Un signal et une pause
Convenir à froid d’un mot ou d’un geste qui signifie « je décroche ». La pause n’est pas une fuite : on se donne rendez-vous pour reprendre la discussion plus tard.
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Votre conjoint ne se souvient pas de la dispute d’hier ; votre fille semble parfois « partir » au milieu d’une conversation ; votre père répond d’une voix étrangement neutre quand on parle du passé. Vivre auprès d’une personne qui dissocie est déroutant, parfois blessant. Cette page vous aide à comprendre ce qui se passe, à réagir pendant un épisode, à préserver le couple et la famille, et à prendre soin de vous.
La dissociation se vit de l’intérieur, mais ce sont souvent les proches qui la remarquent en premier. Par définition, la personne qui dissocie n’est pas « là » pour voir ce qui se passe. Retournez les cartes : elles décrivent ce que les proches nous racontent le plus souvent, et ce qui se passe de l’autre côté.
Ces observations sont précieuses. Si la personne est d’accord, elles peuvent être partagées avec le thérapeute : elles aident à comprendre ce qu’elle ne peut pas voir elle-même. Pour les mécanismes, voir trauma, mémoire et dissociation et quand l’émotion se coupe du corps.
Le plus difficile, pour un proche, est souvent d’interpréter. Un oubli ressemble à de la mauvaise foi. Une coupure en pleine dispute ressemble à du mépris ou à une fuite. Une absence d’émotion ressemble à de l’indifférence. Ces lectures sont compréhensibles, et elles blessent les deux côtés.
| Ce que l’on pense | Ce qui se passe souvent |
|---|---|
| « Il fait exprès d’oublier. » | Un trou de mémoire réel, souvent source de honte. |
| « Elle s’en fiche. » | Une anesthésie émotionnelle automatique, qui protège d’une émotion trop forte. |
| « Il fuit la discussion. » | Une coupure déclenchée par le ton, le volume, un mot, qui rappelle un danger ancien. |
| « Elle invente. » | Des expériences difficiles à décrire, qui paraissent étranges mais sont connues des cliniciens. |
Cela ne veut pas dire que tout est acceptable, ni que vos ressentis ne comptent pas : être oublié, ne pas être entendu, cela fait mal, et vous avez le droit de le dire. Mais comprendre que la coupure n’est pas un choix change la manière d’en parler, et ouvre la voie à des solutions concrètes.
L’idéal est d’en avoir parlé avant, à froid, avec la personne : qu’est-ce qui l’aide à revenir ? qu’est-ce qui l’aggrave ? quel signal peut-elle donner ? À défaut, voici quelques repères qui conviennent à la plupart des situations.
Associez chaque situation au réflexe qui aide le plus. Ce jeu est simplifié : chaque personne a ses propres ancres.
Si votre proche se blesse, parle de mourir, se met en danger pendant un épisode ou si vous êtes inquiet pour sa sécurité, contactez sans attendre son médecin traitant ou les services d’urgence. Vous pourrez ensuite en parler lors d’un rendez-vous au cabinet.
Le couple est souvent le lieu où la dissociation se manifeste le plus : parce que l’intimité, les conflits, la dépendance affective réveillent ce qui s’est joué dans les liens anciens. Les disputes qui « tournent mal » suivent fréquemment le même scénario : le ton monte, l’un se coupe, l’autre se sent abandonné et insiste, la coupure s’approfondit, et le lendemain, l’un se souvient de tout et l’autre de presque rien.
Convenir à froid d’un mot ou d’un geste qui signifie « je décroche ». La pause n’est pas une fuite : on se donne rendez-vous pour reprendre la discussion plus tard.
Noter les décisions importantes, les rendez-vous, les promesses. Ce n’est pas de la méfiance, c’est une aide concrète qui évite des disputes sur « qui a dit quoi ».
Dire « j’ai un trou » plutôt que faire semblant. Pour le partenaire, accueillir l’aveu sans ironie. La honte diminue quand l’oubli peut être nommé.
Le conjoint n’est pas le thérapeute. Soutenir oui, surveiller ou tout prendre en charge, non : cela épuise et déséquilibre le couple.
Quand l’un des partenaires a un trouble dissociatif de l’identité, partiel ou complet, une recommandation revient souvent : s’adresser toujours à la personne dans son ensemble, sans chercher à provoquer ou à privilégier une « partie », et sans se moquer de ce qui est vécu. Le thérapeute peut aider le couple à trouver des repères adaptés.
Le psychothérapeute du cabinet est aussi formé à la thérapie de couple. Des séances à deux, avec l’accord de chacun, permettent d’expliquer la dissociation au partenaire, de travailler les scénarios de dispute et de reconstruire de la confiance. La page émotions et couple donne d’autres repères sur la réparation après les conflits.
L’intimité physique est un terrain délicat, surtout lorsque la dissociation est liée à des violences, en particulier sexuelles. Un geste, une position, une odeur, un mot peuvent déclencher une coupure, parfois sans que la personne s’en rende compte sur le moment. Le partenaire peut avoir l’impression que l’autre est « parti », ou qu’il n’y a plus personne.
Ces difficultés se travaillent, en psychothérapie individuelle et parfois en couple. Le dossier sexologie aborde plus largement les difficultés sexuelles et leur accompagnement.
La dissociation touche aussi les liens entre générations. Deux situations reviennent souvent au cabinet.
Restez calme, curieux, sans reproche ; décrivez ce que vous voyez ; aidez-le à trouver ses ancres ; protégez son sommeil ; évitez les questions orientées sur d’éventuelles violences. Prenez soin de votre couple parental : les désaccords sur la manière de réagir sont fréquents. La page l’enfant et l’adolescent détaille ces repères.
Enfant, on peut se sentir seul face à un parent parfois « absent », et se croire responsable. Il est important de dire aux enfants, avec des mots simples, que ce n’est pas leur faute, que leur parent est soigné, et à qui ils peuvent parler. Adulte, on peut avoir besoin d’un espace à soi pour penser cette histoire.
Quand la dissociation s’inscrit dans une histoire familiale de violences ou de liens blessés, la thérapie familiale peut aider à retisser ce qui peut l’être, en respectant le rythme et la sécurité de chacun. Voir EMDR et thérapie familiale.
Il est fréquent qu’une personne qui dissocie minimise, change de sujet ou refuse de consulter. La dissociation pousse à « faire comme si », la honte retient, et parler des épisodes peut faire peur, parce qu’ils touchent parfois à une histoire douloureuse. Forcer ne marche pas ; renoncer complètement non plus.
Situation fictive
Exemple fictif : Sophie remarque que son mari, Karim, « s’éteint » dès qu’on évoque sa famille, puis oublie la conversation. Quand elle lui en parle, il plaisante et change de sujet.
Quelle approche a le plus de chances d’aider ?
Accompagner une personne qui dissocie demande de la patience, et peut épuiser. Votre fatigue, votre colère, votre tristesse sont légitimes. Vous aider vous-même n’est pas un luxe : c’est une condition pour pouvoir continuer à aider.
Nous recevons les personnes qui dissocient, et aussi leurs proches : en consultation individuelle pour être soutenu, en couple ou en famille pour comprendre ensemble. À Colombes, aux Pavillons-sous-Bois, en Ardèche et en téléconsultation. Voir notre approche.
Quiz pédagogique, ce n’est ni un test validé ni un diagnostic : six situations pour vérifier vos réflexes face à un proche qui dissocie.
Oui. Des trous de mémoire liés à la dissociation peuvent survenir pendant des moments de forte tension, en particulier les conflits. Ce n’est pas forcément de la mauvaise foi. Si cela se répète, une consultation permet de comprendre, et des outils simples (pauses convenues, accords écrits) aident le couple au quotidien.
Baisser l’intensité, l’appeler doucement par son prénom, donner des repères sur le présent (date, lieu, sécurité), proposer une ancre sensorielle comme un verre d’eau fraîche, et laisser le temps de revenir, sans exiger d’explications. Le mieux est d’avoir convenu à froid de ce qui l’aide.
Non. Elle explique des oublis, des coupures, des réactions étranges, et mérite de la compréhension. Mais elle n’excuse pas la violence, et vous avez le droit de vous protéger et de poser des limites. Le soin aide la personne à mieux se réguler et à assumer la responsabilité de ses actes.
La psychothérapie individuelle reste un espace personnel. Mais avec l’accord de votre proche, des séances de couple ou de famille peuvent être proposées pour expliquer la dissociation et trouver ensemble des repères. Vous pouvez aussi consulter pour vous-même.
Votre épuisement est légitime et mérite attention. Gardez des moments à vous, parlez-en à quelqu’un de confiance, et n’hésitez pas à consulter pour vous-même. Soutenir ne veut pas dire tout porter : encourager le soin de votre proche fait aussi partie de vous protéger.
Que vous viviez la dissociation ou que vous accompagniez quelqu’un qui la vit, un premier rendez-vous permet de comprendre et de trouver des repères, seul, à deux ou en famille. Au cabinet ou en téléconsultation.
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La « loi de l’instrument », formulée par Abraham Kaplan en 1964 puis reprise par Abraham Maslow dans The Psychology of Science: A Reconnaissance (1966), rappelle qu’« il est tentant, si le seul outil dont on dispose est un marteau, de traiter tout comme si c’était un clou ».
En psychologie, une méthode ne peut pas répondre à toutes les situations. Forts de plusieurs décennies de pratique et de formations complémentaires, nous mobilisons de nombreux outils, choisis avec discernement, afin d’identifier rapidement les leviers les plus efficaces. Nous proposons ainsi un accompagnement aussi bref qu’efficace, tout en sachant accompagner aussi bien les suivis prolongés que le besoin d’un espace de parole régulier.