Stress post-traumatique
Les reviviscences sont une forme de dissociation, et le DSM-5-TR prévoit une précision « avec symptômes dissociatifs ». Voir trauma, mémoire et dissociation.
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Dépersonnalisation-déréalisation, amnésie dissociative, trouble dissociatif de l’identité et sa forme partielle : que disent vraiment les classifications internationales ? Où s’arrête la dissociation ordinaire, celle de la rêverie ou de l’« hypnose de la route » ? Et comment parler du TDI sans le rendre spectaculaire ni le nier ? Des repères clairs, prudents, et quelques jeux pour s’y retrouver.
Deux grandes classifications décrivent les troubles psychiques. La CIM-11, classification internationale des maladies de l’Organisation mondiale de la santé, en vigueur depuis le 1er janvier 2022, est la référence officielle dans le monde et en France. Le DSM-5-TR, manuel de l’Association américaine de psychiatrie, révisé en 2022, est très utilisé en recherche et dans la formation des cliniciens. Les deux se ressemblent beaucoup sur la dissociation, mais découpent parfois les frontières différemment.
Une classification sert à parler le même langage, à mener des recherches comparables, à orienter vers des soins adaptés, à faire reconnaître une souffrance. Elle ne dit pas tout d’une personne : ni son histoire, ni ses ressources, ni le sens que prennent pour elle ses symptômes. Au cabinet, nous utilisons ces repères avec rigueur, et toujours avec l’écoute de la singularité de chacun. La page psychanalyse, DSM-5-TR et CIM-11 développe cette manière de « classer sans réduire ».
Avant de parler de troubles, il faut parler de ce qui est normal. La dissociation n’est pas un phénomène réservé aux personnes malades : c’est une capacité de l’esprit, présente chez chacun, à se concentrer sur une chose au point d’en oublier le reste, ou à fonctionner en « pilote automatique ». Retournez les cartes.
Ce qui fait la différence entre ces expériences et un trouble, ce n’est pas leur nature, c’est leur fréquence, leur intensité, leur caractère involontaire, et surtout leur coût : les trous de mémoire qui mettent en difficulté, l’irréalité qui fait souffrir, la sensation que quelque chose agit à sa place. Les cliniciens décrivent la dissociation comme un continuum, de la rêverie aux troubles qui demandent des soins.
Certaines personnes décrivent des rêveries très longues, très riches, difficiles à arrêter, qui envahissent leurs journées au détriment de leurs relations ou de leur travail. Des chercheurs ont proposé le terme de « rêverie excessive » ou « compulsive ». Ce n’est pas un diagnostic reconnu par la CIM-11 ni par le DSM-5-TR, et il fait encore l’objet de recherches. Quand la rêverie devient un refuge qui coûte cher, elle mérite d’être écoutée : elle protège souvent de quelque chose. Elle peut aussi se mêler à un TDAH, à de l’anxiété ou à une dépression.
La CIM-11 réunit les troubles dissociatifs dans un bloc qui va de 6B60 à 6B6Z : sept troubles nommés, plus deux catégories pour les tableaux qui n’entrent pas exactement dans les cases. Les intitulés ci-dessous sont des traductions usuelles ; la version française officielle peut employer des mots légèrement différents. Choisissez un onglet.
6B66 · Trouble de dépersonnalisation-déréalisation. Des épisodes durables ou répétés de dépersonnalisation (se sentir étranger à soi), de déréalisation (le monde paraît irréel), ou des deux, avec une conscience conservée qu’il ne s’agit que d’impressions. Le trouble ne survient pas seulement au cours d’un autre trouble dissociatif, et n’est dû ni à un produit, ni à une maladie neurologique, ni à un traumatisme crânien. C’est le sujet de la page « comme dans un rêve ».
6B61 · Amnésie dissociative. L’incapacité à se rappeler des souvenirs autobiographiques importants, souvent liés à un événement traumatique ou très stressant, bien au-delà de l’oubli ordinaire, sans produit, maladie neurologique ou choc à la tête pour l’expliquer. La CIM-11 distingue l’amnésie avec fugue dissociative (6B61.0), où la personne part ou erre en perdant le souvenir de son identité, et l’amnésie sans fugue (6B61.1). La fugue est rare ; l’amnésie partielle, sur une période ou un événement, l’est beaucoup moins.
6B64 · Trouble dissociatif de l’identité. Au moins deux états de personnalité distincts, chacun avec sa propre manière de se percevoir et de percevoir le monde, dont au moins deux prennent de façon récurrente le contrôle de la conscience et de la conduite. Les changements d’état s’accompagnent en général de trous de mémoire, parfois importants.
6B65 · Trouble dissociatif de l’identité partiel. Une nouveauté de la CIM-11. Un état de personnalité reste dominant et mène la vie quotidienne ; les autres font irruption sous forme de pensées, d’émotions, de sensations, de gestes ou de voix vécus comme « pas à moi », sans prendre durablement les commandes. Des prises de contrôle brèves restent possibles, lors d’émotions très fortes ou de reviviscences. Les trous de mémoire importants n’y sont en général pas au premier plan.
6B60 · Trouble à symptomatologie neurologique dissociative. Des symptômes qui ressemblent à ceux d’une maladie neurologique sans en être une : troubles de la vue ou de l’audition, vertiges, crises non épileptiques, faiblesse ou paralysie, troubles de la marche ou de la parole, mouvements anormaux, symptômes cognitifs. Ce tableau est proche de ce que la neurologie appelle aujourd’hui les troubles neurologiques fonctionnels. Il se diagnostique sur des signes positifs, avec un neurologue, et non par simple exclusion. Les symptômes ne sont ni imaginaires ni volontaires.
6B62 · Trouble de transe et 6B63 · Trouble de transe de possession. Une modification marquée de l’état de conscience ou du sentiment d’être soi, avec une attention rétrécie et des gestes ou des paroles qui échappent au contrôle ; dans la transe de possession, l’identité habituelle est remplacée par une identité vécue comme extérieure (un esprit, une divinité). On ne parle de trouble que si ces états sont involontaires, répétés ou prolongés, sources de souffrance, et ne font pas partie d’une pratique culturelle ou religieuse admise. Une transe recherchée dans un rituel collectif n’est pas un trouble.
Restent 6B6Y (autres troubles dissociatifs précisés) et 6B6Z (sans précision). À noter : quand la dissociation découle directement d’une maladie physique (une épilepsie, une lésion cérébrale), la CIM-11 la code ailleurs, sous le nom de syndrome dissociatif secondaire (6E65).
Le DSM-5-TR propose une liste plus courte, organisée autrement.
Le DSM-5-TR range le trouble à symptomatologie neurologique fonctionnelle (anciennement « trouble de conversion ») parmi les troubles à symptomatologie somatique, alors que la CIM-11 le place dans le bloc dissociatif. Ce n’est pas un désaccord sur la réalité des symptômes, mais sur leur rangement. Dans les deux cas, ces symptômes sont réels, involontaires, et se soignent, souvent avec une collaboration entre neurologue, kinésithérapeute et psychothérapeute.
| Point de comparaison | CIM-11 (OMS) | DSM-5-TR (APA) |
|---|---|---|
| Dépersonnalisation et déréalisation | Un trouble unique (6B66) | Un trouble unique |
| Forme partielle du TDI | Catégorie à part entière (6B65) | Rangée dans « autre trouble spécifié » |
| Fugue dissociative | Sous-code de l’amnésie (6B61.0) | Précision de l’amnésie dissociative |
| Transe, transe de possession | Deux troubles distincts (6B62, 6B63) | Transe citée comme exemple de trouble spécifié ; possession intégrée aux critères du TDI |
| Symptômes neurologiques fonctionnels | Dans le bloc dissociatif (6B60) | Parmi les troubles à symptomatologie somatique |
| Dissociation dans le stress post-traumatique | Pas de précision dissociative | Précision « avec symptômes dissociatifs » |
Les deux classifications se rejoignent sur l’essentiel. Leurs différences expliquent en partie pourquoi un diagnostic dissociatif demande un entretien clinique approfondi plutôt qu’une simple grille. La page EMDR et dissociation propose une autre présentation de ces catégories, centrée sur leurs conséquences pour la thérapie EMDR.
La dissociation n’appartient pas qu’aux troubles dissociatifs. Elle apparaît comme symptôme dans plusieurs autres tableaux, ce qui rend le diagnostic différentiel si important.
Les reviviscences sont une forme de dissociation, et le DSM-5-TR prévoit une précision « avec symptômes dissociatifs ». Voir trauma, mémoire et dissociation.
Des symptômes dissociatifs sévères, liés au stress, font partie des critères possibles. Voir trauma, attachement et borderline.
La déréalisation figure parmi les symptômes possibles d’une crise. Voir crise d’angoisse et panique.
L’anesthésie émotionnelle de la dépression peut ressembler à une dépersonnalisation, et les deux coexistent souvent. Voir le dossier dépression.
Des voix, une étrangeté du monde peuvent évoquer une psychose. La différence tient souvent au sens de la réalité, conservé dans la dissociation. Voir le diagnostic différentiel.
Certaines crises temporales donnent une impression d’étrangeté, de déjà-vu ou d’irréalité. Un avis neurologique s’impose devant des épisodes stéréotypés.
Peu de diagnostics suscitent autant de fascination et de méfiance. Le cinéma et les réseaux sociaux en donnent souvent une image spectaculaire, parfois inquiétante ; certains professionnels, à l’inverse, doutent de son existence. Notre position, appuyée sur les classifications et sur nos formations récentes consacrées précisément au TDI, au TDI partiel, aux TDI imités et aux faux positifs, est une position de prudence dans les deux sens.
Les estimations de fréquence en population générale varient beaucoup selon les études et les méthodes, souvent autour de 1 %, et elles sont discutées. Ce qui est sûr, c’est que le diagnostic demande du temps et de la méthode.
Un diagnostic de TDI, ou de TDI partiel, ne se pose jamais sur une impression, une vidéo ou un questionnaire en ligne. Il s’appuie sur plusieurs entretiens, sur des questionnaires de dépistage (comme la DES, la MID ou le SDQ-20) et surtout sur des entretiens structurés validés (comme la SCID-D ou le DDIS), qui explorent en détail l’amnésie, la dépersonnalisation, la déréalisation, la confusion et l’altération de l’identité. Il tient compte de l’histoire de vie et cherche activement les autres explications : trouble borderline, stress post-traumatique complexe, trouble bipolaire, psychose, épilepsie, effets de produits.
Les cliniciens spécialisés décrivent depuis longtemps des présentations dites « imitées » : des personnes qui souffrent réellement, et qui croient sincèrement avoir un TDI, mais dont le tableau relève d’autre chose. Ces présentations peuvent être influencées par des lectures, des films, des vidéos sur les réseaux sociaux, ou par des questions trop orientées lors de suivis antérieurs. Ce n’est pas du mensonge, et ce n’est pas un caprice : c’est souvent une manière de donner forme à une détresse bien réelle, qui mérite des soins, mais des soins différents.
Des symptômes longtemps dissimulés, de la honte, une tendance à minimiser, des trous de mémoire que la personne a appris à masquer, des changements discrets que l’entourage remarque avant elle, une histoire souvent marquée par des traumatismes précoces. Les « parties » ne sont pas mises en avant : leur existence fait plutôt peur.
Une présentation plus démonstrative : des parties nombreuses, nommées, décrites avec aisance, parfois mises en scène ; peu de véritables trous de mémoire ; des symptômes qui varient selon l’attention reçue ou le contexte ; un diagnostic posé par soi-même ou par l’entourage, souvent récemment. Ces indices sont des tendances cliniques, pas un test : ils ne permettent pas de trancher seuls.
Un faux positif expose à un soin inadapté, qui peut renforcer la fragmentation au lieu de l’apaiser. Un faux négatif expose à des années de soins qui passent à côté de l’essentiel, voire à une EMDR standard qui peut déstabiliser une personne très dissociée. Dans les deux cas, la personne souffre. D’où l’intérêt d’une évaluation approfondie, comme le bilan dissociatif.
Associez chaque situation fictive à la catégorie qu’elle évoque le plus. Ce jeu est simplifié : dans la réalité, seul un clinicien peut se prononcer, après une évaluation.
Et maintenant, un quiz pédagogique de connaissances. Ce n’est ni un test validé ni un diagnostic.
La CIM-11 en nomme sept (de 6B60 à 6B66), plus deux catégories « autres » et « sans précision ». Le DSM-5-TR en retient cinq : trouble dissociatif de l’identité, amnésie dissociative, dépersonnalisation/déréalisation, autre trouble spécifié et trouble non spécifié. Les deux se recoupent largement.
Oui, il est décrit par les deux grandes classifications internationales. Les débats scientifiques portent sur ses mécanismes et sur le risque de diagnostics posés à tort, pas sur la réalité de la souffrance des personnes. C’est pourquoi nous défendons une évaluation soigneuse, qui ne le rend ni spectaculaire ni ne le nie.
C’est une catégorie de la CIM-11 (6B65). Un état de personnalité reste dominant et assure la vie quotidienne, mais d’autres états font irruption par des pensées, des émotions, des sensations ou des gestes vécus comme étrangers, sans prendre durablement le contrôle. Le DSM-5-TR le range dans « autre trouble dissociatif spécifié ».
Non. Tout le monde dissocie un peu : l’hypnose de la route, l’absorption dans un film, la rêverie. On ne parle de trouble que lorsque les expériences sont involontaires, fréquentes ou durables, et qu’elles causent une souffrance ou une gêne importante, sans autre explication meilleure.
Non. Les questionnaires de dépistage peuvent se tromper dans les deux sens. Le diagnostic repose sur des entretiens cliniques, dont des entretiens structurés validés, et sur la recherche d’autres explications. C’est l’objet d’un bilan dissociatif.
Un premier rendez-vous, puis si besoin un bilan dissociatif, permettent de situer votre vécu avec rigueur, sans le dramatiser ni le minimiser, et d’orienter la suite. Au cabinet ou en téléconsultation.
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La « loi de l’instrument », formulée par Abraham Kaplan en 1964 puis reprise par Abraham Maslow dans The Psychology of Science: A Reconnaissance (1966), rappelle qu’« il est tentant, si le seul outil dont on dispose est un marteau, de traiter tout comme si c’était un clou ».
En psychologie, une méthode ne peut pas répondre à toutes les situations. Forts de plusieurs décennies de pratique et de formations complémentaires, nous mobilisons de nombreux outils, choisis avec discernement, afin d’identifier rapidement les leviers les plus efficaces. Nous proposons ainsi un accompagnement aussi bref qu’efficace, tout en sachant accompagner aussi bien les suivis prolongés que le besoin d’un espace de parole régulier.