La résilience après une violence : ce que c’est, ce que ce n’est pas
Le mot est partout, et il a fini par vouloir dire n’importe quoi : une qualité que l’on aurait ou pas, un devoir d’aller bien, une façon élégante de dire « tourne la page ». Pour les chercheurs qui l’ont forgé en suivant pendant des décennies des enfants nés dans l’adversité, la résilience désigne quelque chose de beaucoup plus précis et de beaucoup plus encourageant : la reprise d’un développement après un traumatisme, rendue possible par des appuis que l’on peut nommer, et donc construire. Cette page ouvre la série que nous consacrons à la reconstruction après la violence. Elle dit ce que la résilience est, ce qu’elle n’est pas, et pourquoi le soin en fait partie.
« Résilience » vient de la physique des matériaux. Il y désigne la capacité d’un métal à encaisser un choc sans se rompre, puis à reprendre sa forme. Quand les psychologues l’ont emprunté, dans les années 1970 et 1980, ils l’ont fait avec une question très concrète en tête : pourquoi certains enfants qui grandissent dans la violence, la misère ou la maladie mentale d’un parent deviennent-ils des adultes qui vont bien, alors que tout laissait prévoir le contraire ? Jusque-là, la recherche s’était presque exclusivement intéressée à ce qui abîme. Elle s’est mise à regarder ce qui protège.
La définition qui s’est imposée est celle d’un développement qui reprend malgré l’adversité, ou plus précisément d’une adaptation positive dans un contexte où l’on attendait des dégâts. Trois choses comptent dans cette phrase, et chacune corrige un contresens courant. « Reprend » : la résilience suppose qu’il y a eu une blessure réelle, une interruption, et non une imperméabilité au choc. « Développement » : il ne s’agit pas de redevenir comme avant, mais de continuer à grandir, autrement. « Malgré l’adversité » : on ne parle de résilience que là où il y a eu un vrai danger, pas devant une contrariété.
Pour les personnes qui ont subi une violence, cette définition change le regard sur elles-mêmes. Elle dit que l’on peut avoir été profondément atteint, avoir mis des années à s’en relever, porter encore des traces, et être en train de vivre une résilience. Elle dit aussi que ce mouvement ne dépend pas d’une force intérieure mystérieuse mais de conditions, de rencontres et de gestes que l’on peut décrire. C’est ce que le dossier stress post-traumatique du site aborde du côté des symptômes ; cette page et celles qui la suivent le prennent du côté de la reconstruction.
À retenir
La résilience est la reprise d’un développement après un traumatisme réel : elle suppose une blessure, pas une imperméabilité.
Elle n’est ni une force innée, ni une obligation d’aller bien, ni un oubli : c’est un processus, qui passe par des relations.
Les facteurs de protection se nomment : une personne qui croit et qui tient, la sécurité retrouvée, le sens, le corps, la possibilité de dire.
Le soin fait partie de la résilience : une thérapie construit délibérément les appuis que la vie n’a pas toujours offerts.
Trois façons de la penser : Werner et Smith, Rutter, Cyrulnik
Trois noms reviennent dès que l’on parle sérieusement de résilience, et ils ne disent pas exactement la même chose. Les connaître évite de prendre le mot pour un slogan.
L’étude de Kauai : quarante ans auprès des mêmes enfants. La psychologue Emmy Werner et la clinicienne Ruth Smith ont suivi, à partir de 1955, l’ensemble des enfants nés cette année-là sur l’île hawaïenne de Kauai, jusqu’à l’âge adulte. Parmi eux, une partie grandissait dans des conditions très défavorables : pauvreté, violence ou alcoolisme à la maison, maladie d’un parent, instabilité. Ce que Werner et Smith ont constaté, et publié dans Vulnerable but Invincible (1982) puis dans Overcoming the Odds (1992), c’est qu’environ un tiers de ces enfants à haut risque étaient devenus des adultes compétents, stables et attentifs aux autres, et que d’autres, qui allaient mal à vingt ans, allaient bien à quarante.
Ce qui les distinguait n’était pas un don. C’était presque toujours la présence d’au moins un adulte qui avait cru en eux de façon stable, une grand-mère, un enseignant, un voisin, une aînée ; un tempérament qui attirait la sympathie et donc l’aide ; une responsabilité confiée tôt, s’occuper d’un plus jeune, un travail ; et, plus tard, une rencontre, un conjoint, une foi, une formation qui ouvrait une seconde chance. Le titre du premier livre a prêté à confusion, et Werner elle-même l’a regretté : « invincibles », ces enfants ne l’étaient pas. Ils avaient été protégés.
Michael Rutter : des mécanismes, pas des traits. Le pédopsychiatre britannique Michael Rutter a apporté la rigueur conceptuelle. Dans un article de 1985 puis dans ses travaux ultérieurs, il insiste sur un point : la résilience n’est pas une caractéristique de la personne mais le résultat d’une interaction entre elle et son environnement, et elle varie selon les moments, les domaines et les épreuves. On peut être résilient à l’école et pas dans l’intimité, à trente ans et pas à quinze.
Rutter décrit des mécanismes de protection : réduire l’impact du risque, par exemple en ne laissant pas un enfant seul avec un parent violent ; interrompre les réactions en chaîne négatives, comme l’échec scolaire qui suit la violence et qui ferme ensuite les portes ; soutenir l’estime de soi et le sentiment d’efficacité, par des réussites réelles et des relations sûres ; et ouvrir des occasions, un changement d’école, un déménagement, une rencontre. Il a aussi souligné que l’exposition à une adversité modérée, lorsqu’elle est surmontée, peut renforcer, ce qu’il appelle un effet de trempe, mais que cet effet n’existe pas pour les violences graves ou répétées : personne ne sort plus fort d’une maltraitance. On en sort, parfois, et c’est déjà considérable.
Boris Cyrulnik : la résilience racontée, et les tuteurs. En France, c’est le neuropsychiatre Boris Cyrulnik qui a fait connaître la notion, avec Un merveilleux malheur (1999) puis Les Vilains Petits Canards (2001). Lui-même enfant caché pendant la guerre, il a donné au mot une épaisseur clinique et narrative. Pour lui, la résilience ne se décrète pas et ne se vit pas seul : elle se tricote, dit-il, avec des fils affectifs et sociaux, autour de ce qu’il appelle des tuteurs de résilience, ces personnes ou ces lieux qui permettent à la vie de reprendre son cours. Il insiste aussi sur le récit : pouvoir raconter ce qui s’est passé, à quelqu’un qui écoute, puis en faire une histoire que l’on porte au lieu d’une plaie qui vous porte.
Cyrulnik a été critiqué pour le succès même de son mot, devenu une injonction dans la bouche d’autres que lui. Il s’en est lui-même défendu à plusieurs reprises : le « merveilleux » de son titre ne qualifie pas le malheur mais l’étonnement devant ceux qui s’en relèvent, et il n’a jamais dit que l’on devait s’en relever, ni que l’on s’en relevait sans trace. La page les tuteurs de résilience développe sa notion la plus utile en consultation.
Ce que la résilience n’est pas : six malentendus
Les personnes que nous recevons arrivent souvent avec une idée de la résilience qui leur fait du mal : elles se trouvent insuffisamment résilientes, ou bien on le leur a reproché. Ces cartes démontent les contresens les plus fréquents. Touchez-les.
Une douzaine d’autres idées reçues, « il faut pardonner », « le temps guérit », « ce qui ne tue pas rend plus fort », sont passées au crible sur la page résilience : douze idées reçues.
Les facteurs de protection : ce qui fait pencher la balance
Si la résilience n’est pas une qualité, qu’est-ce qui la rend possible ? Les études longitudinales, de Kauai à celles qui ont suivi, convergent sur une liste étonnamment stable. Elle vaut pour l’enfant exposé à la violence comme pour l’adulte qui en sort, avec des visages différents.
Le premier facteur, le plus constant, est une relation stable avec une personne qui croit en vous et qui tient dans le temps. Chez l’enfant, c’est un adulte qui n’est pas forcément un parent ; chez l’adulte, c’est un proche, un ami, un conjoint sûr, et souvent un thérapeute. Ann Masten, qui a passé sa carrière à étudier ces processus, parlait de « magie ordinaire » : la résilience ne mobilise rien d’exceptionnel, elle mobilise les systèmes d’adaptation les plus ordinaires de l’être humain, et le premier d’entre eux est l’attachement.
Viennent ensuite la sécurité retrouvée, parce qu’aucun développement ne reprend tant que le danger dure ; le sentiment d’avoir prise sur quelque chose, une compétence, une responsabilité, un lieu où l’on est utile ; la capacité à mettre des mots sur ce qui s’est passé, et à être cru quand on le fait ; un corps qui se repose, bouge et se sent à nouveau habitable ; un sens, c’est-à-dire une raison de se lever qui ne soit pas seulement de tenir, qu’il s’agisse d’enfants, d’un engagement, d’une foi, d’une création ; et le temps, qui n’est un facteur de protection que s’il est accompagné, sans quoi il n’est qu’une durée. Chacun de ces facteurs fait l’objet d’une page de la série : c’est le plan de la reconstruction.
Il faut dire aussi ce qui pèse de l’autre côté. L’isolement, d’abord, qui est l’ennemi le plus sûr de la résilience. Le silence imposé, par la honte ou par la menace. La répétition de la violence, parce qu’une seule violence grave peut déjà interrompre un développement, et que plusieurs l’interrompent plus sûrement. L’absence de reconnaissance : ne pas être cru est, dans la clinique, l’un des obstacles les plus lourds à la reprise. Et les conduites qui anesthésient, décrites sur la page alcool, drogues et conduites à risque après une violence, qui soulagent sur le moment et ferment les appuis.
Vos appuis aujourd’hui : le radar
Ce radar reprend les grands facteurs de protection. Pour chaque axe, indiquez où vous en êtes aujourd’hui, de 0 à 10. Ici, plus la forme est large, mieux c’est : elle montre les appuis dont vous disposez déjà, et ceux qui manquent. Ce n’est pas une note de résilience, qui n’existe pas ; c’est une carte pour savoir où porter l’effort. Rien n’est enregistré.
Un processus et une relation, pas une qualité
Deux idées résument ce que la recherche a appris, et elles sont celles que nous gardons à l’esprit en consultation. La première : la résilience est un processus, pas un état. On n’est pas résilient comme on est grand ou brun ; on est en train de l’être, dans tel domaine, à tel moment, et l’on peut cesser de l’être lors d’une nouvelle épreuve pour le redevenir ensuite. Cela a une conséquence pratique : une rechute n’annule pas le chemin parcouru, et une personne qui s’effondre à quarante ans après avoir « bien tenu » pendant vingt n’a pas échoué, elle rencontre une étape que le processus n’avait pas encore traversée. La page le temps de la reconstruction développe ce point.
La seconde idée : la résilience est une relation avant d’être une capacité. Elle se produit entre une personne et quelqu’un, ou quelque chose, qui la tient. C’est la leçon de Kauai, celle de Rutter sur l’interaction avec l’environnement, celle de Cyrulnik sur les tuteurs. Et c’est ce qui rend le mot si précieux pour les personnes victimes de violence, parce que la violence est très exactement le contraire : une relation qui défait. La violence conjugale isole, la violence sexuelle fait taire, la violence institutionnelle disqualifie la parole, la violence dans l’enfance apprend que les adultes ne protègent pas. Se reconstruire, c’est refaire l’expérience inverse : une relation dans laquelle on est cru, protégé, et où l’on peut compter sur quelqu’un.
Cela explique aussi pourquoi certaines personnes qui semblaient très résilientes s’écroulent. Ce que l’on prenait pour de la résilience était parfois une adaptation de surface : tenir, réussir, s’occuper des autres, ne rien montrer. Cette adaptation a une valeur, elle a permis de survivre, mais elle n’est pas une reprise du développement : c’est une mise en attente. Le jour où un événement rouvre la blessure, une naissance, une séparation, l’âge qu’avait la personne lors des faits atteint par son enfant, la façade cède, et la personne découvre qu’elle n’a jamais été accompagnée. Ce moment, que nous voyons souvent, n’est pas une défaite : c’est le début possible d’une résilience véritable, pour peu qu’elle soit accompagnée cette fois.
Exemple fictif : Inès, 36 ans, « la résiliente de la famille »
Inès n’existe pas, mais son histoire ressemble à celle de nombreuses personnes qui arrivent au cabinet en se demandant ce qui leur arrive.
Situation
Inès a grandi avec un père qui frappait, sa mère d’abord, puis les enfants. Elle a quitté la maison à dix-sept ans, fait de brillantes études, construit une carrière, une famille. Dans la famille, on dit d’elle qu’elle est « la résiliente », celle qui s’en est sortie, par opposition à son frère qui boit. Depuis que sa fille a eu sept ans, l’âge auquel les coups ont commencé pour elle, Inès ne dort plus, pleure dans sa voiture avant d’entrer au bureau, sursaute quand son mari rentre, et ne supporte plus que sa fille la touche. Elle consulte en s’excusant : « Je n’ai aucune raison d’aller mal, je m’en suis sortie. »
Que comprendrions-nous de sa situation, et que ferions-nous ?
Le rôle du soin : la résilience accompagnée
Une psychothérapie après une violence est, au fond, une façon de construire délibérément les facteurs de protection que la vie n’a pas offerts, ou pas au bon moment. Chaque élément de notre travail correspond à l’un d’eux. La relation avec le psychothérapeute est cette relation stable avec quelqu’un qui croit et qui tient : nous recevons beaucoup de personnes victimes, de violences conjugales, familiales, sexuelles, au travail, policières, d’attentats, et notre psychothérapeute est formé au trauma et à la dissociation ; être cru par quelqu’un dont c’est le métier a un poids que la page nommer les faits, être cru explique en détail. La sécurité est la première étape du travail : tant qu’elle n’est pas là, rien d’autre ne commence. La possibilité de dire, à son rythme, sans obligation de tout raconter, est au cœur de l’écoute analytique. Le corps est l’objet d’outils précis, respiration, ancrage, sommeil, et le retraitement des souvenirs par l’EMDR, en séances de quatre-vingts minutes après un bilan psycho-traumatique, retire à la mémoire sa capacité d’attaque. Les outils de la TCC redonnent prise sur le quotidien, et la TCD complète, proposée au cabinet, soutient les personnes dont les émotions débordent. Le sens, enfin, n’est pas prescrit : il émerge, et nous l’accueillons quand il vient.
Ce travail suit un ordre que la clinique du trauma a bien établi et que Judith Herman a formulé dès 1992 : la sécurité d’abord, puis la mémoire et le deuil de ce qui a été perdu, puis la reconnexion avec les autres et avec la vie ordinaire. Nous ne brûlons pas les étapes, parce que retraiter un souvenir chez une personne qui n’est pas en sécurité ou pas stabilisée fait plus de mal que de bien. Un bilan dissociatif, lorsque la dissociation est importante, permet de régler le rythme. Un compte rendu écrit vous est remis après chaque bilan.
Tout cela peut se faire au cabinet ou en téléconsultation, et commence par un premier rendez-vous sans engagement, où l’on fait le point sur ce qui tient et ce qui manque, un peu comme le radar de cette page, mais à deux. Il n’y a pas de bon moment pour commencer : tout de suite après la violence, pour poser la sécurité ; des années plus tard, quand la façade cède ; ou n’importe quand entre les deux. La page notre approche des violences décrit l’ensemble de notre façon de travailler.
Le chemin de la reconstruction : la série de pages
La résilience ne se lit pas en une page : elle se parcourt. Les pages qui suivent celle-ci reprennent, une à une, les étapes et les appuis de la reconstruction après une violence. L’ordre est celui que nous suivons le plus souvent en consultation, mais chacun entre par la porte qui lui correspond.
Les tuteursLes personnes et les liens qui aident à se relever, comment les reconnaître et les laisser agir, et comment devenir à son tour un appui.Les tuteurs de résilience
NommerDire ce qui s’est passé, avec ses mots, à quelqu’un qui croit. Pourquoi c’est si difficile, et ce que change le « je te crois » d’un psy.Nommer les faits, sortir du silence, être cru
La sécuritéRetrouver un sol avant de comprendre et de réparer : la distance, les lieux sûrs, les personnes sûres, le rythme.Se mettre en sécurité et à distance
Les liensRenouer la confiance, l’intimité, l’amitié et le couple, et reconnaître les relations qui réparent.Renouer avec les autres
Le sensCe que certaines personnes disent avoir trouvé après la violence, sans en faire une obligation : la croissance post-traumatique.Donner du sens, s’engager, créer
Les enfantsCe qui protège un enfant qui a subi ou vu la violence, et ce que les parents peuvent faire.La résilience de l’enfant
Le tempsLes rechutes, les anniversaires, les procès, et la vie qui reprend malgré tout.Le temps de la reconstruction
Les idées reçues« Il faut pardonner », « le temps guérit », « sois fort » : douze idées passées au crible.Résilience : douze idées reçues
Vrai ou faux : ce que l’on croit savoir de la résilience
Six affirmations, à juger avant de lire l’explication. Plusieurs sont tirées de ce que l’on nous dit en séance.
Affirmation 1
« Les enfants résilients de l’étude de Kauai s’en sont sortis seuls. »
Faux. Presque tous avaient eu au moins un adulte qui croyait en eux de façon stable, et beaucoup une responsabilité ou une rencontre qui avait ouvert une seconde chance. Ce que Werner et Smith ont découvert, c’est l’importance des appuis, pas celle de la force solitaire.
Affirmation 2
« On peut être résilient dans un domaine de sa vie et pas dans un autre. »
Vrai. Michael Rutter a insisté sur ce point : la résilience varie selon les domaines, les moments et les épreuves. Une personne peut réussir sa vie professionnelle et rester paralysée dans l’intimité, ou l’inverse. C’est pourquoi on la décrit comme un processus et non comme un trait.
Affirmation 3
« Une personne qui va bien pendant vingt ans puis s’effondre n’était pas vraiment résiliente. »
Faux, ou plutôt mal posé. Elle avait construit une adaptation qui lui a permis de survivre et de bâtir, ce qui est considérable. Ce qui lui a manqué, c’est l’accompagnement de la blessure elle-même. L’effondrement n’efface rien de ce qu’elle a fait ; il ouvre la possibilité d’une résilience accompagnée.
Affirmation 4
« Ce qui ne tue pas rend plus fort. »
Faux pour les violences graves. Rutter a décrit un effet de trempe pour des adversités modérées et surmontées, pas pour la maltraitance ni les violences répétées, qui affaiblissent. On peut sortir d’une violence, et parfois en tirer un sens, mais personne n’en sort plus fort qu’il ne l’aurait été sans elle.
Affirmation 5
« La résilience, c’est une affaire de tempérament. »
C’est plus nuancé. Le tempérament joue un rôle indirect : un enfant sociable attire plus facilement l’aide des adultes. Mais ce qui fait la différence, dans toutes les études, ce sont les appuis effectivement rencontrés et les conditions de vie. Le tempérament ouvre des portes ; ce sont les relations qui les franchissent.
Affirmation 6
« Une thérapie peut construire les facteurs de protection qui ont manqué. »
Vrai. Une relation stable avec quelqu’un qui croit, la sécurité, la possibilité de dire, le corps apaisé, la prise sur le quotidien : chaque élément d’une psychothérapie après une violence correspond à un facteur de protection connu. C’est en ce sens que l’on peut parler de résilience accompagnée.
Questions fréquentes sur la résilience après une violence
Qu’est-ce que la résilience en psychologie, en quelques mots ?
C’est la reprise d’un développement après un traumatisme réel. Le mot vient de la physique des matériaux et a été repris par des chercheurs qui suivaient des enfants grandissant dans l’adversité, comme Emmy Werner et Ruth Smith à Kauai, puis théorisé par Michael Rutter et popularisé en France par Boris Cyrulnik. Il ne désigne ni une force innée ni une absence de blessure, mais un processus rendu possible par des appuis, au premier rang desquels une relation stable avec quelqu’un qui croit en vous.
Comment savoir si je suis résilient ?
La question est posée à l’envers, et c’est le mot qui en est responsable. On n’est pas résilient comme on a les yeux bleus : on est en train de l’être, dans tel domaine, à tel moment, grâce à tels appuis. La question utile est plutôt : sur quoi puis-je m’appuyer aujourd’hui, et qu’est-ce qui me manque ? Le radar de cette page sert à cela. Si beaucoup d’axes sont bas, ce n’est pas un défaut de votre part : c’est un manque d’appuis, et des appuis se construisent.
Pourquoi vais-je mal maintenant alors que je m’en étais sorti depuis des années ?
Parce que ce qui vous a permis de tenir était sans doute une adaptation, précieuse, mais qui n’avait pas traité la blessure elle-même. Un événement, une naissance, une séparation, l’âge de votre enfant, un procès, une nouvelle violence, vient de la rouvrir. Ce n’est pas un échec de votre résilience : c’est une étape que le processus n’avait pas encore traversée, et le moment où un accompagnement peut enfin faire ce qui n’a pas été fait à l’époque.
Peut-on être résilient sans thérapie ?
Oui, et beaucoup de personnes le sont, grâce à une rencontre, un lien, un engagement, un lieu où elles ont compté. La recherche montre que la résilience passe par des appuis, et qu’un thérapeute est l’un d’eux, pas le seul. Ce que la thérapie apporte en plus, c’est de construire ces appuis délibérément quand la vie ne les a pas offerts, et de traiter la mémoire traumatique elle-même, ce qu’une relation amicale, si précieuse soit-elle, ne fait pas.
Est-ce que je dois pardonner pour me reconstruire ?
Non. Le pardon n’est une étape obligatoire dans aucune des descriptions sérieuses de la résilience. Certaines personnes pardonnent, d’autres jamais, et les deux se reconstruisent. Ce qui compte, c’est de cesser de porter la responsabilité et la honte qui appartiennent à l’auteur, et de retrouver des appuis. Exiger le pardon d’une personne victime revient souvent à lui demander de protéger encore celui qui l’a blessée. La page sur les idées reçues y revient.
Mon enfant a vu des violences, sera-t-il résilient ?
Il le peut, et cela dépend en grande partie de ce qui l’entoure maintenant : un parent protecteur et stable, une sécurité retrouvée, la possibilité de parler et de jouer de ce qu’il a vu, une école qui tient. Les études sur les enfants exposés à l’adversité montrent que ces appuis font la différence, bien plus que le tempérament. Le pédopsychothérapeute travaille avec l’enfant par le jeu et le dessin, et avec les parents. La page consacrée à la résilience de l’enfant détaille ce qui protège.
Références
Livres, articles et liensQuelques références de cette page…
Les travaux dont cette page rend compte.
Werner, E. E., & Smith, R. S. (1982). Vulnerable but Invincible : A Longitudinal Study of Resilient Children and Youth. New York, McGraw-Hill.
Werner, E. E., & Smith, R. S. (1992). Overcoming the Odds : High Risk Children from Birth to Adulthood. Ithaca, Cornell University Press.
Rutter, M. (1985). « Resilience in the face of adversity : protective factors and resistance to psychiatric disorder ». British Journal of Psychiatry, 147.
Rutter, M. (1987). « Psychosocial resilience and protective mechanisms ». American Journal of Orthopsychiatry, 57.
Rutter, M. (2006). « Implications of resilience concepts for scientific understanding ». Annals of the New York Academy of Sciences, 1094.
Masten, A. S. (2001). « Ordinary magic : resilience processes in development ». American Psychologist, 56.
Cyrulnik, B. (1999). Un merveilleux malheur. Paris, Odile Jacob.
Cyrulnik, B. (2001). Les Vilains Petits Canards. Paris, Odile Jacob.
Herman, J. L. (1992). Trauma and Recovery. New York, Basic Books.
Organisation mondiale de la santé, fiche « Maltraitance des enfants » : who.int.
La résilience ne se fait pas seul, et c’est une bonne nouvelle
Si vous manquez d’appuis, ce n’est pas une faiblesse : c’est ce que la violence fait. Un premier rendez-vous, au cabinet ou en téléconsultation, est une façon de commencer à en construire un.
La « loi de l’instrument », formulée par Abraham Kaplan en 1964 puis reprise par Abraham Maslow dans The Psychology of Science: A Reconnaissance (1966), rappelle qu’« il est tentant, si le seul outil dont on dispose est un marteau, de traiter tout comme si c’était un clou ».
En psychologie, une méthode ne peut pas répondre à toutes les situations. Forts de plusieurs décennies de pratique et de formations complémentaires, nous mobilisons de nombreux outils, choisis avec discernement, afin d’identifier rapidement les leviers les plus efficaces. Nous proposons ainsi un accompagnement aussi bref qu’efficace, tout en sachant accompagner aussi bien les suivis prolongés que le besoin d’un espace de parole régulier.