Faire baisser une tension insupportable
C’est la fonction la plus souvent décrite : quand l’émotion déborde, la douleur physique la fait redescendre rapidement, par un mécanisme qui a été étudié.
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Dépenser, boire, partir sur un coup de tête, se faire du mal, penser à mourir : ces gestes et ces pensées font partie de la souffrance de beaucoup de personnes qui ont un trouble borderline. Ils sont entourés de honte et de silence, ce qui les rend plus dangereux encore. Cette page en parle simplement, pour comprendre à quoi ils servent, savoir quoi faire dans les moments difficiles, et trouver de l’aide.
En cas de danger immédiat, contactez les services d’urgence. Si des idées suicidaires apparaissent, pour vous ou pour un proche, n’attendez pas : parlez-en à votre médecin traitant, ou prenez rendez-vous au cabinet pour en parler.
Parmi les critères du trouble borderline figurent une impulsivité dans des domaines potentiellement dommageables, et des comportements, gestes ou menaces suicidaires répétés, ou des automutilations. Ce sont les aspects du trouble qui inquiètent le plus, à juste titre. Ce sont aussi ceux dont on parle le moins, parce qu’ils font honte à la personne et peur à l’entourage. Or le silence ne protège personne : il isole, et l’isolement augmente le danger.
Cette page fait un choix : parler de ces gestes sans détour et sans dramatiser, pour en comprendre la logique, et dire clairement ce qui aide. Elle ne décrit aucun moyen et ne remplace en rien une aide personnelle. Si vous vous faites du mal, ou si vous pensez à mourir, la chose la plus importante n’est pas de lire jusqu’au bout : c’est d’en parler à quelqu’un, aujourd’hui.
L’impulsivité décrite dans le trouble borderline concerne des domaines où un geste rapide peut faire du tort : dépenses incontrôlées, consommation d’alcool ou de drogues, conduite dangereuse, crises de suralimentation, relations sexuelles à risque. Son moteur est presque toujours émotionnel. Quand une émotion devient insupportable, le cerveau cherche ce qui la fera baisser tout de suite, sans regarder la facture. Et ces gestes marchent, c’est bien le problème : ils soulagent pendant quelques minutes, parfois quelques heures. Puis viennent les conséquences, la honte, et souvent une nouvelle émotion difficile, qui appellera un nouveau geste.
Retournez les cartes : chaque geste impulsif « paie » quelque chose sur le moment, et coûte autre chose ensuite.
Une remarque importante : les études qui ont suivi des personnes ayant un trouble borderline pendant dix ans et plus montrent que les comportements impulsifs font partie des symptômes qui diminuent le plus vite avec le temps et l’accompagnement. C’est une très bonne nouvelle, et une raison d’espérer quand on est au plus fort de la tempête.
Les deux existent et se combinent souvent. L’impulsivité du TDAH est présente depuis l’enfance, dans toutes sortes de situations, même sans émotion particulière : couper la parole, agir avant de réfléchir, s’impatienter. L’impulsivité borderline est plus souvent déclenchée par une émotion intense, en particulier relationnelle. Quand les deux s’additionnent, le frein est encore plus difficile à trouver. Un bilan neuropsychologique aide à faire la part des choses, ce qui change les outils proposés. Voir impulsivité et TDAH.
Les consommations sont fréquentes chez les personnes qui ont un trouble borderline, souvent comme moyen de faire taire les émotions. Elles aggravent pourtant presque tout : l’impulsivité, les crises, la dépression, le risque de gestes dangereux. Quand une consommation déborde, un suivi spécialisé en addictologie est souvent nécessaire, en lien avec la psychothérapie. Voir l’accompagnement des addictions et le dossier addictions.
L’automutilation désigne le fait de se faire du mal physiquement, volontairement, sans intention de mourir. Elle est fréquente dans le trouble borderline : une grande partie des personnes qui en souffrent y ont eu recours à un moment de leur vie, souvent dès l’adolescence. Elle n’est pas propre à ce trouble pour autant, et beaucoup d’adolescents qui se font du mal n’ont pas de trouble borderline.
Contrairement à une idée tenace, l’automutilation n’est presque jamais une façon « d’attirer l’attention ». Le plus souvent, elle est cachée, vécue dans la honte. Les personnes qui en parlent décrivent plusieurs fonctions, parfois mêlées :
C’est la fonction la plus souvent décrite : quand l’émotion déborde, la douleur physique la fait redescendre rapidement, par un mécanisme qui a été étudié.
Quand on se sent vide, irréel, coupé de soi, le geste peut servir à « se sentir à nouveau », à revenir dans son corps.
Certaines personnes se font du mal parce qu’elles se sentent mauvaises et pensent le mériter. C’est la honte qui parle.
Parfois, le corps dit ce que la parole ne peut pas encore formuler. Ce n’est pas un calcul : c’est un langage, faute d’un autre.
Comprendre ces fonctions ne veut pas dire que l’automutilation est sans gravité. Elle peut provoquer des blessures qui demandent des soins médicaux, elle a tendance à s’installer comme une habitude, et elle est associée à un risque suicidaire plus élevé sur le long terme. Elle mérite donc toujours d’être prise au sérieux, sans panique et sans reproche. Toute blessure doit être soignée, si besoin par un médecin ou aux urgences. Et toute automutilation est une raison de consulter un professionnel, maintenant, pas plus tard.
C’est une peur très fréquente, et elle est logique : si le geste sert à traverser l’insupportable, l’arrêter sans rien d’autre laisse sans protection. C’est pourquoi le travail ne commence pas par une interdiction, mais par la construction d’autres moyens de traverser les vagues, et par la compréhension de ce qui les déclenche. L’arrêt vient ensuite, souvent progressivement, avec parfois des rechutes qui ne sont pas des échecs.
Beaucoup de personnes qui ont un trouble borderline vivent avec des idées de mort plus ou moins présentes, parfois depuis l’adolescence. Pour certaines, elles forment une sorte de bruit de fond (« si ça devient trop dur, il restera toujours cette porte »), qui peut paradoxalement rassurer. À ce fond peuvent s’ajouter des moments aigus, souvent déclenchés par une rupture, un rejet, une humiliation, une perte, et aggravés par l’alcool ou l’isolement. Ce sont ces moments qui sont les plus dangereux.
Le risque de suicide est nettement plus élevé chez les personnes ayant un trouble borderline que dans la population générale. Il ne faut donc jamais banaliser ces idées, même quand elles sont anciennes, même quand on a « l’habitude ». Mais il faut aussi savoir que ces pensées sont des symptômes : elles traduisent une souffrance, elles varient, elles passent, et elles diminuent souvent nettement avec l’aide adaptée.
En cas de danger immédiat, contactez les services d’urgence. Si des idées suicidaires apparaissent, pour vous ou pour un proche, n’attendez pas : parlez-en à votre médecin traitant, ou prenez rendez-vous au cabinet pour en parler.
Non. C’est l’une des idées reçues les plus répandues, et les études montrent le contraire : poser la question directement, avec calme (« est-ce que tu penses à mourir ? ») ne fait pas naître l’idée, et soulage souvent la personne, qui peut enfin en parler. C’est vrai pour les proches comme pour les professionnels.
C’est une phrase que beaucoup de personnes prononcent, et elle dit l’essentiel : le désir n’est pas tant de mourir que de faire cesser une douleur qui paraît sans fin. Cette distinction compte, parce qu’elle ouvre une porte : si l’on peut trouver d’autres manières de faire baisser la douleur, l’envie de mourir perd de sa force. C’est le travail de la crise, puis celui de la psychothérapie.
Une crise ne se prévoit pas toujours, mais elle se prépare. Les approches qui ont le plus de données dans le trouble borderline, en particulier la thérapie comportementale dialectique, proposent de travailler sur trois temps. Touchez les onglets.
Connaître son terrain. Repérer ses signaux d’alerte personnels (pensées, sensations, situations), prendre soin de ce qui rend vulnérable (sommeil, alcool, isolement), préparer à froid un plan de sécurité écrit, et le partager avec une personne de confiance. Un plan rédigé un jour calme vaut beaucoup plus qu’une bonne résolution prise au milieu de la tempête.
Gagner du temps. L’envie d’agir est à son maximum pendant un temps limité. L’objectif est de laisser passer la vague sans se mettre en danger : changer de lieu, refroidir le corps (eau froide sur le visage), faire un effort physique bref, respirer en allongeant l’expiration, appeler quelqu’un, s’éloigner de l’alcool. Se répéter : « c’est une vague, elle va redescendre, je n’ai rien à décider maintenant ». Si le danger est là, contacter les services d’urgence.
Comprendre sans se juger. Plus tard, à froid, reprendre la séquence maillon par maillon : ce qui s’est passé avant, ce que l’on a pensé, ressenti, fait, et ce qui a aidé. Cette « analyse en chaîne » n’est pas un tribunal : elle cherche le maillon où, la prochaine fois, quelque chose pourra être différent. Elle se fait très bien avec son thérapeute. Voir la dysrégulation émotionnelle, qui en propose une fiche.
Le plan de sécurité est un outil simple, utilisé dans de nombreux pays en prévention du suicide. Il s’écrit à l’avance, idéalement avec un professionnel, et se garde à portée de main, sur papier ou dans son téléphone. Il suit une progression : on commence par ce que l’on peut faire seul, puis on élargit le cercle si la crise continue.
Un plan n’est pas une promesse de ne jamais aller mal. C’est une carte pour retrouver le chemin quand la tempête brouille tout. Il se réajuste après chaque crise.
La bonne nouvelle, c’est que ces comportements répondent aux soins. Plusieurs psychothérapies ont été évaluées par des essais contrôlés dans le trouble borderline, et une revue de synthèse de la collaboration Cochrane publiée en 2020 conclut que la psychothérapie réduit la sévérité du trouble, l’automutilation et les comportements suicidaires, et améliore le fonctionnement, même si la qualité des preuves reste jugée modeste.
| Approche | Ce que l’on sait pour l’impulsivité et l’automutilation |
|---|---|
| Thérapie comportementale dialectique (TCD) | Conçue par Marsha Linehan pour des personnes qui se faisaient du mal de façon répétée. C’est l’approche qui a le plus de données sur la réduction de l’automutilation et des gestes suicidaires. |
| Thérapie basée sur la mentalisation | D’inspiration psychanalytique. Ses essais ont montré une baisse des gestes suicidaires et des hospitalisations, avec des effets qui se maintiennent plusieurs années. |
| Psychothérapie focalisée sur le transfert | D’orientation psychodynamique. Des essais suggèrent une réduction des tentatives de suicide et des abandons de soins. |
| Thérapie des schémas | Approche intégrative. Bons résultats sur la sévérité globale du trouble dans plusieurs essais. |
| Prises en charge générales structurées | Des essais ont montré que des suivis réguliers, bien organisés, fondés sur la psychoéducation et un cadre clair, obtiennent des résultats proches des approches spécialisées. |
| Médicaments | Aucun médicament n’a montré d’effet spécifique sur l’automutilation dans le trouble borderline. Un traitement peut être utile pour une dépression ou une anxiété associée, sur avis médical. |
Une hospitalisation courte peut être nécessaire quand le danger est immédiat, pour protéger. Elle ne remplace pas le travail de fond, qui se fait en ambulatoire, dans la durée.
Nous ne sommes pas un service d’urgence, et nous le disons clairement dès le début. Nous construisons avec chaque personne un plan pour les moments de crise : qui appeler, quand, comment. Nous travaillons en lien avec le médecin traitant ou le psychiatre quand c’est utile. Le travail associe des outils de régulation inspirés de la TCD, l’écoute analytique de ce que ces gestes disent et répètent, et, une fois la sécurité suffisante, l’EMDR pour les souvenirs qui alimentent la souffrance. Voir notre approche.
Situation inventée
Inès, 19 ans, étudiante, se fait du mal depuis le lycée quand elle se sent rejetée. Personne n’est au courant. Après une dispute avec son amie la plus proche, elle sent la tension monter très fort. Elle se souvient qu’elle a commencé, avec sa psychologue, à écrire un plan de sécurité, rangé dans son téléphone.
Quelle est la meilleure première étape pour elle, maintenant ?
Découvrir qu’un proche se fait du mal, ou qu’il pense à mourir, est un choc. On a peur, on se sent coupable, parfois en colère. Quelques repères aident à réagir de façon utile :
La page proches et couple développe la manière de soutenir sans s’épuiser, et de poser des limites.
Sept questions pour faire le point sur ce qui est déjà en place pour traverser une crise. Quiz pédagogique, ce n’est ni un test validé ni un diagnostic, et il n’évalue en aucun cas un risque. Il sert à repérer ce que vous pourriez construire, idéalement avec un professionnel.
Idée reçue 1
Le plus souvent, l’automutilation est cachée et vécue dans la honte. Elle sert surtout à faire baisser une souffrance insupportable.
Idée reçue 2
Les études montrent le contraire : en parler directement soulage et ouvre la porte à l’aide.
Idée reçue 3
C’est faux et dangereux. Toute parole sur le suicide doit être prise au sérieux, même répétée.
Affirmation 4
Oui : la TCD, la thérapie basée sur la mentalisation et d’autres approches structurées ont montré une baisse de l’automutilation et des gestes suicidaires.
Affirmation 5
Oui : les études de suivi au long cours montrent qu’ils font partie des symptômes qui s’apaisent le plus vite.
Le plus souvent pour faire baisser une émotion devenue insupportable, pour sortir d’un état de vide ou de coupure, pour se punir, ou pour exprimer une douleur qui n’a pas encore de mots. Ce n’est presque jamais pour attirer l’attention. C’est toujours le signe d’une souffrance importante, qui justifie de consulter.
Le plus souvent non : elle se fait sans intention de mourir. Elle est cependant associée à un risque suicidaire plus élevé sur le long terme, et les deux peuvent coexister chez une même personne. C’est pourquoi elle doit toujours être prise au sérieux et accompagnée.
Ne pas rester seul avec elles. En parler à une personne de confiance, à votre médecin ou à votre thérapeute. Prenez rendez-vous sans tarder avec un professionnel. En cas de danger immédiat, contactez les services d’urgence.
La thérapie comportementale dialectique est celle qui a le plus de données. La thérapie basée sur la mentalisation et d’autres approches structurées ont aussi montré une baisse des gestes d’automutilation et suicidaires. Ce qui compte le plus est un cadre stable, un plan pour les crises et un travail dans la durée.
Rester calme, ne pas juger ni exiger de promesse, faire soigner les blessures, poser directement la question des idées suicidaires, et encourager un suivi professionnel. En cas de danger, contacter les services d’urgence. Et prendre soin de vous : votre médecin traitant peut aussi vous soutenir.
Un premier rendez-vous permet de faire le point, de construire un plan pour les moments difficiles et de commencer un travail de fond. Au cabinet ou en téléconsultation. En cas d’urgence, contactez les services d’urgence ou votre médecin traitant.
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La « loi de l’instrument », formulée par Abraham Kaplan en 1964 puis reprise par Abraham Maslow dans The Psychology of Science: A Reconnaissance (1966), rappelle qu’« il est tentant, si le seul outil dont on dispose est un marteau, de traiter tout comme si c’était un clou ».
En psychologie, une méthode ne peut pas répondre à toutes les situations. Forts de plusieurs décennies de pratique et de formations complémentaires, nous mobilisons de nombreux outils, choisis avec discernement, afin d’identifier rapidement les leviers les plus efficaces. Nous proposons ainsi un accompagnement aussi bref qu’efficace, tout en sachant accompagner aussi bien les suivis prolongés que le besoin d’un espace de parole régulier.