Phobie scolaire, DSM-5-TR et CIM-11 : pourquoi ce n’est pas un diagnostic, et quels troubles peuvent l’expliquer
Cherchez « phobie scolaire » dans le DSM-5-TR, le manuel de référence des psychiatres américains, ou dans la CIM-11, la classification internationale de l’Organisation mondiale de la santé : vous ne la trouverez pas comme diagnostic. Le refus scolaire anxieux décrit une situation, un enfant qui ne peut plus aller en classe à cause de l’angoisse, et non une maladie précise. Derrière lui, en revanche, les classifications permettent souvent de reconnaître un trouble : anxiété de séparation, anxiété sociale, phobie, dépression, stress post-traumatique, et d’autres. Cette page fait le point sur l’histoire des mots, les définitions des chercheurs, les troubles en cause et les distinctions utiles.
Mise à jour le 25 octobre 2026 · Lecture : environ 13 minutes
Les classifications des troubles mentaux décrivent des ensembles de symptômes qui vont ensemble, avec des critères de durée et de retentissement. Le refus scolaire anxieux n’entre pas dans ce cadre : deux enfants qui ne vont plus en classe peuvent souffrir de troubles très différents, l’un d’une angoisse de séparation, l’autre d’une anxiété sociale, un troisième d’une dépression. Le comportement est le même, la souffrance qui le produit ne l’est pas.
C’est pourquoi le DSM-5-TR et la CIM-11 ne parlent pas de « phobie scolaire » comme diagnostic, mais mentionnent le refus d’aller à l’école parmi les manifestations de certains troubles, en particulier de l’anxiété de séparation. Le DSM-5-TR prévoit aussi, parmi les situations qui peuvent motiver une consultation sans être des troubles, une rubrique consacrée aux problèmes scolaires et éducatifs. Le mot de « phobie » lui-même est trompeur : il est rare que l’enfant ait peur de l’école comme on a peur d’un animal. Il a peur de ce qui s’y passe, ou de ce qui se passe quand il la quitte.
À retenir
La phobie scolaire, ou refus scolaire anxieux, n’est un diagnostic ni dans le DSM-5-TR ni dans la CIM-11.
C’est une situation, qui peut traduire plusieurs troubles : anxieux le plus souvent, mais aussi dépressifs, post-traumatiques ou liés au neurodéveloppement.
Identifier le ou les troubles en jeu aide à choisir l’accompagnement. Cela ne dispense jamais de comprendre l’enfant lui-même.
L’histoire des mots
Les mots employés pour décrire ces enfants racontent l’évolution de la façon de les comprendre.
1932L’Américain Isra Broadwin décrit des enfants qui manquent l’école non par goût de la liberté, mais parce qu’ils ont peur, souvent qu’il arrive quelque chose à leur mère. Il les distingue déjà de l’école buissonnière.On parle alors d’une forme « névrotique » d’absentéisme.
1941Adelaide Johnson et ses collègues proposent l’expression school phobia, phobie scolaire. Ils y voient surtout une angoisse de séparation partagée entre l’enfant et sa mère.Le terme se répand très vite, en anglais puis en français.
Années 1960Les chercheurs constatent que les causes sont plus variées et que la séparation n’explique pas tout, surtout chez les adolescents. On parle de plus en plus de school refusal, refus scolaire.Ian Berg propose en 1969 des critères qui servent encore de base.
Années 1990Christopher Kearney propose de lire l’évitement selon sa fonction : fuir une angoisse, échapper au regard, rester près des parents, profiter de la maison.Cette lecture guide encore beaucoup de prises en charge.
Aujourd’huiEn France, les cliniciens parlent de refus scolaire anxieux. En anglais, on rencontre aussi l’expression « évitement scolaire d’origine émotionnelle ». En 2019, une équipe internationale a proposé de distinguer clairement quatre situations d’absence : le refus scolaire, l’absentéisme, le retrait par les parents et l’exclusion par l’école.« Phobie scolaire » reste le terme le plus connu du public.
La définition des chercheurs
Faute de diagnostic officiel, les chercheurs se sont donné une définition commune, issue des critères proposés en 1969 et précisés depuis. On parle de refus scolaire quand ces éléments sont réunis :
Une réticence ou un refus d’aller à l’école, qui conduit à des absences, à des retards, ou à une présence au prix d’une grande détresse.
L’enfant reste à la maison pendant les heures de classe, et ses parents le savent : il ne se cache pas.
Une détresse émotionnelle à l’idée d’aller à l’école : peur, angoisse, tristesse, plaintes physiques.
Pas de comportement antisocial marqué : ni vols, ni violences, ni fugues associés.
Des parents qui ont fait des efforts raisonnables pour qu’il aille en classe : ce n’est pas eux qui le retiennent.
Ces critères ne servent pas à poser une étiquette, mais à distinguer des situations qui demandent des réponses différentes. Un enfant terrifié qui reste à la maison, un adolescent qui sèche en cachette, un enfant que ses parents gardent, un élève exclu : quatre situations, quatre façons d’aider.
Les troubles qui peuvent l’expliquer
Ce tableau rassemble les troubles le plus souvent retrouvés derrière un refus scolaire anxieux, avec leurs repères de durée dans le DSM-5-TR et leur code dans la CIM-11. Ces repères sont simplifiés : seul un clinicien, après une évaluation, peut dire si un trouble est présent. Plusieurs troubles coexistent souvent chez le même enfant.
Trouble
Ce qui fait peur ou souffrir
Repère de durée (DSM-5-TR)
CIM-11
Anxiété de séparation
Être loin des parents, qu’il leur arrive malheur
Au moins 4 semaines chez l’enfant et l’adolescent
6B05
Anxiété sociale
Être regardé, jugé, humilié par les autres
Le plus souvent 6 mois ou plus
6B04
Phobie spécifique
Une situation précise : vomir, les toilettes, un animal, le noir
Le plus souvent 6 mois ou plus
6B03
Trouble panique, agoraphobie
Les crises d’angoisse, ne pas pouvoir sortir ou être secouru
Au moins 1 mois d’inquiétude après les crises (panique)
6B01, 6B02
Anxiété généralisée
Tout : notes, santé, avenir, catastrophes
Au moins 6 mois
6B00
Mutisme sélectif
Parler à l’école ou devant certaines personnes
Au moins 1 mois, hors premier mois d’école
6B06
Épisode dépressif
Tristesse ou irritabilité, perte d’intérêt, fatigue
Au moins 2 semaines
6A70, 6A71
Stress post-traumatique
Un événement violent qui revient, l’école ou le trajet comme rappels
Plus d’1 mois après l’événement
6B40
Trouble de l’adaptation
Un changement de vie mal vécu (déménagement, séparation)
Début dans les 3 mois suivant l’événement
6B43
TOC
Pensées obsédantes (contamination), rituels qui retardent
Pas de durée minimale ; temps et gêne importants
6B20
Les troubles anxieux sont les plus fréquents, seuls ou associés, et l’anxiété de séparation domine chez les plus jeunes, l’anxiété sociale et la dépression chez les adolescents. Le dossier anxiété présente l’ensemble des troubles anxieux sur sa page troubles anxieux, DSM-5-TR et CIM-11, et le dossier dépression sur la page dépression, DSM et CIM.
Pourquoi la CIM-11 a-t-elle déplacé l’anxiété de séparation ?
Dans la CIM-10, l’anxiété de séparation figurait parmi les troubles émotionnels apparaissant spécifiquement dans l’enfance. La CIM-11 l’a rangée avec les autres troubles anxieux, valables à tout âge, comme le mutisme sélectif. Le DSM-5 avait fait le même choix. Ce changement reconnaît qu’un adulte peut aussi vivre une anxiété de séparation, et qu’elle s’inscrit dans la même famille que les autres peurs.
L’anxiété de séparation, en détail
C’est le trouble dans lequel le refus d’aller à l’école est le plus explicitement mentionné. Le DSM-5-TR décrit une peur ou une anxiété excessive et inappropriée au stade de développement, concernant la séparation d’avec les personnes auxquelles l’enfant est attaché, qui se manifeste par au moins trois des signes suivants. Touchez les cartes pour les découvrir, regroupés en quatre familles.
Chez l’enfant et l’adolescent, ces signes doivent durer au moins quatre semaines et entraîner une souffrance ou une gêne importante dans la vie scolaire, sociale ou familiale. Chez l’adulte, la durée retenue est en général de six mois. Le trouble ne doit pas être mieux expliqué par une autre cause, par exemple un refus de quitter la maison lié à une résistance excessive au changement dans l’autisme. L’anxiété de séparation est l’un des troubles anxieux les plus fréquents chez l’enfant de moins de douze ans ; elle diminue en général avec l’âge, mais peut réapparaître après un événement qui fragilise les liens. Voir l’anxiété de l’enfant et de l’adolescent.
Anxiété sociale et mutisme sélectif chez l’enfant
L’anxiété sociale se définit par une peur marquée d’une ou plusieurs situations où l’on peut être observé et jugé : parler, manger, écrire, faire un exposé devant les autres. La personne craint de montrer des signes d’anxiété ou d’agir d’une manière qui serait humiliante. Le DSM-5-TR précise deux points importants pour l’enfant : la peur doit survenir avec les autres enfants, et pas seulement avec les adultes, et elle peut s’exprimer par des pleurs, des colères, une sidération, un enfant qui s’agrippe, qui se replie ou qui ne parle plus. L’école, lieu de regard permanent, est l’endroit où cette anxiété est le plus sollicitée. Voir l’anxiété sociale.
Le mutisme sélectif désigne un enfant qui ne parle pas dans certaines situations où l’on attend qu’il parle, en particulier à l’école, alors qu’il parle normalement ailleurs, à la maison notamment. La durée retenue est d’au moins un mois, sans compter le premier mois d’école, où un silence passager est fréquent. Ce n’est ni une bouderie ni de l’opposition : c’est une forme d’anxiété, très liée à l’anxiété sociale. Le mutisme sélectif ne conduit pas toujours à un refus scolaire, mais il rend chaque journée de classe très coûteuse.
L’anxiété de performance est-elle un trouble à part ?
Le DSM-5-TR prévoit une précision « performance seulement » pour l’anxiété sociale, quand la peur ne concerne que le fait de parler ou d’agir en public (un oral, un exposé, un concours). Chez les élèves, la peur des évaluations peut aussi faire partie d’une anxiété généralisée, quand l’enfant s’inquiète de tout, notes comprises. Le perfectionnisme, lui, n’est pas un diagnostic : c’est un trait qui rend vulnérable à ces deux formes d’anxiété.
Humeur, trauma, neurodéveloppement : les autres pistes
Humeur
Épisode dépressif
Le DSM-5-TR précise que, chez l’enfant et l’adolescent, l’humeur peut être irritable plutôt que triste. Perte d’intérêt, fatigue, troubles du sommeil, dévalorisation, difficultés de concentration, idées de mort : quand ces signes durent au moins deux semaines, la dépression passe au premier plan. Voir la dépression de l’enfant et de l’adolescent.
Trauma
Stress post-traumatique
Après un événement violent (agression, accident, harcèlement grave), les souvenirs reviennent, l’enfant évite ce qui rappelle l’événement, il sursaute, dort mal. Si l’événement a eu lieu à l’école ou sur le trajet, le refus en est une forme d’évitement. Le DSM-5-TR prévoit des critères adaptés aux enfants de six ans et moins. Voir le dossier trauma.
Adaptation
Trouble de l’adaptation
Une réaction émotionnelle ou comportementale à un changement de vie (déménagement, séparation des parents, changement d’école), plus forte qu’attendu, qui commence dans les trois mois suivant l’événement. Le refus scolaire peut en être une manifestation.
Neurodéveloppement
TDAH, autisme, troubles des apprentissages
Ce ne sont pas des causes directes de refus, mais des terrains qui rendent l’école plus coûteuse : échecs répétés, moqueries, surcharge sensorielle, épuisement. Dans la CIM-11 : 6A05 pour le TDAH, 6A02 pour l’autisme, 6A03 pour le trouble développemental des apprentissages. Voir le TDAH, l’autisme et les troubles dys.
Ce qu’il faut distinguer : petit jeu
Les classifications font une distinction nette, souvent méconnue : dans le DSM-5-TR, le refus d’aller à l’école apparaît parmi les signes de l’anxiété de séparation, alors que l’absentéisme répété commencé avant treize ans figure parmi les critères du trouble des conduites. Deux comportements qui se ressemblent de loin, deux réalités opposées. Pour chaque situation fictive, choisissez ce qui correspond le mieux.
Léo, 10 ans, pleure et vomit les matins d’école, reste à la maison, fait ses devoirs et voudrait y retourner.
Enzo, 14 ans, quitte le collège après l’appel pour traîner avec des plus âgés ; ses parents l’ignorent ; il a déjà volé dans un magasin.
Lou, 8 ans, est gardée à la maison par sa mère, très angoissée depuis un accident, qui préfère l’avoir près d’elle.
Yanis, 13 ans, ne va plus au collège depuis une exclusion temporaire décidée par l’établissement.
Manon, 9 ans, refuse aussi de se laver, de ranger et de faire ses devoirs ; elle se met en colère à chaque consigne, sans peur apparente.
Opposition ou angoisse : comment faire la différence ?
Le trouble oppositionnel avec provocation (6C90 dans la CIM-11) se caractérise par une humeur colérique, des disputes avec les adultes, le refus des règles en général, depuis au moins six mois. Le refus ne porte pas que sur l’école. Dans le refus scolaire anxieux, la colère du matin cache une peur : elle apparaît au moment de partir, s’apaise quand l’enfant reste, et l’enfant est souvent coopérant le reste du temps. Il arrive que les deux coexistent ; c’est alors l’évaluation qui permet de les démêler.
Quiz pédagogique : testez vos repères
Six questions pour vérifier ce que vous avez retenu. Quiz pédagogique : ce n’est ni un test validé ni un diagnostic, seulement un jeu de connaissances. Aucune réponse n’est enregistrée.
À quoi servent ces mots, et ce qu’ils ne disent pas
Nommer un trouble a de vrais avantages. Cela permet de savoir que l’on n’est pas seul, que d’autres enfants vivent la même chose, que des approches ont été étudiées pour ce trouble précis. Cela aide à choisir les outils, à se repérer dans les connaissances, à demander des aménagements, et parfois à soulager une culpabilité immense : « ce n’était pas un caprice ».
Mais un diagnostic ne dit pas tout. Il ne dit pas pourquoi la peur est apparue à ce moment de la vie de cet enfant, ce qu’elle protège, ce qui se joue dans sa famille, ce que l’école représente pour lui. Deux enfants qui ont la même anxiété de séparation n’ont pas la même histoire. C’est pourquoi, au cabinet, nous utilisons les classifications comme des repères, sans enfermer l’enfant dans une étiquette. Le bilan psychologique, réalisé par le psychothérapeute, aide à reconnaître un éventuel trouble et à comprendre la personne ; le bilan neuropsychologique, réalisé par la neuropsychologue, éclaire un trouble du neurodéveloppement quand il est en question. La page notre approche explique comment ces regards se complètent.
Questions fréquentes sur la phobie scolaire et les classifications
La phobie scolaire existe-t-elle dans le DSM-5-TR ?
Non, pas comme diagnostic. Le DSM-5-TR cite le refus d’aller à l’école parmi les manifestations de l’anxiété de séparation, et prévoit une rubrique pour les problèmes scolaires qui peuvent motiver une consultation. La phobie scolaire est une situation qui peut traduire plusieurs troubles.
Et dans la CIM-11 ?
Non plus. La CIM-11 de l’Organisation mondiale de la santé range l’anxiété de séparation (6B05), l’anxiété sociale (6B04), les phobies spécifiques (6B03) et le mutisme sélectif (6B06) parmi les troubles anxieux, valables à tout âge. Le refus d’aller à l’école peut faire partie de leurs manifestations.
Quel trouble se cache le plus souvent derrière une phobie scolaire ?
Les troubles anxieux, seuls ou associés : l’anxiété de séparation chez les plus jeunes, l’anxiété sociale chez les adolescents, mais aussi les phobies spécifiques et l’anxiété généralisée. La dépression est fréquente à l’adolescence. Un stress post-traumatique est à rechercher après un événement violent.
Quelle différence entre refus scolaire et absentéisme ?
Dans le refus scolaire anxieux, l’enfant reste à la maison, ses parents le savent, il éprouve une détresse forte et souvent voudrait y aller. Dans l’absentéisme, l’élève manque les cours en cachette, sans angoisse marquée, parfois avec des conduites à risque. Le DSM-5-TR range l’absentéisme répété commencé avant treize ans parmi les critères du trouble des conduites.
Faut-il un diagnostic pour être aidé ?
Non. On peut consulter dès les premiers signes, sans étiquette. L’évaluation sert à comprendre ce qui se passe et à choisir l’aide la plus adaptée ; elle permet parfois de reconnaître un trouble, ce qui aide aussi à demander des aménagements scolaires.
Un premier rendez-vous permet de faire le point sur ce que vit votre enfant, de reconnaître si besoin un trouble, et surtout de comprendre ce qui lui fait peur, pour choisir ensemble la suite. Au cabinet ou en téléconsultation.
La « loi de l’instrument », formulée par Abraham Kaplan en 1964 puis reprise par Abraham Maslow dans The Psychology of Science: A Reconnaissance (1966), rappelle qu’« il est tentant, si le seul outil dont on dispose est un marteau, de traiter tout comme si c’était un clou ».
En psychologie, une méthode ne peut pas répondre à toutes les situations. Forts de plusieurs décennies de pratique et de formations complémentaires, nous mobilisons de nombreux outils, choisis avec discernement, afin d’identifier rapidement les leviers les plus efficaces. Nous proposons ainsi un accompagnement aussi bref qu’efficace, tout en sachant accompagner aussi bien les suivis prolongés que le besoin d’un espace de parole régulier.