Jung et l’ombre : ce que la violence projette, ce que la victime porte malgré elle
« C’est toi qui es folle. » « Tout est de ta faute. » « Tu me provoques. » « Tu ne vaux rien. » Les personnes qui ont subi des violences, surtout quand elles ont duré, arrivent souvent en consultation avec ces phrases encore collées à elles, et avec un doute terrible : et si c’était vrai ? Le psychiatre suisse Carl Gustav Jung a proposé, pour comprendre ce qui se passe quand quelqu’un accuse un autre de ce qu’il fait lui-même, deux notions devenues courantes : l’ombre, cette part de nous que nous refusons de voir, et la projection, qui consiste à la voir chez l’autre. La violence est très souvent une projection passée à l’acte : l’auteur dépose sur sa victime ce qu’il ne supporte pas en lui, puis la punit de le porter. Cette page explique ces notions avec exactitude, montre ce que la personne victime reçoit et peut rendre, parle de la colère qu’elle découvre en elle et de ce que Jung appelait l’individuation, et dit aussi ce que cette lecture ne permet pas de conclure.
Il y a une expérience que presque toutes les personnes victimes décrivent, avec des mots différents : celle de porter quelque chose qui n’est pas à elles. Une honte dont elles ne trouvent pas la source, puisqu’elles n’ont rien fait de honteux. Une culpabilité qui ne correspond à aucune faute. Une image d’elles-mêmes, folle, nulle, méchante, sale, qui ne ressemble ni à ce qu’elles étaient avant ni à ce que leurs amis voient. Comme si l’auteur des violences avait laissé en elles un dépôt, et que ce dépôt continuait d’agir après son départ. Carl Gustav Jung, psychiatre suisse, élève puis adversaire de Freud, fondateur de la psychologie analytique, a donné à ce phénomène une description qui reste, à nos yeux, l’une des plus justes : la projection de l’ombre.
Jung ne parlait pas spécialement de la violence conjugale ou du harcèlement, qui n’étaient pas des objets de son époque. Il parlait de ce que chacun fait de la part de lui-même qu’il refuse, et de ce qui arrive quand cette part, au lieu d’être reconnue, est vue chez les autres et combattue là. Mais ce qu’il décrit à l’échelle d’une personne ou d’un peuple s’applique avec une précision frappante à ce que nos patients racontent : un conjoint qui accuse sa compagne de la jalousie qui le dévore, un parent qui traite son enfant de la nullité qu’il ressent, un groupe qui désigne un seul de ses membres pour porter tout ce qu’il refuse de voir en lui. La violence, dans cette lecture, est une projection qui ne se contente plus de voir : elle frappe ce qu’elle voit.
Notre psychothérapeute pratique une écoute analytique qui se nourrit de plusieurs grands psychanalystes, et c’est souvent Jung qui offre les mots les plus simples pour une chose que la personne sentait sans pouvoir la dire : « ce n’est pas à moi ». Cette page explique d’où vient cette idée, comment elle fonctionne, ce qu’elle permet de rendre, et ce qu’elle ne permet jamais de faire : expliquer la violence par la victime. Pour situer Jung plus largement, voir la page Jung de notre rubrique psychanalyse.
Qu’est-ce que l’ombre ?
L’ombre est, chez Jung, la part de la personnalité que la conscience refuse : les désirs, les colères, les faiblesses, les envies, les lâchetés, les cruautés qui ne cadrent pas avec l’image que nous tenons à donner de nous-mêmes et qui, pour cela, sont repoussées hors de la conscience. Elle n’est pas le mal : elle est ce que nous ne voulons pas être, et qui n’en continue pas moins d’exister. Jung lui consacre un chapitre, bref et dense, dans Aion, paru en 1951, où il écrit, en substance, que l’ombre est un problème moral qui met au défi la personnalité tout entière, parce que personne ne peut en prendre conscience sans un effort moral considérable : il faut reconnaître comme présents et réels les aspects sombres de sa propre personnalité. Il ajoute que l’ombre a une nature émotionnelle, une certaine autonomie, et qu’elle résiste au regard de la conscience précisément là où elle est le plus liée à des projections.
Deux autres formulations de Jung sont utiles ici. Dans ses conférences de 1937 sur la psychologie et la religion, il écrit, en substance, que chacun porte une ombre, et que moins elle est incarnée dans la vie consciente de la personne, plus elle est noire et dense. Autrement dit, l’ombre n’est pas dangereuse parce qu’elle existe, mais parce qu’elle est niée : plus quelqu’un se croit sans colère, sans jalousie, sans faiblesse, plus ces forces s’accumulent dans l’obscurité et plus elles risquent d’agir à son insu, ou d’être vues chez les autres. Et dans un texte de 1934 sur les archétypes de l’inconscient collectif, il décrit la rencontre avec soi-même comme commençant par la rencontre avec sa propre ombre, qu’il compare à une porte étroite par laquelle il faut passer. Les lecteurs francophones ont souvent découvert ces idées dans L’Homme à la découverte de son âme, le recueil de textes de Jung réuni et traduit par Roland Cahen en 1944, qui reste la meilleure porte d’entrée dans sa pensée.
Il faut insister sur un point que les vulgarisations oublient : l’ombre n’est pas réservée aux personnes violentes. Chacun en a une, et c’est précisément pourquoi la notion est utile aux personnes victimes. Elle explique ce qui s’est passé du côté de l’auteur, mais elle décrit aussi ce que la personne victime découvre en elle après la violence, la haine, le désir de vengeance, la colère, et qui lui fait peur. Nous y reviendrons. Pour l’instant, retenons la définition : l’ombre est ce que l’on refuse de voir en soi, et qui, faute d’être vu en soi, sera vu ailleurs.
La projection : voir chez l’autre ce que l’on refuse en soi
La projection est le mécanisme par lequel l’ombre sort. Puisque la conscience ne peut pas admettre que la jalousie, la faiblesse ou la cruauté soient en elle, elle les perçoit chez quelqu’un d’autre, avec une évidence qui ne souffre aucun doute. Le mari jaloux voit partout les infidélités de sa femme. L’homme qui a honte de sa dépendance accuse sa compagne de ne pas pouvoir vivre sans lui. La mère qui ne supporte pas sa propre colère trouve son enfant insupportablement coléreux. Jung souligne que la projection n’est pas un acte volontaire : on ne décide pas de projeter, on constate, de bonne foi, que l’autre est bien tel qu’on le voit. Dans Aion, il écrit, en substance, que les projections transforment le monde en une réplique de notre propre visage inconnu : la personne projette, et elle vit alors dans un monde peuplé de ses propres ombres, qu’elle combat sans relâche et sans jamais les atteindre, puisqu’elles sont en elle.
Jung ajoute une observation que l’on cite souvent d’après ses souvenirs, Ma vie, recueillis par Aniela Jaffé et publiés en 1961 : ce qui nous irrite chez les autres peut nous conduire à nous comprendre nous-mêmes. L’irritation disproportionnée, la haine inexplicable, le dégoût qui dépasse toute raison sont, pour lui, les signes les plus sûrs qu’une projection est en cours. C’est là que la notion devient précieuse pour lire la violence. Quand un homme frappe sa compagne en lui criant qu’elle est une traînée, quand un chef humilie un employé en le traitant d’incapable alors qu’il est compétent, quand un groupe d’élèves persécute un camarade pour une différence minuscule, la disproportion entre ce que la victime est et ce dont on l’accuse signale la projection. L’auteur ne voit pas la personne qui est devant lui : il voit sa propre ombre, et il la frappe.
Il y a une différence entre projeter et frapper, et elle est essentielle. Tout le monde projette : c’est un fonctionnement ordinaire, et une bonne part du travail sur soi consiste à retirer ses projections une à une. La violence commence quand la projection passe à l’acte, quand l’auteur, au lieu de se contenter de voir chez l’autre ce qu’il refuse en lui, entreprend de le punir, de le contrôler, de le détruire pour en être débarrassé. Cette étape n’est pas contenue dans la projection elle-même ; elle relève d’un choix, ou d’un défaut de retenue, dont l’auteur répond. Jung décrit un mécanisme ; il n’excuse personne. Et la personne victime, qui a reçu la projection comme on reçoit un coup, n’y est strictement pour rien. Les pages violence psychologique et émotionnelle et emprise et contrôle coercitif décrivent les formes que prend ce passage à l’acte.
Le bouc émissaire : l’ombre d’un groupe sur une seule personne
Jung ne s’est pas arrêté à l’ombre individuelle. Il a décrit, surtout après la Seconde Guerre mondiale, dans un texte de 1945 intitulé « Après la catastrophe » puis dans Présent et avenir en 1957, ce qu’il appelait l’ombre collective : la part que tout un groupe, un peuple, une institution refuse de voir en lui, et qu’il projette sur un ennemi, une minorité, un voisin. Le mécanisme est le même qu’à l’échelle individuelle, mais la force en est multipliée, parce que chacun y trouve la confirmation des autres : si tout le monde voit le mal au même endroit, c’est bien qu’il y est. Un élève de Jung, Erich Neumann, a consacré en 1949 un livre à cette question, Psychologie des profondeurs et nouvelle éthique, où il décrit ce qu’il nomme la psychologie du bouc émissaire : un groupe se purifie de son ombre en la déposant sur un seul, qu’il exclut ou détruit, et retrouve ainsi, pour un temps, sa bonne conscience et sa cohésion. René Girard, sans être jungien, a décrit un mécanisme voisin dans La Violence et le Sacré (1972) puis dans Le Bouc émissaire (1982).
Nous rencontrons ce mécanisme en permanence, à des échelles plus modestes que celles dont parlait Jung. Dans une classe, un enfant porte la honte, la peur et la fragilité de tous les autres, qui se sentent forts et normaux de le persécuter ; notre dossier sur le harcèlement scolaire et la page l’enfant qui harcèle et les témoins décrivent cette répartition. Dans un service, un salarié devient celui par qui tout va mal, et son départ ne règle rien, puisque l’ombre du service cherche aussitôt un autre porteur. Dans une famille, un enfant est désigné comme le problème, le difficile, le mauvais, et il porte à lui seul ce que les parents et la fratrie refusent de regarder : nous en parlons sur la page violences intrafamiliales. Et dans les violences discriminatoires, c’est tout un groupe qui est chargé de porter l’ombre d’une société, la saleté, la violence, la sexualité débridée, la paresse qu’elle ne veut pas voir en elle.
Ce que cette lecture apporte à la personne qui a été le bouc émissaire tient en une phrase : ce que l’on vous a fait porter décrit le groupe, pas vous. Si l’on vous a traité de faible, c’est que le groupe avait peur de sa faiblesse. Si l’on vous a traité de sale, c’est qu’il ne supportait pas la sienne. Si l’on vous a traité de fou, c’est que la folie du groupe avait besoin d’un lieu. Cette phrase ne répare pas tout, mais elle inverse la direction du regard, et c’est souvent le début.
Ce que la personne victime reçoit : porter l’ombre de l’autre
Recevoir une projection n’est pas anodin, surtout quand elle est répétée, martelée, accompagnée de violence. Peu à peu, la personne commence à se voir comme on la voit. Elle doute de sa raison, puisqu’on lui dit qu’elle est folle ; elle se sent coupable, puisqu’on lui dit que tout est de sa faute ; elle se croit incapable, puisqu’on le lui répète. Ce phénomène a plusieurs noms selon les écoles. Lacan, comme nous l’expliquons sur la page Lacan et l’agressivité, dirait que le regard de l’autre a pris la place du sien. Les psychanalystes qui travaillent avec les notions de Melanie Klein parlent d’identification projective : la projection est si puissante qu’elle finit par faire agir et ressentir à l’autre ce qui a été projeté sur lui. Jung, lui, dirait que la personne porte l’ombre de l’autre comme un vêtement qu’on lui aurait cousu sur la peau.
Le jeu ci-dessous rassemble six phrases que nos patients ont très souvent entendues, et vous propose de retrouver, pour chacune, ce qu’elle dit de celui qui la prononce. Il ne s’agit pas de diagnostiquer l’auteur, que nous ne connaissons pas, mais de s’entraîner à lire une projection : à entendre, derrière l’accusation, la part de lui-même que l’autre dépose. Il y a une correspondance attendue pour chaque ligne, et vous découvrirez peut-être que la phrase qui vous a le plus blessé est celle qui décrit le mieux celui qui l’a dite.
« C’est toi qui es folle »
« Tout est de ta faute »
« Tu ne vaux rien sans moi »
« Tu es trop sensible »
« Tu me provoques »
« Tout le monde pense comme moi »
Ce que vous portez qui ne vous appartient pas : le radar
Le radar ci-dessous mesure, sur six étiquettes que les auteurs de violences collent le plus souvent à leurs victimes, à quel point chacune s’est installée en vous. Réglez chaque curseur en pensant aux dernières semaines : non pas à ce que l’on vous a dit, mais à ce que vous croyez, aujourd’hui, de vous-même. La forme qui apparaît montre où la projection a pris ; la pointe la plus haute est souvent, dans notre expérience, l’étiquette qui décrit le mieux l’auteur. Rien n’est enregistré.
Rendre ce qui n’est pas à soi : le travail de retrait des projections
Comment rend-on une ombre qu’on vous a fait porter ? Pas par la volonté, et pas en une fois. Les personnes que nous recevons ont souvent déjà essayé de se raisonner, de se répéter qu’elles ne sont pas folles, pas nulles, pas coupables, et cela ne tient pas, parce que l’étiquette n’est pas une idée mais une empreinte, déposée par la répétition et par la peur, souvent dans des scènes précises. Le travail se fait donc en plusieurs temps, et il combine ce que nos trois approches savent faire.
Le premier temps est de reconnaître la projection pour ce qu’elle est. En séance, nous reprenons les phrases, une à une, et nous regardons ce qu’elles disaient de celui qui les prononçait : c’est l’exercice du jeu plus haut, mais fait avec le détail d’une histoire réelle. Il arrive qu’il faille raconter une scène minute par minute pour voir, à un moment précis, l’ombre de l’autre passer sur le visage de la personne. Ce travail relève de l’écoute analytique, et il produit souvent un soulagement très net : la personne comprend, de l’intérieur, que « ce n’est pas à moi ». Le deuxième temps est de retraiter les scènes où l’étiquette s’est imprimée. Une projection martelée pendant des années s’est fixée dans des moments précis, la gifle accompagnée du mot, l’humiliation devant les enfants, la nuit où l’on a douté de sa propre mémoire. L’EMDR permet de retraiter ces souvenirs pour qu’ils cessent de porter l’étiquette au présent ; un bilan psycho-traumatique, voire dissociatif, le précède quand il est utile. Le troisième temps est de reconstruire son propre regard, par des outils concrets issus de la TCC, en mettant les convictions à l’épreuve des faits et en reprenant, pas à pas, les activités et les relations où la personne peut se voir autrement. La page estime de soi blessée détaille ce dernier temps.
Ce travail a une limite que nous disons d’emblée : on ne peut pas rendre une projection à celui qui l’a faite. Il ne la reprendra pas, et il est inutile, souvent dangereux, d’essayer de le lui faire comprendre. Rendre, ici, signifie déposer : cesser de porter, laisser l’ombre là où elle est née, et ne plus organiser sa vie autour d’elle. C’est en soi que l’on rend, pas à l’autre. Et il arrive que la personne, en déposant ce qui ne lui appartenait pas, découvre ce qui lui appartient vraiment, y compris une colère qu’elle ne se connaissait pas. C’est l’objet de la section suivante.
La colère comme énergie à intégrer : l’ombre de la personne victime
Nous avons dit que l’ombre n’était pas réservée aux personnes violentes. Les personnes victimes en ont une aussi, et la violence subie la réveille souvent brutalement. Beaucoup de nos patients découvrent, des mois après, une haine qu’ils ne se connaissaient pas, des rêves où ils tuent, des envies de vengeance précises, une colère qui déborde sur leurs proches, leurs enfants, un inconnu dans la rue. Cette découverte leur fait peur, parce qu’elle semble leur donner raison à l’auteur : « il disait que j’étais violente, et voilà que je le suis ». Elle les pousse parfois à refouler cette colère plus fort encore, à redoubler de gentillesse, à s’interdire toute agressivité. Jung nous aide précisément ici, parce qu’il a montré que ce que l’on refuse de voir en soi ne disparaît pas : il s’accumule dans l’ombre, il s’y densifie, et il finit par agir à notre insu, par des explosions, des somatisations, des dépressions, ou par de nouvelles projections.
Intégrer l’ombre, dans le vocabulaire de Jung, ne veut pas dire la laisser agir. Cela veut dire la reconnaître comme sienne, lui donner une place dans la conscience, et pouvoir dire « oui, je hais celui qui m’a fait cela, oui, j’ai rêvé qu’il mourait, et c’est une part de moi que je regarde en face ». Une colère reconnue est une colère que l’on peut tenir ; une colère niée est une colère qui tient la personne. Jung voyait dans l’ombre une réserve d’énergie vitale, parce qu’elle contient tout ce que la personne a dû refouler pour se conformer, y compris sa force, sa capacité à dire non, à se défendre, à prendre sa place. Chez les personnes victimes, cette force a souvent été écrasée très tôt, et la colère qui surgit après la violence est parfois la première fois qu’elle se manifeste. Elle n’est pas un symptôme à éteindre, mais une énergie à orienter : vers la sécurité, vers les limites, vers la reconstruction.
Nous ne confondons pas pour autant intégration et passage à l’acte. Une personne qui découvre sa colère a besoin d’un lieu pour la dire sans la décharger, d’outils pour la tenir quand elle monte, et d’un travail pour qu’elle ne se retourne ni contre elle ni contre les mauvaises cibles. L’écoute analytique offre le premier, les outils de la thérapie comportementale dialectique, que nous proposons au cabinet, les seconds, et l’EMDR le troisième, en retraitant les scènes où la colère est restée bloquée. Avoir subi une violence ne condamne personne à devenir violent, et une colère intégrée est justement ce qui protège de la répétition. Nous développons ce point sur les pages la colère après la violence et colère : la comprendre, la canaliser, s’en servir.
L’individuation après la violence : redevenir quelqu’un que l’on n’avait pas fini d’être
Jung appelle individuation le processus par lequel une personne devient ce qu’elle est, un individu au sens propre, c’est-à-dire indivisé, entier, distinct des rôles qu’elle joue et des attentes qu’elle a intériorisées. Il l’a décrit dans Dialectique du Moi et de l’inconscient, paru en 1928, et il y est revenu toute sa vie. L’individuation passe par la reconnaissance de la persona, le masque social que nous portons et que nous confondons parfois avec nous-mêmes, par la rencontre avec l’ombre, dont nous venons de parler, puis par l’intégration progressive de ce que la conscience avait laissé dehors, jusqu’à ce que le centre de la personnalité cesse d’être le moi, toujours en train de se défendre, pour devenir ce que Jung appelle le Soi, une totalité qui inclut l’ombre sans se confondre avec elle. Ce n’est pas un état que l’on atteint : c’est un mouvement, qui dure toute une vie.
Pourquoi en parler ici ? Parce que la violence interrompt ce mouvement, et parce que la reconstruction peut le reprendre. Une personne qui a vécu sous une emprise, dans la peur, sous la projection de l’autre, a souvent été empêchée d’être elle-même pendant des années : ses goûts, ses amis, ses colères, ses désirs ont été rabotés pour survivre. Quand elle dépose l’ombre qu’on lui a fait porter et qu’elle intègre la sienne, elle ne revient pas à ce qu’elle était avant : elle devient quelqu’un qu’elle n’avait pas fini d’être. C’est ce que beaucoup de nos patients décrivent, avec une surprise émue, un ou deux ans après : ils ne se reconnaissent plus, et c’est une bonne nouvelle. Jung accordait une place centrale aux rêves dans ce processus, parce qu’ils montrent ce que la conscience ne voit pas encore, et nous les écoutons volontiers en séance quand la personne les apporte ; la page rêves, lapsus et actes manqués dit comment nous les travaillons.
Nous ajoutons une réserve, parce que la notion a été galvaudée. L’individuation après une violence n’est pas une injonction à « grandir grâce à l’épreuve », et nous ne dirons jamais à quelqu’un que la violence lui a été utile. Elle a été une effraction, un arrêt, une perte, et rien ne la justifie. Ce que Jung permet de dire, c’est que le mouvement de devenir soi peut reprendre après, et parfois avec une énergie que l’intégration de l’ombre a libérée. La page donner du sens, s’engager, créer aborde ces questions du côté de la recherche sur la croissance post-traumatique, avec les mêmes précautions.
Ce que Jung ne dit pas, et ce que nous ne lui faisons pas dire
La notion de projection a un revers dangereux, et il faut le nommer. Jung a écrit que la projection a besoin d’un point d’accroche chez l’autre : on ne projette pas n’importe quoi sur n’importe qui, il faut une ressemblance, un trait, une place qui serve de support. Cette remarque, juste en elle-même, a été détournée en un raisonnement que nous entendons encore : « si l’on a projeté cela sur vous, c’est qu’il y avait quelque chose en vous qui l’attirait ». Nous refusons ce raisonnement. Le point d’accroche peut être infime, une sensibilité, un succès, une différence, une position, et il n’explique jamais la violence. Que quelqu’un ait trouvé en vous un support pour son ombre ne dit rien de vous, et surtout ne dit rien de ce qu’il en a fait. La projection explique la direction du regard de l’auteur ; le passage à l’acte relève de lui seul. L’ombre de la victime, dont nous avons parlé, est sa colère après coup, jamais la cause de ce qu’elle a subi.
De même, intégrer son ombre ne signifie pas découvrir que l’on a « sa part » dans la violence subie. Certains discours, qui se réclament de Jung, invitent les personnes victimes à chercher « ce que cela vient leur dire » ou « ce qu’elles ont à apprendre » de ce qui leur est arrivé. Nous n’y souscrivons pas. Ce que la personne a à apprendre, si elle le souhaite, concerne ce qu’elle découvre en elle après, sa colère, sa force, ses limites, pas une responsabilité rétrospective. Le sentiment de culpabilité ne signifie pas la responsabilité, et aucune lecture de l’ombre ne saurait l’établir.
Enfin, Jung ne dit rien de beaucoup de dimensions de la violence que d’autres pages de ce dossier abordent : la force de survie que Bergeret décrit, la répétition et le retournement contre soi chez Freud, la rivalité d’images chez Lacan, l’apprentissage par l’exemple chez Bandura, les mécanismes du cerveau sur la page ce que la violence fait au cerveau. Sa pensée éclaire une face, celle de ce que l’on fait porter à l’autre et de ce que l’on peut rendre. Elle ne traite pas, à elle seule, les traces que la violence laisse dans le corps et la mémoire, et c’est pourquoi nous l’associons toujours à l’EMDR et aux outils de la TCC.
Exemple fictif : Claire, 41 ans, « et si c’était moi, la folle ? »
Un récit fictif, écrit pour cette page à partir de ce que nos patientes et patients racontent ; aucune personne réelle n’y est décrite.
Situation
Claire a quitté il y a un an un mari qui, pendant douze ans, lui a répété qu’elle était folle, hystérique, incapable de s’occuper des enfants, et qui l’a plusieurs fois bousculée et enfermée dans la chambre « pour qu’elle se calme ». C’est lui qui avait des accès de rage, lui qui oubliait ce qu’il avait dit la veille, lui que ses collègues décrivaient comme instable. Depuis la séparation, Claire va mieux, mais elle consulte pour une chose précise : elle doute d’elle en permanence. Quand elle se fâche contre ses enfants, elle pense « il avait raison, je suis hystérique ». Quand elle oublie un rendez-vous, elle pense « je perds la tête ». Elle a aussi découvert, depuis quelques mois, une haine pour son ex-mari qui l’effraie : « je rêve qu’il a un accident, et je me réveille soulagée. Ce n’est pas moi, ça. »
Comment lirions-nous cette situation, et par où commencerions-nous ?
Vrai ou faux sur Jung et l’ombre
Huit affirmations sur l’ombre, la projection et l’individuation, telles qu’on les entend souvent. Répondez ; l’explication s’affiche aussitôt.
Affirmation 1
« Pour Jung, l’ombre ne concerne que les personnes mauvaises. »
Faux. Chacun porte une ombre : c’est la part de soi que la conscience refuse, et elle existe chez tout le monde. Jung dit même que plus elle est niée, plus elle est noire et dense. Les personnes victimes en ont une aussi, qui se réveille souvent après la violence sous la forme d’une colère qui leur fait peur.
Affirmation 2
« La projection consiste à voir chez l’autre ce que l’on refuse de voir en soi. »
Vrai. C’est le mécanisme par lequel l’ombre sort : la jalousie, la faiblesse ou la cruauté que la conscience ne peut admettre sont perçues chez quelqu’un d’autre, de bonne foi et avec une évidence qui ne souffre pas le doute. L’irritation ou la haine disproportionnées en sont les signes les plus sûrs.
Affirmation 3
« Si quelqu’un projette son ombre sur moi, c’est que j’ai quelque chose qui l’attire. »
C’est plus nuancé, et surtout trompeur. Jung dit qu’une projection a besoin d’un point d’accroche, mais celui-ci peut être infime, une sensibilité, un succès, une place, et il n’explique jamais la violence. Que quelqu’un ait trouvé en vous un support pour son ombre ne dit rien de vous, ni de ce qu’il en a fait.
Affirmation 4
« Jung consacre un chapitre de “Aion” (1951) à l’ombre. »
Vrai. Le deuxième chapitre d’Aion s’intitule « L’ombre ». Jung y écrit, en substance, qu’elle est un problème moral qui met au défi la personnalité entière, qu’elle a une nature émotionnelle et une certaine autonomie, et qu’elle résiste au regard de la conscience là où elle est liée à des projections.
Affirmation 5
« Intégrer son ombre signifie laisser libre cours à sa colère. »
Faux. Intégrer, c’est reconnaître comme sienne une part que l’on niait, lui donner une place dans la conscience pour pouvoir la tenir. Une colère reconnue se tient ; une colère niée tient la personne. L’intégration est précisément ce qui protège du passage à l’acte et de la répétition.
Affirmation 6
« Le bouc émissaire d’un groupe porte l’ombre collective de ce groupe. »
Vrai. Un groupe se purifie de ce qu’il refuse de voir en lui en le déposant sur un seul, qu’il exclut ou persécute, et retrouve ainsi sa bonne conscience et sa cohésion. Erich Neumann a décrit cette psychologie du bouc émissaire en 1949. Ce que l’on fait porter au bouc émissaire décrit le groupe, pas lui.
Affirmation 7
« L’individuation est, pour Jung, le fait de devenir conforme à ce que les autres attendent. »
Faux. C’est exactement l’inverse : devenir ce que l’on est, distinct du masque social et des attentes intériorisées, en intégrant ce que la conscience avait laissé dehors, l’ombre comprise. Après une violence qui a raboté la personne pendant des années, ce mouvement peut reprendre, et c’est souvent une surprise.
Affirmation 8
« Selon Jung, moins l’ombre est reconnue, plus elle est sombre et dense. »
Vrai. C’est le sens d’une formule de ses conférences de 1937 sur la psychologie et la religion : chacun porte une ombre, et moins elle est incarnée dans la vie consciente, plus elle est noire et dense. Ce qui est nié ne disparaît pas : il s’accumule, puis agit à l’insu de la personne ou se projette sur les autres.
Comment nous lisons Jung au cabinet
Dans l’écoute analytique de notre psychothérapeute, Jung occupe une place précise pour les violences : il fournit les mots qui permettent à une personne de dire « ce n’est pas à moi » et de le sentir, puis de regarder en face ce qui, en elle, est bien à elle, sa colère, sa force, ses limites. Le travail suit en général l’ordre de cette page : reconnaître la projection dans les phrases reçues, retraiter par l’EMDR les scènes où l’étiquette s’est imprimée, reconstruire son propre regard avec les outils de la TCC, accueillir la colère comme une énergie à intégrer avec l’appui de la thérapie comportementale dialectique, et laisser reprendre, sans le forcer, le mouvement de devenir soi. Un bilan psycho-traumatique, voire dissociatif, précède l’EMDR quand il est utile, et la neuropsychologue du cabinet apporte son regard quand des plaintes de mémoire ou d’attention persistent, parce qu’une personne à qui l’on a répété qu’elle perdait la tête mérite que l’on vérifie, par un bilan, qu’il n’en est rien.
Les cartes ci-dessous rassemblent les six notions de Jung employées sur cette page. Elles complètent les autres lectures du dossier : la projection de l’ombre est, par un autre vocabulaire, très proche de l’image que Lacan voit projetée dans la rivalité imaginaire, et de la culpabilité que Freud voit retournée contre soi ; Ferenczi, sur la page Ferenczi et Winnicott, décrit comment l’enfant terrifié introjecte la culpabilité de l’adulte, ce qui est l’autre face de la même opération. L’ensemble de notre démarche auprès des personnes victimes est exposé sur la page notre approche des violences.
À retenir
L’ombre (Jung, Aion, 1951) est la part de soi que la conscience refuse ; chacun en a une, et moins elle est reconnue, plus elle est dense.
La projection consiste à voir chez l’autre ce que l’on refuse en soi ; la violence est une projection passée à l’acte, et le passage à l’acte relève de l’auteur seul.
Ce que l’on vous a fait porter, folle, coupable, nulle, sale, méchante, faible, décrit celui qui l’a dit, ou le groupe, pas vous. Cela se rend, en soi, étiquette par étiquette.
La colère que la personne victime découvre après la violence est une part d’elle à intégrer, non la preuve que l’auteur avait raison ; intégrée, elle protège de la répétition.
Rien dans l’ombre de la victime n’explique le geste de l’auteur. L’individuation peut reprendre après la violence, sans que celle-ci ait jamais été utile.
En pratique
Les trois lieux de consultation, Colombes, les Pavillons-sous-Bois et l’Ardèche, et la téléconsultation permettent à toute personne qui porte encore les mots d’un auteur de violences de nous rencontrer rapidement. Ce que recouvre chez nous l’écoute analytique est expliqué sur la page psychanalyse ; les coordonnées sont sur la page le cabinet.
Questions fréquentes sur Jung, l’ombre et la violence
Qu’est-ce que l’ombre chez Jung ?
C’est la part de la personnalité que la conscience refuse : les colères, désirs, faiblesses, envies et cruautés qui ne cadrent pas avec l’image que l’on veut donner de soi, et qui sont repoussées hors de la conscience sans cesser d’exister. Jung lui consacre un chapitre d’Aion (1951), où il la décrit comme un problème moral qui met au défi la personnalité entière, doté d’une nature émotionnelle et d’une certaine autonomie. Elle n’est pas le mal et n’est pas réservée aux personnes violentes : chacun en a une. Ce qui la rend dangereuse n’est pas son existence mais sa négation, car ce qui n’est pas reconnu en soi finit par agir à notre insu ou par être vu chez les autres.
Qu’est-ce que la projection, et quel rapport avec la violence ?
La projection est le mécanisme par lequel l’ombre sort : ce que la conscience ne peut admettre en elle est perçu chez quelqu’un d’autre, de bonne foi, avec une évidence qui ne souffre aucun doute. L’irritation ou la haine disproportionnées en sont les signes les plus sûrs. La violence commence quand la projection ne se contente plus de voir : l’auteur dépose sur sa victime ce qu’il ne supporte pas en lui, puis la punit, la contrôle ou la détruit pour en être débarrassé. Ce passage à l’acte n’est pas contenu dans la projection elle-même ; il relève d’un choix ou d’un défaut de retenue dont l’auteur répond. Jung décrit un mécanisme, il n’excuse personne.
Pourquoi l’auteur d’une violence accuse-t-il sa victime de ce qu’il fait lui-même ?
Parce qu’il projette. Le conjoint qui frappe en criant « tu me provoques » attribue à l’autre sa propre violence ; celui qui répète « c’est toi qui es folle » dépose sur l’autre sa propre confusion ; celui qui dit « tu ne vaux rien sans moi » retourne sa propre dépendance. La disproportion entre ce que la victime est et ce dont on l’accuse signale la projection : l’auteur ne voit pas la personne devant lui, il voit sa propre ombre et la frappe. C’est pourquoi les phrases les plus blessantes sont souvent celles qui décrivent le mieux celui qui les prononce. Les lire ainsi ne répare pas ce qu’elles ont fait, mais inverse la direction du regard.
Est-ce que la personne victime a, elle aussi, une ombre ?
Oui, comme tout le monde, et la violence la réveille souvent : haine pour l’auteur, rêves de vengeance, colère qui déborde sur les proches. Cette découverte fait peur, parce qu’elle semble donner raison à l’auteur qui disait « c’est toi la violente ». Elle n’a rien à voir. Cette colère est apparue après, elle n’a rien causé, et c’est une énergie à intégrer, c’est-à-dire à reconnaître et à tenir, non à éteindre ni à décharger. Jung a montré que ce que l’on nie en soi s’accumule et finit par agir à notre insu ; une colère regardée en face, en séance, est précisément ce qui protège de la répétition et permet de retrouver sa force.
Comment arrêter de porter ce que l’autre a projeté sur moi ?
Pas par la volonté seule : l’étiquette n’est pas une idée mais une empreinte, déposée par la répétition et la peur dans des scènes précises. Le travail se fait en trois temps. Reconnaître la projection, en reprenant les phrases reçues pour voir ce qu’elles disaient de celui qui les prononçait ; c’est l’écoute analytique. Retraiter par l’EMDR les scènes où l’étiquette s’est imprimée, après un bilan psycho-traumatique si nécessaire. Reconstruire son propre regard avec les outils de la TCC, en mettant les convictions à l’épreuve des faits. Rendre ne signifie pas convaincre l’auteur, qui ne reprendra pas sa projection : cela signifie déposer, en soi, ce qui ne nous a jamais appartenu.
Qu’est-ce que l’individuation, et quel sens a-t-elle après une violence ?
L’individuation est, chez Jung, le mouvement par lequel une personne devient ce qu’elle est, un individu entier, distinct du masque social et des attentes intériorisées, en intégrant progressivement ce que la conscience avait laissé dehors, l’ombre comprise. Il l’a décrite dans Dialectique du Moi et de l’inconscient (1928). La violence interrompt ce mouvement, parce que la personne a dû se raboter pour survivre ; la reconstruction peut le reprendre, et beaucoup de nos patients disent, un ou deux ans après, qu’ils sont devenus quelqu’un qu’ils n’avaient pas fini d’être. Cela ne signifie jamais que la violence a été utile : elle a été une effraction et une perte, et rien ne la justifie.
Comment le cabinet utilise-t-il Jung après une violence ?
Jung fournit les mots qui permettent à la personne de dire et de sentir « ce n’est pas à moi », puis de regarder ce qui est bien à elle. En pratique, notre psychothérapeute reprend les phrases reçues pour y reconnaître la projection, retraite par l’EMDR les scènes où l’étiquette s’est imprimée, aide à reconstruire un regard propre avec les outils de la TCC, accueille la colère comme une énergie à intégrer avec l’appui de la thérapie comportementale dialectique, et laisse reprendre le mouvement de devenir soi sans le forcer. Un bilan psycho-traumatique précède l’EMDR quand il est utile, et la neuropsychologue vérifie par un bilan, si la personne le souhaite, qu’elle ne « perd pas la tête » comme on le lui a répété.
Références
Livres, articles et liensQuelques références de cette page…
Les textes de Jung et de ses lecteurs dont cette page s’est servie, avec leur date de première publication.
Jung, C. G. (1951). Aion. Recherches sur l’histoire des symboles, chapitre II, « L’ombre ». Traduction française : Albin Michel.
Jung, C. G. (1944). L’Homme à la découverte de son âme, textes réunis et traduits par Roland Cahen. Réédition : Albin Michel.
Jung, C. G. (1928). Dialectique du Moi et de l’inconscient. Traduction française : Gallimard.
Jung, C. G. (1938-1940). Psychologie et religion (conférences de 1937). Traduction française : Buchet/Chastel.
Jung, C. G. (1934, remanié en 1954). « Les archétypes de l’inconscient collectif », dans Les Racines de la conscience. Traduction française : Buchet/Chastel.
Jung, C. G. (1945). « Après la catastrophe », dans Aspects du drame contemporain. (1957). Présent et avenir.
Jung, C. G. (1961). Ma vie. Souvenirs, rêves et pensées, recueillis par Aniela Jaffé. Traduction française : Gallimard.
Neumann, E. (1949). Psychologie des profondeurs et nouvelle éthique.
von Franz, M.-L. (1974). L’Ombre et le Mal dans les contes de fées.
Girard, R. (1972). La Violence et le Sacré. (1982). Le Bouc émissaire. Paris : Grasset.
Si vous portez encore les mots que l’on vous a collés, folle, coupable, nulle, sale, ou si la colère que vous découvrez en vous vous fait peur, un premier rendez-vous, au cabinet ou en téléconsultation, permet de commencer à séparer ce qui est à vous de ce que l’on vous a fait porter.
La « loi de l’instrument », formulée par Abraham Kaplan en 1964 puis reprise par Abraham Maslow dans The Psychology of Science: A Reconnaissance (1966), rappelle qu’« il est tentant, si le seul outil dont on dispose est un marteau, de traiter tout comme si c’était un clou ».
En psychologie, une méthode ne peut pas répondre à toutes les situations. Forts de plusieurs décennies de pratique et de formations complémentaires, nous mobilisons de nombreux outils, choisis avec discernement, afin d’identifier rapidement les leviers les plus efficaces. Nous proposons ainsi un accompagnement aussi bref qu’efficace, tout en sachant accompagner aussi bien les suivis prolongés que le besoin d’un espace de parole régulier.