Ne plus se croire fou
Mettre des mots sur ses réactions, comprendre la mémoire traumatique et l’alarme : beaucoup de personnes disent qu’elles respirent mieux dès qu’elles comprennent ce qui leur arrive.
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« Ça va passer », « d’autres ont vécu pire », « je ne veux pas revivre tout ça ». Les raisons de ne pas consulter après un trauma sont nombreuses, et elles retardent souvent l’aide de plusieurs années. Du côté des proches, l’impuissance est grande : on voit quelqu’un qu’on aime changer, sursauter, s’éloigner, exploser, et l’on ne sait pas quoi dire. Cette page donne des repères pour savoir quand consulter, ce qu’un accompagnement et un bilan peuvent apporter, comment se passe un premier rendez-vous, puis comment soutenir un proche traumatisé, dans le couple et la famille, sans s’oublier soi-même.
Il n’est pas nécessaire d’attendre d’aller très mal pour consulter. Un premier rendez-vous peut servir simplement à comprendre ce qui se passe et à savoir si un accompagnement est utile. Voici les situations où il est vraiment recommandé de ne pas rester seul.
Il n’y a pas de « trop tôt » ni de « trop tard ». Dans les premiers jours, un rendez-vous peut aider à traverser le choc et à repérer ce qui pourrait s’installer. Des années après, un souvenir se travaille encore. Les signes sont décrits en détail sur la page les symptômes.
Certaines situations demandent une aide rapide : des idées de mort ou de suicide, des gestes pour vous faire du mal, un danger qui n’est pas terminé (la personne qui vous a fait du mal est encore proche, les violences continuent), une consommation qui devient incontrôlable, ou un état où vous ne parvenez plus du tout à fonctionner. Dans ces cas-là, ne restez pas seul avec ce que vous vivez.
En cas de danger immédiat, faites le 15 (SAMU). Prenez un rendez-vous au cabinet en téléconsultation le plus rapidement possible. Si Doctolib ne permet pas un rendez-vous immédiat, envoyez des textos WhatsApp ou/et SMS aux cliniciens du cabinet.
Quand la sécurité n’est pas assurée, elle passe avant tout le reste, y compris avant le travail sur les souvenirs : il n’est pas possible de ranger le passé tant que le présent est encore dangereux. Le premier rendez-vous aide aussi à faire le point sur ce versant.
L’évitement, qui fait partie du trauma, s’applique aussi à la consultation : prendre rendez-vous, c’est s’approcher de ce qu’on fuit. Touchez les cartes.
Mettre des mots sur ses réactions, comprendre la mémoire traumatique et l’alarme : beaucoup de personnes disent qu’elles respirent mieux dès qu’elles comprennent ce qui leur arrive.
Apprendre à revenir dans le présent quand un souvenir surgit, apaiser le corps, retrouver un sommeil plus réparateur.
Avec l’EMDR, au centre de notre accompagnement, le souvenir peut devenir un souvenir du passé, qui ne fait plus irruption.
Sortir progressivement de l’évitement, reprendre la route, le travail, les sorties, l’intimité. Préparer les situations à venir.
Desserrer la culpabilité et la honte, transformer « c’est de ma faute » en « j’ai fait ce que je pouvais ». Donner une place à cet événement dans son histoire.
Renouer avec la confiance, la tendresse, la vie de couple et de famille. Si besoin, en séances à deux ou en famille.
Ces bénéfices sont possibles, sans être garantis ni identiques pour tous. Ils dépendent de l’histoire, de ce qui s’est installé autour du trauma, du moment où l’aide arrive. Notre façon de travailler est détaillée sur la page notre approche du trauma.
Un bilan n’est pas indispensable pour commencer une psychothérapie du trauma. Il devient précieux dans plusieurs situations, qu’un premier rendez-vous aide à repérer.
Au cabinet, le bilan psycho-traumatique et le bilan dissociatif sont réalisés par le psychothérapeute ; le bilan neuropsychologique, qui évalue l’attention, la mémoire et les fonctions exécutives, par la neuropsychologue. Aucun bilan ne se fait sans rendez-vous préliminaire. Les modalités pratiques sont sur la page bilans.
Le premier rendez-vous sert à faire connaissance. Vous expliquez ce qui vous amène, avec vos mots, et seulement ce que vous voulez dire. Le clinicien pose des questions sur ce que vous vivez aujourd’hui, votre sommeil, votre humeur, votre sécurité, ce qui vous aide et ce qui vous pèse. Vous pouvez poser toutes vos questions sur la façon de travailler, l’EMDR, les bilans. À la fin, vous décidez ensemble de la suite : un accompagnement, un bilan, ou simplement un temps de réflexion.
Il se fait au cabinet ou en téléconsultation, selon ce qui vous convient. Si parler de l’événement vous semble impossible pour l’instant, vous pouvez le dire : c’est une information utile, pas un obstacle. Et si vous venez pour un proche, vous êtes aussi le bienvenu. Pour un premier repérage, vous pouvez remplir la PCL-5, questionnaire validé des symptômes de stress post-traumatique, et en apporter le résultat.
Six questions pour faire le point. Quiz pédagogique : ce n’est ni un test validé ni un diagnostic. Aucune réponse n’est enregistrée.
Quand quelqu’un qu’on aime a vécu un trauma, on voudrait réparer, protéger, faire oublier. On se retrouve souvent démuni, maladroit, parfois blessé par ses réactions. Il n’existe pas de phrase magique, mais quelques repères aident beaucoup.
Un équilibre délicat se joue entre deux écueils : brusquer, et accommoder à l’excès. Il est juste de ménager la personne au début, de l’accompagner là où elle a peur d’aller seule. Mais si, au fil des mois, toute la famille vit selon les règles du trauma (on ne prend plus l’autoroute, on ne parle plus de tel sujet, on ne reçoit plus personne), l’évitement s’installe pour tous. En parler ensemble, et au besoin lors d’une séance commune, aide à trouver le bon dosage.
Voir un proche replonger dans la scène est impressionnant. Voici une conduite simple, qui aide la personne à revenir dans le présent.
Si ces moments sont fréquents, c’est un signe qu’un accompagnement est utile. Les exercices d’ancrage peuvent aussi être appris à l’avance, ensemble : voir la boîte à outils des émotions et la fenêtre de tolérance.
Le trauma s’invite souvent dans le couple. Le partenaire traumatisé peut devenir irritable, se replier, ne plus supporter certains gestes ou certaines situations, dormir mal et réveiller l’autre par ses cauchemars. L’intimité et la sexualité sont fréquemment touchées, en particulier après des violences sexuelles, mais pas seulement : un corps resté en alerte a du mal à s’abandonner. L’autre partenaire, de son côté, peut se sentir rejeté, impuissant, épuisé, parfois en colère, puis coupable de l’être.
Quelques repères aident : parler de ce qui se passe en dehors des moments de crise ; comprendre que le retrait et les colères ne sont pas dirigés contre vous ; convenir ensemble de ce qui rassure (prévenir avant de toucher, laisser une lumière, choisir une place au restaurant) ; réinventer une tendresse qui ne passe pas forcément par la sexualité pendant un temps, sans renoncer pour autant au couple. Quand les tensions s’installent, des séances de couple, en séances longues de 80 minutes, permettent de mettre des mots à deux sur ce que le trauma a changé. Voir la thérapie de couple au cabinet et le dossier sexologie.
Exemple fictif
Exemple fictif : Thomas, 36 ans, vit avec Sarah, agressée il y a un an. Elle dort la lumière allumée, ne veut plus sortir le soir et sursaute quand il entre dans la cuisine. Il fait tout pour la protéger : il l’accompagne partout, a cessé de voir ses amis, répond à sa place au téléphone. Il est épuisé et s’en veut d’être parfois agacé.
Qu’est-ce qui pourrait aider le couple ?
Les enfants sentent quand un parent ne va pas bien, même quand rien n’est dit. Ils peuvent s’inquiéter, se croire responsables, se faire tout petits pour ne pas déranger, ou au contraire chercher à prendre soin du parent, en endossant un rôle trop lourd pour leur âge. Les explosions de colère, l’irritabilité ou l’absence émotionnelle d’un parent traumatisé peuvent aussi les insécuriser.
Leur expliquer, avec des mots simples, aide beaucoup : « papa a vécu quelque chose de très effrayant, il a parfois peur ou il est fatigué, ce n’est pas à cause de toi, et il se fait aider ». Les enfants n’ont pas besoin de détails ; ils ont besoin de savoir que ce n’est pas de leur faute, que les adultes s’occupent du problème, et qu’ils peuvent continuer à être des enfants. Si un enfant semble lui-même affecté, ou s’il a été exposé à l’événement, la page trauma de l’enfant et de l’adolescent donne des repères. Des séances en famille, en séances longues de 80 minutes, sont possibles au cabinet.
Accompagner un proche traumatisé est éprouvant. On entend des récits difficiles, on vit avec l’alerte de l’autre, on s’adapte, on s’inquiète. Avec le temps, certains proches présentent à leur tour des signes d’usure, voire des symptômes proches du trauma : on parle de traumatisation secondaire ou vicariante, bien décrite aussi chez les professionnels exposés aux récits de violences. Ce n’est ni une faiblesse ni un manque d’amour : c’est le prix d’une empathie qui s’exerce longtemps.
Si l’épuisement s’installe, la page le burn-out privé décrit l’usure des aidants, et celle sur les proches d’une personne qui dissocie complète ces repères.
Quand les réactions ne diminuent pas au bout de quelques semaines, qu’elles s’aggravent, ou qu’elles retentissent nettement sur la vie : souvenirs qui reviennent, cauchemars, évitement, sommeil abîmé, humeur sombre, consommations en hausse. Mais il n’y a pas de « trop tôt » : un rendez-vous peut aussi aider dès les premiers jours. En cas de danger, il ne faut pas attendre.
Être présent, écouter sans presser ni questionner sur les détails, croire ce qu’il dit, lui répéter que ce n’est pas sa faute, proposer une aide concrète et l’encourager à consulter. Éviter de minimiser, de juger ou de le pousser à affronter trop vite ce qui lui fait peur, sans pour autant organiser toute la vie autour de l’évitement.
Respecter son rythme tout en restant présent. Expliquer ce qu’est un premier rendez-vous (pas d’obligation de tout raconter, un temps pour faire connaissance), proposer de l’accompagner, laisser la porte ouverte. Vous pouvez aussi consulter vous-même pour être aidé à le soutenir. En cas de danger, la sécurité passe avant son accord.
Oui. Il n’y a pas de délai au-delà duquel un souvenir ne pourrait plus être travaillé. Les traumatismes anciens, y compris ceux de l’enfance, se retraitent, avec une préparation adaptée quand ils se sont répétés.
Oui. Accompagner longtemps une personne traumatisée peut user, et certains proches développent des signes de traumatisation secondaire : fatigue, anxiété, irritabilité, images des récits entendus. Prendre soin de soi, garder des espaces personnels et se faire accompagner en tant que proche sont alors importants.
Que vous ayez vécu un trauma ou que vous accompagniez quelqu’un qui en a vécu un, un premier rendez-vous permet de faire le point, sans obligation de tout raconter, et de choisir la suite. Au cabinet ou en téléconsultation.
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La « loi de l’instrument », formulée par Abraham Kaplan en 1964 puis reprise par Abraham Maslow dans The Psychology of Science: A Reconnaissance (1966), rappelle qu’« il est tentant, si le seul outil dont on dispose est un marteau, de traiter tout comme si c’était un clou ».
En psychologie, une méthode ne peut pas répondre à toutes les situations. Forts de plusieurs décennies de pratique et de formations complémentaires, nous mobilisons de nombreux outils, choisis avec discernement, afin d’identifier rapidement les leviers les plus efficaces. Nous proposons ainsi un accompagnement aussi bref qu’efficace, tout en sachant accompagner aussi bien les suivis prolongés que le besoin d’un espace de parole régulier.