Une expérience de maîtrise
Un moment, même modeste, où l’on s’est senti capable : réussir un examen, tenir tête, finir une randonnée. On revit la scène avec les sens, on repère la sensation dans le corps, on la renforce.
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Avant de toucher au moindre souvenir, l’EMDR commence par équiper. Un endroit intérieur où respirer, une boîte où ranger ce qui déborde, des forces que l’on peut appeler. Cette phase dite de stabilisation passe parfois pour une formalité. C’est l’inverse : elle apprend à faire redescendre une émotion soi-même, et ses outils servent longtemps après la fin de la thérapie.
Beaucoup de personnes arrivent en EMDR avec une idée précise : « on y va, on traite, on n’en parle plus ». L’envie est compréhensible. Mais ouvrir un souvenir chargé sans savoir le refermer, c’est comme vider un placard entier sur le sol sans avoir prévu où ranger. On se retrouve au milieu de tout, pire qu’avant.
La phase de préparation sert à trois choses. Vérifier que l’on dispose de moyens pour faire baisser une émotion forte en quelques minutes. S’entraîner à les utiliser à froid, pour qu’ils soient disponibles à chaud. Et construire la confiance dans le cadre : savoir que l’on peut arrêter d’un geste, que le thérapeute reste présent, que la séance se termine toujours au calme.
Cette page détaille les outils. Pour la vue d’ensemble du protocole, voir émotions et EMDR ; pour ce qui se passe ensuite avec les souvenirs, souvenirs et émotions bloquées.
Personne ne monte sur un ring sans avoir appris à tenir sa garde. Personne ne saute d’un avion sans avoir vérifié le parachute. La stabilisation, c’est la garde et le parachute. Ce n’est pas le moment le plus spectaculaire de la thérapie. C’est celui qui permet tous les autres.
Le lieu sûr (certains préfèrent dire lieu calme, ou lieu ressource) est un endroit, réel ou imaginaire, où l’on se sent complètement en sécurité et apaisé. Une plage au petit matin, une cabane d’enfance, un fauteuil près d’une fenêtre, un coin de forêt. Peu importe qu’il existe, pourvu qu’il n’y ait aucune mauvaise nouvelle attachée : une maison de vacances où a eu lieu une dispute n’est pas un lieu sûr.
L’installation suit toujours la même logique : on construit l’image avec les cinq sens, on repère l’émotion et la sensation agréables qui l’accompagnent, on les renforce par quelques stimulations bilatérales lentes, on associe un mot-clé, puis on teste : on évoque une petite contrariété et l’on revient au lieu sûr avec le mot. Si le retour fonctionne, l’outil est prêt. Le site présente aussi le lieu sûr et le contenant dans sa page outils psychiques.
Installez-vous confortablement, les deux pieds au sol. Lancez le guide : il vous accompagne étape par étape, en vous laissant le temps à chaque fois. Si une image désagréable arrive, changez de lieu sans hésiter : le bon lieu sûr est celui qui ne résiste pas.
Écrire son lieu sûr aide à le retrouver les jours où l’imagination manque. Cette fiche reste dans votre navigateur : copiez-la pour la garder ou l’apporter en séance.
C’est fréquent, surtout quand l’enfance n’en a pas offert. Plusieurs pistes : un lieu imaginaire ou tiré d’un film, un lieu « sûr » plutôt qu’« heureux » (un abri, un phare), un lieu de taille réduite (un fauteuil plutôt qu’une maison), ou une activité plutôt qu’un lieu (nager, marcher avec un chien). Si rien ne tient, on commence par d’autres ressources, et le lieu sûr viendra plus tard. Ne pas y arriver est une information clinique, pas un échec.
Le contenant répond à une question très concrète : que fait-on, le mardi soir, du souvenir qu’on a commencé à travailler et qui n’est pas terminé ? On le range. Pas pour l’oublier : pour le mettre en sécurité, à un endroit où il ne se renverse pas, jusqu’à ce qu’on le reprenne.
Chacun choisit son contenant : un coffre-fort, une malle, un bocal avec un couvercle qui visse, un tiroir à clé, un bateau que l’on regarde s’éloigner. L’important est qu’il ferme vraiment, qu’il soit assez grand, et que l’on sache où est la clé. En fin de séance, on y dépose ce qui reste, on le ferme, et on fait le trajet inverse au début de la suivante.
Au quotidien, le contenant sert à bien plus que l’EMDR :
L’installation de ressources, souvent appelée RDI (pour Resource Development and Installation), part d’une observation simple : pour affronter un souvenir difficile, il faut arriver avec quelque chose dans les mains. On identifie donc ce dont la personne aura besoin, du courage, du calme, le sentiment d’avoir le droit d’exister, et on va le chercher là où il existe déjà.
Un moment, même modeste, où l’on s’est senti capable : réussir un examen, tenir tête, finir une randonnée. On revit la scène avec les sens, on repère la sensation dans le corps, on la renforce.
Une grand-mère, un professeur, un personnage de roman, un animal. Quelqu’un dont la présence, même imaginée, donne de la force ou de la douceur. On installe sa présence à ses côtés.
Un objet, une image, un geste : un arbre bien enraciné, une main sur le cœur, un galet dans la poche. Le symbole condense la ressource et la rend disponible en une seconde.
Chaque ressource est renforcée par de courtes séries de stimulations bilatérales lentes, puis reliée à un mot-clé, comme le lieu sûr. On vérifie ensuite qu’elle « tient » face à une difficulté modérée. Ces ressources forment ce que certains thérapeutes appellent l’équipe intérieure : les personnes, forces et images que l’on emmène dans la séance de retraitement, et dans la vie.
Les séries lentes et courtes servent à renforcer un état agréable sans le faire dériver. Les séries plus longues et plus rapides, utilisées pour les souvenirs, favorisent au contraire les associations et le mouvement. Avec une ressource, on ne veut pas que l’esprit parte ailleurs : on veut qu’il reste et qu’il s’imprègne. C’est aussi pour cela que l’auto-stimulation à la maison est réservée aux ressources, jamais aux souvenirs.
Le lieu sûr et les ressources demandent quelques minutes. D’autres outils agissent en quelques secondes, et ils sont précieux au milieu d’une séance comme au milieu d’un supermarché.
Les outils de stabilisation sont installés dès les premières séances, qu’il s’agisse d’EMDR ou non : ils font partie du socle commun aux TCC et à l’EMDR tel qu’il est pratiqué au cabinet. Les séances de relaxation guidée du cabinet (enfant ou adulte, 5 ou 15 minutes) et la cohérence cardiaque présentées dans la page outils psychiques les complètent à la maison. En téléconsultation, ces outils s’enseignent aussi bien qu’en cabinet.
Tous ces outils servent un même objectif : rester, ou revenir, dans sa fenêtre de tolérance. Ce modèle, proposé par le psychiatre Daniel Siegel, décrit une zone d’activation dans laquelle on peut ressentir une émotion, même forte, tout en continuant à penser. Au-dessus, l’hyperactivation : panique, colère, agitation. En dessous, l’hypoactivation : engourdissement, brouillard, coupure.
Le retraitement EMDR ne fonctionne que dans la fenêtre. Trop haut, le souvenir submerge et rien ne se relie. Trop bas, la personne n’est plus vraiment là et rien ne se traite. Le thérapeute surveille donc en permanence où vous êtes, et les outils de stabilisation sont ses leviers pour vous y ramener. Avec le temps, la fenêtre s’élargit : on supporte plus, on se coupe moins. La page la fenêtre de tolérance propose un outil interactif pour repérer la sienne.
Un petit tri pour vérifier que l’idée est claire. Classez chaque carte : aide-t-elle à revenir dans la fenêtre, ou tend-elle à en faire sortir ?
Avec un enfant, la stabilisation passe par le jeu. Le lieu sûr se dessine plutôt qu’il ne se décrit, et il a souvent une cabane, un animal ou un super-héros dedans. Le contenant devient une vraie boîte, parfois décorée en séance, dans laquelle on glisse un dessin de « ce qui embête ». Les ressources prennent la forme de figures : un personnage courageux, un doudou, un grand-parent, que l’on fait venir à côté de soi sur le canapé.
La stimulation bilatérale se fait volontiers par le papillon : bras croisés sur la poitrine, mains sur les épaules, on tapote en alternance, gauche puis droite, lentement. Les enfants l’adoptent vite, et beaucoup de parents aussi. Il sert à renforcer les ressources et à se calmer avant de dormir. Il ne sert pas à travailler seul un souvenir difficile : cela reste le rôle de la séance. La page EMDR et émotions de l’enfant détaille le déroulement, et le sous-site EMDR consacre une page aux enfants et adolescents.
L’auto-stimulation bilatérale (papillon, tapotements sur les genoux) est utile pour installer du calme ou une ressource. Elle est déconseillée pour revisiter un souvenir chargé sans thérapeute : on risque d’ouvrir sans pouvoir refermer. Cette règle vaut pour les enfants comme pour les adultes.
Les deux se ressemblent et se complètent, mais elles ne visent pas la même chose. La relaxation cherche à baisser le niveau de tension général, dans le corps, par le relâchement musculaire ou la respiration. La stabilisation cherche à donner des leviers utilisables au moment où une émotion précise monte, y compris en pleine séance. Un lieu sûr n’est pas un exercice de détente : c’est un endroit où revenir quand ça tangue.
| Relaxation | Stabilisation (EMDR) | |
|---|---|---|
| Objectif | Faire baisser la tension de fond | Pouvoir revenir dans la fenêtre de tolérance à la demande |
| Quand | Régulièrement, à froid, en séance planifiée | À froid pour s’entraîner, puis à chaud quand l’émotion monte |
| Durée | 5 à 20 minutes | De quelques secondes (mot-clé, ancrage) à quelques minutes |
| Outil typique | Relaxation musculaire progressive, cohérence cardiaque | Lieu sûr, contenant, ressources, signal d’arrêt |
| Lien | La relaxation musculaire et la séance guidée du cabinet | Cette page, et la boîte à outils |
En pratique, les personnes qui pratiquent régulièrement une relaxation ont une tension de fond plus basse, et leurs outils de stabilisation marchent mieux. Les deux s’additionnent.
Dix questions sur vos moyens actuels pour faire redescendre une émotion forte. Le résultat indique si la phase de stabilisation sera probablement courte ou si elle mérite du temps. Ce n’est pas un diagnostic, et un score bas n’est pas une mauvaise nouvelle : c’est précisément ce que la stabilisation vient construire.
Un endroit réel ou imaginaire où l’on se sent complètement en sécurité, construit avec les cinq sens, renforcé par des stimulations bilatérales lentes et relié à un mot-clé. Il sert à revenir au calme pendant une séance et dans la vie quotidienne.
D’une séance à plusieurs mois. Elle est courte quand la personne dispose déjà de moyens fiables pour réguler ses émotions, plus longue quand les émotions se coupent facilement, en cas de dissociation, ou quand le sommeil et les consommations doivent d’abord être stabilisés.
À ranger en sécurité ce qui n’est pas terminé en fin de séance, et au quotidien une rumination ou une image intrusive, avec un rendez-vous pour la reprendre. Ce rendez-vous distingue le contenant du refoulement : on ne nie pas, on diffère.
Oui, pour installer du calme ou renforcer une ressource, chez l’enfant comme chez l’adulte. Non pour revisiter un souvenir chargé sans thérapeute : on risquerait d’ouvrir une émotion sans pouvoir la refermer.
La relaxation baisse la tension de fond, régulièrement et à froid. La stabilisation donne des leviers utilisables au moment précis où une émotion monte, pour revenir dans la fenêtre de tolérance. Les deux se complètent.
Si vos émotions débordent ou se coupent, le premier travail consiste souvent à installer des outils fiables pour revenir au calme. C’est ce par quoi commence tout accompagnement au cabinet, en EMDR comme en TCC, avant d’aller plus loin si c’est utile. Les enfants, les adolescents, les adultes, les couples et les familles sont reçus au cabinet, à Colombes, ou en téléconsultation.
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La « loi de l’instrument », formulée par en 1964 puis reprise par dans The Psychology of Science: A Reconnaissance (1966), rappelle qu’« il est tentant, si le seul outil dont on dispose est un marteau, de traiter tout comme si c’était un clou ».
En psychologie, une méthode ne peut pas répondre à toutes les situations. Forts de plusieurs décennies de pratique et de formations complémentaires, nous mobilisons de nombreux outils, choisis avec discernement, afin d’identifier rapidement les leviers les plus efficaces. Nous proposons ainsi un accompagnement aussi bref qu’efficace, tout en sachant accompagner aussi bien les suivis prolongés que le besoin d’un espace de parole régulier.