Infarctus, même jeune
La cocaïne resserre les vaisseaux et accélère le cœur : infarctus, troubles du rythme, AVC peuvent survenir même chez des personnes jeunes, même lors d’une première consommation.
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Un joint pour s’endormir, un rail de cocaïne pour tenir la soirée, des cachets pour danser jusqu’au matin, des médicaments pris « juste pour dormir » depuis cinq ans. Les drogues illicites et certains médicaments détournés concernent bien plus de monde qu’on ne l’imagine, à tous les âges et dans tous les milieux. Cette page présente les grandes familles de produits, ce que l’on recherche avec chacun, les risques réels (sans dramatiser ni banaliser), le danger des mélanges, les gestes de réduction des risques, et les lieux où l’on peut être aidé, gratuitement et sans jugement.
On classe souvent les substances psychoactives selon leur effet principal sur le cerveau. Cette classification simplifie (certains produits appartiennent à plusieurs familles), mais elle aide beaucoup à comprendre les effets recherchés, les risques et surtout le danger des mélanges. Retournez les cartes.
Un même produit n’a pas le même effet sur tout le monde ni à chaque fois. L’effet dépend de la dose, de la pureté (souvent inconnue pour les produits de rue), du mode de consommation (fumé, sniffé, avalé, injecté, inhalé), de l’état de la personne (fatigue, humeur, faim, traitement en cours) et du contexte (seul, en fête, en confiance ou non). C’est ce que les professionnels appellent la rencontre entre un produit, une personne et un contexte.
Le cannabis est la drogue illicite la plus consommée en France, surtout chez les jeunes adultes. Il se fume (souvent mélangé au tabac), se vapote ou s’ingère (gâteaux, bonbons). Sa principale substance active, le THC, agit sur un système naturel du cerveau, le système endocannabinoïde, qui participe à la régulation de l’humeur, de la mémoire, de l’appétit, du sommeil et de la douleur. Le CBD, autre molécule de la plante, n’est pas enivrant ; il est vendu légalement en France, et ses effets sur l’anxiété ou le sommeil restent peu démontrés.
Ce que l’on recherche : la détente, le rire, l’apaisement des pensées, l’aide à l’endormissement, le partage. Ce que l’on sait des risques est aujourd’hui assez solide, et ils dépendent beaucoup de l’âge de début, de la fréquence et de la concentration en THC, qui a fortement augmenté : la résine vendue en France est en moyenne environ trois fois plus concentrée qu’il y a une vingtaine d’années.
Attention, mémoire, motivation. Pendant l’effet et dans les heures qui suivent, l’attention, la mémoire à court terme et la coordination sont nettement diminuées. Chez les usagers réguliers, ces difficultés peuvent durer plus longtemps et s’accompagner d’un manque d’élan. Elles s’améliorent en général après l’arrêt, sur quelques semaines. Chez l’adolescent, dont le cerveau se construit jusqu’à vingt-cinq ans environ, un usage régulier et précoce est associé à davantage de difficultés scolaires.
Le calme qui rend anxieux. Beaucoup fument pour se calmer, et c’est vrai sur le moment. Mais le cannabis peut aussi provoquer des crises d’angoisse, une méfiance, un sentiment d’étrangeté, et un usage régulier est associé à davantage d’anxiété et de dépression. Le sens de la relation n’est pas toujours clair : on fume parce qu’on va mal, et l’on va plus mal parce qu’on fume.
Un facteur de risque de psychose. Chez certaines personnes vulnérables, le cannabis peut déclencher un épisode psychotique (idées délirantes, hallucinations) ou avancer l’apparition d’une schizophrénie. Le risque est nettement plus élevé avec un usage quotidien de cannabis fortement dosé, surtout quand il a commencé à l’adolescence. Voir schizophrénie : le rôle du cannabis.
Oui, on peut être dépendant au cannabis. Environ un usager sur dix le devient, davantage quand l’usage commence tôt ou devient quotidien. Le sevrage existe : irritabilité, insomnie, rêves intenses, perte d’appétit, anxiété, avec un pic la première semaine. Il est pénible mais sans danger. Le joint du soir pour dormir est souvent le plus difficile à lâcher, parce que le sommeil met du temps à se réparer.
Poumons, cœur, route. Fumé avec du tabac, il expose aux mêmes risques que la cigarette, souvent en plus fort (inhalation profonde). Il accélère le cœur. Il multiplie le risque d’accident de la route, encore plus avec de l’alcool. Chez certains gros consommateurs apparaissent des vomissements à répétition, soulagés par des douches chaudes : ce syndrome peu connu disparaît à l’arrêt.
Des molécules fabriquées en laboratoire, qui imitent le THC en beaucoup plus puissant, circulent sous des noms de fantaisie, parfois dans des e-liquides pour cigarette électronique vendus comme du CBD. Des adolescents ont été hospitalisés après en avoir vapoté sans le savoir : malaises, angoisse intense, convulsions, troubles du cœur. Leur composition est imprévisible. Un e-liquide d’origine inconnue n’est jamais un produit anodin.
Non. Une expérimentation médicale encadrée existe en France pour quelques indications précises (certaines douleurs rebelles, épilepsies, spasticités, soins palliatifs), avec des médicaments dosés, prescrits et suivis. Cela n’a rien à voir avec le cannabis de rue, dont la composition est inconnue et qui n’est pas un traitement de l’anxiété, de l’insomnie ou de la dépression.
La consommation de cocaïne a beaucoup progressé en France ces dernières années, dans tous les milieux : fêtes, travail, bars, vie sexuelle. Sniffée, elle donne en quelques minutes une sensation d’énergie, de confiance, de puissance, de lucidité, qui dure peu (souvent moins d’une heure). Fumée sous forme de crack (ou de cocaïne « basée »), l’effet est encore plus rapide, plus intense et plus bref, ce qui rend l’envie de recommencer quasi immédiate.
Après l’effet vient la descente : fatigue, irritabilité, tristesse, angoisse, parfois des idées noires, et une envie très forte de reprendre pour l’éviter. C’est ce mécanisme qui fait passer de « une fois en soirée » à « jusqu’à ce qu’il n’y en ait plus ». Le craving de la cocaïne est réputé particulièrement intense et facilement déclenché (l’argent liquide, un certain bar, un certain contact, la fin de semaine).
La cocaïne resserre les vaisseaux et accélère le cœur : infarctus, troubles du rythme, AVC peuvent survenir même chez des personnes jeunes, même lors d’une première consommation.
Méfiance, sentiment d’être suivi, irritabilité, insomnie, et, à la longue, dépression et épuisement. Les épisodes de consommation prolongée peuvent provoquer de vraies bouffées délirantes.
Ensemble, ils forment dans le foie une substance plus toxique pour le cœur que chacun séparément. Et la cocaïne masque l’ivresse : on boit beaucoup plus sans le sentir.
Pas encore de médicament spécifique ayant fait ses preuves. Les approches les mieux étudiées sont psychologiques et comportementales : thérapies cognitives et comportementales, entretien motivationnel, programmes qui renforcent concrètement les périodes sans consommation, accompagnement des déclencheurs. Le suivi médical reste important pour le cœur, le sommeil, l’humeur et les autres consommations. Les recherches sur l’EMDR appliquée au craving portent aussi sur ce type de dépendance, à un stade encore exploratoire.
Les opioïdes regroupent l’héroïne, mais aussi des médicaments contre la douleur (codéine, tramadol, morphine, oxycodone…) et les traitements de substitution (méthadone, buprénorphine). Ils procurent un apaisement profond, une sensation de cocon, d’indifférence à la douleur physique et morale. Ils créent rapidement une tolérance et une dépendance physique, avec un manque très éprouvant.
Leur danger principal est l’overdose : à forte dose, ou mélangés à l’alcool, aux benzodiazépines ou au GHB, ils ralentissent la respiration jusqu’à l’arrêt. Le risque est particulièrement élevé après une période sans consommer (sevrage, hospitalisation, prison) : la tolérance a baissé, et la dose « habituelle » devient mortelle. La naloxone, antidote qui existe en spray nasal ou en injection, peut sauver une vie en attendant les secours ; elle peut être obtenue en pharmacie, et gratuitement dans les CSAPA et les centres de réduction des risques.
Les traitements de substitution (méthadone, buprénorphine), prescrits et suivis par un médecin, sont parmi les traitements les mieux validés en addictologie : ils réduisent fortement le risque de décès, les infections et la délinquance, et permettent de reconstruire une vie stable. Ce n’est pas « remplacer une drogue par une autre » : c’est un médicament, pris à dose stable, qui libère du manque et de la course au produit.
Oui. Les benzodiazépines et apparentées (prescrites contre l’anxiété ou l’insomnie) sont utiles sur une courte durée, mais leur usage prolongé entraîne souvent une tolérance et une dépendance, avec des difficultés de mémoire et un risque de chutes chez les personnes âgées. Leur arrêt ne doit jamais être brutal après un usage long : il se fait progressivement, avec le médecin, sur plusieurs semaines ou mois. Les psychothérapies de l’anxiété et de l’insomnie aident beaucoup à ce moment-là.
Ces produits sont souvent consommés en contexte festif, parfois de façon occasionnelle, ce qui donne une fausse impression de sécurité. Leur composition réelle est souvent inconnue. Voici quelques repères, sans prétendre à l’exhaustivité.
| Produit | Effets recherchés | Risques principaux |
|---|---|---|
| Ecstasy, MDMA | Euphorie, empathie, énergie, envie de danser | Coup de chaleur, déshydratation ou, à l’inverse, excès d’eau, cœur ; descente dépressive les jours suivants |
| Kétamine | Sensation de flottement, de détachement du corps | Confusion, chutes, perte de contact ; à la longue, atteintes graves de la vessie et dépendance |
| GHB, GBL | Désinhibition, euphorie, effet sur la libido | Marge très étroite entre la dose recherchée et le coma ; très dangereux avec l’alcool ; sevrage risqué |
| Protoxyde d’azote | Fou rire bref, ivresse de quelques secondes | Chutes, asphyxie ; à doses répétées, atteintes graves des nerfs et de la moelle épinière |
| LSD, champignons | Modifications des perceptions, expériences intenses | « Mauvais voyage » angoissant, comportements dangereux, déclenchement de troubles psychiques chez les personnes vulnérables |
| Cathinones de synthèse | Stimulation, désinhibition, parfois en contexte sexuel | Envie compulsive de reprendre, cœur, angoisse, paranoïa, risques infectieux |
Certains produits sont consommés pour prolonger ou intensifier les rapports sexuels, notamment lors de soirées où se mêlent drogues de synthèse et sexualité. Ces pratiques exposent à des risques particuliers (dépendance rapide, mélanges, consentement, infections) et à beaucoup de honte, ce qui retarde souvent la demande d’aide. Les CSAPA les connaissent bien et accueillent sans jugement. Voir aussi les addictions sans produit, qui abordent la sexualité compulsive.
Une grande partie des accidents graves ne vient pas d’un produit seul, mais d’un mélange. Deux produits qui ralentissent la respiration additionnent leurs effets ; un stimulant masque l’ivresse et pousse à boire davantage ; certains médicaments interagissent avec les drogues. Associez chaque mélange à son risque principal.
La réduction des risques est une politique de santé publique reconnue en France depuis les années 1990. Elle part d’un constat simple : certaines personnes vont consommer, au moins pour un temps, et il vaut mieux qu’elles restent en vie et en bonne santé. Elle a permis, entre autres, de faire chuter les contaminations par le VIH chez les usagers de drogues par injection. Les études montrent qu’elle n’augmente pas la consommation. Elle n’empêche pas de viser l’arrêt : elle accompagne la personne là où elle en est.
Les CAARUD (centres d’accueil et d’accompagnement à la réduction des risques pour usagers de drogues) proposent gratuitement du matériel, des conseils, parfois l’analyse de produits, et une écoute. Les CSAPA (centres de soins, d’accompagnement et de prévention en addictologie) accompagnent celles et ceux qui veulent réduire ou arrêter, ainsi que leurs proches.
Une personne qui ne répond plus, respire très lentement ou ronfle bruyamment, a les lèvres bleues ou fait un malaise après une consommation : appelez immédiatement les services d’urgence, mettez-la en position latérale de sécurité si elle respire, et utilisez la naloxone si des opioïdes sont en cause. En cas de danger immédiat, appelez les services d’urgence. Si vous avez des idées suicidaires, ou si un proche en a, parlez-en sans attendre à votre médecin traitant ; vous pouvez aussi prendre rendez-vous au cabinet pour en parler.
Situation
Léo, 27 ans, commercial, a commencé la cocaïne en soirée avec des collègues. D’abord une fois par mois, puis chaque week-end. Depuis quelques mois, il en prend aussi avant certains rendez-vous clients, « pour être au top ». Il dort mal, s’énerve vite, a des dettes. Le lundi, il se sent vide et triste. Il pense que ce n’est « pas une addiction », puisqu’il pourrait arrêter quand il veut.
Quelle démarche serait la plus utile ?
Affirmation 1
Faux. Naturel ne veut pas dire inoffensif : la ciguë aussi est naturelle. Le cannabis comporte des risques réels pour la mémoire, l’humeur, la route, et chez certaines personnes pour la santé mentale.
Affirmation 2
Vrai. Irritabilité, insomnie, rêves intenses, perte d’appétit : le sevrage du cannabis est bien décrit. Il n’est pas dangereux, mais il explique beaucoup de reprises.
Affirmation 3
Faux. Ce sont des médicaments, pris à dose stable sous suivi médical, qui réduisent fortement la mortalité et permettent de reconstruire une vie. Ils font partie des traitements les mieux validés en addictologie.
Affirmation 4
C’est plus nuancé, et plutôt faux. Le plus souvent, une prise isolée ne laisse pas de séquelle, mais des accidents cardiaques graves ont été décrits dès une première consommation, surtout en cas de mélange avec l’alcool.
Affirmation 5
Faux. Les évaluations montrent qu’elle n’augmente pas les consommations, et qu’elle réduit les décès, les infections et l’isolement. Elle est souvent la porte d’entrée vers le soin.
Six questions de connaissances, pour vérifier quelques repères utiles, pour vous ou pour en parler avec un proche. Quiz pédagogique, ce n’est ni un test validé ni un diagnostic, et il ne dit rien de votre consommation.
On peut demander de l’aide à tous les stades : pour faire le point, pour réduire les risques, pour diminuer, pour arrêter, pour ne pas reprendre, ou en tant que proche. Plusieurs portes d’entrée existent, et elles se complètent.
Il connaît votre santé, peut faire un premier point, prescrire un traitement de sevrage ou de substitution, et orienter. Il est tenu au secret médical.
Centres publics de soins en addictologie : médecins, psychologues, infirmiers, travailleurs sociaux. Gratuits, ils reçoivent les usagers et leurs proches, et l’anonymat peut être demandé.
Rattachées aux CSAPA, elles accueillent gratuitement et confidentiellement les adolescents, les jeunes adultes et leurs parents. Voir adolescents et consommations.
Comprendre la fonction du produit, travailler les souvenirs et les déclencheurs, prévenir la rechute, soigner l’anxiété, la dépression ou le trauma associés. Voir notre approche.
Au cabinet, nous travaillons en complément du suivi médical et des structures spécialisées, que nous ne remplaçons pas. Un bilan psychologique peut aider à comprendre ce qui se joue autour des consommations (anxiété, humeur, personnalité, traumatismes), et un bilan neuropsychologique, réalisé à distance des consommations, peut évaluer l’attention, la mémoire et rechercher un TDAH associé, fréquent chez les personnes qui consomment des stimulants ou du cannabis. Voir le bilan psychologique, TDAH et addictions et quand consulter.
Pour beaucoup d’adultes, un usage occasionnel ne pose pas de problème majeur, mais il n’est pas sans risque : conduite, crises d’angoisse, et risque plus important chez les adolescents et les personnes ayant des antécédents de troubles psychiques. Ce qui doit alerter, c’est un usage qui devient régulier, solitaire, ou qui sert à gérer ses émotions ou son sommeil.
Préparer l’arrêt aide beaucoup : choisir une date, prévenir son entourage, prévoir le sommeil des premières semaines, éviter les situations associées au joint. Le sevrage est pénible mais sans danger et s’améliore en deux à trois semaines. Un CSAPA, une consultation jeunes consommateurs ou un psychologue peuvent accompagner, notamment quand le cannabis calmait une anxiété ou des souvenirs difficiles.
Si elle ne répond plus, respire mal, fait un malaise ou des convulsions, appelez les services d’urgence. Ne la laissez pas seule, mettez-la en position latérale de sécurité si elle respire, ne la faites pas vomir, ne lui donnez pas d’autre produit. Si des opioïdes sont en cause, utilisez la naloxone si vous en avez.
Oui. Les CSAPA sont des structures publiques ou associatives financées par l’Assurance maladie. Les consultations y sont gratuites, les professionnels sont tenus au secret, et il est possible de demander l’anonymat. Ils accueillent aussi les proches.
Oui, en complément du suivi médical ou d’un CSAPA quand il est nécessaire. Nous accompagnons la compréhension de ce que le produit apporte, le travail sur les déclencheurs et les souvenirs en EMDR, la prévention de la rechute, et nous proposons des bilans psychologiques et neuropsychologiques quand ils sont utiles.
Que vous consommiez vous-même ou que vous vous inquiétiez pour un proche, un premier rendez-vous permet de faire le point, de comprendre ce que le produit vient soulager et de choisir la suite, en lien avec un médecin ou un CSAPA si besoin. Au cabinet ou en téléconsultation.
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La « loi de l’instrument », formulée par Abraham Kaplan en 1964 puis reprise par Abraham Maslow dans The Psychology of Science: A Reconnaissance (1966), rappelle qu’« il est tentant, si le seul outil dont on dispose est un marteau, de traiter tout comme si c’était un clou ».
En psychologie, une méthode ne peut pas répondre à toutes les situations. Forts de plusieurs décennies de pratique et de formations complémentaires, nous mobilisons de nombreux outils, choisis avec discernement, afin d’identifier rapidement les leviers les plus efficaces. Nous proposons ainsi un accompagnement aussi bref qu’efficace, tout en sachant accompagner aussi bien les suivis prolongés que le besoin d’un espace de parole régulier.