Affirmation 1
« Après 70 ans, on n’a plus de vie sexuelle. »
Une part importante des personnes de plus de 70 ans en a une, et beaucoup d’autres y renoncent seulement faute de partenaire. Le désir change, il ne disparaît pas à date fixe.
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Dans L’Amour aux temps du choléra, Gabriel García Márquez fait attendre à Florentino Ariza « cinquante et un ans, neuf mois et quatre jours » avant de redire son amour à Fermina Daza, veuve depuis la veille. Le roman finit sur un bateau, entre deux septuagénaires qui découvrent qu’ils ont encore un corps. La littérature l’a compris depuis longtemps ; notre société, beaucoup moins. Cette page parle du couple qui se retrouve, du désir qui change, de la maladie de l’un, des amours nouvelles, sans détour et sans gêne.
En 2007, une grande enquête américaine dirigée par la gynécologue Stacy Lindau, publiée dans le New England Journal of Medicine, a interrogé environ trois mille personnes de 57 à 85 ans sur leur vie sexuelle. Ses résultats ont fait l’effet d’une petite révolution tranquille.
L’activité diminue, donc, mais elle est loin de disparaître, et chez ceux qui en ont une, la fréquence reste souvent comparable à celle de personnes plus jeunes. La même enquête montrait qu’environ la moitié des personnes sexuellement actives rapportaient au moins une difficulté gênante, et que très peu en avaient parlé à un médecin. Elle montrait aussi que, chez les femmes âgées, la première raison de l’absence de vie sexuelle n’était pas le manque de désir, mais l’absence de partenaire, le plus souvent après un veuvage.
Les chiffres ne disent pas tout. Ils ne disent rien de la tendresse, de la main qu’on prend au cinéma, du corps de l’autre qu’on connaît par cœur et qu’on continue de trouver beau. Ils ne disent rien non plus de ceux qui ont arrêté sans regret et qui s’en portent très bien. Une sexualité absente n’est un problème que si elle manque à quelqu’un.
Le désir ne s’arrête pas à un âge donné : il change de rythme et de forme, et il dépend autant de la santé, des médicaments et de la qualité du lien que des années. La plupart des difficultés sexuelles après 60 ans ont des solutions, médicales, psychologiques ou les deux, à condition d’en parler. Et une vie sexuelle qui s’est arrêtée n’est un souci que si l’un des deux en souffre.
Mieux vaut connaître ces changements : la plupart des inquiétudes viennent de ce qu’on les prend pour des pannes définitives. Choisissez un onglet.
Après la ménopause, la baisse des hormones rend souvent les muqueuses plus fines et plus sèches. La lubrification est plus lente, la pénétration peut devenir inconfortable, voire douloureuse. C’est l’un des motifs les plus fréquents d’arrêt de la vie sexuelle, et l’un des plus faciles à soulager : lubrifiants, hydratants, traitements locaux que le médecin ou le gynécologue peut proposer. Quand la douleur a duré, une appréhension s’installe parfois et entretient la difficulté ; elle se travaille aussi. Voir les douleurs pendant les rapports.
Chez l’homme, les changements sont plus progressifs. L’érection demande plus de temps et une stimulation plus directe, elle est parfois moins ferme ; l’éjaculation est moins puissante, et le délai avant de pouvoir recommencer s’allonge, parfois jusqu’à plusieurs jours. Rien de cela n’empêche le plaisir. Le piège est l’angoisse : un homme qui guette son érection la fragilise. Les troubles de l’érection sont aussi un signe que le médecin prend au sérieux, car ils peuvent révéler un problème vasculaire ou un diabète. Voir érection et éjaculation.
Les douleurs articulaires qui rendent certaines positions pénibles, la fatigue, l’essoufflement, les suites d’une opération, une incontinence qui fait honte. Et les médicaments : certains traitements de la tension, des antidépresseurs, des traitements hormonaux du cancer de la prostate ou du sein peuvent diminuer le désir ou la réponse du corps. Le médecin peut souvent ajuster ; encore faut-il lui en parler. Il est utile de se rappeler que le désir de beaucoup de personnes, à tout âge, naît en chemin, une fois les caresses commencées, plutôt qu’avant : voir la baisse du désir.
Le besoin d’être touché, regardé, désiré. La curiosité. Le plaisir de la peau. L’humour au lit, qui sauve tant de moments. Beaucoup de couples âgés nous disent que leur sexualité est devenue moins centrée sur la pénétration et la performance, plus lente, plus sensuelle, et que ce n’est pas une perte. D’autres regrettent sincèrement ce qu’ils ont connu. Les deux sont légitimes. Le rapport au corps qui vieillit a sa page : corps qui vieillit, image de soi.
Pendant quarante ans, le couple a vécu entouré : les enfants, le travail, les horaires, les collègues, les vacances organisées autour de l’école. Et puis un jour, les deux sont à la maison, tous les jours, toute la journée. Certains couples s’en réjouissent comme d’une seconde lune de miel. D’autres découvrent qu’ils ne se parlaient plus que de logistique. Le passage à la retraite, avec ses ajustements, a sa propre page : la retraite, un deuil et une naissance.
Ovide raconte, dans les Métamorphoses, l’histoire de Philémon et Baucis, vieux couple pauvre et hospitalier, à qui les dieux accordent un vœu. Ils demandent de mourir au même instant, pour qu’aucun des deux n’ait à enterrer l’autre ; à leur mort, ils deviennent un chêne et un tilleul aux branches mêlées. Le mythe est beau, et beaucoup de couples âgés en rêvent. Il dit aussi, en creux, une difficulté que nous rencontrons souvent : quand deux vies se sont tant entremêlées, l’un ne sait plus très bien où il commence et où l’autre finit. Garder un jardin à soi, des amis à soi, un moment de la journée à soi n’est pas une trahison du couple. C’est souvent ce qui lui permet de durer sans étouffer.
Il arrive aussi que le face-à-face révèle une distance trop grande. Les séparations après de longues années de vie commune ne sont plus rares. Elles sont rarement des coups de tête : souvent, l’un des deux avait attendu « que les enfants soient grands », puis « la retraite ». Elles bouleversent toute la famille, y compris les enfants adultes, qui vivent parfois ce divorce tardif comme une remise en cause de leur propre enfance. Voir la séparation.
Ces questions sont inventées, mais chacune ressemble à des phrases que nous avons entendues, souvent dites à voix basse, souvent en fin de séance, la main déjà sur la poignée de la porte. Ouvrez celles qui vous parlent.
Le décalage de désir est l’une des difficultés les plus fréquentes, à tout âge. Se forcer use la relation et le désir lui-même : le corps apprend à associer l’intimité à la contrainte. Il est souvent utile de commencer par dire ce qui est vrai (« ce n’est pas toi, c’est que je n’ai plus envie de cette façon-là »), puis de chercher ensemble ce qui reste désirable : la tendresse, les caresses sans obligation d’aller plus loin, un autre moment de la journée. Une sécheresse ou une douleur jamais dites sont parfois à l’origine du « plus envie ». Quelques séances, seule ou à deux, permettent de déplier tout cela sans que personne ne soit accusé.
Après une chirurgie ou un traitement de la prostate, les érections peuvent être altérées, parfois durablement, et l’éjaculation modifiée. Le médecin ou l’urologue dispose de traitements et d’aides qu’il faut connaître. Mais la blessure la plus vive est souvent ailleurs : dans l’image de soi, la virilité, la peur de décevoir. Éviter l’autre pour ne pas échouer prive le couple de toute intimité, alors que la sensualité, la caresse et le plaisir restent possibles. Les épouses nous disent souvent qu’elles souffrent davantage de l’évitement que de la panne.
Les enfants adultes réagissent parfois comme des adolescents à la nouvelle relation d’un parent âgé : gêne, ironie, loyauté envers le parent disparu, inquiétude pour la maison ou l’héritage. Il est utile de les entendre, et de leur rappeler que votre vie affective vous appartient. Souvent, le temps et la découverte de la personne apaisent les choses. Quand le conflit devient lourd, une séance familiale peut aider chacun à dire ce qu’il redoute.
Ce mélange de joie et de culpabilité est très fréquent, et il ne signifie pas qu’on trahit le défunt. Freud a décrit le deuil comme un long travail au terme duquel l’amour peut se porter de nouveau vers un autre : aimer à nouveau fait partie de la fin du deuil, pas de son oubli. Le nouvel amour ne remplace pas l’ancien, il prend une autre place. Si la culpabilité empêche toute intimité, en parler en séance aide à faire la paix entre les deux.
Beaucoup de personnes de cette génération ont vécu des décennies sans pouvoir dire leur orientation, parfois mariées, parfois seules. La vieillesse est pour certaines le moment de vivre enfin ce qui avait été tu, avec une joie mêlée de deuil pour les années perdues et la crainte du regard des proches. Le cabinet reçoit tous les couples et toutes les personnes, quelle que soit leur orientation ; rien de ce que vous dites en séance ne sort du cabinet, et l’on avance au rythme que vous choisissez.
Oui, avec un nouveau partenaire. Les infections sexuellement transmissibles n’ont pas d’âge, et elles progressent chez les plus de 50 ans, précisément parce que la question de la grossesse ne se pose plus et que le préservatif est oublié. Un dépistage à deux, avant d’arrêter de se protéger, reste la règle.
Un infarctus, un cancer, une maladie de Parkinson, un accident vasculaire cérébral, une maladie d’Alzheimer : la maladie de l’un transforme le couple tout entier. L’autre devient infirmier, chauffeur, secrétaire médical, gardien de nuit. Il arrive un moment, souvent sans qu’on l’ait vu venir, où l’on ne se sent plus l’amant ou l’amante de son conjoint, mais son soignant. On fait sa toilette le matin ; comment le désirer le soir ? Beaucoup de conjoints culpabilisent de ce désir qui s’éteint, ou au contraire de celui qui persiste.
Le film Amour de Michael Haneke, Palme d’or en 2012, a montré cela avec une justesse presque insoutenable : un vieux couple de musiciens, Jean-Louis Trintignant et Emmanuelle Riva, et l’amour qui doit tout traverser, l’humiliation du corps, la colère, l’épuisement, la fidélité. Ce que nous retenons, en séance, c’est qu’il est souvent précieux de protéger une part du lien qui ne soit pas celle du soin : laisser à des professionnels certains gestes intimes quand c’est possible, garder un moment où l’on est seulement deux, se tenir la main sans rien faire d’autre. Le conjoint aidant s’épuise vite, et son épuisement abîme aussi le couple : voir les aidants.
La maladie d’Alzheimer pose des questions particulières. Il arrive que le conjoint malade ne reconnaisse plus l’autre, ou qu’il noue en établissement un attachement nouveau avec un autre résident. C’est une douleur singulière, celle d’un deuil d’une personne encore vivante. Ces situations demandent d’en parler, avec les équipes qui s’occupent du malade, et pour soi, dans un lieu où l’on peut dire sa peine et parfois sa colère.
Exemple fictif
Annie, 69 ans, et Gérard, 72 ans, sont mariés depuis quarante-cinq ans. Il y a un an, Gérard a fait un infarctus. Il va bien, a repris la marche et le jardin. Mais il évite toute intimité, se couche tard, s’endort devant la télévision. Annie se demande s’il ne la désire plus, s’il en aime une autre, si elle a trop vieilli. Gérard, lui, n’a dit à personne qu’il a peur que « son cœur lâche pendant ».
Quelle piste vous semble la plus utile ?
Les amours tardives ont leurs charmes propres. On sait mieux ce qu’on veut et ce qu’on ne veut plus. On a moins de temps à perdre en malentendus. On n’a plus d’enfants à faire ensemble, ni de carrière à protéger. Beaucoup de couples formés tard choisissent d’ailleurs de ne pas vivre ensemble : chacun garde sa maison, ses habitudes, ses petits-enfants, et l’on se retrouve plusieurs jours par semaine. Les sociologues parlent de couples « non cohabitants ». Ce n’est pas un amour à moitié ; c’est souvent un amour qui a appris de la vie.
Les difficultés existent aussi. La comparaison avec le conjoint disparu, à voix haute ou en silence. Le corps qu’on n’a pas montré à quelqu’un de nouveau depuis cinquante ans, et la pudeur qui revient comme à seize ans. Les familles recomposées sur trois générations, avec leurs fêtes de Noël compliquées. La peur, si l’on a déjà vécu un veuvage, d’en vivre un second. Et parfois des rencontres sur internet, où des personnes âgées et seules sont la cible d’escroqueries sentimentales : quelqu’un qui ne veut jamais se montrer en vidéo et finit par demander de l’argent n’est pas un amoureux.
Ce que nous voyons, dans notre pratique, c’est que la capacité d’aimer ne vieillit pas au même rythme que le corps. Elle porte la marque de toute une histoire, de ses attachements et de ses blessures, et elle peut, à tout âge, se remettre en mouvement. Le dossier sur le couple et la page sur l’attachement et l’histoire du couple approfondissent ces questions.
Affirmation 1
Une part importante des personnes de plus de 70 ans en a une, et beaucoup d’autres y renoncent seulement faute de partenaire. Le désir change, il ne disparaît pas à date fixe.
Affirmation 2
Oui. La sécheresse des muqueuses répond bien à des lubrifiants, des hydratants et des traitements locaux, que le médecin peut proposer. L’appréhension qui s’est installée se travaille aussi.
Affirmation 3
Non. L’érection devient plus lente et parfois moins rigide avec l’âge, ce qui n’empêche ni le plaisir ni l’intimité. L’angoisse de performance aggrave beaucoup plus les choses que l’âge lui-même.
Affirmation 4
Oui : des médicaments contre l’hypertension, plusieurs antidépresseurs, l’hormonothérapie de certains cancers. Le médecin peut parfois ajuster. Il faut oser lui en parler.
Affirmation 5
C’est plus nuancé. Certains couples s’en passent d’un commun accord et sont très heureux ainsi. Le problème n’apparaît que si l’un des deux en souffre, ou si l’arrêt cache une peur, une douleur ou une rancune.
Affirmation 6
Pas en règle générale. La plupart des personnes peuvent reprendre une vie sexuelle quand leur état est stabilisé ; c’est le cardiologue qui précise ce qui est possible pour chacun. La peur, elle, mérite d’être dite.
La plupart des personnes âgées qui viennent nous parler de leur couple ou de leur sexualité commencent par s’excuser : « À mon âge, je ne devrais peut-être pas… » Il n’y a pas d’âge pour ces questions, et elles ne nous gênent pas. C’est le psychothérapeute qui reçoit ces difficultés ; il s’appuie sur l’EMDR, sur l’écoute analytique et sur les outils des TCC, et propose une thérapie de couple quand les deux le souhaitent. L’EMDR aide quand un moment précis a laissé une empreinte : une première panne après la maladie, une remarque blessante, une douleur. L’écoute analytique éclaire ce que le désir porte de toute une vie. Les outils des TCC, comme la focalisation sensorielle, aident à réapprendre le plaisir sans obligation de performance.
Une séance de couple dure 80 minutes, de quoi laisser à chacun le temps de dire les choses, et le psychothérapeute y garde sa neutralité : il ne prend le parti de personne. L’un des deux peut aussi suivre une EMDR individuelle à côté de la thérapie de couple. On peut aussi venir seul. On peut nous rencontrer dans l’un des trois lieux du cabinet (Pavillons-sous-Bois, Colombes, Ardèche) ou par téléconsultation, qui se prête bien à ces sujets. Si vous le souhaitez, nous pouvons nous coordonner avec votre médecin. Voir notre approche en sexologie.
Oui, pour une part importante des personnes. Une grande enquête américaine publiée en 2007 montrait qu’environ un quart des 75 à 85 ans déclaraient une sexualité partagée au cours des douze derniers mois, et que l’absence de partenaire était la première raison de l’arrêt chez les femmes. Le désir change de rythme et de forme, il ne disparaît pas à un âge donné.
Avec la chute des œstrogènes, la paroi vaginale s’amincit et s’assèche, et l’excitation met plus de temps à se traduire dans le corps. La pénétration peut alors devenir inconfortable ou douloureuse. Ce n’est pas une fatalité : lubrifiants, hydratants et traitements locaux, que le médecin peut proposer, soulagent la plupart des femmes. L’appréhension qui s’est installée se travaille aussi en séance.
En gardant un espace du couple à l’abri des soins : confier certains gestes intimes à des professionnels quand c’est possible, garder des moments à deux sans soin, se toucher sans objectif. Parler de la culpabilité, de la fatigue et du désir qui s’éteint ou persiste, seul ou à deux, aide aussi beaucoup.
Oui, c’est très fréquent. Aimer à nouveau ne trahit pas le défunt : pour Freud, la fin du deuil est justement le moment où l’amour peut se porter vers quelqu’un d’autre. On n’aime pas « à la place de », on aime aussi. Quand la culpabilité bloque tout rapprochement, quelques séances aident à concilier la fidélité au passé et l’élan présent.
Oui. Les couples âgés traversent des passages exigeants : la retraite, la maladie de l’un, le départ des enfants, la sexualité qui change, parfois une crise après des années de silence. Les séances de couple, de 80 minutes, aident chacun à dire ce qu’il vit sans que l’autre se sente accusé, au cabinet ou en téléconsultation.
Un désir qui s’est éteint, une douleur jamais dite, un conjoint malade, une rencontre qui bouscule tout ? Seul ou à deux, un premier rendez-vous sert à en parler simplement et à voir ce qui peut bouger, dans l’un de nos trois lieux ou à distance.
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La « loi de l’instrument », formulée par Abraham Kaplan en 1964 puis reprise par Abraham Maslow dans The Psychology of Science: A Reconnaissance (1966), rappelle qu’« il est tentant, si le seul outil dont on dispose est un marteau, de traiter tout comme si c’était un clou ».
En psychologie, une méthode ne peut pas répondre à toutes les situations. Forts de plusieurs décennies de pratique et de formations complémentaires, nous mobilisons de nombreux outils, choisis avec discernement, afin d’identifier rapidement les leviers les plus efficaces. Nous proposons ainsi un accompagnement aussi bref qu’efficace, tout en sachant accompagner aussi bien les suivis prolongés que le besoin d’un espace de parole régulier.