Diagnostic du trouble bipolaire : le distinguer du TDAH, du borderline, de la dépression et du trauma
Le trouble bipolaire se cache souvent derrière une dépression, et d’autres troubles peuvent à l’inverse lui ressembler. Le diagnostic demande donc du temps, un entretien approfondi et parfois plusieurs consultations. Voici comment il se construit, et les confusions les plus fréquentes.
Comment se pose le diagnostic ?
Le diagnostic est avant tout clinique. Selon la HAS, il repose sur un entretien approfondi, souvent sur plusieurs évaluations successives, et aucun examen biologique ou d’imagerie n’est utile pour le poser. Il est confirmé par un psychiatre, en lien avec le médecin traitant.
- Retracer l’histoire des épisodesLeur type, leur durée, leur fréquence, ce qui les a précédés. Le témoignage d’un proche, avec l’accord de la personne, aide beaucoup à retrouver les phases hautes.
- Rechercher les antécédentsFamiliaux, de tentatives de suicide, de traumatismes, de troubles anxieux ou d’addictions.
- Écarter d’autres causesUne maladie de la thyroïde, une épilepsie, une maladie auto-immune, une démence après 40 ans, un médicament ou une substance.
- Évaluer la sévéritéIdées suicidaires, symptômes psychotiques, retentissement sur le corps et la vie quotidienne.
- Dépister les troubles associésTroubles anxieux, troubles alimentaires, TOC, TDAH, dépendances, selon l’Assurance maladie.
Et les questionnaires de repérage ?
Des questionnaires existent pour aider les médecins. La HAS cite le Mood Disorder Questionnaire pour repérer les hypomanies passées en premier recours, en précisant qu’il n’est pas recommandé chez l’adolescent faute de données. L’Institut français d’EMDR présente aussi la liste de contrôle de l’hypomanie HCL-32. Ces outils ne posent pas le diagnostic : ils orientent l’entretien. Les questionnaires de ce guide, rédigés pour l’occasion, ont la même modestie.
Les troubles qui peuvent ressembler à une bipolarité
Choisissez un trouble pour voir ce qui le rapproche du trouble bipolaire et ce qui l’en distingue. Plusieurs troubles peuvent aussi coexister chez la même personne.
Dépression récurrente, dite unipolaire
Ce qui rapproche: les épisodes dépressifs peuvent être identiques. L’Assurance maladie souligne que la distinction est importante, car les traitements diffèrent.
Ce qui distingue: dans la dépression unipolaire, il n’y a jamais eu d’épisode maniaque ou hypomaniaque. La HAS liste des indices qui doivent faire rechercher une bipolarité : dépression avant 25 ans, au moins trois épisodes, antécédent familial, dépression du post-partum, hypersomnie et hyperphagie, virage sous antidépresseur.
Trouble du déficit de l’attention avec ou sans hyperactivité
Ce qui rapproche: l’agitation, la distractibilité, l’impulsivité, la parole abondante.
Ce qui distingue: la HAS retient comme critères en faveur d’une bipolarité les épisodes d’humeur exaltée, les idées de grandeur, l’âge de survenue, le caractère épisodique des troubles et la rupture avec le fonctionnement antérieur. Le TDAH commence dans l’enfance et reste présent de façon continue.
Les deux peuvent coexister: une méta-analyse de Schiweck et collègues, publiée en 2021, estime qu’environ un adulte bipolaire sur six a aussi un TDAH, et qu’environ un adulte avec un TDAH sur treize a aussi un trouble bipolaire. Le trouble bipolaire commencerait alors en moyenne quatre ans plus tôt.
Le site consacre une page à une autre confusion fréquente : TDAH ou traumatisme.
Trouble de la personnalité borderline
Ce qui rapproche: une grande instabilité émotionnelle, l’impulsivité, des passages à l’acte, parfois des idées suicidaires. Les deux diagnostics sont souvent confondus, et la HAS cite les troubles de la personnalité, dont le borderline, parmi les diagnostics à distinguer.
Ce qui distingue: une revue publiée en 2004 dans la Harvard Review of Psychiatry conclut que les deux troubles diffèrent par leurs symptômes, les antécédents familiaux, l’évolution au long cours et la réponse aux traitements, et que les données ne permettent pas de ranger le borderline dans le spectre bipolaire. Le manuel MSD précise la différence : dans le trouble borderline, les sautes d’humeur durent généralement quelques heures, rarement plus de quelques jours, et réagissent surtout aux stress relationnels, avec une peur intense de l’abandon. Dans le trouble bipolaire, les épisodes sont plus durables, moins liés au contexte, et s’accompagnent souvent de changements nets de l’énergie et de l’activité.
La thérapie comportementale dialectique fait partie des psychothérapies de référence du trouble borderline. Le site lui consacre une page : des TCC aux TCD.
Le cabinet propose un dépistage en ligne du trouble borderline dans la page tests en ligne.
Traumatisme et stress post-traumatique
Ce qui rapproche: l’irritabilité, les troubles du sommeil, l’état d’alerte, les variations émotionnelles, parfois les conduites à risque.
Ce qui distingue: le stress post-traumatique s’organise autour d’un ou plusieurs événements, avec des souvenirs qui s’imposent et l’évitement de ce qui les rappelle. Il ne comporte pas d’épisodes maniaques.
Les deux peuvent coexister: les traumatismes sont fréquents chez les personnes bipolaires et pèsent sur l’évolution de la maladie. La HAS demande de les rechercher lors de l’entretien. Bipolarité et EMDR
D’autres situations à écarter
- Le trouble cyclothymique, forme atténuée du même groupe. Les formes du trouble
- Les troubles schizophréniques et le trouble schizoaffectif, quand des symptômes psychotiques sont au premier plan.
- Les maladies somatiques: thyroïde, hypoglycémie, épilepsie, infections du cerveau, lupus, démences.
- Les médicaments et substances: corticoïdes, antidépresseurs, interféron, méthylphénidate, alcool, cannabis, psychostimulants, sevrages.
- Le trouble disruptif avec dysrégulation de l’humeur chez l’enfant, cité par le manuel MSD.
Le tableau de comparaison
| Repère | Trouble bipolaire | TDAH | Borderline | Dépression unipolaire |
|---|---|---|---|---|
| Rythme | Par épisodes, avec retour à l’état habituel | Continu depuis l’enfance | Sautes d’humeur de quelques heures, liées aux relations | Épisodes dépressifs seulement |
| Phases hautes | Manie ou hypomanie | Non | Non au sens strict | Non |
| Sommeil | Besoin réduit en phase haute | Variable | Variable | Perturbé en épisode |
| Début | Souvent entre 15 et 25 ans | Enfance | Adolescence ou début de l’âge adulte | À tout âge |
Un tableau volontairement simplifié. Les âges de début du TDAH, du borderline et de la dépression sont donnés à titre de repère général. Seul un entretien clinique permet de trancher, et plusieurs troubles peuvent coexister.
Jeu : quel trouble ressemble le plus à ce cas ?
Quatre situations imaginaires, simplifiées pour l’exercice. Dans la vraie vie, ces distinctions demandent un professionnel et du temps.
Questions fréquentes
Comment différencier trouble bipolaire et TDAH ?
La HAS retient en faveur d’une bipolarité des épisodes d’humeur exaltée, des idées de grandeur, un caractère épisodique et une rupture avec le fonctionnement antérieur. Le TDAH est présent de façon continue depuis l’enfance. Les deux peuvent coexister.
Bipolaire ou borderline, quelle différence ?
Dans le trouble bipolaire, l’humeur change par épisodes de plusieurs jours ou semaines, avec des variations nettes de l’énergie. Dans le trouble borderline, selon le manuel MSD, les sautes d’humeur durent généralement quelques heures et réagissent surtout aux stress relationnels. Une revue de 2004 conclut que les deux troubles diffèrent par leurs symptômes, l’histoire familiale, l’évolution et la réponse aux traitements.
Pourquoi le diagnostic de trouble bipolaire prend-il autant de temps ?
Parce que la maladie débute souvent par une dépression, que les phases hautes passent inaperçues ou sont vécues comme agréables, et que d’autres troubles peuvent lui ressembler. Selon l’Assurance maladie, il s’écoule encore souvent une dizaine d’années avant un traitement adapté.
Une prise de sang peut-elle détecter un trouble bipolaire ?
Non. Les analyses servent à écarter d’autres causes, comme un problème de thyroïde, et à préparer un traitement. Le diagnostic repose sur l’entretien clinique.
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- 15SAMU, pour toute urgence médicale, y compris une crise maniaque avec mise en danger.
- 112Numéro d’urgence européen, joignable depuis tout téléphone.
- 119Allô Enfance en danger, gratuit et confidentiel, 24 h sur 24, si un enfant est en danger.
Toutes les ressources utiles sont réunies dans la page urgences et numéros utiles.
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