« Je veux pas y aller »
Pleurs le matin, maux de ventre, refus de faire les exercices, besoin d’être rassuré. L’enfant sent qu’il n’y arrive pas sans pouvoir l’expliquer. Il compare déjà son cahier à celui de son voisin.
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« Je suis nul. » Trois mots qu’un parent n’oublie pas quand il les entend de la bouche de son enfant. Une difficulté d’apprentissage qui dure ne laisse pas seulement des traces dans les cahiers : elle s’inscrit dans la façon dont l’élève se voit, dans son corps, dans sa relation à l’école et aux autres. Cette page explique comment l’échec répété fabrique de l’anxiété et de l’évitement, comment reconnaître les visages de cette souffrance, et ce qui aide l’élève à retrouver confiance, à la maison comme au cabinet.
Un enfant ne naît pas avec la conviction d’être nul. Il la construit, petit à petit, à partir de ce qu’il vit. Chaque dictée rouge, chaque « encore une fois ! », chaque comparaison avec un frère ou un camarade ajoute une pierre. Et comme il ignore le plus souvent qu’il a une difficulté spécifique, il tire la seule conclusion qui lui semble logique : s’il n’y arrive pas alors que les autres y arrivent, c’est qu’il est moins capable qu’eux.
Ce cercle explique pourquoi une difficulté d’apprentissage peut finir par peser plus lourd que le trouble lui-même. Il explique aussi pourquoi on ne peut pas se contenter de rééduquer ou d’aménager : si l’élève reste convaincu qu’il est nul, il n’ose plus essayer, et les meilleures aides glissent sur lui. La bonne nouvelle, c’est que chaque maillon peut être travaillé, et qu’agir sur deux ou trois à la fois suffit souvent à inverser le mouvement.
La souffrance liée à l’école ne se présente pas toujours sous la forme de larmes. Elle prend souvent un masque, qui protège l’élève et trompe l’entourage. Retournez les cartes.
Ces visages ne s’excluent pas : un même élève peut être clown en classe, colérique à la maison et anxieux la nuit. Ce qui compte, c’est de lire le comportement comme un message plutôt que comme un défi. Derrière le « je m’en fiche », il y a très souvent un « j’ai peur de ne pas y arriver ». Pour les colères et l’opposition, voir aussi la colère et derrière le « non ».
Dans les années 1960 et 1970, le psychologue américain Martin Seligman a décrit un phénomène qu’il a appelé l’impuissance apprise, ou résignation apprise : quand on fait l’expérience répétée que ses efforts ne changent rien, on finit par ne plus essayer, même lorsque la situation devient favorable. Beaucoup d’élèves en difficulté vivent quelque chose de proche. Ils ont tant de fois travaillé sans résultat qu’ils ont appris, au sens propre, que travailler ne sert à rien.
Un autre psychologue, Albert Bandura, a montré l’importance du sentiment d’efficacité personnelle : la conviction d’être capable de réussir une tâche. Ce sentiment se nourrit surtout de réussites vécues, de modèles auxquels on peut s’identifier, d’encouragements crédibles, et d’un état émotionnel qui ne paralyse pas. Il ne se décrète pas, il se reconstruit, une réussite après l’autre.
La façon dont l’élève explique ses échecs compte aussi. « Je suis nul » est une explication interne, stable et globale : elle touche la personne entière, pour toujours. « Je n’ai pas encore trouvé la bonne méthode pour retenir mes tables » est une explication précise et modifiable : elle laisse une porte ouverte. Aider un enfant à passer de la première à la seconde, c’est déjà lui rendre une prise sur ce qui lui arrive. C’est exactement ce que permet un bilan bien restitué : remplacer une explication écrasante par une explication juste.
Pas vraiment, et ils peuvent même sonner faux. Un enfant qui échoue tous les jours ne croit pas celui qui lui répète qu’il est brillant. Ce qui l’aide, ce sont des remarques précises et vraies (« tu as trouvé une astuce pour cet accord »), des réussites réelles, même petites, et le sentiment d’être compris. L’estime de soi se nourrit de l’expérience, pas des slogans.
L’anxiété n’est pas seulement une conséquence des difficultés : elle en crée de nouvelles. Quand un élève a peur, une partie de sa mémoire de travail, cet espace où l’on garde les informations le temps de s’en servir, est occupée par les pensées inquiètes : « je vais rater », « tout le monde va voir », « mes parents vont être déçus ». Il reste moins de place pour réfléchir. Le savoir est là, mais inaccessible. C’est la fameuse « page blanche » de l’interrogation.
L’anxiété mathématique en est une forme très étudiée. Elle touche des élèves de tous niveaux, y compris de bons élèves, et se transmet en partie : un enfant dont le parent ou l’enseignant redoute lui-même les mathématiques a plus de risques de les redouter à son tour. Elle peut accompagner une dyscalculie, ou exister sans elle. Les deux se distinguent : dans la dyscalculie, la difficulté est là même sans pression ; dans l’anxiété mathématique, l’élève réussit bien mieux au calme qu’en situation d’évaluation. Voir la dyscalculie.
Quand l’anxiété conduit l’élève à ne plus pouvoir aller en classe, on parle de refus scolaire anxieux, ou phobie scolaire : ce n’est pas un caprice, il ne peut pas. Le dossier phobie scolaire lui est consacré, et la page l’anxiété de l’enfant et de l’adolescent décrit les autres formes que peut prendre la peur.
La souffrance scolaire change de forme avec l’âge. Le jeune enfant la dit souvent avec son corps et ses colères ; l’adolescent la cache, la retourne contre lui, ou la tourne en provocation.
Pleurs le matin, maux de ventre, refus de faire les exercices, besoin d’être rassuré. L’enfant sent qu’il n’y arrive pas sans pouvoir l’expliquer. Il compare déjà son cahier à celui de son voisin.
Les comparaisons deviennent précises, les mots durs. Les colères à la maison montent, l’enfant commence à éviter. C’est souvent l’âge où la conviction de ne pas être capable s’installe.
L’identité se construit, le regard des pairs compte énormément. Mieux vaut être rebelle que mauvais élève. Le découragement peut prendre la forme d’un désintérêt affiché, de conflits ou d’absences.
L’orientation se décide parfois en fonction des échecs passés. Le doute sur ses capacités peut freiner des projets, ou mener à une tristesse durable. Voir la dépression de l’adolescent.
Chez l’adulte, les traces d’une scolarité douloureuse restent parfois vives : peur d’écrire un mail professionnel, honte de lire à voix haute, évitement des formations, sentiment d’imposture. Il n’est jamais trop tard pour comprendre ce qui s’est passé, et pour alléger ce poids. Voir les troubles dys à l’âge adulte.
Pour les adolescents et les adultes, le cabinet met en ligne l’échelle d’estime de soi de Rosenberg, un questionnaire de repérage validé. Il donne une indication, sans poser de diagnostic, et ses résultats se discutent utilement en consultation.
Les phrases du quotidien comptent. Personne ne parle parfaitement à son enfant, surtout à vingt et une heures, devant un exercice inachevé. Il ne s’agit pas de surveiller chaque mot, mais de connaître quelques repères. Touchez les cartes : au recto, une phrase fréquente ; au verso, une autre façon de dire.
Deux principes résument ces exemples. D’abord, féliciter l’effort et la stratégie plutôt que l’intelligence ou le résultat : « tu as trouvé une méthode » fait grandir, « tu es doué » rend la prochaine erreur plus menaçante. Ensuite, séparer l’enfant de sa difficulté : il a une dyslexie, il n’est pas « un dyslexique » ; il a du mal en maths, il n’est pas « nul en maths ». La page parents et devoirs propose d’autres repères pour le quotidien.
Huit questions à remplir en pensant à l’enfant ou à l’adolescent, ou à vous-même si vous êtes élève. Le résultat situe la confiance scolaire sur une jauge, du plus serein au plus fragile. Quiz pédagogique : ce n’est ni un test validé ni un diagnostic, et rien n’est enregistré.
En cas de danger immédiat, faites le 15 (SAMU). Prenez un rendez-vous au cabinet en téléconsultation le plus rapidement possible. Si Doctolib ne permet pas un rendez-vous immédiat, envoyez des textos WhatsApp ou/et SMS aux cliniciens du cabinet.
Exemple fictif
Exemple fictif : Théo, en troisième, accumule les mots dans le carnet : bavardages, insolence, devoirs non faits. Ses professeurs le disent « intelligent mais pas travailleur ». À la maison, il s’enferme dans sa chambre et répond que l’école ne sert à rien. En fouillant ses cahiers de primaire, sa mère retrouve des dictées couvertes de rouge et une remarque de CE2 : « lecture très lente, à surveiller ».
Quelle lecture vous semble la plus juste ?
Quand l’émotion prend toute la place, le psychothérapeute peut d’abord réaliser un bilan psychologique, pour comprendre ce qui se joue. La psychothérapie s’appuie ensuite sur nos deux axes principaux, l’écoute analytique et l’EMDR, avec les outils des TCC. Pour l’anxiété scolaire, les TCC sont le premier outil, à part égale avec l’EMDR et l’écoute analytique : les résultats sont amplifiés quand les trois se combinent.
L’EMDR : alléger les scènes qui restent gravées. Une scolarité difficile laisse des souvenirs précis : la lecture à voix haute devant la classe qui rit, la dictée rendue en public, la remarque humiliante d’un adulte, le tableau où l’on reste figé. Ces scènes continuent de déclencher la peur et la honte des années plus tard. L’EMDR permet de les retraiter, pour qu’elles redeviennent des souvenirs, et non des alarmes.
Elle travaille aussi les croyances qui se sont installées (« je suis nul », « je suis bête », « je n’y arriverai jamais ») et cherche avec l’élève une pensée plus juste (« j’apprends autrement », « je peux progresser »). Elle prépare enfin les situations à venir, comme un contrôle ou un examen, avec le scénario du futur. Chez les plus jeunes, la séance passe aussi par le jeu, le dessin et les histoires. Les séances d’EMDR sont des séances longues de 80 minutes. Voir EMDR et troubles dys, l’EMDR avec les enfants et EMDR et estime de soi.
Les outils des TCC : apprivoiser la peur, pas à pas. Ils aident l’élève à repérer les pensées qui l’accablent et à les mettre à l’épreuve des faits, à s’exposer progressivement à ce qui lui fait peur (lever la main, lire une phrase, faire un exercice de maths chronométré) plutôt que de l’éviter, à calmer son corps par la respiration, et à résoudre les problèmes concrets un par un. Ils donnent assez vite une prise sur le quotidien, ce qui compte beaucoup pour un enfant qui se sent impuissant. Voir TCC et troubles dys et émotions et TCC.
L’écoute analytique : entendre ce que l’échec raconte. Un échec scolaire n’a pas le même sens dans toutes les familles. Il peut réveiller l’histoire scolaire d’un parent, heureuse ou douloureuse ; venir contrarier un projet que l’on portait pour l’enfant ; occuper une place dans la fratrie ; dire, à sa façon, quelque chose que l’enfant ne parvient pas à formuler autrement. L’écoute analytique, freudienne, lacanienne et jungienne, donne la parole à l’élève, à son rythme, pour qu’il puisse se dégager d’une place qui l’enferme, celle du « mauvais élève » ou du « nul de la famille ». Voir l’accompagnement des enfants et des adolescents.
Les séances en famille : apaiser la maison. Quand les devoirs embrasent chaque soirée, quand les parents ne sont pas d’accord sur la façon d’aider, quand un frère ou une sœur souffre de la place prise par l’école, des séances en famille aident à remettre de la parole là où il n’y avait plus que des cris. Ce sont des séances longues de 80 minutes. Il arrive aussi que le psychothérapeute demande à la neuropsychologue de participer à une séance. Voir parents et devoirs.
Affirmation 1
Faux. Faire le pitre est souvent une façon de détourner l’attention d’une difficulté et de garder une place dans le groupe. Le comportement protège ; il mérite d’être compris avant d’être sanctionné.
Affirmation 2
Vrai. La peur occupe une partie de la mémoire de travail. L’élève sait, mais ne parvient plus à mobiliser ce savoir sous pression.
Affirmation 3
Faux. Féliciter l’intelligence peut rendre l’erreur plus menaçante : si je suis « doué », échouer voudrait dire que je ne le suis plus. Féliciter l’effort et la stratégie aide davantage.
Affirmation 4
Vrai, quand c’est bien expliqué. Savoir qu’il a une dyslexie, et non « un petit cerveau », libère souvent l’enfant d’une culpabilité énorme. L’explication doit rester simple et porteuse d’espoir.
Affirmation 5
C’est plus nuancé. Un aménagement temporaire peut soulager, mais un évitement systématique entretient la peur. L’objectif est d’affronter progressivement les situations redoutées, avec un soutien.
Évitez de le contredire en bloc (« mais non, tu es très intelligent »), ce qui sonne souvent faux. Reconnaissez d’abord ce qu’il ressent, puis aidez-le à préciser : nul en quoi, exactement ? Remplacez l’explication globale par une explication précise et modifiable : « la lecture te demande plus d’efforts, et on va trouver comment t’aider ». Si cette conviction revient souvent, faites le point au cabinet.
L’histoire aide : une difficulté ancienne et précise, suivie d’une anxiété qui monte peu à peu, oriente vers une anxiété née de l’échec. Une anxiété présente partout, ou qui commence après un événement, avant toute difficulté scolaire, oriente plutôt vers une anxiété qui gêne les apprentissages. Souvent, les deux s’entretiennent. Un bilan psychologique, et parfois neuropsychologique, aide à y voir clair.
Ils sont réels : l’anxiété produit de vraies sensations dans le corps, par l’intermédiaire du système nerveux et des hormones du stress. Il est utile de vérifier qu’il n’y a pas de cause médicale, puis de comprendre ce qui inquiète l’enfant. Les maux de ventre qui reviennent les jours d’école, et disparaissent le week-end, sont un signal à prendre au sérieux.
L’EMDR ne rééduque pas une dyslexie ou une dyscalculie. Il peut en revanche aider à alléger les souvenirs d’humiliation scolaire, la peur des contrôles et les croyances comme « je suis nul », et à préparer les situations à venir. Avec un jeune enfant, le jeu, le dessin et les histoires servent aussi à dire les choses en séance. Les séances d’EMDR durent 80 minutes.
Quand la perte de confiance dure, qu’elle s’étend au-delà de l’école ou qu’elle s’accompagne de tristesse, de maux répétés ou de refus d’aller en classe, oui. Un premier rendez-vous permet de comprendre ce qui se joue et de décider d’un bilan ou d’un accompagnement. Plus le cercle de l’échec est repéré tôt, plus il se rompt facilement.
Si un enfant, un adolescent ou vous-même portez depuis longtemps la conviction d’être « nul », si l’école fait peur ou fait mal, un premier rendez-vous permet de comprendre ce qui se joue et de choisir la suite : bilan, psychothérapie, séances en famille. Au cabinet ou en téléconsultation.
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La « loi de l’instrument », formulée par Abraham Kaplan en 1964 puis reprise par Abraham Maslow dans The Psychology of Science: A Reconnaissance (1966), rappelle qu’« il est tentant, si le seul outil dont on dispose est un marteau, de traiter tout comme si c’était un clou ».
En psychologie, une méthode ne peut pas répondre à toutes les situations. Forts de plusieurs décennies de pratique et de formations complémentaires, nous mobilisons de nombreux outils, choisis avec discernement, afin d’identifier rapidement les leviers les plus efficaces. Nous proposons ainsi un accompagnement aussi bref qu’efficace, tout en sachant accompagner aussi bien les suivis prolongés que le besoin d’un espace de parole régulier.