il s’éloigne de ses parents. Dans la dépression, le changement dure, touche tous les domaines, les plaisirs disparaissent et la dévalorisation est profonde. En cas de doute, consulter permet de faire le point.
Oui, même si c’est rare avant la puberté. Les signes sont propres à l’âge : jeux qui s’appauvrissent, maux de ventre, irritabilité, régressions, phrases dévalorisantes. Un enfant qui ne joue plus avec plaisir doit attirer l’attention.
C’est une décision médicale. La psychothérapie est le soin de première intention. Un antidépresseur peut être envisagé dans les dépressions modérées à sévères, toujours avec une psychothérapie, sur avis spécialisé et avec une surveillance attentive des premières semaines.
Lui laisser une part de choix (le professionnel, le moment, en visio ou au cabinet), lui proposer un seul rendez-vous « pour voir », passer par le médecin traitant. Les parents peuvent aussi consulter seuls dans un premier temps, pour être conseillés. Si sa sécurité est en jeu, la consultation ne se discute pas.
Un premier rendez-vous, avec ou sans votre enfant, permet de comprendre ce qui se passe et de choisir ensemble la suite : psychothérapie, bilan, consultations familiales, lien avec le médecin et l’école. À Colombes, aux Pavillons-sous-Bois, en Ardèche ou en téléconsultation.
Cliquer sur la photo ou utiliser + et − pour zoomer. Échap pour fermer.
Chargement de l'article…
La « loi de l’instrument », formulée par Abraham Kaplan en 1964 puis reprise par Abraham Maslow dans The Psychology of Science: A Reconnaissance (1966), rappelle qu’« il est tentant, si le seul outil dont on dispose est un marteau, de traiter tout comme si c’était un clou ».
En psychologie, une méthode ne peut pas répondre à toutes les situations. Forts de plusieurs décennies de pratique et de formations complémentaires, nous mobilisons de nombreux outils, choisis avec discernement, afin d’identifier rapidement les leviers les plus efficaces. Nous proposons ainsi un accompagnement aussi bref qu’efficace, tout en sachant accompagner aussi bien les suivis prolongés que le besoin d’un espace de parole régulier.