Troubles dys et TCC : apaiser l'anxiété et l'évitement
Une boule au ventre avant la dictée, un « je suis nul » lâché devant les devoirs, un cartable qu'on oublie exprès. Quand un trouble dys s'accompagne de peur et d'évitement, la thérapie cognitive et comportementale (TCC) peut aider l'enfant à desserrer l'étau. La lecture et le calcul restent l'affaire de la rééducation ; la TCC s'occupe de ce que ces difficultés font vivre.
Mis à jour le 21 octobre 2026 · Lecture : environ 15 minutes · Avec un jeu interactif
Troubles dys et TCC : de quoi parle-t-on ?
Les troubles dys (dyslexie, dysorthographie, dyscalculie, dysgraphie, dyspraxie, dysphasie) sont des troubles du neurodéveloppement. Ils viennent d'une organisation particulière du cerveau, dans laquelle l'hérédité joue un rôle. La paresse, l'anxiété ou la manière dont l'enfant a été élevé n'en sont pas la cause. Leur prise en charge repose sur des bilans spécialisés, sur la rééducation (orthophonie, psychomotricité, ergothérapie) et sur des aménagements à l'école.
La thérapie cognitive et comportementale arrive ailleurs dans le tableau. Elle ne cherche pas à améliorer la lecture ou le calcul. Elle s'intéresse à la manière dont l'enfant pense ses difficultés, à ce qu'il ressent quand il s'y confronte et à ce qu'il fait pour s'en protéger. Quand un écolier finit par croire qu'il est « bête », qu'il se fige devant une feuille de calcul ou qu'il trouve chaque matin une raison de rester à la maison, ce sont ces trois niveaux qui se sont noués. Une TCC propose de les dénouer, pas à pas.
À retenir
- Le trouble dys en lui-même n'est pas la cible de la TCC.
- Elle peut aider face à l'anxiété scolaire, à la peur de l'échec, aux pensées dévalorisantes et à l'évitement.
- Elle vient en complément de la rééducation et des aménagements, jamais à leur place.
Pour une présentation générale de cette approche, chez l'enfant comme chez l'adulte, voir la page consacrée aux thérapies cognitives et comportementales.
Pourquoi l'anxiété s'invite souvent chez l'enfant dys
Beaucoup d'enfants dys vont bien et traversent leur scolarité sans souffrance particulière. Les études montrent cependant qu'en moyenne, ils ont un risque plus élevé de connaître de l'anxiété ou une humeur triste que leurs camarades. Une grande méta-analyse publiée en 2021 a rassemblé 50 études : l'écart existe, d'ampleur faible à modérée, et il touche davantage les enfants qui ont un trouble du langage oral. Une autre synthèse, consacrée aux enfants qui lisent difficilement, retrouve un écart plus net pour l'anxiété que pour la dépression. Chez les enfants avec dyspraxie (trouble développemental de la coordination), les symptômes anxieux et dépressifs ressortent aussi plus souvent.
- 50études réunies pour mesurer le lien entre troubles du langage ou des apprentissages et difficultés émotionnelles.Donolato et coll., 2021
- 34études sur les faibles lecteurs : l'écart concerne davantage l'anxiété que la dépression.Francis et coll., 2019
- 87essais randomisés sur la TCC dans l'anxiété de l'enfant et de l'adolescent.Revue Cochrane, 2020
Ce qui pèse le plus : l'image de soi et le regard des autres
Le trouble en lui-même n'explique pas tout. Une étude italienne menée auprès d'élèves dyslexiques de 8 à 16 ans suggère que la période du collège est particulièrement sensible, et que les symptômes anxieux dépendent beaucoup de l'estime de soi, du sentiment d'être capable et de la qualité des relations avec les camarades. Les moqueries comptent aussi : l'enquête nationale Enabee de Santé publique France, publiée en janvier 2026, indique que les enfants de 6 à 11 ans qui ont des troubles des apprentissages figurent plus souvent parmi les victimes probables de harcèlement.
Approfondir : L'effort invisible et la fatigue du soir
Lire, écrire ou compter en y mettant une attention de chaque instant use les forces, et la journée de classe se paie souvent le soir. Un enfant épuisé, irritable ou qui explose devant ses cahiers exprime parfois cette dépense, et pas un refus de travailler. Cette fatigue n'a pas été mesurée chez l'enfant dys. Des documents académiques destinés aux enseignants la citent pourtant parmi les signes observés en classe, et l'Assurance maladie souligne que l'enfant atteint d'un trouble du langage oral se donne bien plus de mal que ses camarades pour s'exprimer comme pour apprendre. Quand la fatigue s'accumule, chaque nouvelle difficulté paraît plus lourde.
Approfondir : Peur des maths : un cercle bien étudié
L'anxiété face aux mathématiques a fait l'objet en 2022 d'une méta-analyse réunissant 177 études et plus de 900 000 participants, en population générale : plus l'appréhension est forte, plus les performances ont tendance à baisser. Ces travaux ne portent pas spécifiquement sur la dyscalculie, mais ils aident à comprendre pourquoi un enfant qui peine avec les nombres peut perdre encore davantage ses moyens quand la peur s'en mêle. La page dyscalculie détaille ce point.
Pour aller plus loin sur ces questions, la page anxiété et estime de soi leur est entièrement consacrée.
Le cercle de l'évitement : comment la peur se nourrit
L'évitement est l'une des notions centrales de la TCC. Il part d'un réflexe très humain : s'éloigner de ce qui fait mal. Un enfant qui redoute la lecture à voix haute va demander à aller aux toilettes au bon moment, « oublier » son livre, faire le clown pour détourner l'attention. Sur le moment, ça marche : l'angoisse retombe. Mais ce soulagement a un prix. L'enfant n'a pas eu l'occasion de vérifier que la situation était supportable, et la prochaine fois, la peur sera un peu plus forte.
Chez l'enfant dys, ce cercle a une particularité : la difficulté redoutée est bien réelle. Personne ne cherche à le convaincre que lire est facile pour lui. Le travail consiste à séparer ce qui est réellement difficile (et relève de la rééducation et des aménagements) de ce que la peur grossit jusqu'à la catastrophe (et mérite d'être regardé de plus près). Lire lentement est une gêne. Penser que toute la classe va se moquer, que la maîtresse va être déçue et qu'on est « nul pour toujours » transforme cette gêne en menace.
Approfondir : Les formes discrètes de l'évitement
- Les plaintes physiques répétées avant l'école ou avant certains cours : mal au ventre, à la tête, nausées.
- La lenteur à se préparer le matin, les affaires introuvables.
- Le refus de commencer les devoirs, ou au contraire un perfectionnisme qui fait recommencer dix fois la même ligne.
- Le rôle de « clown de la classe », qui permet de ne pas montrer qu'on ne sait pas.
- Le désintérêt affiché : « de toute façon, ça ne sert à rien ».
Aucun de ces signes ne suffit à conclure à un trouble anxieux. Ils invitent à écouter l'enfant et, s'ils durent, à en parler avec des professionnels.
Une TCC avec un enfant dys, concrètement
La TCC est une thérapie structurée, centrée sur le présent et sur des objectifs que l'on se fixe ensemble. Avec un enfant, elle prend souvent une forme concrète et ludique : dessins, jeux de rôle, petites expériences. La revue Cochrane la résume en une formule simple : apprendre de nouvelles façons de penser et affronter progressivement ses peurs. Voici les grands axes que l'on retrouve habituellement, à adapter à chaque enfant.
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Comprendre
Expliquer la peur
L'enfant découvre ce qu'est l'anxiété, à quoi elle sert, comment elle se manifeste dans son corps. Comprendre qu'un cœur qui bat vite avant une dictée est une alarme, et pas un danger, change déjà le rapport à la situation. On peut aussi parler du trouble dys avec des mots simples : un cerveau qui fonctionne autrement, pas un cerveau en panne.
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Repérer
Attraper les pensées
On apprend à remarquer ce qui passe par la tête au moment où l'émotion monte. Ces pensées automatiques sont souvent rapides, dures et générales : « je n'y arriverai jamais », « ils vont rire ». Les écrire n'est pas obligatoire : un enfant dys peut les dire, les dessiner, les choisir parmi des cartes.
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Assouplir
Examiner et nuancer
Avec le thérapeute, l'enfant devient détective de ses propres pensées : quelles preuves pour, quelles preuves contre ? Que dirait-il à un copain dans la même situation ? On cherche alors une pensée plus juste et plus utile, qui reconnaît la difficulté sans la grossir, ce qui n'a rien à voir avec se forcer à voir tout en rose.
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Oser
Affronter par petits pas
C'est le cœur du travail sur l'évitement. On construit avec l'enfant une échelle de situations, de la plus facile à la plus difficile, et on les gravit une à une, à son rythme. Chaque marche réussie apporte une preuve concrète que la peur diminue quand on reste dans la situation.
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Faire face
Se constituer une boîte à outils
Respiration lente, phrases d'encouragement à soi-même, façons de demander de l'aide à l'enseignant, manière de découper une tâche trop grosse en morceaux. Ces outils sont choisis avec l'enfant, pour qu'il se les approprie.
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Ensemble
Associer la famille
Les parents sont souvent invités à comprendre la démarche et à soutenir les petits pas à la maison, sans faire à la place de l'enfant ni le pousser trop fort. Leur place varie selon l'âge et la situation ; elle est détaillée plus bas.
Un exemple d'échelle, purement imaginaire
Pour un élève fictif qui redoute de lire devant la classe, l'échelle pourrait ressembler à ceci. Elle se construit toujours sur mesure, et l'on ne passe à la marche suivante que lorsque la précédente est devenue supportable.
- Lire trois lignes préparées à l'avance, seul, à voix haute, à la maison.
- Les lire devant un parent, puis devant un frère, une sœur ou un ami.
- Lire une phrase préparée à l'enseignant, à la fin du cours, sans les autres élèves.
- Lire une phrase préparée devant un petit groupe en classe.
- Lire un court passage préparé devant toute la classe, avec un aménagement convenu.
- Accepter de lire une phrase non préparée, en sachant qu'on a le droit de buter.
Adapter la TCC à un enfant dys
Une TCC classique utilise beaucoup l'écrit : fiches, carnets, exercices entre les séances. Avec un enfant dys, il est logique de privilégier les supports visuels, les consignes orales, les enregistrements, les pictogrammes, et de garder des tâches courtes entre deux rendez-vous. Ces adaptations relèvent du bon sens clinique : à ce jour, aucune étude solide ne semble avoir comparé des versions adaptées et non adaptées chez ces enfants.
Jeu : pensée piège ou pensée aidante ?
Huit situations d'école, huit pensées. À chaque fois, décidez s'il s'agit d'une pensée piège (qui exagère, généralise ou pousse à fuir) ou d'une pensée aidante (qui reconnaît la difficulté et ouvre une piste). Le jeu se joue très bien à deux, parent et enfant, en discutant de chaque réponse.
Aucune réponse n'est enregistrée ni transmise. Il n'y a pas de score à atteindre : l'idée est de s'entraîner à reconnaître ces pensées, comme on le fait en TCC.
0 / 8
Ce jeu est un support de réflexion et de discussion. Il ne mesure ni l'anxiété ni un trouble, ne remplace pas un bilan par des professionnels et ne permet aucun diagnostic.
Évitement scolaire et phobie scolaire : quand l'école fait peur
Certains enfants dys en viennent à refuser l'école, totalement ou par moments. Beaucoup de spécialistes parlent plutôt de refus scolaire anxieux, même si l'expression « phobie scolaire » reste très répandue dans les familles. Le point commun de ces situations est une angoisse si forte que l'enfant ne parvient plus à franchir la porte de l'établissement, alors même qu'il voudrait souvent y aller.
Une revue de la collaboration Campbell, publiée en 2015 et portant sur 8 études et 435 élèves, suggère que la TCC aide les jeunes à retrouver une présence plus régulière en classe. Dans cette même revue, l'effet sur l'anxiété elle-même n'était pas significatif, et la qualité des études restait moyenne. Aucune de ces études ne concernait spécifiquement des élèves dys. Le message est donc encourageant mais prudent : la TCC fait partie des pistes sérieuses pour reprendre le chemin de l'école, sans garantie.
Les signaux qui méritent d'être pris au sérieux
- Des absences qui se répètent, surtout certains jours ou avant certaines matières.
- Des plaintes physiques le matin qui disparaissent quand l'enfant sait qu'il reste à la maison.
- Des pleurs, une colère ou une panique au moment de partir.
- Un enfant qui évoque des moqueries, de l'isolement ou qui ne parle plus du tout de l'école.
Dans ces situations, il vaut mieux ne pas attendre que les choses s'installent. Parler avec l'équipe éducative aide beaucoup : les aménagements scolaires (PAP, PPS, tiers-temps) allègent la pression concrète, et le médecin ou l'infirmier scolaire peuvent participer à la réflexion. En cas de harcèlement, le 3018 écoute et conseille les jeunes et leurs parents.
Approfondir : Pourquoi un retour progressif plutôt qu'une longue pause ?
Dans la logique de la TCC, plus l'éloignement dure, plus la peur a de chances de se renforcer, puisque l'enfant ne vérifie jamais qu'il peut faire face. Les programmes décrits dans la recherche combinent donc souvent un travail sur l'anxiété et un retour organisé par étapes, en lien avec l'école et la famille. Le rythme se décide au cas par cas, avec les professionnels qui suivent l'enfant : forcer brutalement n'est pas plus utile que laisser l'évitement s'installer.
TCC et rééducation : deux chantiers complémentaires
On entend parfois des familles se demander s'il faut choisir. La réponse tient dans la nature des deux démarches : elles ne visent pas la même chose. La rééducation s'attaque au trouble, la psychothérapie à son retentissement. Sur Santé.fr, une fiche rédigée par l'Inserm note que le soutien psychologique rend souvent service à côté de la rééducation, tout en rappelant qu'aucune technique ne fait de miracle.
| Rééducation | TCC | |
|---|---|---|
| Qui ? | Orthophoniste, psychomotricien, ergothérapeute, selon le trouble | Psychothérapeute ou professionnel formé à la TCC |
| Cible | Lecture, orthographe, calcul, langage, geste, écriture | Anxiété, évitement, pensées dévalorisantes, confiance en soi |
| Point de départ | Un bilan spécialisé, le plus souvent sur prescription médicale | Une souffrance émotionnelle qui dure ou qui gêne la vie quotidienne |
| Ce qu'elle ne fait pas | Elle n'a pas pour objet de traiter l'anxiété, même si progresser rassure | Elle n'améliore pas directement la lecture, le calcul ou l'écriture |
Les deux peuvent donc avancer en parallèle. Un enfant qui a moins peur de se tromper ose davantage essayer en séance d'orthophonie ; un enfant qui progresse en lecture a moins de raisons de redouter la classe. Il est utile que les professionnels puissent échanger, avec l'accord de la famille, et que l'emploi du temps de l'enfant reste vivable : trop de rendez-vous dans une même semaine peut aussi épuiser.
La Haute Autorité de santé a décrit fin 2017 (document publié en 2018) un parcours en trois niveaux pour les enfants avec troubles dys. Des troubles émotionnels ou du comportement associés suffisent à classer la situation parmi les cas complexes, suivis par une équipe pluridisciplinaire qui comprend entre autres un psychologue spécialisé en neuropsychologie. Un pédopsychiatre intervient si la souffrance affective persiste malgré l'appui de la famille, de l'école et des proches. Pour savoir par où commencer, voir le bilan et les professionnels à consulter.
Ce que dit la recherche sur la TCC, sans enjoliver
Les résultats sont présentés ici du plus solide au plus fragile, sans arrondir les angles.
La TCC est l'une des psychothérapies les mieux étudiées dans l'anxiété de l'enfant et de l'adolescent. Environ un enfant sur deux n'a plus son trouble anxieux principal à la fin du traitement, contre moins d'un sur cinq sans traitement. C'est un résultat réel, mais qui signifie aussi que la moitié des enfants gardent des difficultés. Face à d'autres prises en charge actives, la revue ne montre pas de supériorité nette de la TCC, avec une certitude faible.
TCC et anxiété de l'enfant, en généralPreuves les plus fournies (certitude modérée)
TCC et retour à l'école en cas de refus scolaire anxieuxPreuves modérées à faibles
Psychothérapies et dépression de l'enfantPreuves faibles
TCC conçue pour des enfants dys anxieuxPreuves très limitées
TCC pour améliorer la lecture ou le calculAucune preuve
Approfondir : Et pour la tristesse ou la dépression ?
Une méta-analyse en réseau publiée dans The Lancet Psychiatry en 2020 (71 essais, plus de 9 500 jeunes) n'a pas montré de supériorité nette de la TCC seule face aux conditions de comparaison, la plupart des résultats étant de faible certitude. L'expertise collective de l'Inserm de 2004 parlait d'une présomption d'efficacité de la TCC dans les dépressions modérées ; ce travail est ancien et a été discuté. Retenons que la TCC fait partie des approches proposées à un jeune déprimé, que les preuves restent limitées à cet âge, et qu'une tristesse durable justifie toujours un avis médical.
Approfondir : Pourquoi si peu d'études chez les enfants dys ?
Les essais de psychothérapie recrutent en général des enfants selon leur trouble anxieux, pas selon leur profil d'apprentissage. Les quelques travaux menés auprès d'élèves avec troubles des apprentissages sont de petite taille et difficiles à interpréter. Une revue systématique de 2026 sur l'estime de soi n'a retrouvé que huit études, aux résultats hétérogènes. Appliquer aux enfants dys ce que l'on sait des enfants anxieux en général est raisonnable, mais c'est une extrapolation, et il est plus juste de le dire.
La place des parents dans une TCC pour enfant dys
Les parents sont en première ligne : ce sont eux qui voient les matins difficiles, les devoirs qui tournent au conflit, les larmes du dimanche soir. Pour la HAS, l'enfant et ses parents participent pleinement au parcours de soins : ils doivent être informés, consultés sur les choix de prise en charge et recevoir des conseils pour la vie de tous les jours.
Faut-il pour autant qu'ils participent aux séances ? L'expertise Inserm de 2004 citait une étude dans laquelle des parents associés comme co-thérapeutes rendaient la TCC plus efficace contre l'anxiété de l'enfant. La revue Cochrane de 2020, plus récente et plus large, ne retrouve pas de différence nette entre les formats avec ou sans parents. En pratique, la place des parents se discute selon l'âge de l'enfant, la nature des difficultés et ce que chacun peut porter. Un adolescent peut avoir besoin d'un espace à lui ; un jeune enfant gagne souvent à ce que ses parents sachent comment l'encourager entre deux séances.
Les parents eux-mêmes peuvent avoir besoin de soutien. Un petit essai randomisé publié en 2016, mené auprès de 39 mères d'enfants dyslexiques, a montré qu'un programme de groupe d'inspiration TCC allégeait leur stress et renforçait leur sentiment de compétence, avec un effet apparu trois mois après la fin du programme. La page accompagner son enfant dys propose des repères pour la maison.
Ce qui aide souvent
- Valoriser l'effort et les petits progrès, plus que le résultat.
- Accueillir la peur sans la balayer (« je vois que ça t'inquiète »).
- Encourager une petite marche à la fois, et la célébrer.
- Lui accorder le temps de trouver ses mots, sans terminer ses phrases à sa place.
Ce qui entretient la boucle
- Faire systématiquement à sa place ce qui lui fait peur.
- Les comparaisons avec les frères, les sœurs ou les camarades.
- Les punitions liées aux difficultés elles-mêmes.
- Les longues discussions rassurantes répétées, qui gardent la peur au centre.
Les limites de la TCC, et les autres chemins possibles
La TCC rend de vrais services, sans être la seule voie ni convenir à tous les enfants. Elle demande à l'enfant une certaine envie de s'engager dans des exercices, et à la famille un peu de disponibilité. Certains enfants ont surtout besoin de déposer ce que le trouble leur fait vivre : la honte, le sentiment d'être différent, la place qu'ils occupent dans la famille. Une approche d'inspiration psychanalytique peut leur offrir cet espace, avec des preuves encore limitées pour les troubles dys en particulier.
Lorsque des souvenirs d'humiliations, de moqueries répétées ou de harcèlement restent très chargés émotionnellement, et qu'un professionnel repère un véritable psychotraumatisme, d'autres approches entrent en jeu, notamment l'EMDR et la TCC centrée sur le trauma, que l'Organisation mondiale de la santé et la Société internationale d'étude du stress traumatique (ISTSS) recommandent dans le trouble de stress post-traumatique de l'enfant. La page troubles dys et EMDR explique ce que l'on peut en attendre et ses limites, et la page EMDR chez l'enfant et l'adolescent présente la méthode.
À retenir
- Aucune psychothérapie ne fait disparaître un trouble dys.
- La TCC a de bonnes preuves sur l'anxiété de l'enfant en général, environ un enfant sur deux étant en rémission à la fin.
- Le choix de l'approche se fait avec l'enfant, sa famille et les professionnels, selon ce qui fait souffrir.
Quand envisager un accompagnement psychologique ?
Il n'y a pas de seuil précis, et chaque famille connaît son enfant. Quelques situations invitent toutefois à demander un avis :
- la peur de l'école ou de certaines matières dure depuis plusieurs semaines et gêne la vie quotidienne ;
- l'enfant parle de lui avec dureté (« je suis nul », « je suis bête ») de façon répétée ;
- les devoirs sont devenus un champ de bataille qui abîme les relations familiales ;
- le sommeil, l'appétit ou l'envie de jouer changent nettement ;
- l'enfant évoque des moqueries, de l'isolement ou du harcèlement ;
- il exprime de la tristesse durable, du désespoir ou des idées de mort : dans ce cas, n'attendez pas et utilisez les numéros indiqués plus bas.
La page pourquoi consulter un psychologue ou un psychothérapeute détaille ces repères et le déroulement d'une première rencontre. Les questionnaires en ligne du site et les outils psychiques peuvent aussi aider à faire le point, sans jamais remplacer un échange avec un professionnel. Pour l'accompagnement des plus jeunes, voir aussi la page enfants et adolescents.
Questions fréquentes sur les troubles dys et la TCC
La TCC peut-elle soigner un trouble dys ?
Non. Les troubles dys relèvent de la rééducation (orthophonie, psychomotricité, ergothérapie) et des aménagements scolaires. La TCC s'adresse à ce qui accompagne parfois le trouble : anxiété, évitement, pensées dévalorisantes, perte de confiance. Elle peut rendre la scolarité plus vivable, sans modifier le trouble lui-même.
Comment la TCC aide-t-elle un enfant anxieux à l'école ?
Elle l'aide à comprendre sa peur, à repérer les pensées qui l'amplifient, à les nuancer et à affronter progressivement les situations redoutées, par petites étapes construites avec lui. Chez les enfants anxieux en général, environ un sur deux est en rémission de son trouble principal à la fin d'une TCC selon la revue Cochrane de 2020.
Que faire quand un enfant dys ne veut plus aller à l'école ?
Prendre la situation au sérieux sans attendre qu'elle s'installe : écouter l'enfant, chercher s'il subit des moqueries, en parler avec l'équipe éducative et le médecin, vérifier que les aménagements sont en place. Un accompagnement psychologique peut aider à organiser un retour progressif. En cas de harcèlement, le 3018 répond aux jeunes et aux parents.
Les parents participent-ils à une TCC pour enfant ?
Souvent, sous une forme ou une autre, mais cela dépend de l'âge et de la situation. Les études ne montrent pas de différence nette entre les formats avec ou sans parents. Leur rôle est surtout de comprendre la démarche et de soutenir les petits pas à la maison, sans faire à la place de l'enfant.
TCC et rééducation orthophonique peuvent-elles se mener en même temps ?
Oui. Elles ne visent pas la même chose et peuvent se renforcer : un enfant moins anxieux ose davantage essayer, un enfant qui progresse a moins de raisons d'avoir peur. Il faut seulement veiller à ce que l'emploi du temps reste supportable et que les professionnels puissent échanger avec l'accord de la famille.
Combien de séances faut-il en général ?
Cela dépend de chaque situation : de l'intensité de l'anxiété, de sa durée, de l'âge de l'enfant et des objectifs fixés ensemble. La revue Cochrane de 2020 n'a pas retrouvé de différence nette selon la durée du traitement. Le nombre de séances se discute avec le professionnel et se réévalue en cours de route.
La TCC fonctionne-t-elle pour tous les enfants ?
Non. Elle fait partie des approches les mieux étudiées dans l'anxiété de l'enfant, mais environ la moitié des enfants gardent des difficultés à la fin du traitement, et elle ne se montre pas nettement supérieure aux autres prises en charge actives. D'autres approches, dont la psychothérapie d'inspiration analytique ou, en cas de psychotraumatisme, l'EMDR, peuvent être discutées.
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