Des nuits trop courtes
Les écrans tard le soir et les horaires décalés fragilisent le sommeil, et un cerveau fatigué décroche plus facilement.
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Un enfant « dans la lune », qui ne répond plus, nie de bonne foi ce qu’il vient de faire ; un adolescent qui dit se sentir « comme dans un jeu vidéo » : faut-il s’inquiéter ? Le plus souvent, non. Parfois, ces signes méritent qu’on s’y arrête. Cette page aide les parents à faire la différence entre l’ordinaire de l’enfance et la dissociation, à éviter les confusions fréquentes, et à savoir comment aider.
Les enfants dissocient naturellement plus que les adultes, au sens ordinaire du mot : ils s’absorbent dans leurs jeux au point de ne plus entendre qu’on les appelle, ils inventent des mondes, ils parlent à des amis imaginaires. Cette capacité diminue progressivement avec l’âge. Avant de s’inquiéter, il est donc important de savoir ce qui fait partie du développement normal. Retournez les cartes.
La différence avec la dissociation tient à quelques questions simples : l’enfant choisit-il d’entrer et de sortir de cet état ? Peut-on le rejoindre facilement ? Garde-t-il le souvenir de ce qu’il a fait ? Ces expériences le font-elles souffrir ou le mettent-elles en difficulté ? Le DSM-5-TR précise d’ailleurs qu’on ne pose pas de diagnostic de trouble dissociatif de l’identité chez l’enfant pour des compagnons imaginaires ou des jeux de faire-semblant.
L’enfant qui dissocie ne le dit presque jamais avec des mots d’adulte. Ce sont des comportements, ou des remarques de l’entourage, qui alertent. Aucun de ces signes n’est spécifique à lui seul : c’est leur répétition, leur intensité et leur contexte qui comptent.
Si vous reconnaissez plusieurs de ces signes, le bon réflexe est d’en parler à un professionnel, sans dramatiser. Le quiz pédagogique plus bas peut vous aider à mettre vos observations en ordre.
Un enfant ne peut ni fuir ni se défendre face aux adultes dont il dépend. Quand il vit une peur intense ou répétée, il lui reste une issue : partir « dans sa tête ». Lorsqu’un enfant fonctionne de manière dissociative durable, les cliniciens retrouvent souvent des expériences difficiles survenues tôt et répétées : violences, négligence, exposition aux violences entre adultes, séparations brutales, hospitalisations lourdes, harcèlement, deuils. Les blessures nées dans le lien d’attachement lui-même sont celles qui produisent le plus de dissociation. La page traumatisme d’attachement et EMDR développe ce point.
Mais un enfant peut aussi dissocier de façon passagère après un choc unique (un accident, une opération), une période de grand stress, un manque de sommeil important. Et des comportements qui ressemblent à de la dissociation ont souvent d’autres explications, présentées juste après. Il ne faut donc jamais conclure trop vite qu’un enfant qui « s’absente » a forcément subi un traumatisme.
Si vous pensez qu’un enfant subit des violences ou qu’il est en danger, ne restez pas seul avec cette inquiétude : parlez-en sans attendre à son médecin, aux services d’urgence en cas de danger immédiat, ou aux services de protection de l’enfance de votre département. Évitez de le questionner de façon insistante : écoutez, rassurez, et laissez les professionnels prendre le relais.
Un enfant qui ne répond pas, qui semble ailleurs ou qui oublie peut avoir bien d’autres raisons que la dissociation. Le tableau suivant résume les confusions les plus fréquentes. C’est précisément là que le regard croisé de la neuropsychologue et du psychothérapeute est précieux.
| Ce qu’on observe | Plutôt dissociation | Autre piste à explorer |
|---|---|---|
| « Dans la lune » en classe | Absent, difficile à rejoindre, souvent dans des moments chargés d’émotion | TDAH : rêverie vers quelque chose de plus intéressant, depuis toujours, partout |
| Arrêts brefs, regard fixe | Lié à un contexte, durée variable | Épilepsie-absences : quelques secondes, très fréquentes, début et fin brutaux, à signaler au médecin |
| Retrait, ne répond plus | Coupure émotionnelle après un rappel | Autisme : retrait face à une surcharge sensorielle ou sociale |
| Oublis, fatigue, irritabilité | Trous sur des moments précis | Manque de sommeil, anxiété, dépression |
| « C’est pas moi » | Ne se souvient réellement pas, avec sincérité | Peur de la punition, opposition |
Le TDAH et le trauma sont particulièrement souvent confondus, et ils peuvent coexister : la page TDAH ou trauma l’explique avec un cas clinique. Un bilan neuropsychologique mesure l’attention, la mémoire et les fonctions exécutives, et aide à démêler ces pistes ; la neuropsychologue oriente vers le médecin si une épilepsie est suspectée.
Le trouble de dépersonnalisation-déréalisation commence en moyenne vers 16 ans. L’adolescence est un âge de transformations rapides, du corps, de l’identité, des relations, et il n’est pas rare qu’un adolescent dise se sentir « bizarre », « à côté de lui », « pas réel ». Le plus souvent, ces impressions sont passagères, liées au stress, au manque de sommeil ou à l’anxiété. Elles méritent d’être écoutées sans être dramatisées.
Les écrans tard le soir et les horaires décalés fragilisent le sommeil, et un cerveau fatigué décroche plus facilement.
Un « mauvais délire » peut déclencher une déréalisation qui dure. En parler sans jugement permet d’agir. Voir cannabis et drogues.
Certains adolescents se blessent pour « se sentir à nouveau », sortir du vide ou de l’irréalité. C’est un signe de souffrance à prendre au sérieux.
Des vidéos sur le TDI ou les « alters » circulent beaucoup. Certains adolescents s’y reconnaissent : cela mérite une écoute, ni moquerie ni validation immédiate.
Face à un adolescent qui pense avoir un trouble dissociatif de l’identité après avoir vu des contenus en ligne, deux erreurs sont à éviter : le ridiculiser (il souffre, et c’est ce qu’il cherche à exprimer) et le conforter sans évaluation (une étiquette erronée peut l’enfermer). La bonne réponse est une évaluation soigneuse, qui prend sa souffrance au sérieux et cherche ce qu’elle recouvre : anxiété, dépression, trauma, difficultés d’identité, parfois une véritable dissociation. Le bilan dissociatif est proposé au cabinet à partir de 12 ans.
Si votre adolescent se blesse, parle de mourir ou vous semble en danger, contactez sans attendre son médecin traitant ou les services d’urgence. Vous pouvez ensuite en parler lors d’un rendez-vous au cabinet, pour lui comme pour vous.
Les enfants ont rarement les mots pour décrire la dissociation. Les adultes peuvent les aider à en trouver, sans leur en souffler.
Situation fictive
Exemple fictif : Léo, 8 ans, « décroche » plusieurs fois par jour en classe selon sa maîtresse. À la maison, il se fige quand ses parents haussent le ton. L’école évoque un TDAH. Ses parents se séparent dans un climat très conflictuel depuis un an.
Quelle démarche semble la plus juste ?
Chez l’enfant et l’adolescent, le soin associe toujours les adultes qui l’entourent. On commence par expliquer à l’enfant, avec des mots et des images à sa portée, ce qui se passe en lui, et par aider les parents à comprendre et à réagir. La stabilisation et la sécurité précèdent tout travail sur les souvenirs.
Entretiens avec l’enfant et les parents, recueil de l’histoire, contact avec l’école si besoin. Bilan dissociatif à partir de 12 ans ; avant, entretiens et bilan psychologique. Les questionnaires spécialisés pour enfants et adolescents sont réservés aux professionnels.
Histoires, dessins, jeux, stimulations douces, ressources et lieu sûr, en présence ou avec la participation des parents. Voir l’EMDR chez l’enfant et l’adolescent.
Par le jeu, le dessin et la parole, l’enfant peut exprimer ce qu’il ne sait pas dire. Chez l’adolescent, un espace à lui pour penser son histoire.
Aider les parents à repérer les signaux, à co-réguler, à apaiser le climat familial. Voir EMDR et thérapie familiale.
Pour les tout-petits comme pour les adolescents, la régularité et la cohérence entre les adultes comptent beaucoup. L’ensemble de notre manière de travailler est décrit dans notre approche, et la page enfants et adolescents présente nos consultations pédopsychologiques.
Quiz pédagogique, ce n’est ni un test validé ni un diagnostic. Il aide à mettre vos observations en ordre avant d’en parler à un professionnel. Pensez aux trois derniers mois.
Non. L’ami imaginaire est très fréquent entre 3 et 8 ans et fait partie du développement normal, souvent signe d’imagination. Le DSM-5-TR précise qu’on ne pose pas de diagnostic de trouble dissociatif de l’identité chez l’enfant pour des compagnons imaginaires ou des jeux de faire-semblant.
L’enfant TDAH rêvasse vers quelque chose de plus intéressant, depuis toujours et dans tous les contextes, et revient facilement. L’enfant qui dissocie semble « plus là », surtout dans des moments chargés d’émotion, et peut ne pas se souvenir. Les deux peuvent coexister : un regard croisé neuropsychologique et psychothérapeutique aide à démêler.
Ne pas se moquer, ni confirmer sans évaluation. Il exprime une souffrance réelle, qui mérite d’être écoutée. Une évaluation soigneuse, éventuellement un bilan dissociatif à partir de 12 ans, permet de comprendre ce qu’elle recouvre : anxiété, dépression, trauma, difficultés d’identité, parfois une véritable dissociation.
Au cabinet, le bilan dissociatif est proposé à partir de 12 ans. Chez les plus jeunes, l’évaluation passe par des entretiens avec l’enfant et ses parents, l’observation, et si besoin un bilan psychologique ou neuropsychologique.
Oui, avec des adaptations : beaucoup de stabilisation et de ressources, des outils adaptés à l’âge (histoires, dessins, jeux), la participation des parents, et un retraitement très progressif. La sécurité de l’enfant dans sa vie quotidienne est un préalable.
Un premier rendez-vous, avec vous puis avec votre enfant ou votre adolescent, permet d’entendre vos inquiétudes, de faire la différence entre l’ordinaire et ce qui mérite attention, et de choisir la suite ensemble. Au cabinet ou en téléconsultation.
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La « loi de l’instrument », formulée par Abraham Kaplan en 1964 puis reprise par Abraham Maslow dans The Psychology of Science: A Reconnaissance (1966), rappelle qu’« il est tentant, si le seul outil dont on dispose est un marteau, de traiter tout comme si c’était un clou ».
En psychologie, une méthode ne peut pas répondre à toutes les situations. Forts de plusieurs décennies de pratique et de formations complémentaires, nous mobilisons de nombreux outils, choisis avec discernement, afin d’identifier rapidement les leviers les plus efficaces. Nous proposons ainsi un accompagnement aussi bref qu’efficace, tout en sachant accompagner aussi bien les suivis prolongés que le besoin d’un espace de parole régulier.