Affirmation 1
« Le trouble du jeu vidéo est reconnu par la CIM-11. »
Vrai. Il porte le code 6C51. Le DSM-5-TR, lui, le place parmi les affections qui demandent davantage de recherches.
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À partir de quand parle-t-on d’un trouble ? Quelle différence entre usage à risque, usage nocif et dépendance ? Le jeu d’argent est-il vraiment une addiction ? Et l’addiction au sexe, au travail, aux achats ? Les deux grandes classifications internationales, le DSM-5-TR de l’Association américaine de psychiatrie et la CIM-11 de l’Organisation mondiale de la santé, répondent un peu différemment. Cette page présente leurs repères avec des mots simples, explique ce qui a changé, ce qui reste en débat, et rappelle qu’un diagnostic décrit une difficulté, jamais une personne.
Le DSM (Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux) est publié par l’Association américaine de psychiatrie. Sa cinquième édition date de 2013, et sa révision, le DSM-5-TR, de 2022. Il est très utilisé dans la recherche internationale. La CIM (Classification internationale des maladies) est publiée par l’Organisation mondiale de la santé et couvre toute la médecine. Sa onzième révision, la CIM-11, est entrée en vigueur en 2022 ; en France, la CIM-10 reste encore utilisée dans de nombreux systèmes administratifs, le temps de la transition.
Ces classifications servent à parler le même langage entre professionnels, à mener des recherches comparables, à organiser les soins et les droits. Elles ne disent pas pourquoi une personne consomme, ni ce que le produit représente pour elle, ni comment l’aider : c’est le travail de l’évaluation clinique et de la thérapie. Pour un regard plus large sur les classifications, voir psychanalyse, DSM-5 et CIM-11.
Les professionnels de l’addictologie décrivent souvent un continuum, plutôt qu’une frontière nette entre « normal » et « malade ». Faites glisser le curseur pour parcourir les grandes étapes, avec les mots que l’on rencontre dans les comptes rendus et les recommandations.
Ce continuum n’est pas un escalier qu’on descend forcément : on peut rester toute sa vie dans un usage à faible risque, passer par une période d’usage nocif puis revenir en arrière, ou s’installer dans une dépendance. Il rappelle surtout que l’aide n’est pas réservée aux personnes dépendantes : agir tôt est plus facile et plus efficace.
En 2013, le DSM-5 a fusionné les anciennes catégories d’« abus » et de « dépendance » en un seul diagnostic : le trouble lié à l’usage d’une substance (alcool, cannabis, opioïdes, stimulants, sédatifs, tabac, hallucinogènes, etc.). Il a retiré le critère des problèmes judiciaires, jugé peu pertinent, et ajouté le craving, l’envie irrépressible. Le diagnostic repose sur onze critères, dont au moins deux doivent être présents au cours des douze derniers mois, avec une souffrance ou une altération du fonctionnement. Voici leur contenu, reformulé simplement.
| Famille | Critère (reformulé) |
|---|---|
| Perte de contrôle | Consommer en plus grande quantité ou plus longtemps que prévu |
| Désirer réduire, ou échouer dans ses tentatives | |
| Passer beaucoup de temps à se procurer le produit, à consommer, à récupérer | |
| Ressentir une envie irrépressible (craving) | |
| Retentissement social | Ne plus remplir ses obligations (travail, études, famille) |
| Continuer malgré des problèmes relationnels causés ou aggravés | |
| Abandonner ou réduire des activités importantes | |
| Usage risqué | Consommer dans des situations physiquement dangereuses |
| Continuer malgré un problème physique ou psychique causé ou aggravé | |
| Critères pharmacologiques | Tolérance |
| Sevrage, ou consommer pour l’éviter |
La sévérité dépend du nombre de critères : léger avec 2 ou 3 critères, modéré avec 4 ou 5, sévère à partir de 6. Le DSM-5-TR permet aussi de préciser une rémission précoce (entre trois et douze mois sans critère, l’envie mise à part) ou prolongée (plus de douze mois), une rémission obtenue en environnement protégé, ou un traitement de maintien (par exemple un traitement de substitution).
Une précision essentielle : la tolérance et le sevrage ne comptent pas quand ils surviennent chez une personne qui prend un médicament (antidouleur opioïde, anxiolytique, stimulant du TDAH) sous surveillance médicale appropriée. Avoir besoin de son traitement n’est pas une addiction.
À vous de jouer : à quelle famille appartient chacun de ces exemples ?
À côté du trouble lié à l’usage, le DSM-5-TR décrit pour chaque substance l’intoxication (les effets d’une consommation récente), le sevrage (les symptômes à l’arrêt) et des troubles mentaux induits par la substance : dépression, anxiété, troubles du sommeil, troubles psychotiques, troubles cognitifs provoqués par le produit ou son sevrage. Cette distinction est cliniquement très importante : une dépression induite par l’alcool s’améliore souvent nettement après quelques semaines d’abstinence, alors qu’une dépression indépendante demande un soin propre. On a donc souvent besoin d’un peu de recul avant de conclure.
La CIM-11 regroupe ces difficultés dans une section intitulée « troubles dus à l’utilisation de substances ou à des comportements addictifs ». Chaque substance a son code : par exemple 6C40 pour l’alcool, 6C41 pour le cannabis, 6C43 pour les opioïdes, 6C44 pour les sédatifs, hypnotiques et anxiolytiques, 6C45 pour la cocaïne, 6C46 pour les stimulants comme les amphétamines, 6C4A pour la nicotine. Pour chacune, elle distingue plusieurs niveaux.
La CIM-11 apporte deux nouveautés intéressantes. Elle prend en compte les dommages causés aux autres (violences, accidents, négligence d’un enfant) dans la définition de l’usage nocif. Et elle permet de noter un usage dangereux, c’est-à-dire une consommation qui fait courir un risque sans avoir encore causé de dommage, parmi les facteurs qui influencent la santé, sans en faire un trouble mental. Comme le DSM, elle décrit aussi l’intoxication, le sevrage et les troubles induits.
Un spectre ou des niveaux. Le DSM-5-TR propose un seul trouble, gradué selon le nombre de critères (léger, modéré, sévère). La CIM-11 garde deux entités distinctes, l’usage nocif et la dépendance, en considérant que la dépendance a une cohérence propre, centrée sur la perte de contrôle.
Un seuil bas ou un seuil plus haut. Avec deux critères sur onze, le DSM-5-TR repère des situations légères qui, dans la CIM-11, relèvent plutôt de l’usage nocif. Les personnes ayant un trouble sévère selon le DSM correspondent, en gros, à la dépendance de la CIM-11.
Le jeu, et le jeu vidéo. Les deux reconnaissent le trouble du jeu d’argent. La CIM-11 reconnaît en plus le trouble du jeu vidéo (6C51), que le DSM-5-TR laisse dans sa section des affections à étudier. La sexualité compulsive figure dans la CIM-11, mais parmi les troubles du contrôle des impulsions.
Pour la personne, peu de différence. Quel que soit le manuel, l’évaluation porte sur les mêmes questions : le contrôle, la place du produit, les dommages, le manque. Ce qui compte pour la suite, c’est de comprendre la fonction de la consommation et les difficultés associées, et de choisir les soins adaptés.
Le jeu d’argent est la première addiction sans substance à avoir été reconnue comme telle. Dans la CIM-11, le trouble du jeu d’argent (6C50) se définit par un schéma de jeu persistant ou récurrent, en ligne ou hors ligne, avec trois caractéristiques : une perte de contrôle (sur le début, la fréquence, l’intensité, la durée, l’arrêt), une priorité croissante donnée au jeu sur les autres intérêts et activités, et la poursuite ou l’escalade malgré des conséquences négatives. Il doit entraîner une souffrance ou une altération importante de la vie personnelle, familiale, sociale, scolaire ou professionnelle. Ces signes sont en général présents depuis au moins douze mois, une durée plus courte pouvant suffire si tous les éléments sont réunis et sévères. La CIM-11 précise s’il est à prédominance hors ligne (6C50.0) ou en ligne (6C50.1).
Le DSM-5-TR décrit neuf critères, dont au moins quatre sur douze mois : besoin de miser des sommes croissantes, agitation ou irritabilité quand on essaie de réduire, échecs répétés pour contrôler le jeu, préoccupation constante, jeu pour fuir un malaise, retour au jeu pour « se refaire », mensonges, mise en danger d’une relation ou d’un emploi, recours à d’autres pour payer ses dettes. La sévérité est légère (4 à 5 critères), modérée (6 à 7) ou sévère (8 à 9). Le diagnostic n’est pas retenu si le jeu s’explique mieux par un épisode maniaque.
Les jeux d’argent sont détaillés dans la page les addictions sans produit, et le trouble du jeu vidéo dans le dossier écrans : usage ordinaire, problématique ou trouble reconnu.
Beaucoup de comportements sont qualifiés d’« addictions » dans les médias. Les classifications sont plus prudentes. Testez vos connaissances.
Affirmation 1
Vrai. Il porte le code 6C51. Le DSM-5-TR, lui, le place parmi les affections qui demandent davantage de recherches.
Affirmation 2
Faux. Elle est étudiée en psychologie du travail, mais n’est un diagnostic ni dans le DSM-5-TR ni dans la CIM-11.
Affirmation 3
C’est plus nuancé. Elle décrit un trouble du comportement sexuel compulsif (6C72), mais parmi les troubles du contrôle des impulsions, pas parmi les addictions. Le DSM-5-TR n’a pas de diagnostic équivalent.
Affirmation 4
Faux. Ils n’ont pas de catégorie propre. Les cliniciens les rattachent en général aux troubles du contrôle des impulsions, et la recherche se poursuit.
Affirmation 5
Faux. L’usage problématique des réseaux sociaux est très étudié, mais ce n’est pas un diagnostic. Voir le dossier écrans.
Affirmation 6
C’est plus nuancé. L’intoxication et le sevrage de caféine sont décrits ; un trouble lié à l’usage de caféine figure seulement parmi les affections à étudier.
Ne pas être reconnu comme diagnostic ne veut pas dire ne pas exister. Une personne qui souffre de ses achats, de sa sexualité, de son rapport au travail, au sport ou à la nourriture mérite d’être entendue et aidée. Simplement, ces situations sont encore étudiées, et elles peuvent relever d’autres explications : une dépression, une anxiété, un trouble des conduites alimentaires, un TDAH, un trauma. L’évaluation clinique fait la différence.
Situation
Nadia, 58 ans, prend depuis deux mois un antidouleur opioïde prescrit après une opération du dos. Elle remarque que la dose agit un peu moins bien qu’au début, et qu’un oubli lui donne des frissons et des courbatures. Elle a lu sur internet qu’elle était « addict » et a très peur.
Que dire de sa situation ?
Un diagnostic d’addiction est utile : il reconnaît une souffrance, ouvre l’accès aux soins et aux droits, oriente les traitements. Mais il a ses limites, que nous gardons toujours à l’esprit.
Certains examens montrent qu’une personne boit ou consomme (enzymes du foie, dépistages), mais aucun ne dit s’il y a perte de contrôle. Le diagnostic repose sur l’entretien, parfois avec des questionnaires validés et l’avis de proches.
Anxiété, dépression, troubles du sommeil, difficultés de mémoire peuvent être causés par le produit ou exister avant lui. Quelques semaines de recul après l’arrêt aident souvent à faire la part des choses.
Les troubles psychiques associés sont fréquents : troubles anxieux, dépression, trouble bipolaire, stress post-traumatique, TDAH, troubles de la personnalité. Les soigner ensemble améliore les chances de succès. Voir bipolarité et addictions et TDAH et addictions.
« Toxico », « alcoolo », « junkie » : les mots qui collent une identité entretiennent la honte et éloignent du soin. L’écoute analytique rappelle que derrière chaque symptôme il y a une histoire singulière, et que le symptôme est parfois une solution, coûteuse, à une souffrance plus ancienne.
Au cabinet, l’évaluation ne se limite pas à cocher des critères. Elle cherche à comprendre la place du produit dans l’histoire de la personne, ce qui l’a précédé, ce qui l’entretient, et ce qui l’accompagne. Un bilan psychologique peut éclairer l’humeur, l’anxiété, la personnalité et les traumatismes ; un bilan neuropsychologique, réalisé à distance des consommations, peut mesurer l’attention, la mémoire et les fonctions exécutives, et rechercher un TDAH. Voir les bilans et quand consulter.
Six questions pour vérifier ce que vous avez retenu. Quiz pédagogique, ce n’est ni un test validé ni un diagnostic.
L’usage nocif désigne une consommation qui a déjà causé des dommages pour la santé, ou des comportements qui ont nui à d’autres, sans perte de contrôle centrale. La dépendance ajoute la perte de contrôle, la priorité donnée au produit sur le reste de la vie et, souvent, la tolérance et le manque.
Parce que les études montraient que les critères d’abus et de dépendance décrivaient en réalité une même difficulté, plus ou moins sévère. Le DSM-5 les a donc réunis en un seul trouble lié à l’usage, gradué de léger à sévère, et a remplacé le critère des problèmes judiciaires par le craving.
Oui. Le DSM-5-TR et la CIM-11 (code 6C50) le reconnaissent comme une addiction : il active les mêmes circuits de la récompense, partage une part de vulnérabilité avec les addictions aux substances et répond aux mêmes types de traitements.
Oui, mais il faut distinguer la dépendance physique attendue (tolérance, sevrage) d’une addiction. Les critères du DSM-5-TR ne comptent pas la tolérance et le sevrage d’un médicament pris sous surveillance médicale. Une addiction se signale plutôt par une perte de contrôle, des doses augmentées de soi-même ou une recherche de l’effet calmant ou euphorisant.
Non. On peut consulter dès qu’une consommation ou un comportement inquiète, même sans trouble avéré. Agir tôt, au stade de l’usage à risque, est souvent plus simple et plus efficace.
Un diagnostic décrit une difficulté ; il ne dit pas d’où elle vient ni comment en sortir. Un premier rendez-vous permet de faire le point sur votre consommation ou votre comportement, et de comprendre ce qu’il vient soulager. Un bilan peut compléter l’évaluation quand c’est utile.
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La « loi de l’instrument », formulée par Abraham Kaplan en 1964 puis reprise par Abraham Maslow dans The Psychology of Science: A Reconnaissance (1966), rappelle qu’« il est tentant, si le seul outil dont on dispose est un marteau, de traiter tout comme si c’était un clou ».
En psychologie, une méthode ne peut pas répondre à toutes les situations. Forts de plusieurs décennies de pratique et de formations complémentaires, nous mobilisons de nombreux outils, choisis avec discernement, afin d’identifier rapidement les leviers les plus efficaces. Nous proposons ainsi un accompagnement aussi bref qu’efficace, tout en sachant accompagner aussi bien les suivis prolongés que le besoin d’un espace de parole régulier.