Stress post-traumatique dans la CIM-11 et le DSM-5-TR : TSPT, TSPT complexe, stress aigu, adaptation
Trouble de stress post-traumatique, TSPT complexe, réaction aiguë de stress, trouble de stress aigu, trouble de l’adaptation, deuil prolongé : les mots officiels sont nombreux, et les deux grandes classifications ne les définissent pas de la même façon. Cette page les présente en clair, côte à côte, avec un tableau, un curseur pour comprendre le rôle du temps, un jeu et un quiz pédagogique. Elle complète la page types de traumatisme du guide de l’EMDR.
Mise à jour le 25 octobre 2026 · Lecture : environ 14 minutes
À quoi servent les classifications, et pourquoi il y en a deux
Les classifications ne servent pas à coller une étiquette sur une personne. Elles servent à ce que deux cliniciens, aux deux bouts du monde, parlent de la même chose quand ils emploient le même mot ; à ce que les chercheurs étudient des groupes comparables ; et à ce que les traitements dont on a évalué l’efficacité soient proposés aux bonnes personnes. Un diagnostic est une boussole, pas un portrait.
Deux ouvrages font référence. La CIM-11 est la Classification internationale des maladies de l’Organisation mondiale de la santé, adoptée en 2019 et en vigueur depuis le 1er janvier 2022 : c’est la référence officielle en France et dans la plupart des pays. Le DSM-5-TR est le manuel diagnostique et statistique publié par la société américaine de psychiatrie (APA), dans sa version révisée de 2022 : c’est la référence de la plus grande partie de la littérature scientifique internationale.
Leurs définitions des troubles liés au trauma ne se superposent pas. La CIM-11 a fait le choix de définitions courtes et resserrées, centrées sur quelques signes essentiels ; le DSM-5-TR décrit des tableaux plus larges, avec davantage de symptômes possibles. Une même personne peut donc remplir les critères de l’une sans remplir entièrement ceux de l’autre. C’est pourquoi le bilan psycho-traumatique réalisé au cabinet par le psychothérapeute examine la situation au regard des deux classifications : le diagnostic est ainsi documenté de façon complète, ce qui compte notamment quand un état psychique doit être présenté à un tiers.
À retenir
La CIM-11 (OMS) est la référence officielle ; le DSM-5-TR (américain) est la référence de la recherche.
Pour le TSPT, la CIM-11 retient trois ensembles de signes, le DSM-5-TR quatre.
Le TSPT complexe n’existe que dans la CIM-11.
Un diagnostic se pose au cours d’un entretien clinique, jamais à partir d’une liste lue seul.
Les intitulés français cités sur cette page sont des traductions courantes ; les termes exacts peuvent varier légèrement selon les éditions.
Une famille de troubles liés au stress
Dans les deux classifications, le stress post-traumatique appartient à une même famille : celle des troubles qui exigent, pour être posés, qu’un facteur de stress identifiable soit à leur origine. C’est une particularité : la plupart des diagnostics psychiatriques se définissent par des symptômes, sans exiger de cause. Ici, l’événement fait partie de la définition. Mais il ne suffit jamais : c’est la façon dont la personne réagit, et dont cette réaction dure, qui compte.
CIM-11 : les troubles spécifiquement associés au stress. Ce groupe se trouve au chapitre 6, consacré aux troubles mentaux, du comportement et du neurodéveloppement.
6B40 : trouble de stress post-traumatique.
6B41 : trouble de stress post-traumatique complexe.
6B42 : trouble de deuil prolongé.
6B43 : trouble de l’adaptation.
6B44 : trouble réactionnel de l’attachement (enfant).
6B45 : trouble de l’engagement social désinhibé (enfant).
La réaction aiguë de stress (QE84) n’en fait plus partie : la CIM-11 la range parmi les « facteurs qui influencent l’état de santé », parce qu’une réaction intense dans les jours qui suivent un événement est considérée comme une réponse normale, et non comme un trouble.
DSM-5-TR : les troubles liés aux traumatismes et aux facteurs de stress. Ce chapitre a été créé en 2013 ; avant, le stress post-traumatique était classé parmi les troubles anxieux.
Le trouble réactionnel de l’attachement (enfant).
Le trouble de l’engagement social désinhibé (enfant).
Le trouble de stress post-traumatique, avec des critères distincts pour les enfants de six ans et moins.
Le trouble de stress aigu.
Les troubles de l’adaptation.
Le trouble de deuil prolongé, ajouté en 2022.
Des catégories « autres » et « non spécifiées », pour les tableaux qui ne rentrent dans aucune case.
Le DSM-5-TR n’a pas de TSPT complexe : son TSPT, plus large, englobe une partie des difficultés que la CIM-11 réserve à la forme complexe.
Quel événement ? Le premier critère
Pour parler de stress post-traumatique, les deux classifications demandent un événement d’une gravité particulière. Elles le décrivent différemment.
CIM-11
Un événement ou une série d’événements extrêmement menaçants ou horribles. La définition est volontairement générale : elle laisse au clinicien le soin d’apprécier la nature de l’exposition.
DSM-5-TR
Une exposition à une mort réelle ou à une menace de mort, à une blessure grave ou à des violences sexuelles, de quatre façons possibles : le vivre soi-même ; en être témoin direct ; apprendre qu’il est arrivé à un proche, de façon violente ou accidentelle s’il s’agit d’une mort ; être exposé de façon répétée ou extrême aux détails pénibles par son métier (secours, police, soins). Les images vues dans les médias ne comptent que dans ce cadre professionnel.
Ce critère explique pourquoi certaines expériences très douloureuses, une rupture, un licenciement brutal, un harcèlement verbal, ne permettent pas de poser un diagnostic de TSPT au sens strict, même lorsqu’elles s’accompagnent de souvenirs envahissants. Elles peuvent alors relever d’un trouble de l’adaptation, d’une dépression, d’un trouble anxieux, ou d’aucun diagnostic. Elles n’en sont pas moins réelles, et l’EMDR peut aider à apaiser les souvenirs qui pèsent, quel que soit le diagnostic.
Le TSPT, côte à côte
Ce tableau résume, en langage courant, ce que retient chaque classification. Il ne permet pas de se diagnostiquer seul : il aide à comprendre ce que le clinicien recherche.
Ce qui est recherché
CIM-11 (6B40)
DSM-5-TR
Revivre l’événement
Oui, au présent : souvenirs très vifs vécus comme se reproduisant, flash-back, cauchemars, avec une émotion forte et des sensations physiques
Au moins 1 signe sur 5 : souvenirs envahissants, cauchemars, flash-back, détresse et réactions du corps devant les rappels
Éviter
Oui : pensées et souvenirs, ou activités, situations et personnes qui rappellent l’événement
Au moins 1 signe sur 2 : éviter les souvenirs et pensées, ou les rappels extérieurs
Pensées et humeur
Non requis pour le TSPT (repris en partie dans le TSPT complexe)
Au moins 2 signes sur 7 : trou de mémoire, croyances négatives, reproches déformés, émotions négatives durables, perte d’intérêt, détachement, incapacité à ressentir des émotions positives
Alerte
Oui : sentiment persistant d’une menace actuelle, hypervigilance, sursauts
Au moins 2 signes sur 6 : irritabilité, prises de risque, hypervigilance, sursauts, concentration, sommeil
Durée
Au moins plusieurs semaines
Plus d’un mois
Retentissement
Altération significative de la vie personnelle, familiale, sociale, scolaire ou professionnelle
Souffrance ou altération significative du fonctionnement
Précisions
Aucune spécification particulière
« Avec symptômes dissociatifs » (dépersonnalisation, déréalisation) ; « à expression retardée » (tableau complet six mois après ou plus)
La différence la plus importante tient à la première ligne. Pour la CIM-11, se souvenir souvent et douloureusement de l’événement ne suffit pas : il faut le revivre, avoir l’impression qu’il se reproduit ici et maintenant. Ce choix rend le diagnostic plus spécifique, mais il laisse de côté certaines personnes qui souffrent beaucoup de souvenirs envahissants sans flash-back. Le DSM-5-TR, avec ses vingt symptômes possibles, est plus inclusif : des chercheurs ont calculé qu’il existe plus de six cent mille combinaisons de symptômes qui aboutissent toutes au même diagnostic. Deux personnes avec un TSPT peuvent donc se ressembler très peu. Voir aussi les symptômes, en détail.
Pourquoi le DSM-5-TR a-t-il des critères spécifiques pour les petits ?
Parce qu’un enfant de six ans ou moins ne peut pas décrire des croyances négatives sur lui-même ou un sentiment de détachement. Les critères pour cet âge demandent moins de symptômes, et décrivent des signes observables : jeu qui rejoue l’événement, cauchemars sans contenu reconnaissable, retrait social, colères, régressions. Voir trauma de l’enfant et de l’adolescent.
Le TSPT complexe (CIM-11, 6B41)
Le TSPT complexe apparaît le plus souvent après des événements extrêmement menaçants, prolongés ou répétés, dont il était difficile ou impossible de s’échapper : torture, esclavage, campagnes de génocide, violences conjugales prolongées, violences physiques ou sexuelles répétées dans l’enfance. Pour le poser, il faut que tous les critères du TSPT soient présents, et que s’y ajoutent trois difficultés graves et durables :
la régulation des émotions : réactivité émotionnelle intense, accès de violence, comportements imprudents ou autodestructeurs, ou au contraire engourdissement, dissociation sous l’effet du stress ;
l’image de soi : se croire diminué, vaincu ou sans valeur, avec une honte, une culpabilité ou un sentiment d’échec liés à l’événement ;
les relations : difficultés persistantes à maintenir des relations et à se sentir proche des autres.
Ces trois difficultés forment les « perturbations de l’organisation de soi ». Elles provoquent une altération significative de la vie. La CIM-11 ne pose pas les deux diagnostics ensemble : c’est l’un ou l’autre. Le type d’histoire est un facteur de risque, pas une condition : un trauma unique peut, plus rarement, entraîner un TSPT complexe, et des traumatismes répétés peuvent ne donner qu’un TSPT. Les situations, l’attachement et le soin sont développés sur la page le trauma complexe.
Le rôle du temps : un même vécu, des noms différents
Dans ces troubles, le temps écoulé depuis l’événement change le nom que l’on donne à une même souffrance. Faites glisser le curseur.
quelques heuresun moissix mois et plus
Adaptation, deuil, attachement : les autres membres de la famille
Sans événement extrême
Le trouble de l’adaptation
Une séparation, une maladie, une perte d’emploi, un conflit : la personne reste préoccupée par ce qui lui arrive et n’arrive plus à fonctionner comme avant. CIM-11 : début en général dans le mois, résolution le plus souvent en six mois, sauf si la source de stress persiste. DSM-5-TR : début dans les trois mois, pas plus de six mois après la fin du facteur de stress, avec des formes à dominante dépressive, anxieuse, comportementale ou mixte.
Après un décès
Le trouble de deuil prolongé
Le manque intense de la personne disparue ou la préoccupation constante à son sujet, avec une douleur émotionnelle forte, l’impression d’avoir perdu une part de soi, la difficulté à accepter la mort. Quand la mort a été violente, le deuil peut se compliquer d’un stress post-traumatique : on parle alors souvent de deuil traumatique. Voir EMDR et deuil.
Chez l’enfant
Les troubles de l’attachement
Réservés à des carences de soins graves (négligence sévère, changements répétés de figure de référence, placement en institution). Dans le trouble réactionnel de l’attachement, l’enfant recherche peu ou pas le réconfort ; dans le trouble de l’engagement social désinhibé, il va vers les inconnus sans la réserve habituelle. Voir traumatisme d’attachement.
Un trouble de l’adaptation, est-ce « moins grave » ?
Ce n’est pas une question de gravité ressentie. Le trouble de l’adaptation peut faire beaucoup souffrir et s’accompagner d’idées noires. Il se distingue surtout par l’absence d’événement extrême au sens des classifications, et par un lien étroit avec la situation de stress : il s’apaise en général quand celle-ci se résout ou quand la personne s’y est adaptée. Il mérite d’être accompagné comme toute souffrance.
Les troubles voisins, et ceux qui s’y associent
Le stress post-traumatique s’accompagne très souvent d’autres difficultés, qui ont leur propre diagnostic. Le repérer est important, parce que l’accompagnement en tient compte.
Les troubles dissociatifs, notamment après des traumatismes précoces et répétés. Voir les troubles dissociatifs.
Le trouble de la personnalité borderline, qui partage avec le TSPT complexe l’intensité émotionnelle et les difficultés relationnelles, et qui s’en distingue par d’autres traits. Voir borderline et états limites.
Le TDAH, avec lequel le trauma peut être confondu, chez l’enfant comme chez l’adulte. Voir TDAH et trauma.
Faire la part des choses demande du temps, un entretien approfondi et parfois des outils standardisés. C’est le rôle du bilan : psychologique ou psycho-traumatique, par le psychothérapeute, et neuropsychologique, par la neuropsychologue, quand l’attention ou la mémoire sont en question. L’écoute analytique rappelle aussi qu’au-delà de la case diagnostique, chaque personne a une histoire singulière, que la classification ne résume pas. Voir psychanalyse, DSM-5-TR et CIM-11.
Jeu : quelle catégorie pour chaque situation ?
Associez chaque situation, inventée pour ce jeu, à la catégorie qui lui correspond le mieux. Dans la vraie vie, seul un entretien permet de trancher : ce jeu sert seulement à fixer les repères.
Deux jours après un accident, Paul tremble, pleure et revoit la scène, puis se sent mieux en fin de semaine.
Trois semaines après une agression, Inès a des flash-back, se sent irréelle, évite la rue et ne dort plus.
Huit mois après un incendie, Marc revit la nuit du feu, évite les odeurs de fumée et sursaute au moindre bruit.
Après des années de violences dans l’enfance, Clara revit des scènes, se sent sans valeur et n’arrive pas à se fier à quiconque.
Depuis son licenciement il y a deux mois, Julien rumine, s’inquiète et n’arrive plus à fonctionner comme avant.
Quiz pédagogique : les repères des classifications
Six questions pour vérifier ce que vous retenez. Quiz pédagogique : il vérifie la compréhension de la page, il ne mesure aucun symptôme. Aucune réponse n’est enregistrée.
Questions fréquentes sur les classifications
Quelle est la différence entre la CIM-11 et le DSM-5-TR pour le TSPT ?
La CIM-11 retient trois ensembles de signes (revivre au présent, éviter, sentiment de menace actuelle) et une durée d’au moins plusieurs semaines. Le DSM-5-TR en retient quatre, en ajoutant les changements des pensées et de l’humeur, avec vingt symptômes possibles et une durée de plus d’un mois. Une personne peut remplir les critères de l’une sans remplir entièrement ceux de l’autre.
TSPT et ESPT, est-ce la même chose ?
Oui. TSPT signifie trouble de stress post-traumatique, la traduction la plus courante aujourd’hui. ESPT, pour état de stress post-traumatique, est une ancienne traduction encore très utilisée en France. On rencontre aussi l’abréviation anglaise PTSD.
Qu’est-ce que le trouble de stress aigu ?
Dans le DSM-5-TR, c’est un ensemble de symptômes intenses (intrusions, humeur négative, dissociation, évitement, éveil) qui apparaît après un événement traumatique et dure entre trois jours et un mois. Au-delà d’un mois, on discute d’un TSPT. La CIM-11 n’a pas d’équivalent exact et parle de réaction aiguë de stress, considérée comme une réponse normale.
Peut-on avoir un TSPT sans avoir vécu un événement extrême ?
Au sens strict des classifications, non : il faut un événement d’une gravité particulière (menace de mort, blessure grave, violences sexuelles pour le DSM-5-TR ; événement extrêmement menaçant ou horrible pour la CIM-11). D’autres expériences douloureuses peuvent pourtant laisser des souvenirs envahissants et relever d’un autre diagnostic, comme un trouble de l’adaptation, ou d’aucun, sans être moins dignes d’attention.
Qui peut poser un diagnostic de TSPT ?
Un professionnel de santé mentale formé, au cours d’un entretien clinique qui tient compte de l’histoire, des symptômes, de leur durée et de leur retentissement. Les questionnaires de repérage, comme la PCL-5, aident à mesurer l’intensité des symptômes, mais ne suffisent pas. Au cabinet, le bilan psycho-traumatique associe entretien et questionnaires étalonnés, et confronte la situation aux deux classifications.
Si vous avez besoin de comprendre précisément ce que vous traversez, ou de faire documenter un état psychique, le bilan psycho-traumatique, réalisé par le psychothérapeute après un rendez-vous préliminaire, examine votre situation au regard des deux classifications. Au cabinet ou en téléconsultation.
La « loi de l’instrument », formulée par Abraham Kaplan en 1964 puis reprise par Abraham Maslow dans The Psychology of Science: A Reconnaissance (1966), rappelle qu’« il est tentant, si le seul outil dont on dispose est un marteau, de traiter tout comme si c’était un clou ».
En psychologie, une méthode ne peut pas répondre à toutes les situations. Forts de plusieurs décennies de pratique et de formations complémentaires, nous mobilisons de nombreux outils, choisis avec discernement, afin d’identifier rapidement les leviers les plus efficaces. Nous proposons ainsi un accompagnement aussi bref qu’efficace, tout en sachant accompagner aussi bien les suivis prolongés que le besoin d’un espace de parole régulier.