Vieillissement : notre façon d’accompagner au cabinet, à soixante ans comme à quatre-vingt-quinze
Il arrive qu’une personne de quatre-vingts ans s’excuse presque de demander un rendez-vous, comme si elle prenait la place de quelqu’un de plus jeune, de plus « utile ». Nous voudrions dire d’emblée le contraire : l’avancée en âge apporte des questions qui méritent pleinement un espace de parole, et la vie psychique garde, jusqu’au bout, sa capacité à bouger. Cette page explique comment nous travaillons avec les personnes qui vieillissent et avec ceux qui les entourent : pour qui, à quel rythme, avec quelles approches, et ce que l’on peut attendre d’un premier rendez-vous.
La question est ancienne, et c’est Freud lui-même qui l’a posée le premier. En 1905, dans une conférence sur la psychothérapie, il estimait que les personnes approchant la cinquantaine manquaient de la plasticité psychique nécessaire au traitement, et que la masse des souvenirs à parcourir allongerait la cure indéfiniment. Il avait alors quarante-neuf ans. Il a continué à recevoir des patients, à écrire et à remanier sa théorie jusqu’à sa mort, à quatre-vingt-trois ans, ce qui constitue en soi une assez belle réfutation.
Ses successeurs ne l’ont pas suivi sur ce point. Dès 1919, Karl Abraham, l’un de ses plus proches élèves, rapportait des cures réussies chez des patients ayant dépassé l’âge que Freud jugeait limite. Jung a fait de la seconde moitié de la vie le terrain privilégié de ce qu’il appelait l’individuation : devenir pleinement soi, ce qui n’est souvent possible qu’une fois les tâches de la première moitié accomplies. En 1958, la psychanalyste Hanna Segal publiait l’analyse d’un homme de soixante-treize ans envahi par la peur de la mort, et montrait combien ce travail, entrepris si tard, l’avait apaisé.
Ce que ces auteurs ont compris, et que nous retrouvons, c’est que l’âge n’est pas un obstacle au changement : il en modifie la forme. Le temps compte davantage, et paradoxalement cela rend souvent le travail plus direct. On a moins envie de perdre des années à tourner autour de l’essentiel. Les défenses qui tenaient bon à quarante ans se sont parfois assouplies d’elles-mêmes. Et la vie déjà vécue offre un matériau immense, qui n’est pas un fardeau mais une richesse.
Ce qu’il faut savoir avant de venir
On peut commencer une psychothérapie à tout âge ; l’âge change la forme du travail, pas sa possibilité.
Rien n’engage à la première rencontre : elle sert à poser la situation et à choisir ensemble comment continuer.
Le psychothérapeute accompagne ce que l’âge fait vivre ; les évaluations cognitives après 60 ans reviennent à la neuropsychologue, qui les fait passer au cabinet.
On peut venir seul, à deux, avec un enfant adulte, et être reçu à distance quand les trajets coûtent trop.
Une lettre à celle ou celui qui hésite
Plutôt que de décrire notre travail une fois de plus, nous avons eu envie d’écrire directement à la personne qui lit cette page en se demandant si elle va oser.
Madame, Monsieur,
Vous avez peut-être trouvé cette page un peu par hasard, ou parce qu’un enfant vous l’a envoyée. Vous vous dites sans doute que vous avez traversé bien pire, que vous n’allez pas « vous plaindre » maintenant, que d’autres en ont plus besoin. Peut-être aussi que vous n’avez jamais parlé à un psychothérapeute de votre vie, et que l’idée vous paraît étrange, presque indiscrète.
Nous voudrions vous dire simplement ceci. Vous n’avez pas besoin d’aller très mal pour venir. Il suffit que quelque chose pèse : une retraite qui n’a pas le goût espéré, un veuvage, des oublis qui vous font peur, une fatigue sans nom, un souvenir ancien qui revient la nuit, une question sur ce que vous voulez transmettre, ou sur la façon de finir votre vie en paix. Ce sont des sujets dignes d’être parlés, et ils sont rarement parlés.
Vous n’aurez rien à prouver, ni à justifier. Ce premier contact ne vous oblige à rien. Si vous préférez rester chez vous, il peut avoir lieu en téléconsultation. Si vous préférez venir accompagné la première fois, d’un enfant, d’un conjoint ou d’un ami, c’est tout à fait possible. Nous prendrons le temps.
Et si, après ce rendez-vous, vous décidez que ce n’est pas pour vous, ce sera très bien. Au moins vous saurez.
Les cliniciens du cabinet
Vous venez pour vous, à deux, ou pour un parent
Les demandes qui touchent au vieillissement arrivent par des portes différentes. Le cadre s’adapte à chacune.
Une démarche personnelle. Vous venez pour vous, parce qu’un passage vous déstabilise ou qu’une souffrance s’installe. Le travail se fait en séances individuelles, sur place ou à distance, à une cadence qui tient compte de la fatigue, des soins médicaux, des déplacements. Si une question de mémoire se pose, une évaluation cognitive peut être proposée en parallèle, au cabinet, par la neuropsychologue.
Le couple. Retraite à deux, maladie de l’un, désir qui change, vieilles rancunes qui ressortent, nouvelle rencontre après un veuvage : le couple âgé a ses questions propres. Les séances à deux sont des séances longues de 80 minutes, conduites avec une stricte neutralité : le thérapeute ne prend pas parti. Il est aussi possible que l’un des deux suive, en parallèle, un travail individuel en EMDR. Voir couple et sexualité après 60 ans.
L’enfant adulte inquiet. Vous vous inquiétez pour votre mère ou votre père : un repli, des oublis, une tristesse, un refus d’aide. Vous pouvez venir seul, pour décrire ce que vous remarquez chez lui et ce que cela vous coûte, car le rôle d’enfant aidant use. Votre parent reste un adulte : un accompagnement pour lui suppose son accord, et réfléchir à la façon de le lui proposer peut constituer un premier travail. Voir grands-parents, enfants aidants et soutenir sans s’épuiser.
Plusieurs générations ensemble. Une décision à prendre (un déménagement, une entrée en établissement, l’organisation de l’aide), un conflit entre frères et sœurs autour d’un parent, un secret de famille qui remonte : quelques séances réunissant plusieurs membres de la famille permettent que chacun soit entendu. Elles durent, elles aussi, 80 minutes.
Ce que nous regardons d’abord : le corps, le sommeil, les traitements
Chez une personne âgée, la frontière entre ce qui relève du corps et ce qui relève du psychisme est particulièrement poreuse. Une tristesse peut se présenter comme une fatigue, une anxiété comme des douleurs, une dépression comme une plainte de mémoire. À l’inverse, une thyroïde qui se dérègle, une carence en vitamines, une apnée du sommeil, une douleur mal soulagée ou un médicament mal toléré peuvent ressembler à une souffrance psychique.
C’est pourquoi nous tenons compte de l’ensemble : la santé, les traitements en cours, le sommeil, l’audition et la vue, l’alimentation, la douleur, les chutes éventuelles. Nous ne nous substituons pas au médecin, qui seul examine et prescrit ; nous travaillons en lien avec lui, avec votre accord, quand cela peut éclairer la situation. Cette attention au corps n’est pas une façon d’éviter la parole : elle lui fait de la place, en écartant ce qui la brouille.
Nous faisons aussi attention au rythme : la téléconsultation évite parfois un trajet épuisant, et la fréquence des rendez-vous s’ajuste à l’énergie disponible. Et, de temps à autre, nous regardons ensemble où en est le travail.
Ce que vous vivez, ce qui est souvent proposé
Ce tableau n’est pas un protocole : chaque accompagnement se construit avec la personne. Il donne une idée des combinaisons que nous utilisons le plus souvent, selon ce qui domine.
Ce que vous vivez
Ce qui est souvent proposé
Pour en savoir plus
Une retraite qui tourne mal
Écoute analytique pour comprendre ce qui s’est perdu ; outils des TCC pour reconstruire un rythme ; séances de couple si le face-à-face pèse
Nos outils sont les mêmes pour tous les âges. Ce qui change, c’est ce que chacun apporte de particulier quand on a beaucoup vécu.
Écoute analytique
Une vie à relire, pas à juger
Puisant chez plusieurs grands psychanalystes, elle accueille ce qui demande à être dit : les regrets, les fiertés, les colères anciennes, les questions jamais posées à des parents disparus. Jung y voyait la tâche propre de l’après-midi de la vie. Lacan rappelait que le désir ne se réduit pas aux besoins ; nous ajouterions volontiers qu’il ne prend jamais sa retraite. Voir Jung.
EMDR
Des souvenirs qui ont attendu
La guerre vécue enfant, un exil, un deuil précoce, une violence jamais racontée : ces souvenirs reviennent souvent avec l’âge, quand le travail et les obligations ne les tiennent plus à distance. L’EMDR permet de les retraiter, après un bilan psycho-traumatique quand c’est utile. Chaque séance d’EMDR dure 80 minutes. Voir le déroulement d’une séance.
Outils des TCC
Du concret, tout de suite
Pour l’anxiété, ils sont utilisés en premier, avec l’EMDR et l’écoute analytique. Ils aident aussi à reprendre des activités, à réorganiser le sommeil, à sortir de l’évitement après une chute ou une maladie. Des exercices simples, adaptés à la fatigue et aux capacités. Voir les TCC.
Neuropsychologie
Mesurer pour rassurer, ou pour agir
Côté mémoire et attention, c’est la neuropsychologue qui intervient : elle mène au cabinet les évaluations cognitives après 60 ans et, si besoin, les remédiations cognitives. Ses conclusions éclairent aussi le travail psychothérapeutique : on n’accompagne pas de la même façon une mémoire ralentie par l’angoisse et une mémoire qui change pour d’autres raisons.
Ces approches ne se succèdent pas forcément : elles se combinent. Le psychothérapeute propose parfois à la neuropsychologue de venir partager une séance, quand la mémoire et l’histoire d’une personne s’éclairent mutuellement. Pour une vue d’ensemble de la façon dont nous articulons ces approches, voir pourquoi un cabinet intégratif.
Le chemin, étape par étape
Un premier rendez-vous, sans engagement. Sur place ou à distance. On y écoute ce qui vous amène, on fait le tour de la situation, puis l’on choisit ensemble une suite, ou aucune.
Un bilan, si c’est utile. Pas de bilan sans un rendez-vous préliminaire, qui en pose les bases. Le psychothérapeute conduit le bilan psychologique, éventuellement à distance ; la neuropsychologue mène l’évaluation cognitive, sur place.
Un compte rendu écrit. Tout bilan se conclut par un document écrit ; une séance permet de vous le commenter.
Un accompagnement à votre rythme. Séances individuelles, de couple ou en famille, avec une fréquence qui s’adapte à votre énergie et à votre vie.
Des points réguliers. À intervalles réguliers, nous regardons avec vous ce qui bouge et ce qui résiste, pour ajuster.
Des liens, avec votre accord. Si vous y consentez, nous échangeons avec votre médecin et ceux qui vous soignent.
Idées reçues sur la thérapie après 60 ans
Certaines idées retiennent beaucoup de personnes au seuil du cabinet. Retournez les cartes.
Exemple fictif : Paulette, 86 ans, et son fils
Exemple fictif
Exemple fictif : Thierry appelle le cabinet pour sa mère, Paulette, 86 ans, veuve depuis deux ans. Elle vit seule, refuse l’aide à domicile, ne sort presque plus et lui répète au téléphone « je ne veux pas t’embêter ». Il craint une dépression, peut-être des troubles de mémoire. Paulette, elle, dit qu’elle « va très bien » et qu’elle n’a « pas besoin d’un psy ».
Quelle première étape vous paraît la plus juste ?
Dans ce type de situation, le refus de la personne âgée protège souvent une dignité menacée. Le respecter tout en restant présent est un équilibre délicat, que l’enfant n’a pas à trouver seul.
Où et comment nous recevoir
Au Cabinet Bouche & Chmura
Tout le monde est le bienvenu, à Colombes comme à Pavillons-sous-Bois ou en Ardèche, et aussi en téléconsultation, pour qui ne peut pas ou ne veut pas se déplacer. Les évaluations cognitives et les bilans neuropsychologiques se font au cabinet ; le bilan psychologique et les séances de psychothérapie peuvent se faire à distance. Couple, famille, EMDR : ces séances-là durent 80 minutes. Le rendez-vous se prend en ligne ou par les coordonnées de la page contact.
Si vous allez très mal
En cas de danger immédiat, faites le 15 (SAMU). Prenez un rendez-vous au cabinet en téléconsultation le plus rapidement possible. Si Doctolib ne permet pas un rendez-vous immédiat, envoyez des textos WhatsApp ou/et SMS aux cliniciens du cabinet.
Vos questions sur notre accompagnement
Peut-on commencer une psychothérapie à 80 ans ?
Oui. À quatre-vingts ans, on peut encore se surprendre soi-même ; l’âge change la forme du travail bien plus que sa possibilité. Freud lui-même en doutait au début du vingtième siècle ; ses successeurs, puis l’expérience de nombreux cliniciens, ont montré le contraire. Le premier rendez-vous permet de voir ce qui vous conviendrait.
Comment se passe le premier rendez-vous ?
Il n’engage à rien, et se tient sur place ou à distance. Vous y dites ce qui vous amène ; nous faisons le tour de votre situation, santé et sommeil compris ; puis nous choisissons ensemble : un accompagnement, un bilan, ou simplement en rester là pour l’instant.
Qui réalise les évaluations de la mémoire après 60 ans ?
La psychologue clinicienne spécialisée en neuropsychologie les mène sur place, une fois passé le rendez-vous préliminaire. Ses conclusions vous sont remises par écrit, et une séance permet de les reprendre avec vous. Le psychothérapeute, lui, réalise les bilans psychologiques et accompagne ce qui pèse sur l’humeur.
Puis-je consulter pour mon père ou ma mère âgés ?
Oui : vous pouvez venir seul, raconter ce que vous remarquez et ce que cela vous fait vivre. Un accompagnement pour votre parent suppose son accord ; réfléchir à la façon de le lui proposer fait souvent partie du travail. On peut aussi se réunir en famille, pour des séances de 80 minutes.
Les séances peuvent-elles se faire à distance ?
Oui, la téléconsultation est possible pour le premier rendez-vous, les séances de psychothérapie et le bilan psychologique. Les évaluations cognitives et les bilans neuropsychologiques, eux, demandent de venir dans l’un de nos trois lieux.
Travaillez-vous avec le médecin traitant ?
Oui, si vous l’acceptez : nous prenons contact avec lui, ou avec les autres soignants, quand cela éclaire la situation. Le médecin reste celui qui examine et prescrit ; notre travail en tient compte et le complète.
Vous hésitez encore, pour vous ou pour un proche ? Une première rencontre n’oblige à rien, et elle peut avoir lieu sur place ou depuis votre salon. Nous prendrons le temps.
La « loi de l’instrument », formulée par Abraham Kaplan en 1964 puis reprise par Abraham Maslow dans The Psychology of Science: A Reconnaissance (1966), rappelle qu’« il est tentant, si le seul outil dont on dispose est un marteau, de traiter tout comme si c’était un clou ».
En psychologie, une méthode ne peut pas répondre à toutes les situations. Forts de plusieurs décennies de pratique et de formations complémentaires, nous mobilisons de nombreux outils, choisis avec discernement, afin d’identifier rapidement les leviers les plus efficaces. Nous proposons ainsi un accompagnement aussi bref qu’efficace, tout en sachant accompagner aussi bien les suivis prolongés que le besoin d’un espace de parole régulier.