Affirmation 1
« Notre style d’attachement est fixé pour la vie. »
Faux. Il est assez stable, mais il peut évoluer, notamment au contact d’une relation fiable ou d’une thérapie. Les chercheurs parlent de sécurité acquise.
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Pourquoi tombe-t-on amoureux de cette personne-là, et pas d’une autre ? Pourquoi une remarque anodine de son partenaire fait-elle l’effet d’une gifle, alors que la même phrase dite par un collègue glisserait ? Parce que nous n’arrivons jamais seuls dans un couple : nous y venons avec notre façon d’aimer, apprise très tôt, avec nos blessures, nos loyautés et nos familles. Cette page explore ce qui se rejoue à deux, à la lumière de l’attachement, de l’approche Imago, de la psychanalyse et du regard systémique, et ce qui permet de s’en dégager.
Le choix d’un partenaire semble relever du hasard, d’un regard, d’une rencontre. Il obéit pourtant à des logiques que l’on ne choisit pas tout à fait. Freud l’a formulé en 1905 d’une phrase devenue célèbre : trouver l’objet d’amour, c’est en réalité le retrouver. Nous cherchons, sans le savoir, quelque chose de familier : une façon d’être regardé, une voix, une manière de prendre soin, parfois aussi une froideur ou une imprévisibilité que nous avons connues enfants.
Il distinguait deux grandes voies. Dans la première, on aime sur le modèle de ceux qui nous ont protégés et nourris. Dans la seconde, on aime en l’autre ce que l’on est, ce que l’on a été ou ce que l’on voudrait être. Jung, de son côté, parlait de projection : nous projetons sur l’autre une part de nous-mêmes que nous ne connaissons pas, d’où la fascination des débuts, et la déception quand l’autre réel apparaît derrière l’image. Lacan, avec son goût du paradoxe, résumait : aimer, c’est donner ce qu’on n’a pas.
La psychologie sociale a observé un phénomène qui parle à beaucoup de couples. La sociologue américaine Diane Felmlee l’a appelé les « attirances fatales » : les qualités qui nous ont séduits au début sont souvent celles qui finissent par nous exaspérer. Touchez les cartes.
Ce retournement n’est pas un signe d’erreur. Il montre que l’on a souvent choisi l’autre pour ce qui nous manquait, ou pour ce qui nous rappelait quelque chose. Comprendre pourquoi ce trait nous a attirés est l’une des clés pour cesser de le combattre.
Le psychiatre et psychanalyste britannique John Bowlby a montré que le petit enfant a besoin d’une figure d’attachement vers laquelle se tourner en cas de détresse, et qu’il construit, à partir de ses expériences, un « modèle interne » : que se passe-t-il quand j’ai besoin de l’autre ? Mary Ainsworth a ensuite décrit les grandes façons de s’attacher. En 1987, Cindy Hazan et Phillip Shaver ont eu l’idée de transposer ces travaux à l’amour adulte : le partenaire devient, à l’âge adulte, la principale figure d’attachement.
Les chercheurs décrivent aujourd’hui l’attachement adulte selon deux dimensions plutôt que des cases. La première est l’anxiété : à quel point ai-je peur d’être abandonné, de ne pas compter assez ? La seconde est l’évitement : à quel point suis-je mal à l’aise avec la proximité et la dépendance ? Une personne peu anxieuse et peu évitante se sent plutôt en sécurité. Beaucoup se situent quelque part entre les deux, et la place peut changer selon les relations et les périodes de la vie.
Ces deux mouvements s’emboîtent souvent : plus l’un proteste pour retrouver le lien, plus l’autre se retire pour échapper à l’intensité, et inversement. Cette danse est décrite dans les pages disputes et communication et émotions et couple. Le plus important est ailleurs : l’attachement n’est pas un destin. Les chercheurs parlent de « sécurité acquise » pour décrire des adultes qui, après une enfance difficile, ont construit une façon d’aimer sereine, grâce à une relation fiable, à une thérapie, ou aux deux.
Pour aller plus loin, un questionnaire de repérage validé de l’attachement amoureux, l’ECR-R, est proposé en ligne par le cabinet : questionnaire d’attachement en couple (ECR-R). Son résultat peut être apporté en consultation.
Dans les années 1980, le thérapeute américain Harville Hendrix et sa compagne Helen LaKelly Hunt ont proposé une lecture du couple qui rejoint à la fois la psychanalyse et l’attachement. Selon eux, chacun porte une « imago », une image inconsciente composée des traits, agréables et douloureux, de ceux qui l’ont élevé. Nous serions attirés par des partenaires qui ressemblent à cette image, avec l’espoir secret de réparer enfin ce qui a manqué : être vu par quelqu’un qui ressemble à celui qui ne nous voyait pas.
D’où une évolution typique. Après l’amour romantique des débuts vient une période de « lutte de pouvoir », où le partenaire réactive les blessures qu’on espérait voir guérir. C’est souvent à ce moment que les couples consultent. L’approche Imago propose d’en faire une occasion de croissance plutôt qu’un constat d’échec, grâce à un dialogue très structuré en trois temps.
Ce dialogue ralentit l’échange, empêche les interruptions et oblige chacun à entendre l’autre avant de répondre. Ce qui se dit alors touche souvent à l’enfance : « quand tu ne réponds pas, je redeviens l’enfant qui attendait que son père rentre ».
La psychanalyse offre plusieurs notions pour comprendre ce qui se rejoue à deux. Dépliez celles qui vous parlent.
En 1920, Freud constate que ses patients reproduisent activement des situations douloureuses de leur passé, comme s’ils y étaient poussés. Il parle de compulsion de répétition. Dans le couple, cela peut prendre la forme de relations successives qui finissent toujours de la même façon, ou de disputes dont le scénario semble écrit d’avance. Ce qui ne peut pas se souvenir, et se dire, se répète.
On attribue à l’autre des intentions, des sentiments ou des défauts qui nous appartiennent en partie : la colère qu’on ne s’autorise pas, l’infidélité qu’on redoute en soi. Mélanie Klein a décrit un mouvement plus subtil encore, l’identification projective : sans le vouloir, on amène l’autre à ressentir ce que l’on ne peut pas supporter, et il finit par se comporter comme on le redoutait. Voir Mélanie Klein.
Le psychiatre suisse Jürg Willi a décrit, dans les années 1970, la collusion conjugale : deux partenaires partagent un même conflit inconscient, mais en occupent les deux positions opposées. L’un, par exemple, prend toujours soin, l’autre se laisse porter ; l’un se montre fort, l’autre fragile. Chacun trouve dans l’autre la part de lui-même qu’il ne veut pas vivre. L’arrangement tient longtemps, jusqu’au jour où l’un des deux change de place, et tout se dérègle.
Dans cette perspective, le couple n’est pas seulement la somme de deux personnes : il a son propre fonctionnement, ses règles implicites, ses zones de silence, qui ne ressemblent ni à l’un ni à l’autre. C’est ce « troisième » que le bilan psychologique du couple cherche à faire apparaître. Voir le bilan psychologique du couple.
Au cabinet, l’écoute analytique est nourrie des apports de Freud, de Lacan et de Jung. Elle ne cherche pas à expliquer le couple à sa place, mais à entendre ce qui, dans la parole de chacun, revient, insiste ou se tait.
Un couple, c’est aussi la rencontre de deux familles, avec leurs règles, leurs façons de se disputer ou de se taire, leurs rituels de Noël et leurs secrets. Chacun arrive avec une idée de ce que « doit » être un couple, un père, une mère, une dispute, une réconciliation. Ce qui paraît évident à l’un est étrange pour l’autre : chez l’un, on crie puis on oublie ; chez l’autre, un mot plus haut que l’autre annonçait une catastrophe.
Les thérapeutes familiaux ont décrit des loyautés invisibles : on reste fidèle à sa famille d’origine d’une manière que l’on ne choisit pas, en reproduisant ses modèles, ou au contraire en faisant tout l’inverse, ce qui est encore une façon d’en dépendre. Une femme qui a vu sa mère se sacrifier peut s’interdire toute dépendance ; un homme qui a vu son père partir peut rester, coûte que coûte, dans une relation qui le fait souffrir. Les approches systémiques utilisent souvent le génogramme, un arbre familial annoté des liens, des ruptures et des événements, pour rendre visibles ces répétitions d’une génération à l’autre.
Ces héritages se réveillent particulièrement à certaines étapes : l’arrivée d’un enfant, qui fait de chacun un parent à son tour, le décès d’un parent, la retraite. La page couple, enfants et famille y revient, notamment sur la belle-famille.
Pour chaque réaction d’aujourd’hui, choisissez l’écho du passé qui pourrait le plus souvent l’éclairer. Ce sont des hypothèses fréquentes en clinique, jamais des certitudes : chaque histoire est singulière.
Quiz pédagogique, ce n’est ni un test validé ni un diagnostic, et il ne remplace pas le questionnaire ECR-R cité plus haut. Sept situations : choisissez la réaction qui vous ressemble le plus en ce moment.
Le questionnaire de repérage validé de l’attachement amoureux est accessible ici : ECR-R, attachement en couple.
Parfois, comprendre ne suffit pas. On sait très bien que son partenaire n’est pas son père, que son retard n’est pas un abandon, et pourtant le corps réagit comme autrefois : gorge serrée, colère qui monte, envie de fuir. C’est que le souvenir ancien n’a pas été « digéré ». Il reste stocké avec les émotions, les sensations et les pensées de l’époque, et il se réactive dès qu’une situation actuelle lui ressemble.
L’EMDR, l’un des deux axes principaux de notre psychothérapie avec l’écoute analytique, permet de travailler sur ces souvenirs. Il ne s’agit pas seulement des grands traumatismes : un sentiment d’abandon répété, une humiliation, un parent imprévisible, une rupture qui a dévasté. Le travail porte sur le souvenir source, sur la pensée négative qui lui est attachée (« je ne compte pas », « on finit toujours par me quitter »), sur les déclencheurs d’aujourd’hui, et sur les situations à venir, que l’on prépare autrement. Quand le souvenir est retraité, la remarque du partenaire redevient une remarque, et non le rappel d’une blessure.
Dans un couple, ce travail peut se faire en séances individuelles d’EMDR pour l’un des partenaires, en parallèle des séances à deux. Voir traumatisme d’attachement et EMDR et le scénario du futur.
La bonne nouvelle de toutes ces approches est la même : ce qui s’est appris dans une relation peut se transformer dans une autre. Le couple, qui réveille les blessures, est aussi l’un des lieux où elles peuvent se réparer. Le psychanalyste Franz Alexander parlait d’« expérience émotionnelle correctrice » : vivre, avec quelqu’un, autre chose que ce que l’on redoutait.
Affirmation 1
Faux. Il est assez stable, mais il peut évoluer, notamment au contact d’une relation fiable ou d’une thérapie. Les chercheurs parlent de sécurité acquise.
Affirmation 2
Vrai. C’est même fréquent : le calme devient froideur, la spontanéité devient désordre. Comprendre pourquoi ce trait nous attirait aide à le regarder autrement.
Affirmation 3
C’est plus nuancé. On cherche souvent quelque chose de familier, mais pas une copie. Et l’on peut aussi choisir l’opposé exact de ses parents, ce qui est une autre manière d’en rester proche.
Affirmation 4
Faux, pas toujours. Comprendre aide beaucoup, mais certains souvenirs restent actifs dans le corps. C’est l’une des indications de l’EMDR, en complément de la parole.
Affirmation 5
Vrai. Vivre avec quelqu’un une expérience différente de celle que l’on redoutait (être consolé, être entendu, ne pas être abandonné) transforme peu à peu les attentes.
Notre thérapie de couple est intégrative, et l’histoire de chacun y tient une grande place. Elle s’appuie sur les concepts de l’approche Imago pour comprendre comment les blessures de l’enfance mettent le couple sous tension, sur l’analyse des modes d’attachement et d’empathie, sur la thérapie centrée sur les émotions pour sécuriser le lien amoureux, sur le décryptage systémique des schémas qui se répètent d’une génération à l’autre, et sur l’écoute analytique et psychodynamique pour découvrir les projections du passé.
Le temps que chacun raconte, que l’autre entende, et que le dialogue puisse ralentir. On y repère ce qui se rejoue, et l’on essaie autre chose.
Pour comprendre sa propre histoire d’amour et d’attachement, en écoute analytique et en EMDR, notamment quand le partenaire ne souhaite pas s’engager : entamer seul une thérapie peut aider à avancer à deux.
Réalisé par le psychothérapeute, il croise les évaluations des deux partenaires pour faire apparaître le fonctionnement du couple. Voir le bilan du couple.
Nous recevons tous les couples, au cabinet ou en téléconsultation. Si votre partenaire ne souhaite pas venir, vous pouvez commencer seul : en comprenant votre propre part, vous changez déjà quelque chose dans la danse à deux. Voir notre approche du couple.
Exemple fictif
Exemple fictif : Léa, 35 ans, et Hugo, 37 ans. Chaque fois qu’Hugo rentre tard sans prévenir, Léa lui fait une scène ; Hugo, qui a grandi avec une mère très envahissante, se ferme et sort marcher. En séance, Léa raconte un père qui disparaissait des jours entiers ; Hugo, une enfance où il n’avait « jamais la paix ». Chacun découvre que l’autre a peur, lui aussi.
Qu’est-ce qui peut le plus aider ce couple ?
Parce que le choix amoureux suit souvent des modèles appris dans l’enfance : on est attiré par ce qui est familier, y compris par ce qui a fait souffrir, parfois avec l’espoir inconscient de le réparer. Repérer ce scénario, en écoute analytique ou avec l’approche Imago, permet de choisir plus librement.
C’est une façon d’aimer marquée par la peur d’être abandonné et un grand besoin d’être rassuré : on guette les signes de distance, un silence devient une menace, et l’inquiétude se transforme en reproches. Ce n’est pas un défaut, et cela peut évoluer, notamment dans une relation sécurisante ou en thérapie.
C’est une approche du couple développée par Harville Hendrix et Helen LaKelly Hunt. Elle part de l’idée que nous choisissons des partenaires qui réveillent nos blessures d’enfance, et propose un dialogue structuré (refléter, valider, ressentir avec) pour transformer ces conflits en occasions de réparation. Au cabinet, ses concepts font partie de notre thérapie de couple intégrative.
Elle peut peser, à travers les modèles appris, les loyautés et les blessures qui se réveillent au contact du partenaire. Mais elle ne décide pas de tout : en la reconnaissant et en la travaillant, seul ou à deux, beaucoup de couples cessent de rejouer les scénarios de leurs parents.
Oui, quand une réaction disproportionnée vient d’un souvenir ancien encore actif : abandon, humiliation, rupture douloureuse, parent imprévisible. Des séances individuelles d’EMDR peuvent alors être proposées à l’un des partenaires, à côté des séances de couple. Au cabinet, les séances d’EMDR durent 80 minutes.
Un premier rendez-vous, à deux ou seul, permet de commencer à démêler ce qui appartient au couple d’aujourd’hui et ce qui vient de plus loin. Au cabinet ou en téléconsultation.
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La « loi de l’instrument », formulée par Abraham Kaplan en 1964 puis reprise par Abraham Maslow dans The Psychology of Science: A Reconnaissance (1966), rappelle qu’« il est tentant, si le seul outil dont on dispose est un marteau, de traiter tout comme si c’était un clou ».
En psychologie, une méthode ne peut pas répondre à toutes les situations. Forts de plusieurs décennies de pratique et de formations complémentaires, nous mobilisons de nombreux outils, choisis avec discernement, afin d’identifier rapidement les leviers les plus efficaces. Nous proposons ainsi un accompagnement aussi bref qu’efficace, tout en sachant accompagner aussi bien les suivis prolongés que le besoin d’un espace de parole régulier.