Le téléphone vibre sur la table de nuit. Vous ne l’avez pas encore retourné que votre estomac s’est noué. Ce sera lui, ou elle, ou un compte sans nom : la quarantième notification de la journée, une question sur l’endroit où vous êtes, une photo que vous n’avez jamais voulu voir circuler, un « vu » qu’on vous reprochera demain. Les cyberviolences ne sont pas une violence nouvelle : ce sont les violences de toujours, contrôle, harcèlement, humiliation, atteinte à l’intimité, qui ont trouvé un moyen de ne jamais s’arrêter, de vous suivre dans votre lit, votre travail, vos vacances. Cette page décrit leurs formes, ce qu’elles font au corps et au sommeil, pourquoi les adolescents y sont si exposés, et comment on reprend la main, techniquement d’abord, intérieurement ensuite.
Les cyberviolences : d’autres violences, par d’autres moyens
On appelle cyberviolences l’ensemble des violences exercées au moyen des outils numériques : messages insultants, menaçants ou incessants, surveillance par la géolocalisation ou les réseaux sociaux, prise de contrôle des comptes et des mots de passe, usurpation d’identité, diffusion ou menace de diffusion d’images intimes, humiliation publique en ligne. Le préfixe ne doit pas tromper. Il n’y a pas d’un côté les violences « réelles » et de l’autre les violences « virtuelles » : un message de menace à trois heures du matin produit exactement la même décharge dans le corps qu’une menace prononcée dans une cuisine, avec cette différence que la cuisine, on peut la quitter.
Dans la quasi-totalité des situations que nous recevons, le numérique n’est pas la violence ; il en est le canal. Un conjoint qui contrôle utilise le partage de position comme il utilisait autrefois les horaires de retour : la page sur l’emprise et le contrôle coercitif décrit le régime dont le téléphone est devenu l’instrument. Un ex-partenaire qui ne lâche pas prolonge en ligne les violences après la séparation. Des camarades de classe transportent dans un groupe de discussion le harcèlement de la cour. Et la diffusion d’une image intime sans accord est une violence sexuelle, qui en produit les effets, honte, sidération, sentiment d’être exposé, démultipliés par le nombre de regards.
Ce que le numérique ajoute, et qui justifie une page à part, tient en trois mots : la continuité, la portée, la trace. La continuité, parce qu’il n’y a plus d’endroit ni d’heure où l’on est hors d’atteinte. La portée, parce qu’une humiliation qui aurait concerné une classe concerne désormais un établissement, une ville, des inconnus. La trace, parce que ce qui a été envoyé ne s’efface jamais tout à fait, et que la personne vit avec la pensée que cela peut ressurgir. Ces trois caractéristiques expliquent que des faits qui, hors ligne, auraient été pénibles deviennent, en ligne, traumatiques.
Thermomètre : ce que vous reconnaissez
Douze situations, en trois groupes : les messages, la surveillance, les comptes et les images. Cochez celles que vous vivez ou avez vécues récemment. Le thermomètre monte avec le nombre de cases, et le commentaire est celui que nous ferions en consultation. Il ne s’agit pas d’un diagnostic, mais d’une façon de mettre côte à côte ce que l’on a tendance à vivre comme des épisodes séparés.
Une remarque sur la lecture. Les quatre cases du dernier groupe pèsent plus lourd que les autres, parce qu’elles touchent à l’identité et à l’intimité : une seule d’entre elles cochée justifie à elle seule d’en parler à quelqu’un, quel que soit le reste du thermomètre.
Le téléphone comme laisse
Il y a une image que nos patients emploient spontanément, et que nous avons fini par reprendre : le téléphone comme laisse. L’objet qui devait relier au monde devient ce par quoi une seule personne tient toutes les autres à distance. Le partage de position, accepté un jour « pour se rassurer », devient une obligation de rendre compte de chaque détour. Les appels se multiplient, et un appel manqué déclenche une crise. Les messages doivent recevoir une réponse dans la minute, et le « vu » sans réponse est une faute. Les photos envoyées « pour prouver » que l’on est bien là où l’on a dit remplacent la confiance. La personne finit par sortir avec, dans la tête, le compte à rebours de sa prochaine justification.
Le sociologue Evan Stark, dans sa description du contrôle coercitif, insistait sur ce qu’il appelait la régulation du quotidien : l’emprise se loge dans les mille détails de la journée plutôt que dans de grandes interdictions. Le téléphone est l’instrument rêvé de cette régulation, parce qu’il est toujours là, qu’il enregistre tout, et qu’il permet d’être présent sans l’être. Les personnes que nous recevons décrivent souvent un paradoxe : elles redoutent le téléphone et ne peuvent pas s’en séparer, parce que ne pas répondre coûte plus cher que répondre. La laisse tient par les deux bouts.
Il faut dire aussi ce que la surveillance fait à la perception de soi. Une personne qui sait qu’elle peut être lue, localisée, écoutée, cesse peu à peu d’écrire ce qu’elle pense, d’aller où elle veut, de voir qui elle veut. Elle s’autocensure avant même que l’autre n’intervienne, et elle finit par ne plus savoir ce qu’elle aurait voulu dire ou faire sans ce regard. C’est le même mécanisme que celui décrit à propos de la violence psychologique : l’autre n’a plus besoin d’agir, la personne se contrôle elle-même. Retirer la laisse ne suffit donc pas ; il faut aussi réapprendre à marcher sans.
Les formes, une par une
Cinq onglets pour décrire les formes que prennent les cyberviolences dans ce que nous entendons au cabinet. Elles se combinent presque toujours, et une même personne en subit souvent plusieurs à la fois.
Le nombre comme arme. Des dizaines, parfois des centaines de messages par jour, par tous les canaux à la fois, textos, messageries, réseaux, courriels, et de nouveaux comptes dès qu’un est bloqué. Le contenu alterne : insultes, excuses, déclarations, menaces, questions, silence, puis reprise. Cette alternance n’est pas un hasard : elle empêche de prévoir, donc de se détendre. Les appels répétés la nuit, les messages vocaux à écouter « sinon tu verras », les demandes de réponse immédiate relèvent de la même logique. Nous l’observons aussi bien de la part d’un ex-partenaire que d’un parent, d’un ancien ami, ou d’un groupe de camarades.
Savoir où vous êtes, toujours. Partage de position exigé, consultation des comptes depuis un autre appareil, lecture des messages, vérification des heures de connexion et des « j’aime », demande de photos pour prouver où l’on se trouve, surveillance des amis en ligne, parfois installation d’un logiciel à l’insu de la personne. La surveillance s’exerce souvent au nom de l’amour ou de l’inquiétude, et elle a pour effet que la personne n’a plus aucun espace à elle. Beaucoup de nos patientes et patients ont découvert la surveillance par hasard : une remarque sur un lieu qu’ils n’avaient jamais mentionné.
Parler et agir à votre place. Mots de passe exigés ou récupérés, comptes ouverts « à deux » puis confisqués, messages envoyés en votre nom à vos proches ou à votre employeur, publications sur vos réseaux, inscription sur des sites, changement des mots de passe qui vous enferme dehors. L’usurpation d’identité atteint quelque chose de profond : la personne n’est plus sûre que ce que les autres lisent d’elle vient d’elle, et elle doit se justifier de propos qu’elle n’a pas tenus. La page sur la violence administrative décrit le même mécanisme avec les papiers : être dépossédé de sa propre identité.
L’intimité comme otage. Photos ou vidéos intimes, prises avec accord dans la relation ou à l’insu de la personne, utilisées ensuite comme menace, « si tu pars, tout le monde les verra », puis parfois diffusées, à des proches, à un employeur, à une classe, sur des sites. Il s’agit d’une violence sexuelle, et nous la traitons comme telle. La section suivante lui est consacrée. Chez les adolescents, la pression pour obtenir une image, puis le chantage à sa diffusion, est l’une des situations les plus fréquentes et les plus destructrices que nous rencontrions.
La place publique sans limite. Montages, faux comptes, rumeurs, captures d’écran sorties de leur contexte, sondages humiliants, groupes créés pour se moquer, commentaires en meute. Ce qui aurait été une moquerie dans un couloir devient une humiliation devant des centaines de personnes, archivée, partageable, impossible à faire disparaître complètement. Pour un adolescent, c’est l’ensemble de son monde social qui a vu. Le dossier harcèlement y consacre une page détaillée, le cyberharcèlement, à laquelle nous renvoyons pour ce qui concerne l’école.
Les images intimes diffusées sans accord
De toutes les cyberviolences, c’est celle dont les effets ressemblent le plus à ceux d’une agression sexuelle, et pour une raison simple : c’en est une. Une image intime diffusée sans accord expose le corps de la personne au regard d’autrui contre sa volonté, autant de fois qu’il y a de regards. La sidération, la honte, le sentiment d’être sale ou souillé, l’impression que tout le monde sait, l’évitement des lieux où l’on pourrait croiser ceux qui ont vu : tout ce que décrit la page sur la violence sexuelle se retrouve, avec une particularité terrible, la répétition potentielle à l’infini. La personne ne sait pas qui a vu, ni qui verra, ni quand cela ressurgira. Elle vit dans un présent qui ne se referme pas.
Il faut dire une chose clairement, parce que la personne concernée se la reproche presque toujours : avoir fait ou envoyé une image dans la confiance d’une relation n’a jamais signifié accepter qu’elle soit montrée à d’autres. Le consentement à un geste intime n’est pas un consentement à sa diffusion, pas plus qu’accepter un dîner n’est accepter d’être suivi ensuite. La honte que ressent la personne est celle de l’acte de l’autre, retournée contre elle, et la page la honte après des violences explique ce retournement. La loi, de son côté, interdit la diffusion d’un tel document sans l’accord de la personne, même si celle-ci avait consenti à sa réalisation ; la page cyberharcèlement de notre dossier harcèlement présente le texte vérifié qui s’applique.
Ce que nous observons, c’est que la menace de diffusion fait souvent autant de dégâts que la diffusion elle-même. Une personne à qui l’on a dit « si tu me quittes, j’envoie tout à ta famille » vit déjà l’exposition par anticipation, et elle reste, ou elle cède, pour que cela n’arrive pas. Le chantage à l’image est l’un des verrous les plus puissants que nous rencontrons dans les relations d’emprise, et l’un de ceux dont les personnes parlent le plus tard, parce qu’en parler, c’est déjà, croient-elles, montrer l’image.
Les adolescents
Les adolescents sont, de toutes les personnes que nous recevons pour des cyberviolences, les plus exposés, pour trois raisons qui tiennent à leur âge et non à leur imprudence. Leur vie sociale passe presque entièrement par le téléphone : être exclu d’un groupe de discussion, c’est être exclu de la classe. Leur intimité se construit, et elle se construit aussi en ligne : envoyer une image à quelqu’un qu’on aime fait partie, pour beaucoup, des premières expériences amoureuses, avec la confiance totale qui va avec. Et leur monde est petit : une humiliation vue par deux cents camarades est vue par tout leur univers.
Le scénario le plus fréquent dans ce que nous entendons est celui-ci : une image envoyée dans une relation, la relation qui se termine, l’image qui circule ou qui sert de menace, et un adolescent qui se tait, parce qu’il a honte, parce qu’il croit que c’est sa faute, parce qu’il a peur de la réaction de ses parents, et parfois parce qu’on lui a promis le pire s’il parlait. Les signes qui alertent sont ceux d’un enfant qui va mal sans dire pourquoi : isolement, sommeil cassé, refus d’aller en cours, téléphone caché ou au contraire abandonné, irritabilité, propos sombres. La page sur les écrans chez les enfants et les adolescents et celle sur les réseaux sociaux éclairent le contexte ; celle du dossier harcèlement sur le cyberharcèlement détaille ce qui se passe entre élèves.
Ce qui aide un adolescent, d’abord, c’est un adulte qui ne hurle pas. La première phrase qu’il entendra en parlant décidera de la suite : « comment as-tu pu ? » le renverra au silence, « merci de me le dire, ce n’est pas ta faute, on va s’en occuper » lui rendra un sol. Au cabinet, le pédopsychothérapeute le reçoit seul, avec un temps qui lui appartient, et ses parents à d’autres moments, pour eux-mêmes. La téléconsultation est parfois une première étape pour un adolescent qui ne sort plus. L’EMDR, adaptée à son âge, cible la scène de la découverte, l’image, les messages, et les croyances qui se sont installées : « je suis sale », « tout le monde le sait », « c’est ma faute ». Et nous disons, autant de fois qu’il le faut, ce que la loi dit aussi : avoir envoyé une image en confiance ne donne à personne le droit de la transmettre.
Ce que cela fait au sommeil et à la vigilance
Les personnes que nous recevons pour des cyberviolences dorment mal, presque sans exception, et le mécanisme mérite d’être expliqué, parce qu’il n’est pas une simple inquiétude. Le téléphone dort avec elles. Il vibre, il s’allume, et même silencieux, il peut vibrer. Le cerveau, qui a appris que chaque vibration peut être une menace, ne redescend plus : il reste en veille, prêt à réagir, dans ce que les cliniciens du trauma appellent l’hypervigilance. Le sommeil devient léger, fragmenté, interrompu par des vérifications. Au réveil, le premier geste est de regarder, et la journée commence par la décharge.
Cette hypervigilance ne se limite pas au téléphone. Elle déborde : sursaut au bruit d’une notification sur l’appareil de quelqu’un d’autre, cœur qui s’emballe en voyant un nom qui ressemble, impossibilité d’ouvrir une messagerie professionnelle sans appréhension, vérifications compulsives de ses propres comptes pour voir si quelque chose a été publié. Ce sont des symptômes qui appartiennent au registre du stress post-traumatique, et ils peuvent persister longtemps après la fin des faits, parce que l’objet qui les déclenche, le téléphone, est aussi celui dont on ne peut pas se passer. On ne peut pas éviter le déclencheur ; il faut donc le désamorcer.
La fatigue qui en résulte a des effets en cascade, sur l’attention, l’humeur, le travail ou l’école, et elle alimente le doute sur soi : « je ne suis plus bon à rien ». La page sur l’anxiété et le sommeil décrit ce que l’on peut faire pour les nuits, et la page le corps après la violence ce que le corps garde. Nous travaillons en lien avec le médecin quand le sommeil est très abîmé.
Reprendre la main : les gestes qui comptent
Reprendre la main se fait sur deux plans qui se soutiennent l’un l’autre : le plan technique, qui coupe les canaux, et le plan intérieur, qui désamorce la peur. Nous ne donnons pas ici de mode d’emploi détaillé des appareils et des applications, parce que ces réglages changent sans cesse et qu’une personne de confiance à l’aise avec le numérique vous aidera mieux qu’une page. Mais les principes, eux, ne changent pas. Cochez ce que vous avez déjà fait ; ce qui reste à cocher dessine la suite.
Un mot de prudence, que nous disons toujours en séance : couper brutalement tous les canaux avec une personne qui exerce un contrôle peut déclencher une escalade, en ligne ou dans la vie réelle. Si vous vivez encore avec la personne, ou si elle sait où vous trouver, ces gestes se réfléchissent avec quelqu’un, dans l’ordre et au rythme qui vous protègent. La page se mettre en sécurité et à distance explique ce que nous entendons par là.
Exemple fictif : Sofia, 29 ans, « il sait toujours où je suis »
Sofia n’existe pas. Son histoire rassemble des situations que nous rencontrons souvent, pour montrer comment nous raisonnons.
Situation
Sofia a quitté son compagnon il y a quatre mois, après trois ans de relation. Depuis, elle reçoit chaque jour des dizaines de messages, tendres le matin, insultants le soir, puis des excuses. Il a su dans quel bar elle était samedi, alors qu’elle n’en avait parlé à personne. La semaine dernière, il lui a écrit qu’il avait « gardé les photos » et que son employeur « serait intéressé ». Elle dort avec son téléphone sous l’oreiller, sursaute à chaque vibration, a cessé de sortir, et elle a bloqué trois comptes qui ont été remplacés par trois autres. Elle consulte pour « des crises d’angoisse » et dit qu’elle « aurait dû se méfier » le jour où elle a accepté de partager sa position, « au début, c’était mignon ».
Quelle piste vous paraît la plus juste ?
Dans la suite imaginée de cette histoire, une amie de Sofia découvre un partage de position toujours actif depuis un ancien compte commun. Le téléphone quitte la chambre. Les scènes retraitées en EMDR cessent de la réveiller, et elle recommence à sortir, d’abord accompagnée. Ce qu’elle décide des messages conservés et d’une éventuelle démarche lui appartient ; ce qu’elle a repris, c’est la nuit.
Vrai ou faux : ce que l’on croit des cyberviolences
Six affirmations courantes, chez les personnes concernées comme dans leur entourage. Répondez, puis lisez notre explication.
Affirmation 1
« Si je ne réponds pas, ça va s’arrêter tout seul. »
C’est plus nuancé. Ne pas répondre est le bon réflexe, parce que toute réponse relance. Mais le silence seul n’arrête pas toujours une personne décidée, qui changera de compte ou de canal. Il doit s’accompagner de gestes techniques, de traces conservées et, souvent, d’un accompagnement, pour que vous n’attendiez pas seul que cela cesse.
Affirmation 2
« Avoir envoyé une photo intime en confiance, c’est avoir accepté qu’elle circule. »
Faux. Le consentement à faire ou à envoyer une image dans une relation n’est pas un consentement à sa diffusion, et la loi l’interdit expressément sans l’accord de la personne. La honte ressentie est celle de l’acte de l’autre, retournée contre soi. Nous le répétons autant de fois qu’il le faut, en particulier aux adolescents.
Affirmation 3
« Partager sa position avec son partenaire, c’est forcément de l’emprise. »
Faux. Des couples partagent leur position par commodité, dans les deux sens, et peuvent l’interrompre sans conséquence. Ce qui fait le contrôle, c’est le caractère exigé, à sens unique, surveillé et sanctionné : quand ne plus partager déclenche une crise, la position est devenue une laisse.
Affirmation 4
« Les cyberviolences peuvent provoquer des symptômes de stress post-traumatique. »
Vrai. Hypervigilance, sursauts à chaque vibration, scènes qui reviennent, évitements, sommeil fragmenté : le corps réagit à une menace numérique comme à une menace physique, avec cette particularité que le déclencheur, le téléphone, ne peut pas être évité et doit donc être désamorcé.
Affirmation 5
« Un adolescent dont les images circulent le dit spontanément à ses parents. »
Faux, le plus souvent. La honte, la peur de la réaction des parents, la conviction que c’est sa faute et parfois des menaces explicites le font taire. Ce sont l’isolement, le sommeil, le refus d’aller en cours, le téléphone caché ou abandonné qui parlent. La première phrase de l’adulte qui l’apprend décidera de la suite.
Affirmation 6
« Garder des copies d’écran datées, pour soi, est utile. »
Vrai. Elles rendent la mémoire, qui se brouille sous la tension, et montrent la fréquence et la progression. Elles pourront servir si une démarche est engagée un jour, démarche que nous n’organisons pas mais que nous accompagnons. Gardez-les dans un endroit auquel l’autre n’a pas accès.
Ce que la loi nomme
Les personnes qui subissent des cyberviolences entendent souvent que « sur internet, on ne peut rien faire ». Les textes que nous avons vérifiés disent le contraire, et nous les donnons ici comme des repères, sans mode d’emploi : une démarche judiciaire ne passe pas par le cabinet, qui accompagne avant, pendant et après.
L’article 222-33-2-2 du code pénal sanctionne le harcèlement moral en général, c’est-à-dire des propos ou des comportements répétés qui dégradent les conditions de vie d’une personne et altèrent sa santé physique ou mentale. Il compte parmi les circonstances qui alourdissent la peine le fait que la victime soit mineure et le fait que les faits soient commis par un service de communication au public en ligne ou par un support numérique ou électronique : chacune porte la peine à deux ans d’emprisonnement et 30 000 € d’amende, et deux d’entre elles réunies à trois ans et 45 000 €. Lorsque l’auteur est un conjoint, un concubin ou un partenaire de PACS, actuel ou ancien, c’est l’article 222-33-2-1 qui s’applique, pour des propos ou comportements répétés qui dégradent les conditions de vie de la personne et altèrent sa santé. Textes vérifiés le 30 octobre 2026.
Le texte qui concerne la diffusion d’images intimes sans accord, ainsi que ceux qui s’appliquent entre élèves, sont présentés sur la page cyberharcèlement de notre dossier harcèlement. L’ensemble des textes de ce dossier figure sur la loi et la plainte.
Si la menace devient concrète
Des menaces de venir, de s’en prendre à vous ou à vos proches, des idées sombres chez vous ou chez votre adolescent sont à prendre au sérieux sans délai. En cas de danger immédiat, faites le 15 (SAMU). Prenez un rendez-vous au cabinet en téléconsultation le plus rapidement possible. Si Doctolib ne permet pas un rendez-vous immédiat, envoyez des textos WhatsApp ou/et SMS aux cliniciens du cabinet.
Ce que nous faisons au cabinet
Les cyberviolences arrivent chez nous par des portes variées : une anxiété, un sommeil détruit, un adolescent qui ne va plus en cours, une séparation qui ne finit pas, une relation d’emprise dont le téléphone est l’instrument. Dans tous les cas, nous commençons par nommer ce qui se passe avec les mots de ce dossier, harcèlement, surveillance, chantage, violence sexuelle, parce que la personne parle souvent de « messages » et de « photos » sans oser les mots qui disent la gravité. Ce « je vous crois », dit par un clinicien qui écoute et évalue, retire une part de la honte ; écrit dans le compte rendu d’un bilan psycho-traumatique, il peut être lu par les proches, et pris en compte si une procédure est engagée.
La sécurité est évaluée d’emblée, y compris physique, et les gestes techniques se réfléchissent avec la personne, dans un ordre qui n’expose pas à une escalade. Le psychothérapeute du cabinet est formé au trauma : l’EMDR, en séances de 80 minutes, cible les scènes précises, la découverte de l’image, le message de menace, la remarque sur le lieu qu’on n’avait dit à personne, et désamorce le déclencheur qu’est devenu le téléphone. Les outils de la TCC servent à reprendre le sommeil, à sortir du réflexe de vérification, à réapprendre à publier, à sortir, à écrire sans le regard de l’autre. L’écoute analytique reprend la culpabilité, « j’aurais dû me méfier », « j’ai été naïve », et ce qui, dans l’histoire de la personne, a rendu la surveillance si longue à voir.
Avec les adolescents, le pédopsychothérapeute travaille avec un temps à eux, par la parole, le dessin et l’EMDR adaptée à leur âge, et reçoit les parents séparément, pour eux-mêmes et pour les aider à tenir la position qui protège : croire, ne pas hurler, agir. Avec leur accord, nous pouvons échanger avec l’école. La téléconsultation est souvent la première étape pour un jeune qui ne sort plus, et pour toute personne qui préfère ne pas être vue entrer quelque part. Le premier rendez-vous n’engage à rien.
À retenir
Les cyberviolences sont des violences de toujours, contrôle, harcèlement, humiliation, atteinte à l’intimité, par un canal qui ne s’arrête jamais, porte loin et laisse des traces.
Le téléphone devient une laisse : surveillance, réponse exigée, chantage. La diffusion d’une image intime sans accord est une violence sexuelle, et l’avoir envoyée en confiance n’est pas y avoir consenti.
Le corps réagit comme à une menace physique : hypervigilance, sommeil cassé, sursauts à chaque vibration. Le déclencheur ne peut pas être évité, il doit être désamorcé.
Au cabinet : nommer, évaluer la sécurité, réfléchir les gestes techniques dans le bon ordre, EMDR sur les scènes, TCC pour le sommeil et les réflexes, écoute analytique sur la culpabilité, adolescents reçus avec un temps à eux.
Questions fréquentes sur les cyberviolences
Qu’est-ce qu’une cyberviolence ?
C’est une violence exercée au moyen des outils numériques : messages insultants, menaçants ou incessants, surveillance par la géolocalisation ou les réseaux, contrôle des comptes et des mots de passe, usurpation d’identité, diffusion ou menace de diffusion d’images intimes, humiliation publique en ligne. Ce ne sont pas des violences « virtuelles » : elles produisent dans le corps les mêmes effets que les violences hors ligne, avec en plus la continuité, la portée et la trace.
Mon ex sait toujours où je suis, comment est-ce possible ?
Le plus souvent par un partage de position resté actif depuis la relation, un compte commun encore ouvert, un appareil associé à vos comptes, parfois une application installée à votre insu. Ces réglages changent avec les appareils, et nous n’en donnons pas le mode d’emploi ; une personne de confiance à l’aise avec le numérique vous aidera à vérifier qui est connecté et quels partages sont actifs. Faites-le depuis un appareil sûr, et réfléchissez l’ordre des gestes si une escalade est à craindre.
Que faire si on menace de diffuser mes photos ?
D’abord ne pas céder au chantage, qui ne s’arrête jamais une fois qu’il a fonctionné, et ne pas rester seul avec cette menace : en parler à un proche ou à nous. Garder des copies d’écran datées de la menace, dans un endroit sûr. Savoir que la loi interdit la diffusion d’une image intime sans votre accord, même si vous aviez accepté qu’elle soit faite, et que la honte que vous ressentez est celle de l’acte de l’autre. Nous accompagnons avant, pendant et après une éventuelle démarche, sans l’organiser.
Mon adolescent est harcelé dans un groupe de classe, que faire ?
Le croire, le remercier d’avoir parlé, lui dire que ce n’est pas sa faute, et ne pas hurler : la première phrase décide de la suite. Conserver avec lui les captures d’écran, alerter l’école par écrit, et éviter de lui confisquer son téléphone, ce qui le punirait d’avoir parlé. Le dossier harcèlement scolaire détaille chaque étape. Au cabinet, le pédopsychothérapeute le reçoit seul, avec un temps à lui, et vous à d’autres moments ; la téléconsultation peut être une première étape.
Pourquoi est-ce que je sursaute à chaque notification ?
Parce que votre cerveau a appris que chaque vibration pouvait être une menace, et qu’il reste en veille pour y faire face. C’est de l’hypervigilance, un symptôme du registre post-traumatique, qui se prolonge tant que le déclencheur reste là. Comme on ne peut pas se passer du téléphone, on ne peut pas éviter le déclencheur : il faut le désamorcer. C’est ce que l’EMDR et les outils de la TCC permettent, en commençant par protéger le sommeil.
Faut-il garder les messages ou tout supprimer ?
Garder, pour vous, sous forme de copies d’écran datées, dans un endroit auquel l’autre n’a pas accès, puis bloquer. Supprimer soulage sur le moment mais fait disparaître ce qui vous permettrait, plus tard, de vous souvenir précisément et de montrer la fréquence. Ces traces vous rendent votre mémoire ; elles pourront servir si vous engagez un jour une démarche, que nous n’organisons pas mais que nous accompagnons.
Comment le cabinet aide-t-il face aux cyberviolences ?
En nommant d’abord ce qui se passe, harcèlement, surveillance, chantage, violence sexuelle, puis en évaluant la sécurité et en réfléchissant avec vous l’ordre des gestes techniques. Le travail associe l’EMDR sur les scènes précises, les outils de la TCC pour le sommeil et les réflexes de vérification, et l’écoute analytique pour la culpabilité. Un bilan psycho-traumatique peut mesurer les effets et donne lieu à un compte rendu écrit. Les adolescents sont reçus avec un temps à eux. Au cabinet ou en téléconsultation.
Références
Livres, articles et liensQuelques références de cette page…
Les sources, livres et institutions, dont cette page se sert.
Evan Stark, Coercive Control: How Men Entrap Women in Personal Life, Oxford University Press, 2007.
Marie-France Hirigoyen, Femmes sous emprise. Les ressorts de la violence dans le couple, Oh ! Éditions, 2005.
Dan Olweus, Bullying at School: What We Know and What We Can Do, Blackwell, 1993.
danah boyd, It’s Complicated: The Social Lives of Networked Teens, Yale University Press, 2014.
Judith L. Herman, Trauma and Recovery, Basic Books, 1992.
Bessel van der Kolk, Le Corps n’oublie rien, 2014.
Un premier rendez-vous permet de nommer ce qui se passe, d’évaluer la sécurité et de décider ensemble des premiers gestes. Au cabinet ou en téléconsultation, pour vous ou pour votre adolescent.
La « loi de l’instrument », formulée par Abraham Kaplan en 1964 puis reprise par Abraham Maslow dans The Psychology of Science: A Reconnaissance (1966), rappelle qu’« il est tentant, si le seul outil dont on dispose est un marteau, de traiter tout comme si c’était un clou ».
En psychologie, une méthode ne peut pas répondre à toutes les situations. Forts de plusieurs décennies de pratique et de formations complémentaires, nous mobilisons de nombreux outils, choisis avec discernement, afin d’identifier rapidement les leviers les plus efficaces. Nous proposons ainsi un accompagnement aussi bref qu’efficace, tout en sachant accompagner aussi bien les suivis prolongés que le besoin d’un espace de parole régulier.