Mon ado se scarifie : comprendre l’automutilation et réagir
Une manche qui remonte par mégarde à table, et des traits fins, parallèles, sur l’avant-bras. Des pansements au fond de la poubelle de la salle de bains. Une lame de taille-crayon démontée sur le bureau. Un sweat à manches longues en plein mois de juillet. Découvrir que son ado se scarifie est un choc que beaucoup de parents décrivent comme un sol qui se dérobe. Il faut d’abord savoir ceci : se blesser volontairement, sans vouloir mourir, est un geste fréquent à l’adolescence, presque toujours lié à une souffrance émotionnelle que le jeune ne sait pas apaiser autrement. Ce n’est pas un caprice, ni le plus souvent une tentative de suicide. C’est toujours un signal à prendre au sérieux, calmement.
Cette page vous aide à réagir dans les premières heures, à comprendre ce que la blessure fait pour votre enfant, à lui parler sans interrogatoire ni promesse impossible, à reconnaître quand il faut agir tout de suite, et à savoir ce que nous proposons au cabinet, où la thérapie comportementale dialectique complète est pratiquée.
D’abord, la sécurité : ce qui ne peut pas attendre
Avant toute conversation, deux questions comptent. La première concerne le corps : une plaie profonde, qui saigne beaucoup, qui s’ouvre, qui rougit et chauffe dans les jours suivants, une brûlure étendue doivent être examinées par un médecin. La seconde concerne la vie : votre enfant a-t-il parlé de mourir, écrit des messages d’adieu, avalé des médicaments, ou semble-t-il dans un état de détresse que vous ne reconnaissez pas ?
Si la blessure est grave, ou s’il parle de mourir
Ne le laissez pas seul et restez calme. En cas de danger immédiat, faites le 15 (SAMU). Prenez un rendez-vous au cabinet en téléconsultation le plus rapidement possible. Si Doctolib ne permet pas un rendez-vous immédiat, envoyez des textos WhatsApp ou/et SMS aux cliniciens du cabinet.
Dans la grande majorité des situations, les blessures sont superficielles et votre enfant ne pense pas à mourir. Il n’y a pas d’urgence vitale, mais il y a une urgence de lien : celle de lui montrer, dans les heures qui viennent, que ce qu’il vit peut se dire sans déclencher une catastrophe. C’est l’objet de la suite de cette page.
Scarifications, automutilation : de quoi parle-t-on ?
Les cliniciens parlent d’automutilation non suicidaire pour désigner le fait de se blesser volontairement, directement, sans intention de mourir. Les scarifications, ces coupures faites avec une lame, un compas, un éclat de verre, en sont la forme la plus connue, mais il en existe d’autres : se brûler, se griffer jusqu’au sang, se frapper contre un mur, rouvrir des plaies, se mordre. Les endroits choisis sont souvent ceux que les vêtements cachent : l’intérieur des avant-bras, les cuisses, le ventre.
Ces gestes sont plus fréquents qu’on ne le croit. En 2012, une revue internationale de 52 études menées auprès d’adolescents, conduite par Jennifer Muehlenkamp et ses collègues, trouvait qu’en moyenne un peu moins d’un adolescent sur cinq rapportait s’être déjà fait du mal volontairement au moins une fois. Une grande partie de ces gestes restent cachés et n’arrivent jamais jusqu’à un soignant. Ils touchent les filles comme les garçons ; chez ces derniers, les coups portés contre soi ou les brûlures sont plus fréquents que les coupures, ce qui rend leurs gestes moins visibles.
Le plus souvent, le geste commence au début de l’adolescence, reste occasionnel et s’arrête avec le temps. Chez certains jeunes, il s’installe et devient une façon presque automatique de traverser les moments difficiles. Le psychiatre Keith Hawton et ses collègues, dans une synthèse publiée dans The Lancet en 2012, rappelaient aussi que l’automutilation à l’adolescence est associée à un risque suicidaire plus élevé par la suite. Non parce que se couper serait une tentative de suicide, mais parce que les deux partagent une même souffrance de fond. C’est pour cela qu’on ne banalise jamais une scarification, même « petite ».
Je viens de découvrir que mon ado se scarifie : ce que vous ressentez
La peur arrive en premier, souvent accompagnée d’images terribles. Puis viennent, dans un ordre variable, la colère (« comment a-t-il pu se faire ça ? »), l’incompréhension, parfois un mouvement de dégoût devant les plaies qu’on se reproche aussitôt, et une culpabilité immense : « je n’ai rien vu », « qu’est-ce que j’ai raté ? ». Certains parents ressentent une honte qu’ils n’osent pas dire, vis-à-vis de la famille ou de l’école. D’autres sont envahis par l’envie de tout contrôler : fouiller la chambre, vérifier les bras chaque soir, ne plus le quitter des yeux.
Toutes ces réactions sont humaines. Elles ne font pas de vous un parent défaillant. Ce qui compte, c’est ce que vous en faites dans les heures qui suivent. Si vous le pouvez, prenez quelques minutes avant de lui parler : sortir marcher, appeler un proche de confiance, respirer. Votre enfant lira sur votre visage si sa blessure a provoqué un séisme ou si elle peut être accueillie. Il n’a pas besoin d’un parent sans émotion, mais d’un parent qui tient debout.
Il est aussi possible que vous ayez déjà réagi « mal » : crié, pleuré, menacé, confisqué tout ce qui coupe dans la maison. Ce n’est pas irréparable. On peut revenir vers son enfant le lendemain et lui dire : « Hier j’ai eu très peur, et j’ai mal réagi. Je voudrais qu’on en reparle autrement. »
Pourquoi un adolescent se scarifie-t-il ? Ce que la blessure fait pour lui
Pour un parent, c’est souvent la question la plus incompréhensible : comment peut-on se faire mal volontairement ? Les adolescents qui en parlent décrivent pourtant une logique très précise. Le psychologue américain Matthew Nock, qui a consacré une grande partie de ses recherches à l’automutilation, a montré que ces gestes remplissent des fonctions identifiables, le plus souvent pour modifier un état émotionnel insupportable, parfois pour agir sur les relations avec les autres. Touchez les cartes : chacune correspond à une raison que les jeunes donnent eux-mêmes.
Ces fonctions se combinent souvent, et elles changent avec le temps. Le sociologue David Le Breton, qui a consacré à ces blessures le livre La Peau et la Trace en 2003, rappelle que la peau est la frontière entre soi et le monde : quand l’intérieur déborde, c’est sur cette limite que l’adolescent agit. Il insiste aussi sur ce qui permet d’en sortir : non pas la douleur, qui enferme dans la répétition, mais une parole qui puisse prendre le relais. Comprendre la fonction du geste ne le rend pas anodin. Cela permet de chercher avec votre enfant d’autres moyens d’obtenir ce que la blessure lui apporte, ce qui est le cœur du travail en thérapie.
Comment réagir quand on découvre que son ado se scarifie
La première conversation compte beaucoup, parce qu’elle apprend à votre enfant si parler de ses blessures est possible ou dangereux. Elle n’a pas besoin d’être parfaite. Quelques repères aident à la mener.
Choisir un moment calme et privé, sans frères et sœurs, sans urgence, en ayant du temps devant soi.
Dire ce que vous avez vu, simplement : « J’ai vu les marques sur ton bras. Je ne suis pas fâché, je suis inquiet, et je voudrais comprendre. »
Proposer de soigner les plaies, ou de les faire examiner si elles sont profondes. Prendre soin du corps sans commentaire montre que vous ne rejetez pas votre enfant.
Écouter plutôt qu’interroger. Une rafale de questions (« depuis quand ? avec quoi ? combien de fois ? pourquoi ? ») ferme la porte. Une question ouverte, puis du silence, l’ouvre.
Ne pas exiger de promesse. « Promets-moi que tu ne le feras plus » met votre enfant dans une impasse : s’il recommence, il devra mentir. Mieux vaut : « Si tu as encore envie de te faire mal, je voudrais que tu puisses me le dire. »
Ne pas punir. La blessure est déjà une souffrance ; une sanction la double, et pousse à mieux cacher.
Proposer de l’aide ensemble : « On va chercher quelqu’un qui sait aider dans ces moments-là. Tu pourras choisir comment ça se passe. »
Pour vous aider à sentir ces repères de l’intérieur, voici une scène fictive. Choisissez une réponse à chaque étape, puis essayez les autres : chacune produit quelque chose de différent.
Une dernière précision sur les objets coupants. Retirer de façon spectaculaire tous les couteaux de la maison risque d’humilier votre enfant sans le protéger vraiment. Il est en revanche raisonnable de ranger discrètement les médicaments et de ne pas laisser traîner de lames, et d’en parler avec lui plutôt que dans son dos.
Lui demander s’il pense à mourir
La plupart des adolescents qui se scarifient ne veulent pas mourir : ils veulent que la douleur intérieure s’arrête. Mais certains ont aussi des idées de mort, et le seul moyen de le savoir est de leur poser la question. Beaucoup de parents s’en empêchent, par peur de « donner l’idée ». Cette peur ne correspond pas à ce que l’on sait : poser la question directement ne fait pas naître l’idée, et soulage souvent le jeune, qui peut enfin en parler.
La question peut être simple : « Quand tu te fais du mal, est-ce que tu as parfois envie de mourir ? Est-ce que tu penses au suicide ? ». Si votre enfant répond oui, remerciez-le de vous l’avoir dit, restez calme, ne le laissez pas seul dans les heures qui viennent, et demandez de l’aide aussitôt. Si les idées sont précises, s’il a un projet ou un moyen, c’est une urgence. La page mon ado parle de mourir détaille ce que l’on peut faire, et la page la dépression chez l’adolescent aide à repérer une humeur qui s’effondre derrière les blessures.
S’il répond qu’il pense à mourir
Restez avec lui. En cas de danger immédiat, faites le 15 (SAMU). Prenez un rendez-vous au cabinet en téléconsultation le plus rapidement possible. Si Doctolib ne permet pas un rendez-vous immédiat, envoyez des textos WhatsApp ou/et SMS aux cliniciens du cabinet.
Effet de groupe, réseaux sociaux : quand les scarifications circulent
Il arrive que les parents apprennent que plusieurs adolescents d’une même classe ou d’un même groupe d’amis se scarifient. Le geste se transmet : on en parle, on se montre ses bras, on se conseille, on se soutient dans la souffrance. Sur certains réseaux, des contenus esthétisent les blessures ou en font un signe d’appartenance. Les parents sont alors tentés de conclure à un « effet de mode » qui passerait tout seul. C’est vrai qu’imiter un ami n’a pas la même signification que de se couper seul depuis deux ans. Mais un adolescent qui va bien ne se blesse pas pour faire comme les autres : le groupe donne une forme à une souffrance qui existait déjà.
Situation fictive
La mère de Chloé, 13 ans, reçoit un appel d’une autre maman : trois filles de la classe se scarifient et s’envoient des photos de leurs bras. Chloé en fait partie. Elle jure qu’elle l’a fait « deux fois, juste pour voir », et qu’elle va bien. Ses notes sont bonnes. Mais depuis la séparation de ses parents, à la rentrée, elle dort mal et pleure souvent le soir.
Comment sa mère peut-elle réagir ?
Face aux contenus en ligne, couper tous les écrans d’un coup braque souvent sans protéger. Il est plus utile de demander à votre enfant ce qu’il voit, ce que cela lui fait, et de chercher ensemble des espaces plus sûrs. Si des photos de blessures circulent entre élèves, l’école peut être informée ; le cabinet peut participer aux réunions avec l’établissement, avec votre accord.
Dans les semaines qui suivent : ce qui aide, ce qui ne marche pas
Après la découverte, beaucoup de parents vivent dans l’attente du prochain geste, et passent leurs soirées à guetter des signes. C’est épuisant, et cela ne protège pas. Ce qui aide se joue plutôt dans l’ambiance générale de la maison et dans l’aide extérieure.
Il est utile de savoir que l’arrêt se fait rarement d’un coup. Tant que l’adolescent n’a pas d’autre moyen de traverser les vagues émotionnelles, la blessure reste une solution disponible. Le travail consiste donc d’abord à construire ces autres moyens : repérer ce qui déclenche la montée, apprendre à la traverser sans se faire mal, parler de ce qui se trouve en dessous. Les outils de tolérance à la détresse de la thérapie comportementale dialectique, comme l’eau très froide sur le visage, un effort physique intense et bref, ou une respiration ralentie, sont pensés pour ces moments-là ; ils s’apprennent et s’entraînent avec un thérapeute. La page les compétences de la TCD les présente en détail.
Les rechutes font partie du chemin. Un nouveau geste après trois semaines sans blessure n’annule pas le travail fait : il signale un moment plus difficile, dont on peut parler. Réagir à une rechute avec le même calme qu’à la découverte est l’un des messages les plus forts que vous puissiez donner. Enfin, la question des cicatrices, de l’été, de la piscine, du regard des autres viendra peut-être. Laissez votre enfant décider de ce qu’il montre, et de ce qu’il dit. Sa pudeur mérite d’être respectée, y compris par la famille élargie.
À retenir
Se scarifier sert le plus souvent à apaiser une souffrance insupportable, pas à mourir ; c’est toujours un signal à prendre au sérieux.
Rester calme, soigner, écouter sans interrogatoire, ne pas punir ni exiger de promesse, et chercher de l’aide ensemble.
Poser directement la question des idées de mort ne donne pas l’idée ; en cas de danger, le 15.
Vrai ou faux : six idées reçues sur les scarifications
Affirmation 1
« Il se scarifie pour attirer l’attention. »
Faux, le plus souvent. La grande majorité des blessures sont cachées, et vécues dans la honte. Et quand un adolescent montre ses blessures, c’est qu’il a besoin qu’on voie sa souffrance : c’est une raison de l’écouter, pas de l’ignorer.
Affirmation 2
« Se scarifier, c’est vouloir mourir. »
Faux dans la plupart des cas : le geste sert surtout à faire baisser une émotion insupportable. Mais certains adolescents ont aussi des idées de mort, et l’automutilation est associée à un risque suicidaire plus élevé à long terme. D’où l’importance de poser la question.
Affirmation 3
« Si je lui en parle, il va recommencer. »
Faux. Ce qui pousse à recommencer, c’est la souffrance qui n’a pas d’autre issue, et la honte. En parler calmement l’aide au contraire à sortir du secret.
Affirmation 4
« Obtenir sa promesse d’arrêter est le meilleur moyen de le protéger. »
Faux. Une promesse impossible à tenir l’oblige à mentir à la prochaine envie. Mieux vaut lui demander de pouvoir vous dire quand l’envie revient.
Affirmation 5
« Les garçons ne se font pas de mal. »
Faux. Ils se frappent, se brûlent ou se blessent autrement plus souvent qu’ils ne se coupent, et leurs gestes passent davantage inaperçus, parfois confondus avec des bagarres ou des accidents.
Affirmation 6
« Une rechute après quelques semaines n’est pas un échec. »
Vrai. L’arrêt se fait souvent progressivement. Une rechute signale un moment plus difficile ; accueillie calmement, elle devient une occasion de comprendre ce qui l’a déclenchée.
Ce que nous proposons au cabinet : TCD complète, EMDR, écoute
Quand un adolescent se fait du mal, nous commençons par le rencontrer seul, avec notre pédopsychothérapeute, pour comprendre ce que la blessure fait pour lui, à quels moments elle survient, et s’il a des idées de mort. Nous lui expliquons dès le départ ce qui restera entre nous et ce qui ne le pourra pas, lorsque sa sécurité est en jeu. Les parents sont reçus à d’autres moments, pour comprendre, être soutenus, et apprendre à réagir sans s’épuiser. Le premier rendez-vous peut avoir lieu en téléconsultation, ce qui facilite souvent l’accord de l’adolescent.
La thérapie comportementale dialectique, conçue par la psychologue américaine Marsha Linehan pour des personnes traversant des crises suicidaires répétées et qui se faisaient du mal, a été adaptée aux adolescents. Deux essais menés auprès de jeunes qui se blessaient de façon répétée, en Norvège en 2014 puis aux États-Unis en 2018, ont observé une diminution plus nette de l’automutilation chez ceux qui suivaient une TCD. Au cabinet, nous proposons la TCD complète : des séances individuelles, des groupes où l’on apprend les compétences de régulation des émotions et de tolérance à la détresse, et un soutien entre les séances pour les moments où la vague monte. La page des TCC aux TCD en présente les principes.
Ce travail se combine avec d’autres approches selon ce qui se trouve sous les blessures. Quand un événement traumatique, un harcèlement ou une violence nourrit la souffrance, l’EMDR peut aider à en apaiser le souvenir, après un bilan psycho-traumatique, voire dissociatif, qui permet de vérifier que l’adolescent est prêt. L’écoute analytique, nourrie de plusieurs grands repères de la psychanalyse, offre un lieu où ce que la peau disait peut peu à peu passer dans les mots. Et quand toute la famille a été bouleversée, des séances de famille, en séances longues de 80 minutes, au cabinet ou en téléconsultation, aident chacun à retrouver sa place. Si des traits plus durables d’instabilité émotionnelle se dessinent, la page impulsivité et automutilation apporte un éclairage complémentaire.
Questions fréquentes sur les scarifications à l’adolescence
Mon ado se scarifie : est-ce une tentative de suicide ?
Le plus souvent, non. La plupart des adolescents qui se scarifient cherchent à apaiser une émotion insupportable, pas à mourir. Mais certains ont aussi des idées de mort, et l’automutilation est associée à un risque suicidaire plus élevé par la suite. Il faut donc toujours poser la question directement, calmement : « Est-ce que tu penses à mourir ? ». Cette question ne donne pas l’idée. En cas de danger immédiat, faites le 15.
Comment réagir quand on découvre que son enfant se scarifie ?
En restant aussi calme que possible. Dites ce que vous avez vu, sans reproche ; proposez de soigner les plaies, ou de les faire examiner si elles sont profondes ; écoutez sans interrogatoire ; ne punissez pas et n’exigez pas de promesse. Demandez-lui s’il pense à mourir, puis proposez de chercher de l’aide ensemble, en lui laissant des choix. Un rendez-vous rapide au cabinet, éventuellement en téléconsultation, est le bon réflexe.
Pourquoi les adolescents se scarifient-ils ?
Le plus souvent pour faire baisser une tension émotionnelle qui déborde : la douleur physique apaise la douleur psychique, pour un moment. D’autres jeunes cherchent à sortir d’une sensation de vide, à se punir, à exprimer une souffrance qu’ils ne savent pas dire, à reprendre le contrôle, ou à appartenir à un groupe. Ces fonctions se combinent. Les comprendre permet de construire avec l’adolescent d’autres façons d’obtenir ce que la blessure lui apporte.
Faut-il enlever tous les objets coupants de la maison ?
Vider la maison de façon spectaculaire humilie souvent l’adolescent sans le protéger vraiment. Il est raisonnable, en revanche, de ranger discrètement les médicaments, de ne pas laisser traîner de lames, et d’en parler avec lui. Le plus protecteur reste qu’il puisse vous dire quand l’envie de se faire mal revient, et qu’une aide soit en place pour l’aider à traverser ces moments autrement.
Mon ado dit que ses amies le font aussi : est-ce un effet de mode ?
Le groupe peut jouer un rôle : le geste se transmet entre amis ou sur les réseaux, et devient parfois un signe d’appartenance. Mais un adolescent qui va bien ne se blesse pas pour faire comme les autres. Le groupe donne une forme à une souffrance qui existait déjà. Il vaut mieux s’intéresser à ce que votre enfant vit plutôt que de couper ses liens, et prendre rendez-vous pour qu’il puisse en parler.
Mon ado avait arrêté de se scarifier, mais il a recommencé : est-ce un échec ?
Non. L’arrêt se fait rarement d’un coup, et les rechutes font partie du chemin, surtout dans les périodes difficiles : examens, rupture, conflit, date anniversaire. Une rechute indique qu’un moment a été plus dur que les autres, et qu’on peut en comprendre le déclencheur. Réagir avec le même calme qu’au premier jour, et en parler en séance, aide l’adolescent à ne pas se décourager.
Références
Les travaux et ouvrages cités sur cette page.
Jennifer J. Muehlenkamp, Laurence Claes, Lindsey Havertape, Paul L. Plener, « International prevalence of adolescent non-suicidal self-injury and deliberate self-harm », Child and Adolescent Psychiatry and Mental Health, 6, 2012, article 10. doi.org/10.1186/1753-2000-6-10
Keith Hawton, Kate E. A. Saunders, Rory C. O’Connor, « Self-harm and suicide in adolescents », The Lancet, 379(9834), 2012, p. 2373-2382. doi.org/10.1016/S0140-6736(12)60322-5
Lars Mehlum et al., « Dialectical behavior therapy for adolescents with repeated suicidal and self-harming behavior: a randomized trial », Journal of the American Academy of Child and Adolescent Psychiatry, 53(10), 2014, p. 1082-1091. doi.org/10.1016/j.jaac.2014.07.003
Elizabeth McCauley et al., « Efficacy of dialectical behavior therapy for adolescents at high risk for suicide: a randomized clinical trial », JAMA Psychiatry, 75(8), 2018, p. 777-785. doi.org/10.1001/jamapsychiatry.2018.1109
Un premier rendez-vous, au cabinet ou en téléconsultation, permet à votre adolescent d’être reçu seul, et à vous d’être soutenu, pour construire ensemble d’autres façons de traverser les vagues.
La « loi de l’instrument », formulée par Abraham Kaplan en 1964 puis reprise par Abraham Maslow dans The Psychology of Science: A Reconnaissance (1966), rappelle qu’« il est tentant, si le seul outil dont on dispose est un marteau, de traiter tout comme si c’était un clou ».
En psychologie, une méthode ne peut pas répondre à toutes les situations. Forts de plusieurs décennies de pratique et de formations complémentaires, nous mobilisons de nombreux outils, choisis avec discernement, afin d’identifier rapidement les leviers les plus efficaces. Nous proposons ainsi un accompagnement aussi bref qu’efficace, tout en sachant accompagner aussi bien les suivis prolongés que le besoin d’un espace de parole régulier.