Violence verbale : insultes, cris, propos dégradants — quand les mots frappent
Un surnom qui rabaisse, répété jusqu’à remplacer le prénom. Une voix qui monte d’un coup dans la cuisine et fait baisser les yeux de toute la table. Une insulte lâchée au volant, une autre devant les collègues, une autre encore à voix basse, celle qui fait le plus peur. La violence verbale est souvent rangée dans la violence psychologique, et elle en fait partie ; mais elle mérite ses propres repères, parce qu’elle s’entend, parce qu’elle agit directement sur le corps, parce que les enfants l’entendent à travers les murs, et parce qu’elle est la forme de violence que l’on excuse le plus volontiers. Cette page décrit ce que font les cris et les insultes, où passe la ligne avec une dispute vive, et comment on en sort.
Quand les mots frappent : ce qu’est la violence verbale
La violence verbale désigne l’usage de la parole, de la voix et du ton pour blesser, rabaisser, effrayer ou soumettre quelqu’un. Elle comprend les insultes et les injures, les surnoms dégradants, les moqueries sur le corps, l’intelligence, l’origine, la sexualité ou le métier, les menaces directes ou voilées, les cris et les hurlements, les propos tenus à voix basse pour faire peur, les interruptions systématiques, les sermons qui durent des heures, les « tu es nul », « ferme-la », « tu me dégoûtes » du quotidien. Elle se produit en privé ou en public, dans un couple, une famille, une équipe, une classe, une rue.
Est-elle une violence à part entière, ou simplement une mauvaise manière ? La réponse de la clinique est nette. Les personnes qui ont grandi ou vécu sous des cris et des insultes présentent des effets comparables à ceux d’autres formes de maltraitance : une alarme réglée trop sensible, une estime de soi effondrée, des troubles du sommeil, une voix intérieure qui répète les mots entendus. Une formule souvent attribuée à Freud veut que le premier homme qui a lancé une insulte au lieu d’une pierre ait fondé la civilisation ; l’insulte vaut mieux que la pierre, mais elle reste une attaque, et le corps la reçoit comme telle. Dans le classement des formes de violence, nous la plaçons à la frontière de la violence psychologique, dont elle est l’expression la plus audible.
Deux précisions encadrent tout ce qui suit. La première : toute relation où l’on élève la voix n’est pas une relation violente. Des couples se disputent fort et s’aiment bien, des parents crient et s’excusent, des collègues s’engueulent et déjeunent ensemble. La seconde : une violence verbale n’a pas besoin d’être répétée pour être grave. Une menace de mort, une insulte visant ce que vous êtes au plus profond, un hurlement dans le visage d’un enfant peuvent suffire, une fois, à laisser une trace durable. Entre ces deux bornes, la page est-ce de la violence ? donne les critères ; ici, nous nous concentrons sur ce que les mots et la voix font, et sur ce que l’on peut y répondre.
Cris et intimidation : la voix comme arme
Il n’est pas nécessaire d’insulter pour exercer une violence verbale. La voix seule y suffit, de trois manières. Le volume d’abord : un cri est, pour le cerveau humain, le plus ancien des signaux de danger. Bien avant de comprendre ce qui est dit, le corps réagit au bruit soudain comme à une menace physique : le cœur accélère, les muscles se contractent, le souffle se bloque. C’est pour cela qu’une personne qui s’entend hurler dessus « ne retient rien de ce qu’on lui a dit » : son organisme est occupé à survivre, pas à écouter. Un parent qui crie pour se faire obéir obtient ainsi un enfant figé, pas un enfant qui a compris.
Le ton ensuite, et c’est la forme la plus trompeuse. Beaucoup de personnes nous disent que ce qu’elles redoutaient le plus n’était pas les hurlements mais la voix très basse, très lente, très calme, celle qui annonçait que quelque chose allait arriver. Cette voix-là ne laisse aucune prise : on ne peut pas dire « arrête de crier », et pourtant tout le corps sait qu’il faut se tenir tranquille. L’imprévisibilité enfin : la violence verbale est d’autant plus efficace que l’on ne sait jamais quand elle va tomber. Un dîner qui se passait bien, une remarque anodine, et la voix change. La personne apprend à surveiller en permanence le moindre signe, un soupir, une mâchoire qui se crispe, une clé qui tourne plus sèchement dans la serrure. Cette vigilance de tous les instants est l’un des effets les plus épuisants de la violence verbale, et l’un des premiers que nous travaillons.
Autour de la voix, des gestes la prolongent souvent sans toucher le corps : le poing qui s’abat sur la table, la porte claquée, l’objet posé trop fort, le doigt pointé à dix centimètres du visage, le pas qui s’approche trop vite. Quand ces gestes s’ajoutent aux mots, on quitte la pure violence verbale pour entrer dans l’intimidation physique, dont parle la page sur la violence physique ; et quand un objet vole ou se brise, dans la violence matérielle. Ces frontières sont poreuses. Ce qui compte, c’est que vous ayez les mots pour décrire ce qui se passe chez vous.
Dispute vive ou violence verbale : où passe la ligne ?
C’est la question que l’on nous pose le plus souvent à propos des mots : « on se crie dessus, est-ce que c’est de la violence ? ». Quatre repères permettent de répondre. La symétrie : dans une dispute, les deux personnes peuvent parler, s’interrompre, se répondre ; dans la violence, l’une parle et l’autre encaisse, ou l’une finit toujours par se taire de peur. L’objet : une dispute porte sur un sujet, la vaisselle, l’argent, les beaux-parents ; la violence verbale porte sur la personne, ce qu’elle est, ce qu’elle vaut. La réparation : après une dispute, il arrive que l’on revienne, que l’on s’excuse, que l’on répare ; après la violence, rien n’est réparé, ou les excuses servent à préparer la fois suivante. La peur, enfin, qui est le critère décisif : dans une dispute, on est en colère ; dans la violence, on a peur.
Déplacez le curseur pour suivre le passage d’un désaccord ordinaire à une violence verbale installée. Aucune étape n’enferme personne ; elles servent à vous situer.
Ce que vous entendez, et ce que cela vous fait
Ce thermomètre réunit en trois groupes ce que vous entendez, la manière dont cela vous est dit, et ce que votre corps et vos habitudes en font. Il n’est pas un test validé et il ne tranche rien à votre place ; il donne à voir, d’un coup d’œil, l’ampleur de ce que vous décrivez peut-être depuis longtemps comme « un caractère difficile ». Cochez ce qui se produit dans la relation qui vous préoccupe. Rien n’est enregistré.
Ce repère est pédagogique.
L’effet de la répétition : des mots qui deviennent une voix intérieure
Une insulte isolée blesse et s’oublie, à condition d’avoir été réparée. Une insulte répétée fait autre chose : elle s’installe. Les personnes qui ont vécu des années de dévalorisation verbale décrivent presque toutes le même phénomène : les mots ont fini par parler de l’intérieur. « Tu es nulle » est devenu « je suis nulle », sans qu’elles s’en aperçoivent. Elles se parlent à elles-mêmes avec la voix de celui qui les insultait, au moment de rater un geste, de faire une erreur au travail, de se regarder dans un miroir. Cette voix intérieure survit souvent à la relation, et elle est l’une des cibles principales de notre travail, parce qu’elle continue la violence en l’absence de son auteur.
La recherche a confirmé ce que la clinique observait. L’équipe du psychiatre Martin Teicher, à Harvard, a montré en 2006 que l’exposition dans l’enfance à une violence verbale parentale, mesurée indépendamment des coups et de la négligence, était associée à des effets sur l’anxiété, la dépression, la dissociation et la colère d’une ampleur comparable à celle d’autres formes de maltraitance. En d’autres termes : les « simples mots » ne sont pas simples. Patricia Evans, dont le livre de 1992 a fait connaître au grand public la notion de relation verbalement abusive, insistait de son côté sur un point que nous retrouvons sans cesse : la personne visée passe des années à essayer de comprendre ce qu’elle a fait pour mériter les mots, alors que les mots ne répondent à rien de ce qu’elle fait. Ils répondent à un besoin de domination, et c’est pourquoi mieux se comporter ne les fait jamais cesser.
La répétition agit aussi par un autre canal : elle rend la violence normale. Au bout de quelques mois, on ne sursaute plus aux cris, on ne relève plus les insultes, on les intègre comme un bruit de fond. Les proches qui découvrent la situation sont souvent plus choqués que la personne elle-même, et celle-ci s’en étonne : « ce n’est pas si grave, j’ai l’habitude ». L’habitude n’est pas une guérison : c’est une anesthésie, qui a un coût sur le corps et sur l’estime de soi, dont la page estime de soi blessée décrit les ravages. Ce que la répétition a installé, le travail patient peut le défaire, et c’est une bonne nouvelle : une voix intérieure apprise peut être désapprise.
Ce que la voix fait au corps
On pense souvent que la violence verbale est « dans la tête ». Elle est d’abord dans le corps. Le physiologiste Walter Cannon a décrit dès 1915 la réaction de lutte ou de fuite : devant un danger, l’organisme libère de l’adrénaline, accélère le cœur, tend les muscles, coupe la digestion. Un cri soudain déclenche exactement cette cascade, qu’il vienne d’un inconnu ou d’un conjoint. Quand les cris reviennent chaque soir, la cascade ne redescend plus complètement : le corps reste en garde, et les symptômes s’installent. Maux de ventre avant de rentrer, mâchoire serrée, nuque raide, sommeil léger, sursauts à la moindre voix forte, fatigue que rien ne répare. Ces symptômes sont réels, ils méritent d’être évalués par un médecin, avec lequel nous travaillons en lien quand la personne le souhaite, et ils ne disent rien d’une faiblesse : ils disent qu’un organisme fait ce pour quoi il est conçu, trop longtemps.
Associez chaque situation à la réaction du corps qu’elle produit le plus souvent. Il n’y a rien à savoir d’avance : l’exercice sert à reconnaître ce que vous avez peut-être déjà senti.
Chacune de ces réactions a sa page dans le dossier ou sur le site : la sidération, l’hypervigilance et les sursauts, la honte après une violence, et le corps après la violence pour l’ensemble des symptômes physiques.
Les enfants qui entendent
Les murs d’un appartement n’arrêtent pas les cris. Un enfant qui entend un parent hurler sur l’autre, l’insulter, le menacer, est une victime de cette violence, même si aucun mot ne lui est adressé. Il ne comprend pas toujours le sens des insultes ; il comprend parfaitement la peur. Nous voyons ces enfants en consultation avec des maux de ventre du soir, des réveils nocturnes, une difficulté à se concentrer en classe parce qu’une partie d’eux surveille ce qui se passera au retour, des colères ou au contraire une sagesse excessive, une tendance à s’interposer, à consoler, à faire diversion pour que « ça retombe ». Certains se cachent, d’autres montent le son de leurs écouteurs, d’autres encore apprennent à reproduire la voix qui fait peur, dans la cour de récréation ou sur leur petite sœur. La page enfants exposés aux violences dans le couple décrit ce qu’ils portent et comment le pédopsychothérapeute travaille avec eux, par le jeu, le dessin et les histoires, avec ou sans leurs parents.
Il y a aussi l’enfant directement visé. « Tu es bon à rien », « tu me fatigues », « j’aurais mieux fait de ne pas t’avoir », « regarde ta sœur », des hurlements pour un verre renversé : un enfant qui grandit sous ces mots les prend pour des vérités sur lui-même, parce qu’il n’a pas d’autre source d’information. Il construit son estime de lui sur ce que disent les adultes dont il dépend. Le travail de Teicher cité plus haut porte précisément sur ces enfants, devenus adultes anxieux, déprimés, méfiants envers eux-mêmes. Nous recevons beaucoup de ces adultes, et nous recevons aussi des parents qui s’entendent crier sur leurs enfants, qui en ont honte et qui ne savent pas comment arrêter : venir en parler est tout sauf un aveu d’échec, c’est la première protection pour l’enfant.
Un dernier cas, dont on parle peu : l’adolescent qui insulte ses parents, parfois les menace, et un parent qui a peur de son propre enfant. La honte est immense, et elle retarde la consultation de plusieurs années. Nous recevons ces parents seuls d’abord, puis l’adolescent seul s’il l’accepte, puis parfois tout le monde ensemble en séance familiale de 80 minutes. La page sur les violences intrafamiliales aborde ces configurations.
Au travail, à l’école, en famille : ce que la loi nomme
La violence verbale au travail a ses scènes propres : le directeur qui hurle en réunion, le chef qui humilie en public et félicite en privé, le collègue qui ridiculise, le client ou l’usager qui insulte au guichet, au téléphone, au lit d’hôpital. La peur pour l’emploi fait tenir très longtemps, et l’institution demande souvent de « prendre sur soi ». Les effets sont les mêmes que dans la sphère privée, avec en plus la honte professionnelle : la conviction de ne pas être à la hauteur, d’avoir perdu ses compétences, de ne plus savoir faire ce que l’on faisait bien. La page violences au travail en traite, et celle sur les relations au travail aide à démêler un conflit d’un harcèlement.
Le droit ne connaît pas l’expression « violence verbale », mais il nomme ce qu’elle devient lorsqu’elle se répète. L’article 222-33-2 du code pénal fait du harcèlement moral au travail un délit, défini par des propos ou des comportements répétés qui abîment les conditions de travail, la dignité, la santé ou l’avenir professionnel de la personne ; il dit « pour objet ou pour effet », ce qui signifie que l’intention de nuire n’a pas à être démontrée. L’article 222-33-2-2 vise les mêmes agissements répétés hors du travail et hors du couple : un parent, un frère, une belle-famille, un voisin. L’article 222-33-2-1 s’applique aux propos répétés d’un conjoint, d’un concubin ou d’un partenaire de PACS, actuel ou ancien. Pour les élèves, l’article 222-33-2-3 du code pénal définit le harcèlement scolaire, et l’article L111-6 du code de l’éducation pose qu’aucun élève ne doit subir de propos ou de comportements qui portent atteinte à sa dignité, à sa santé ou à ses conditions d’apprentissage, dans l’établissement comme en marge de la vie scolaire. Textes vérifiés le 30 octobre 2026.
Ces textes ne disent pas ce qu’il faut faire ; ils disent que les mots répétés ont un nom dans la loi, et que vous n’êtes pas « trop susceptible ». Les démarches auprès d’un employeur, d’une école ou de la justice ne passent pas par le cabinet, qui n’organise aucune plainte ; nous accompagnons la personne avant, pendant et après, et le travail psychique ne dépend d’aucune démarche. Les textes vérifiés sont rassemblés sur la page violence et plainte.
Exemple fictif : Thomas, 46 ans, « il crie sur tout le monde, pas que sur moi »
Un cas construit pour cette page à partir de situations fréquentes ; il ne décrit personne en particulier.
Situation
Thomas est chef de projet dans une entreprise de taille moyenne. Depuis l’arrivée d’un nouveau directeur il y a quatorze mois, les réunions du lundi sont devenues, dit-il, « une loterie » : le directeur hurle, traite les présentations de « torchons », a qualifié Thomas d’« incapable » devant vingt personnes, puis lui a offert un café l’après-midi « pour passer l’éponge ». Thomas dort mal la nuit du dimanche, a des nausées en garant sa voiture, relit ses mails dix fois, et il a cessé de prendre la parole. Il minimise : « il est comme ça avec tout le monde, c’est son style ». Sa compagne l’a poussé à consulter parce qu’il « n’est plus le même ».
Quelle lecture nous paraît la plus juste ?
Réponses possibles, et ce qui ne marche pas
Il n’existe pas de phrase magique qui arrête quelqu’un qui crie ou insulte. Mais il y a des façons de se tenir qui protègent, et d’autres qui aggravent. Les cartes ci-dessous décrivent six situations ; retournez-les pour lire ce que nous observons et ce que nous proposons en consultation. Il ne s’agit pas de consignes à appliquer coûte que coûte : votre sécurité passe avant toute réponse, et si les mots s’accompagnent de gestes ou de menaces, la page sur la mise en sécurité vient d’abord.
Pour aller plus loin sur la manière de reprendre la parole et de poser un cadre, la page retrouver des choix et poser des limites détaille l’affirmation de soi pas à pas ; pour la colère qui déborde, chez soi ou chez l’autre, la page la colère : la comprendre, la canaliser.
Comment nous accompagnons les personnes exposées à la violence verbale
Les personnes qui viennent au cabinet pour des violences, conjugales, familiales, au travail, racontent presque toutes des mots avant de raconter des gestes. Nous les écoutons tels qu’ils ont été dits, sans les adoucir et sans les dramatiser, et nous demandons souvent de les répéter exactement, parce que la formule précise dit beaucoup de ce qu’elle visait. Notre psychothérapeute est formé au trauma et à la dissociation ; cela compte pour la violence verbale, dont les scènes restent souvent gravées avec la même netteté que des coups : la phrase, le lieu, le ton, le regard des autres.
Le travail se construit avec trois approches de poids égal. La TCC, d’abord, parce qu’elle agit vite sur ce qui entretient la peur : la vigilance permanente, le sommeil, la voix intérieure, l’évitement de toute prise de parole ; l’affirmation de soi s’y réapprend par étapes. L’EMDR, en séances de 80 minutes, retraite les scènes qui reviennent : l’humiliation devant témoins, la menace murmurée, le hurlement d’un parent dans le visage d’un enfant de six ans. L’écoute analytique, nourrie de plusieurs grands repères de la psychanalyse, cherche pourquoi cette voix-là a eu un tel pouvoir, ce qu’elle réveillait d’une voix plus ancienne, et comment la personne en est venue à parler d’elle-même avec les mots d’un autre ; Jacques Lacan, dans son texte de 1948 sur l’agressivité, a montré combien l’attaque verbale vise l’image que l’on a de soi, et c’est bien cette image qu’il s’agit de reconstruire. Quand les mots ont duré des années, un bilan psycho-traumatique, voire dissociatif, précède l’EMDR, avec un compte rendu écrit remis à la personne. Tout peut se faire en téléconsultation, et le premier rendez-vous n’engage à rien. Notre manière de travailler est détaillée sur la page notre approche des violences.
- La violence verbale s’exerce par les mots, la voix et le ton ; elle fait partie de la violence psychologique mais agit directement sur le corps, qui réagit à un cri comme à un danger physique.
- Quatre repères séparent la dispute vive de la violence : la symétrie, l’objet (le sujet ou la personne), la réparation, et surtout la peur.
- Répétés, les mots deviennent une voix intérieure qui survit à la relation ; cette voix apprise se désapprend, en TCC et en EMDR.
- Les enfants qui entendent sont des victimes, même sans mot adressé ; le pédopsychothérapeute les reçoit, et les parents qui crient peuvent aussi venir parler.
En cas de danger immédiat, faites le 15 (SAMU). Prenez un rendez-vous au cabinet en téléconsultation le plus rapidement possible. Si Doctolib ne permet pas un rendez-vous immédiat, envoyez des textos WhatsApp ou/et SMS aux cliniciens du cabinet.
Questions fréquentes sur la violence verbale
Crier sur quelqu’un, est-ce de la violence verbale ?
Cela dépend de ce que le cri fait et de ce qui l’entoure. Un éclat de voix isolé, suivi d’excuses sincères, dans une relation où chacun peut parler, relève de la dispute. Des cris répétés, imprévisibles, qui font baisser les yeux et se taire, qui visent la personne plutôt qu’un sujet et qui installent la peur, relèvent de la violence verbale, même sans insulte. Le corps humain réagit à un cri comme à un danger physique : cœur qui s’emballe, muscles tendus, souffle coupé. Quand cette réaction devient quotidienne, elle laisse des traces réelles, quelle que soit l’intention de celui qui crie.
Quelle différence entre une dispute et une violence verbale ?
Quatre repères. La symétrie : dans une dispute, les deux parlent ; dans la violence, l’une parle et l’autre finit par se taire de peur. L’objet : une dispute porte sur un sujet, la violence sur ce que la personne est et vaut. La réparation : après une dispute, on revient et on répare ; après la violence, rien n’est réparé ou les excuses préparent la fois suivante. La peur, enfin : dans une dispute on est en colère, dans la violence on a peur. Si vous choisissez vos mots et vos moments pour éviter que « ça parte », vous êtes du côté de la peur.
Les insultes peuvent-elles laisser des traces comme des coups ?
Oui. Les travaux de l’équipe de Martin Teicher ont montré que l’exposition dans l’enfance à une violence verbale parentale était associée à des effets sur l’anxiété, la dépression, la dissociation et la colère comparables à ceux d’autres formes de maltraitance. En consultation, nous constatons que les scènes d’humiliation verbale restent gravées avec la même netteté que des coups : la phrase exacte, le lieu, le ton, les témoins. Et les mots répétés deviennent une voix intérieure qui continue la violence une fois la relation terminée. Ces traces se soignent, en particulier par l’EMDR et la TCC.
Comment réagir face à quelqu’un qui m’insulte ou me crie dessus ?
D’abord, votre sécurité : si les mots s’accompagnent de gestes ou de menaces, s’éloigner et se protéger passent avant toute réponse. Ensuite, ne pas entrer dans la joute : on ne gagne pas contre un cri, et se justifier donne de la matière. Une phrase courte, « je ne continue pas sur ce ton », puis quitter la pièce quand c’est possible. Noter les faits, datés, pour résister au « tu exagères ». Parler à quelqu’un de confiance pour sortir de l’isolement. Et regarder le cycle plutôt que les excuses : si les épisodes reviennent à l’identique, ce ne sont pas des accidents. Nous travaillons ces réponses en séance, pas à pas.
Mon enfant entend les cris entre nous : est-ce grave ?
Un enfant qui entend un parent hurler sur l’autre, l’insulter ou le menacer est affecté, même si personne ne s’adresse à lui. Il ne comprend pas toujours les mots, il comprend parfaitement la peur. Maux de ventre, réveils, difficultés de concentration, colères ou sagesse excessive, tentatives de s’interposer en sont les signes fréquents. Ce qui l’aide : lui dire que ce n’est pas sa faute, que les adultes s’en occupent, et qu’il a le droit d’en parler. Le pédopsychothérapeute peut le recevoir, par le jeu et le dessin, avec ou sans ses parents. Les parents qui s’entendent crier peuvent aussi venir en parler : c’est la première protection pour l’enfant.
Le harcèlement verbal au travail est-il reconnu par la loi ?
La loi ne parle pas de « violence verbale », mais elle nomme le harcèlement moral : des propos ou des comportements répétés qui abîment les conditions de travail, la dignité, la santé ou l’avenir professionnel de la personne, et le code pénal en fait un délit. Le texte dit « pour objet ou pour effet », ce qui signifie que l’intention de nuire n’a pas à être prouvée. Des textes voisins visent les propos répétés d’un conjoint et ceux qui viennent de la famille ou du voisinage. Ces articles, vérifiés le 30 octobre 2026, sont présentés sur notre page consacrée à la loi et à la plainte ; les démarches ne passent pas par le cabinet.
Je m’entends crier sur mes enfants et je m’en veux : que faire ?
En parler, et le plus tôt possible. Un parent qui reconnaît qu’il crie trop, qui en a honte et qui cherche à arrêter protège déjà ses enfants, parce qu’il cesse de faire comme si de rien n’était. Nous travaillons avec ces parents sur ce que la colère porte, souvent une fatigue, une peur, parfois la voix d’un parent qui criait déjà, et sur les outils concrets pour la traverser sans la déverser : la TCD complète est proposée au cabinet, en individuel comme en groupe. Avoir été élevé dans les cris n’oblige à rien : ce n’est ni un destin ni une excuse, et c’est précisément ce que l’on peut changer.
Références
Livres, articles et liensQuelques références de cette page…
Les travaux et documents sur lesquels cette page s’appuie.
- Teicher, M. H., Samson, J. A., Polcari, A., et McGreenery, C. E. (2006). « Sticks, stones, and hurtful words: relative effects of various forms of childhood maltreatment ». American Journal of Psychiatry, 163(6).
- Evans, P. (1992). The Verbally Abusive Relationship. Holbrook : Adams Media.
- Cannon, W. B. (1915). Bodily Changes in Pain, Hunger, Fear and Rage. New York : Appleton.
- Hirigoyen, M.-F. (1998). Le Harcèlement moral : la violence perverse au quotidien. Paris : Syros.
- Lacan, J. (1948). « L’agressivité en psychanalyse », repris dans Écrits, Paris : Seuil, 1966.
- Freud, S. (1930). Malaise dans la civilisation (Das Unbehagen in der Kultur), traductions françaises aux PUF et au Seuil.
- Herman, J. L. (1992). Trauma and Recovery. New York : Basic Books.
- Organisation mondiale de la santé, fiche « Violence à l’encontre des enfants » et fiche « Maltraitance des enfants ».
- Ministère de la Justice (2023). Guide des violences conjugales.
Reprendre la parole, et faire taire la voix qui n’est pas la vôtre
Si des mots vous font peur, chez vous ou au travail, ou si des mots anciens parlent encore en vous, un premier rendez-vous permet de les nommer tels qu’ils ont été dits et de commencer à les remettre à leur place. Au cabinet ou en téléconsultation, sans engagement.