Violence : quand consulter ? Les signes qui doivent alerter, et le premier rendez-vous
Quand faut-il consulter après une violence ? Dès qu’elle a des conséquences sur votre vie, qu’elle ait eu lieu hier ou il y a trente ans, qu’elle ait été unique ou répétée, que vous l’ayez subie ou que vous en ayez été témoin. La question que les personnes se posent est pourtant presque toujours la même : « est-ce que c’est assez grave pour ça ? » Cette page répond à cette question avec les repères que nous utilisons nous-mêmes : les signes du corps, du sommeil, de la mémoire, des liens et des conduites qui doivent alerter ; ce que change le fait que la violence continue ou qu’elle soit ancienne ; le cas des proches et des témoins ; et le déroulé exact d’un premier rendez-vous, au cabinet ou en téléconsultation. Un thermomètre de signes, un quiz et un cas fictif vous aident à vous situer.
« Ce n’est pas assez grave » : la phrase qui fait perdre des années
Si nous devions ne retenir qu’une phrase entendue au premier rendez-vous, ce serait celle-ci : « je ne sais pas si c’est assez grave pour venir. » Elle est dite par une femme giflée une seule fois, par un homme humilié pendant trois ans par un responsable, par une personne violée à seize ans qui en a quarante, par un passant frappé dans la rue, par une mère dont le fils adolescent la menace. Elle est dite par des personnes dont les nuits sont en morceaux et qui, pourtant, se demandent si elles ont le droit d’occuper une place qui reviendrait à quelqu’un de plus abîmé. Cette hiérarchie imaginaire des souffrances est l’un des effets les plus constants de la violence : elle apprend à la personne que ce qu’elle ressent ne compte pas.
Notre réponse tient en deux idées, qui traversent tout ce dossier. D’abord, une violence n’a pas besoin d’être répétée pour être grave : un seul épisode peut suffire à dérégler le sommeil, à installer une peur dans un lieu, à casser la confiance. Ensuite, la gravité ne se mesure pas aux faits mais à leurs effets sur vous, qui dépendent de votre histoire, du moment, de la personne qui a commis la violence et de ce qui s’est passé après, notamment si l’on vous a cru. Deux personnes qui ont subi la même chose n’en portent pas les mêmes traces, et c’est la trace qui décide de la consultation, pas la comparaison avec les autres.
Il y a une autre raison de ne pas attendre que ce soit « assez grave » : les traces de la violence s’organisent avec le temps. Les évitements s’étendent, l’alcool du soir devient une habitude, les liens se défont, les idées noires trouvent un terrain. Ce qui aurait pu se travailler en quelques séances devient, des années plus tard, un tableau installé. Nous recevons les deux situations, et les deux se soignent, mais la première est plus courte. Si vous doutez de ce que vous avez vécu, la page est-ce de la violence ? donne les critères ; si vous doutez de ce que vous en portez, la suite de cette page est faite pour vous.
Les signes que nous prenons au sérieux
Les personnes victimes de violences consultent rarement « pour la violence ». Elles consultent pour ce qu’elle a laissé : un sommeil qui ne revient pas, une irritabilité que leurs proches ne reconnaissent pas, un ventre noué chaque matin, une impossibilité de prendre le métro, une absence d’envie, des verres qui s’ajoutent, des trous dans la journée. Chacun de ces signes, pris seul, peut avoir une autre cause ; c’est leur apparition ou leur aggravation après une violence qui compte. Cochez ceux que vous reconnaissez depuis les faits, ou depuis que vous y pensez de nouveau. Le thermomètre et le commentaire vous situent. Rien n’est enregistré.
Deux précisions que nous faisons toujours. Les symptômes physiques sont réels et méritent un examen médical : nous travaillons en lien avec votre médecin, avec votre accord, et une douleur n’a pas à être « psychologique » pour être prise au sérieux par lui, ni « physique » pour l’être par nous. Et des trous de mémoire, même troublants, ne permettent pas à eux seuls de conclure à une violence oubliée ; ils se travaillent avec ce que vous savez. La page le corps après la violence détaille le premier point, la page sidération et dissociation le second.
Consulter pendant que la violence continue
On croit souvent qu’il faut d’abord partir, rompre, déménager, puis consulter. C’est l’inverse qui se passe le plus souvent chez nous : les personnes viennent alors que la violence continue, parce qu’elles n’arrivent plus à penser, parce qu’elles ne savent plus si ce qu’elles vivent est normal, parce qu’un proche a insisté, ou parce que leur corps a lâché. Nous les recevons ainsi, et la téléconsultation est souvent ce qui le permet : une séance depuis une voiture garée, depuis un bureau fermé, depuis chez une amie, sans que l’auteur en sache rien.
Ce que nous faisons dans cette situation n’est pas de dire « partez ». Ce n’est pas notre place, et c’est souvent inutile, voire dangereux : le moment de la séparation est celui où les violences conjugales deviennent les plus graves, et une personne qui part sans y être prête, sans appuis, revient souvent. Nous aidons à y voir clair sur ce qui se passe, à nommer les actes, la peur et la contrainte, à mesurer ce que cela fait aux enfants s’il y en a, à retrouver un minimum de sol intérieur pour pouvoir décider. La décision vous appartient, et nous l’accompagnons quelle qu’elle soit. Les pages violences conjugales et emprise et contrôle coercitif expliquent pourquoi partir est si difficile.
Le travail sur les souvenirs attendra que la sécurité soit acquise ; mais l’écoute, les outils pour dormir et tenir, la compréhension de ce qui se joue, eux, n’attendent pas. Et si la violence a lieu au travail plutôt qu’à la maison, la même logique vaut : on peut consulter pendant, pour tenir et décider, sans avoir à démissionner d’abord. Voir violences au travail.
Si vous êtes en danger maintenant
En cas de danger immédiat, faites le 15 (SAMU). Prenez un rendez-vous au cabinet en téléconsultation le plus rapidement possible. Si Doctolib ne permet pas un rendez-vous immédiat, envoyez des textos WhatsApp ou/et SMS aux cliniciens du cabinet.
Consulter longtemps après : il n’est jamais trop tard
Une part importante des personnes que nous recevons pour des violences parlent de faits qui remontent à dix, vingt, quarante ans. Elles viennent parce que quelque chose a rouvert la porte : la naissance d’un enfant qui atteint l’âge qu’elles avaient, la mort de l’auteur, un film, une affaire dans les journaux, une fille qui raconte quelque chose de semblable, une ménopause, une retraite qui laisse du temps aux souvenirs, une séparation. Elles disent souvent « je pensais que c’était réglé », et découvrent que le souvenir était intact, simplement rangé hors de vue.
Il n’est pas trop tard, et ce n’est pas une formule. Les souvenirs traumatiques ne se dégradent pas avec le temps, ce qui est leur malheur, mais cela signifie aussi qu’ils restent accessibles au travail : l’EMDR retraite une scène de 1985 comme une scène de l’an dernier. Ce qui change avec les années, c’est ce qui s’est construit autour, les évitements devenus un mode de vie, les relations choisies ou subies, l’image de soi. Ce travail-là est plus long, et il passe par l’écoute analytique autant que par le retraitement. Mais nous avons vu des personnes de soixante-dix ans retrouver un sommeil qu’elles n’avaient plus eu depuis l’enfance.
Consulter tard pose souvent une question de légitimité : « à quoi bon, maintenant ? » À quoi bon dormir, ne plus sursauter, pouvoir en parler sans trembler, cesser de se croire coupable, laisser à ses enfants autre chose qu’un silence. Et parfois, à quoi bon être enfin cru par quelqu’un dont c’est le métier, et pouvoir le lire dans un compte rendu de bilan. La page nommer les faits, sortir du silence, être cru est écrite pour ces personnes-là, et celle sur l’inceste pour celles dont le silence remonte à l’enfance.
Consulter pour un proche, ou comme témoin
Il arrive que la personne qui prend rendez-vous ne soit pas celle qui a subi la violence. Une mère dont la fille est dans une relation qui lui fait peur. Un homme dont la compagne a été agressée et qui ne sait plus comment la toucher. Une sœur qui a appris ce qu’un oncle a fait, et qui ne sait pas quoi en faire. Des parents dont l’enfant a vu des choses. Nous recevons ces proches, seuls, pour deux raisons : parce qu’ils ont besoin de comprendre ce qui se passe et ce qui aide, et parce que la violence faite à quelqu’un qu’on aime abîme aussi, par ricochet. Un proche peut consulter sans que la personne victime le sache ou le veuille ; il n’a pas besoin de sa permission pour avoir mal.
Les témoins directs sont dans une situation voisine et souvent négligée : le collègue qui a vu l’agression au guichet, le passant qui a assisté à des coups, l’enfant qui a entendu à travers la cloison, le soignant qui a reçu la victime. Ils présentent parfois les mêmes signes que la personne agressée, images, sursauts, culpabilité de n’avoir rien pu faire, sans se sentir autorisés à consulter puisque « ce n’est pas à eux que c’est arrivé ». C’est à eux aussi que c’est arrivé, autrement. La page être témoin d’une violence leur est consacrée, et la page aider un proche victime de violence donne aux proches ce qu’il faut dire et ne pas dire.
Quand la personne victime finit par venir, souvent après que le proche a consulté, nous pouvons la recevoir seule, ou avec lui, selon ce qu’elle préfère. Pour les couples dont l’un des deux a subi une violence extérieure, agression, viol, attentat, des séances de couple de 80 minutes sont possibles, en parallèle d’un travail individuel. Voir renouer avec les autres.
Les phrases qui empêchent de venir
Nous les avons toutes entendues, souvent au premier rendez-vous, prononcées par la personne qui vient de franchir la porte malgré elles. Les voici, avec ce que nous y répondons. Touchez une carte pour la retourner.
Quiz : est-il temps de consulter ?
Huit questions sur les deux dernières semaines. Le feu tricolore donne notre lecture, celle que nous ferions au téléphone si vous nous appeliez pour demander si cela vaut la peine de venir. Quiz pédagogique, pas un test validé : rien n’est mesuré ni conservé.
Le premier rendez-vous, pas à pas
Savoir ce qui va se passer enlève une bonne part de l’appréhension. Voici le déroulé habituel d’un premier rendez-vous pour une violence, tel qu’il se passe chez nous. Il peut s’écarter de cet ordre si vous en avez besoin ; c’est vous qui donnez le rythme.
Prendre le rendez-vousSur Doctolib ou en nous écrivant, en choisissant le cabinet (Colombes, Pavillons-sous-Bois, Ardèche) ou la téléconsultation. Vous n’avez pas à expliquer pourquoi vous venez. Vous pouvez demander à venir accompagné.
Les premières minutesNous vous demandons ce qui vous amène aujourd’hui, dans vos mots, et nous écoutons sans interrompre. Si vous ne savez pas par où commencer, nous vous aidons avec des questions simples sur votre semaine. Il n’y a rien à préparer.
Les trois repèresDepuis quand, à quel point, avec quelles conséquences : nous reconstituons ensemble ce que la violence a changé dans le sommeil, le corps, les lieux, les liens, le travail, les conduites. Nous demandons enfin à qui vous l’avez dit, et comment cela a été reçu.
La sécuritéNous vérifions si la violence est terminée ou si elle continue, de près ou de loin, et s’il y a des enfants. S’il y a danger, c’est ce dont nous parlons d’abord. S’il y a des idées de mort, nous en parlons directement, sans détour et sans affolement.
Ce que nous proposonsÀ la fin de la séance, nous disons ce que nous avons compris et ce qui nous paraît utile : quelques séances pour stabiliser, un bilan psycho-traumatique, voire dissociatif, avant l’EMDR, un travail plus long, ou simplement se revoir dans quelques semaines pour voir comment les choses évoluent.
Vous décidezRien ne vous engage, pas même à revenir. Si vous revenez, le rythme s’adapte à vous, et nous faisons régulièrement le point sur l’avancée du travail. Si vous ne revenez pas, ce rendez-vous aura au moins servi à poser ce que vous portiez devant quelqu’un qui a su l’entendre.
Ce que ce premier rendez-vous n’est pas : un interrogatoire, une expertise, un passage obligé avant une plainte, un engagement. Et ce qu’il peut être, parfois dès la première fois : le moment où quelqu’un dont c’est le métier vous dit qu’il vous croit. La suite du travail est décrite sur la page notre expérience et notre approche.
Exemple fictif : Marc, 38 ans, agent d’accueil
Marc est un personnage composé pour cette page. Il travaille à l’accueil d’un service public. Il y a trois semaines, un usager furieux l’a attrapé par le col, l’a plaqué contre le comptoir et l’a frappé au visage avant d’être maîtrisé par des collègues. Marc a eu un arrêt de quelques jours, un certificat médical, et il a repris le travail. Il dit que « ça va », qu’il a « juste un peu de mal à dormir », qu’il sursaute quand la porte automatique s’ouvre, et qu’il a demandé à changer de poste sans trop savoir pourquoi. Sa compagne l’a poussé à appeler. Au téléphone, il demande si « c’est vraiment la peine, pour une baffe ».
Situation
Marc hésite à prendre rendez-vous. Il n’a été frappé qu’une fois, il a repris le travail, et il a honte d’en faire « toute une histoire ».
Que lui dirions-nous au téléphone ?
Dans cette histoire inventée, Marc vient en téléconsultation un soir, après le travail. La première séance porte sur la porte automatique, sur le sommeil, et sur sa honte d’avoir été « mis à terre devant tout le monde ». Il en faudra quatre autres, dont deux d’EMDR, pour que la porte redevienne une porte. Il ne change pas de poste.
Vrai ou faux sur le moment de consulter
Six affirmations que nous entendons souvent, de la part des personnes elles-mêmes ou de leur entourage. Répondez, l’explication apparaît.
Affirmation 1
« Il faut que la violence soit terminée pour consulter. »
Beaucoup de personnes consultent pendant, souvent en téléconsultation, pour pouvoir penser, comprendre ce qui se passe et retrouver un sol avant de décider. Le travail sur les souvenirs attendra la sécurité ; l’écoute et les outils pour tenir, non.
Affirmation 2
« Une seule fois, ce n’est pas assez pour consulter. »
Une violence unique peut dérégler le sommeil, installer une peur durable et casser la confiance. C’est la trace qui compte, pas le nombre de fois. Certaines des personnes les plus marquées que nous recevons ont subi un seul épisode.
Affirmation 3
« On peut consulter trente ans après les faits. »
Et c’est fréquent. Les souvenirs traumatiques restent accessibles au travail quelle que soit leur ancienneté, et l’EMDR retraite une scène d’enfance comme une scène récente. Ce qui s’est construit autour prend plus de temps, mais il n’est jamais trop tard.
Affirmation 4
« Consulter oblige à raconter les faits en détail. »
Le premier rendez-vous porte sur ce que vous vivez maintenant. Le récit détaillé n’est jamais exigé, et certaines personnes ne le font jamais à voix haute : l’EMDR peut travailler une scène sans qu’elle soit racontée. Vous gardez la main sur ce que vous dites.
Affirmation 5
« Le médecin suffit, puisque c’est le corps qui souffre. »
Le médecin est indispensable pour examiner, soigner et, s’il y a lieu, établir un certificat ; nous travaillons en lien avec lui. Mais quand les douleurs, le sommeil ou le cœur s’emballent après une violence, le corps dit quelque chose que la psychothérapie travaille aussi. Les deux ensemble valent mieux que l’un sans l’autre.
Affirmation 6
« Un proche n’a pas de raison de consulter, ce n’est pas lui la victime. »
La violence faite à quelqu’un qu’on aime abîme par ricochet : impuissance, colère, images, peur. Un proche peut consulter seul, pour comprendre ce qui aide et pour lui-même, sans l’accord de la personne victime. Les témoins directs sont dans le même cas.
Quand c’est un enfant ou un adolescent qui a subi ou vu la violence
Un enfant qui a subi ou vu une violence ne dira presque jamais « je vais mal ». Il le montrera : un sommeil qui se dérègle, un retour du pipi au lit, des maux de ventre le matin, une peur nouvelle de la séparation, un jeu qui répète la même scène, des colères inhabituelles, des notes qui chutent, un mutisme devant certaines personnes, ou au contraire un calme trop parfait. Les adolescents, eux, se replient, dorment le jour, cassent, boivent, se scarifient parfois, ou deviennent les parents de leurs parents. Pour un enfant, la règle est simple : dès qu’un changement de comportement suit une violence connue ou soupçonnée, le pédopsychothérapeute peut recevoir, et il vaut mieux une consultation pour rien qu’un silence qui dure.
L’enfant est reçu avec ses parents, seul, ou les deux, selon son âge et ce qui s’est passé. Avec les plus jeunes, le travail passe par le jeu, le dessin et les histoires, qui disent ce que les mots ne peuvent pas encore dire. L’adolescent a droit à un temps à lui, et ses parents sont reçus à d’autres moments. Quand un adolescent ne sort plus, la téléconsultation peut être la première étape. Si le parent qui consulte est lui-même la personne victime, ce qui est fréquent dans les violences conjugales, nous l’aidons à distinguer ce qui relève de l’enfant et ce qui relève de lui, sans jamais le culpabiliser d’avoir exposé son enfant : il est, le plus souvent, celui qui le protège.
Deux pages du dossier développent ces situations : maltraitance de l’enfant et enfants exposés aux violences dans le couple. Quand l’école s’inquiète de l’attention ou de la mémoire d’un enfant exposé, notre neuropsychologue peut proposer un bilan, après un rendez-vous préliminaire, et nous pouvons participer à une réunion avec l’école si les parents le souhaitent.
Questions fréquentes sur le moment de consulter
Quand faut-il consulter un psy après une violence ?
Dès que la violence a des conséquences sur votre vie : sommeil perturbé, sursauts, images qui reviennent, lieux ou personnes évités, honte ou culpabilité, alcool ou médicaments pour tenir, isolement, idées noires. Il n’y a pas de seuil de gravité à atteindre ni de délai à respecter : une violence unique suffit, et on peut consulter pendant qu’elle continue comme trente ans après. Plus tôt on consulte, plus le travail est court, parce que les traces ne se sont pas encore organisées en habitudes.
Est-ce que c’est assez grave pour consulter ?
Si vous vous posez la question, c’est en général que quelque chose a changé depuis les faits, et c’est ce changement qui compte, pas la comparaison avec ce que d’autres ont vécu. La gravité d’une violence se mesure à ses effets sur vous, qui dépendent de votre histoire, du moment, de l’auteur et de ce qui s’est passé après. Une gifle unique peut laisser plus de traces qu’on ne le croit, et « ce n’est pas assez grave » est la phrase qui fait perdre le plus d’années.
Peut-on consulter si la violence continue ?
Oui, et beaucoup de personnes le font, souvent en téléconsultation pour que l’auteur n’en sache rien. Nous ne dictons ni quand ni comment partir : nous aidons à y voir clair, à nommer ce qui se passe, à retrouver un sol pour pouvoir décider, et nous accompagnons la décision quelle qu’elle soit. Le retraitement des souvenirs attend la sécurité ; l’écoute et les outils pour tenir n’attendent pas. Et si le danger est immédiat, le 15 passe avant tout.
Comment se passe le premier rendez-vous après une violence ?
Vous dites ce qui vous amène, dans vos mots, et nous écoutons. Nous reconstituons ensemble ce que la violence a changé, depuis quand, à quel point, avec quelles conséquences, et nous vérifions la sécurité. Vous n’avez pas à raconter les faits en détail. Avant de nous quitter, nous résumons ce que nous avons entendu, nous proposons une suite, et la décision vous revient. Le rendez-vous peut avoir lieu au cabinet ou en téléconsultation, et vous pouvez venir accompagné. Rien ne vous engage.
Faut-il un certificat médical ou une plainte avant de consulter ?
Non. Consulter ne dépend d’aucune démarche. Le certificat médical relève du médecin, la plainte de la justice, et nous n’organisons ni l’un ni l’autre. Le travail psychothérapeutique peut commencer avant, pendant, après, ou sans aucune de ces démarches. Si un bilan psycho-traumatique est réalisé, son compte rendu écrit vous appartient, et vous décidez de l’usage que vous en faites.
Mon proche a subi une violence et refuse de consulter : que faire ?
Ne pas forcer, rester présent, et consulter vous-même si vous en avez besoin. Nous recevons les proches seuls, pour comprendre ce qui aide, ce qui nuit, et pour ce que la violence leur fait à eux. Il arrive souvent que la personne victime vienne ensuite, quand elle voit que son proche a trouvé un endroit où l’on comprend. La page de ce dossier consacrée aux proches détaille les mots qui aident et ceux qui ferment.
Références
Livres, articles et liensQuelques références de cette page…
Les travaux et les documents qui soutiennent les repères de cette page.
Judith L. Herman, Trauma and Recovery, 1992 (les trois temps du rétablissement, la sécurité d’abord).
Bessel van der Kolk, Le Corps n’oublie rien, 2014 (les traces corporelles du traumatisme).
Pierre Janet, L’Automatisme psychologique, 1889 (la dissociation et les souvenirs restés à part).
Francine Shapiro, « Efficacy of the eye movement desensitization procedure in the treatment of traumatic memories », Journal of Traumatic Stress, 1989.
Marie-France Hirigoyen, Femmes sous emprise, 2005 (pourquoi partir est difficile, le danger de la séparation).
C’est que quelque chose a changé depuis les faits, et c’est ce changement qui mérite un rendez-vous. Une séance pour poser ce que vous portez, au cabinet ou en téléconsultation, sans engagement et sans avoir à tout raconter.
La « loi de l’instrument », formulée par Abraham Kaplan en 1964 puis reprise par Abraham Maslow dans The Psychology of Science: A Reconnaissance (1966), rappelle qu’« il est tentant, si le seul outil dont on dispose est un marteau, de traiter tout comme si c’était un clou ».
En psychologie, une méthode ne peut pas répondre à toutes les situations. Forts de plusieurs décennies de pratique et de formations complémentaires, nous mobilisons de nombreux outils, choisis avec discernement, afin d’identifier rapidement les leviers les plus efficaces. Nous proposons ainsi un accompagnement aussi bref qu’efficace, tout en sachant accompagner aussi bien les suivis prolongés que le besoin d’un espace de parole régulier.